L’Archer de Cuir : Abdominaux et Incohérences
Chapitre 5 : Arc contre arc, cuir contre cuir
2449 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 10/04/2026 08:18
Le salon des Queen, vaste pièce aux dimensions de cathédrale, était baigné par la lueur froide de la lune qui filtrait à travers les hautes fenêtres à meneaux. L’air y était saturé par l’odeur du bois de santal et des vieux secrets de famille. Oliver se tenait là, encore vêtu d'une chemise de soie impeccable qui dissimulait mal la tension de ses muscles, mais ses yeux, deux lames de glace, brillaient de cette lueur de "je vais te sceller dans une cave avec ton propre secret". Face à lui, Moira Queen était assise dans un fauteuil Louis XV, aussi immobile qu’une reine de marbre.
« Maman, » commença Oliver, sa voix vibrant d’une colère contenue, « pourquoi as-tu une liste identique à la mienne dans ton coffre-fort caché derrière le portrait de grand-père ? Celui qui, étrangement, semble nous juger depuis trois générations ? Et surtout... pourquoi as-tu commandé trois tonnes de composants pour une machine à tremblements de terre sur Amazon Prime ? Les avis clients disent pourtant que le service après-vente est déplorable pour les engins apocalyptiques. »
Moira soupira, un geste d'une grâce infinie, tout en ajustant son collier de perles avec une sérénité terrifiante qui aurait fait frémir un inquisiteur.
« Oliver, mon chéri... C’est pour la rénovation urbaine, » répondit-elle d'un ton suave. « Starling City a besoin d’un nouveau départ. Le quartier des Glades est un échec esthétique et social. Et pour reconstruire, il faut d’abord que tout s’écroule. C'est le cercle de la vie, Oliver. Ou du moins celui de l'immobilier agressif. »
Soudain, le silence feutré de la demeure fut pulvérisé. Une fenêtre explosa (oui, encore une, le budget vitrerie de la ville étant manifestement le seul secteur en croissance). Dans une pluie de cristal, une silhouette sombre, sanglée dans un cuir noir complexe et bardée d'armes technologiques, atterrit avec une agilité surnaturelle sur le précieux tapis persan. Le Dark Archer se redressa, sa silhouette se découpant contre le vent nocturne qui s'engouffrait dans la pièce. D'un geste théâtral, il retira sa capuche, révélant le visage anguleux et les yeux de prédateur de Malcolm Merlyn.
« Oliver ! Je savais que tu étais derrière ce masque vert ! » s'exclama-t-il avec un sourire carnassier. « Seul un Queen peut être aussi dramatique dans ses entrées et dépenser autant en maquillage waterproof pour les yeux. Je reconnais la marque de ton khôl à des kilomètres.
Oliver fit un pas en avant, les poings serrés, ignorant les débris de verre qui crissaient sous ses chaussures de luxe.
« Malcolm ! Tu as trahi cette ville ! » rugit-il. « Et plus grave encore... tu as ruiné le brunch de ma mère ! On ne touche pas aux œufs Bénédicte des Queen sans en payer le prix fort ! »
La confrontation finale se déplaça, par une sorte de magnétisme scénaristique irrésistible, sur le toit d'un gratte-ciel en construction. C’est le lieu obligatoire pour tout final de saison qui se respecte. Un squelette d'acier titanesque dominant l'abîme, où des poutres en métal oscillent dangereusement au-dessus du vide, où des câbles électriques sectionnés crachent des étincelles gratuites pour l'ambiance, et où, mystérieusement, il n'y a jamais aucun voisin pour appeler la police. Au sommet de cette carcasse de béton et de ferraille, les deux archers se faisaient face. Le vent de Starling City, chargé de sel et d'orage, s'engouffrait entre les colonnes, faisant battre leurs capuches de façon parfaitement synchronisée, comme s'ils avaient répété l'esthétique du chaos devant un miroir.
« Mon cuir est plus résistant que le tien, Oliver ! » rugit Malcolm, sa silhouette noire se fondant dans les ténèbres industrielles.
Il décocha trois flèches d'un coup, un triple sifflement de mort qui fendit l'air saturé de poussière de chantier.
« Mais mon cuir est plus... éthique ! » répondit Oliver dans un cri de conviction textile.
Il esquiva la volée en exécutant un salto arrière avec fluidité au-dessus d'une bétonnière abandonnée, ses bottes heurtant le métal avec un écho de tambour de guerre. Ils s'élancèrent l'un vers l'autre dans une explosion d'énergie. Ce n'était plus un duel d'archers, c'était une chorégraphie de Parkour extrême sous stéroïdes. Ils se jetaient contre les échafaudages, rebondissant sur les parois de verre brut, et finirent par s'entrechoquer au centre du toit. Ils se battaient désormais avec leurs arcs comme s'il s'agissait d'épées médiévales, parce que dans le code d'honneur des justiciers, pourquoi tirer des flèches quand on peut s'en servir comme de luxueuses matraques en carbone ? Clang ! Bim ! Vlouf ! Le bruit des arcs se percutant résonnait comme des coups de tonnerre. Malcolm, dont chaque mouvement respirait une arrogance aristocratique, bloqua un coup de poing d'Oliver avec le plat de son carquois.
« Tu ne peux pas me battre, Oliver ! J'ai passé deux ans dans un monastère secret au sommet de l'Himalaya, avec des ninjas qui ne mangent que du tofu fermenté et de la vengeance pure ! J'ai appris à ne plus ressentir la douleur, ni le regret, ni le besoin de porter du coton ! »
Oliver le saisit par le col de sa veste en cuir renforcé, son visage à quelques centimètres de celui de son ennemi, les yeux injectés de sang et de détermination.
« Et moi j'ai mangé de l'écorce, Malcolm ! DE L'ÉCORCE ! » murmura-t-il avec une intensité qui suggérait que le régime à base de fibres forestières était bien plus terrifiant que n'importe quelle discipline ninja.
Il y eut une seconde de silence total, où seul le sifflement du vent sur les câbles d'acier se fit entendre, avant que les deux hommes ne replongent dans leur mêlée de cuir et de fureur.
Dans l'oreillette d'Oliver, le calme froid de la nuit fut pulvérisé par la voix de Felicity, qui montait dans les aigus au rythme des lignes de code qui défilaient sur ses écrans. À la fonderie, elle tapait si vite que ses doigts n'étaient plus qu'un sillage flou au-dessus de son clavier.
« Oliver ! J'ai infiltré le noyau central de la machine à séisme ! » hurla-t-elle, une goutte de sueur perlant sur son front. « J'ai réécrit le protocole de sécurité et j'ai changé le mot de passe de "DestructionTotale" en "LicorneRose69" ! Il ne peut plus l'activer, à moins qu'il n'accepte de taper ça devant tout le monde, ce qui tuerait sa crédibilité de super-vilain ! »
« Et moi j'arrive avec la cavalerie ! » rugit la voix de Diggle, ponctuée par le gémissement des pneus de la voiture blindée qui mordaient le bitume trois étages plus bas.
On l'entendait enchaîner les dérapages contrôlés dans les décombres du chantier, transformant la berline de luxe en un bélier de deux tonnes. Malcolm Merlyn, qui s'apprêtait à asséner un coup de grâce avec la morgue d'un conquérant, se figea. Sa main, gantée de cuir noir, resta suspendue dans les airs. La mention de "LicorneRose" flotta dans l'air glacé du sommet du gratte-ciel, créant un décalage cognitif si violent qu'il en eut un tic nerveux à la paupière. Il baissa sa garde une micro-seconde, le temps de traiter l'information selon laquelle son plan d'épuration urbaine était désormais protégé par une créature mythologique à paillettes. C'était tout ce dont Oliver avait besoin. Dans un mouvement fluide, presque instinctif, il dégaina sa flèche-menotte, une merveille de technologie absurde conçue pour les arrestations difficiles. Le projectile fendit les étincelles qui crépitaient sur le toit et, dans un claquement métallique sec, se referma autour des poignets de Malcolm. L'onde de choc projeta le Dark Archer contre une antenne 5G dernier cri qui trônait au sommet de la structure. Malcolm se retrouva plaqué contre le pylône, les bras entravés, les jambes ballantes au-dessus du vide, entouré de signaux wifi haute fidélité. Il resta là, totalement impuissant, la capuche de travers et le regard noir, affichant l'expression d'un homme qui ne trouve soudainement plus que la vengeance soit une activité très gratifiante.
Oliver se tenait au-dessus de lui, telle une gargouille de cuir émeraude dominant les vestiges de leur ambition commune. Son souffle était court, une vapeur ténue s'échappant de ses lèvres pour se perdre dans le ciel de Starling. Sous la lueur crue et impitoyable de la pleine lune, sa peau luisante de sueur et de pluie créait un jeu d'ombres complexes sur ses abdos, qui semblaient sculptés dans le granit même du gratte-ciel.
« C'est fini, Malcolm, » lâcha Oliver, sa voix n'étant plus qu'un murmure rauque qui portait le poids de cinq ans d'enfer et d'un final de quarante-deux minutes. « La ville est sauvée. Le séisme n'aura pas lieu. »
Malcolm, cloué à son pylône 5G par ses menottes de haute technologie, inclina la tête sur le côté avec un rictus de prédateur qui n'a pas encore dit son dernier mot. Une traînée de sang coulait sur sa joue, mais son élégance machiavélique restait intacte.
« Pour l'instant, Oliver... » murmura-t-il avec un calme glaçant. « Mais attends la saison 2. Mon agent est très efficace, et mon contrat prévoit un retour mystérieux d'entre les morts dans le septième épisode. On ne se débarrasse pas d'un Merlyn aussi facilement, surtout quand il a encore des costumes en réserve. »
Oliver ne répondit pas. Le sarcasme de Malcolm glissa sur lui comme la pluie sur sa capuche. Il se détourna et s'avança vers le parapet d'acier, laissant le vilain à ses rêves de résurrection contractuelle. En bas, Starling City s'étalait à perte de vue. Elle était toujours cette métropole dépressive aux reflets bleutés, toujours grise, toujours humide, drapée dans une brume qui sentait le bitume et la corruption. Mais au moins, pour cette nuit, elle ne tremblait plus. Le silence était revenu, seulement troublé par le hurlement lointain des sirènes de police qui convergeaient vers leur position. Oliver rangea son arc dans son carquois. Il leva la main pour essuyer une grosse goutte de sueur qui perlait sur son front, un geste de fatigue humaine qui eut pour seul résultat d'étaler encore plus son maquillage noir. Il ressemblait désormais à un peintre abstrait ayant tenté un autoportrait après une nuit blanche, mais il s'en moquait. Il fixa l'horizon où les premières lueurs d'une aube incertaine commençaient à grignoter les ténèbres. Il ajusta sa capuche, vérifia l'état de son cuir (miraculeusement indemne malgré trois explosions), et se prépara pour la suite. Car à Starling City, la paix n'est qu'une ellipse entre deux épisodes de 42 minutes.
Le calme revint sur la ville, un silence poisseux qui n'appartenait qu'aux lendemains de catastrophes évitées de justesse. Au manoir des Queen, l’atmosphère était aussi pesante qu'un rideau de velours mouillé. Dans le grand salon plongé dans une pénombre aristocratique, Moira Queen était assise près d'une cheminée éteinte, sa silhouette immobile se découpant contre les boiseries sombres. Elle portait son douzième verre de scotch comme un sceptre de cristal, le regard perdu dans les flammes absentes, attendant probablement son procès, son prochain complot, ou simplement que le monde s'arrête de tourner autour d'elle. À la cave, le décor était plus pragmatique, mais tout aussi chargé. L’air saturé de l’odeur de l’ozone et de la sueur refroidie vrombissait encore du passage de l'adrénaline. Felicity et Diggle, silhouettes fatiguées sous les néons blafards, s'affairaient autour de l'établi. Dans un silence seulement rompu par le cliquetis métallique, ils triaient les flèches cassées et les débris technologiques, tels des archéologues de l'absurde ramassant les restes d'une tempête de cuir. Oliver entra alors, émergeant de l'obscurité comme un spectre éreinté. Son costume vert était lacéré, le cuir entaillé révélant encore plus de muscles que d'habitude, des pectoraux qui semblaient avoir leur propre code postal. Il avançait d'un pas lourd, ses bottes traînant sur le béton brut. Il s'assit sur son tabouret en métal, qui poussa un gémissement de protestation, et laissa tomber ses épaules. Il était épuisé, vidé de sa fureur, mais une lueur de satisfaction farouche brillait au fond de ses yeux bleus. La liste, épinglée au mur et criblée de trous, était loin d'être finie, mais ce soir, l'équilibre des forces avait basculé. Il n'était plus seulement un naufragé hanté par les fantômes de son passé. Il était devenu un symbole. Un symbole vert, incroyablement moulant, et, il fallait bien l'admettre, légèrement trop maquillé pour être tout à fait crédible sous une lumière de plus de 40 watts.
« Alors, on fait quoi demain ? » demanda Felicity en fermant son ordinateur portable dans un claquement sec.
Oliver fixa le mur d'un air sombre, là où les ombres des fils rouges s'entrecroisaient comme les veines d'une ville malade. Il marqua une pause dramatique, celle qui annonce normalement une révélation sur le destin de l'humanité.
« Demain... » murmura-t-il, sa voix de Batman enrhumé vibrant dans la carcasse de la fonderie. « Demain, je vais m'acheter un nouveau carquois. Celui-ci a pris une flèche de trop. Et peut-être... peut-être une crème hydratante haute performance. »
Il passa une main calleuse sur sa joue irritée par le frottement constant du cuir et du maquillage industriel.
« Le cuir, Diggle... ça décape la peau. La justice ne s'improvise pas sans un bon soin exfoliant. »
La ville est sauvée des séismes, mais pas du mauvais goût vestimentaire, alors que notre héros conclut son premier acte en prouvant qu'un arc en bois bat toujours une machine apocalyptique à 50 millions de dollars. Entre trahisons parentales et duels de pectoraux sur les toits, Starling City peut dormir tranquille. Son protecteur vert est prêt à tout, tant qu'il reste du démaquillant en stock.