Les Ineffables Péchés Capitaux

Chapitre 3 : La tragédie de Macbeth (Colère)

2247 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/02/2024 15:21

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LA COLERE


~ La tragédie de Macbeth ~


Aziraphale aurait voulu aller au théâtre ce soir… Il se jouait une pièce de Shakespeare en ce moment à Londres qui rencontrait un franc succès et l’ange, qui avait fait de gros sous-entendus à ce sujet pour la Saint- Valentin était un peu déçu par la réaction de Crowley…


— Macbeth ? Attends, t’es sérieux là ? Encore Shakespeare ? Tu ne le laisseras donc jamais reposer en paix ? 

— Aux dernières nouvelles, il ne se plaignait pas du Paradis ! C’est joué par l’acteur qui a interprété mon Docteur préféré… insista l’ange, en lui faisant le regard-émoji-cœur. 

— Raison de plus ! Si c’est pour t’entendre t’extasier sur lui toute la soirée… Ne me prends pas pour un chérubin, je sais très bien qu’il est en kilt dans cette pièce ! Tu laisses traîner le programme sur ton bureau depuis trois semaines, l’angelot ! Autant aller à la soirée sans alcool du Dirty Donkey si tu tiens vraiment à faire un truc chiant à mourir… 

— Ce serait pourtant une sortie parfaite pour la Saint-Valentin! 


Le démon leva la tête de son pot de fleur pour dévisager Aziraphale, son brumisateur brandi comme une arme envers lui : 


— Ne me dis pas que tu veux célébrer cette connerie de Saint-Valentin comme font les humains ? 

— C’était… Juste pour sortir… Ensemble… bredouilla la Principauté, les joues nettement plus colorées sous le regard accusateur du déchu.

— Je t’en prie pour l’amour de Satan… Theliel est un véritable emmerdeur, peu importe que les humains l’aient rebaptisé Eros ou Valentin en lui donnant toutes les qualités possibles, toi et moi, on le sait ! On va pas le fêter, tu peux pas être sérieux !

— Pas lui… C’est l’amour qu’on fête le 14 février, Crowley. 

— En plus, cette idée débile date du XIVème siècle ! ajouta le démon, comme pour clore le sujet.

— Ne fais pas ta mauvaise tête ! C’est l’occasion de sortir tous les deux, une occasion comme une autre… 

— C’est du marketing ! Une invention de mon camp, je te rappelle… Sur une idée de Beelzebub ! 

— Ah bon ? Gabriel adore cette fête… commenta l’ange, en s’éventant avec le programme de la pièce.

— Vrai ? Tant mieux ! J'espère qu’elle se fait bien chier à lui chercher un cadeau sur Alpha du Centaure… BON COURAGE !

— Peu importe, moi, je trouve ça charmant de se témoigner une marque d’affection de temps en temps ! 

— Pff… Les humains s’offrent des fleurs et des chocolats une fois par an et le reste du temps, ils négligent leur couple et divorcent, ils ne savent faire que ça ! Moi, j’ai créé Altaïr et Véga pour toi ! (1)


Aziraphale, stupéfait, devint aussi rouge que l’Anthurium qui tremblait dans son pot à l’approche démon et de son brumisateur punitif : 


— T… Tu as fait quoi


Ce fut au tour du démon de rougir légèrement : 


— Je… Maintenant que j’ai récupéré ma mémoire, je m’en souviens…  

Ahem…Oui, euh, je ne le savais pas… Hum… Je vais avoir du mal à rivaliser avec ça, maintenant… 

— Je ne te demande rien ! 

— Il y a bien quelque chose qui te ferait plaisir pour la S… Juste comme ça, pour t’offrir quelque chose ! Ça me ferait vraiment plaisir… 

— Oublier la sortie au théâtre, ce serait un bon début ! 


Le déchu paraissait de plus en plus nerveux et agacé tandis qu’il martyrisait ses pauvres plantes. 


— Tout va bien, Crowley ? s’inquiéta l’ange.

— Très bien ! Parfaitement bien ! Pourquoi ?

— Je ne sais pas, tu es… Plus énervé que d’habitude ! Et même si tu le prends sûrement pour un compliment, ce n’en est pas un, mon cher… Je ne cherchais pas à te mettre en colère, on n’a qu’à oublier cette histoire, d’accord ? J’irai voir la pièce avec Maggie et Anathema, ce n’est pas grave ! 


Crowley grogna quelque chose en mordant une feuille de dipsys et Aziraphale jugea plus judicieux de le lui laisser un peu d’espace et se réfugia à l’étage avec un livre. Au bout d’une heure à entendre le démon vociférer sur ses plantes, il tenta de descendre quelques marches pour l’écouter et ce qu’il entendit confirma ses doutes…


Nianiania la fête de l’amour, je t’en ficherais moi ! On te dit qu’on t’aime et au moindre mot plus haut que l’autre, on te jette par-dessus bord… TU M’AS DECU ! REGARDE-MOI CES RACINES QUI DÉPASSENT, C’EST INADMISSIBLE ! L’amour… Encore une connerie ineffable du Plan Ineffable destiné à ne garder que les meilleurs à Ses yeux… DIEU T’A ABANDONNÉE, JE VAIS TE PASSER AU CUIT-VAPEUR ! Tu passes d’enfant chéri, soi-disant aimé, à rebut de la portée dont on se débarrasse sans ménagement… JE PRÉTENDS T'AIMER ET EXIGE TES LOUANGES, MA CHÈRE DRACAENA, MAIS TOUT CE QUE TU AURAS, CE SERA UNE PLACE DANS LE COMPOST AVEC LES AUTRES ORDURES ! Si tu as le malheur d’être en désaccord, gare à toi, l’amour a vite fait de se transformer en haine et tu auras beau hurler Son nom à l’agonie, tu ne recevras aucune clémence… JE VAIS TE LIVRER A LA DESTRUCTION ! 


Aziraphale attendit une accalmie dans la tirade du démon, adressée plus à Dieu qu’à ses plantes, pour finir de descendre les escaliers et le rejoindre dans l’arrière-boutique : 


— Crowley… 

— QUOI ? hurla le déchu, en se retournant brusquement.

— Je comprends que tu sois déçu par l’amour après ce qui t’est arrivé, mais… Je ne compte pas t’abandonner moi ! 

— Ah oui ? Même si je ne t’emmène pas au théâtre baver devant cet écossais ?

— Eh bien…


L’ange fut interrompu par des bruits de tambourinage contre la porte de la librairie, couplé à des voix étouffées : 


— POLICE, ouvrez immédiatement ! 


Les entités célestes se regardèrent, perplexes. 


— Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta l’ange.


Crowley confia son brumisateur à Aziraphale, attrapa sa paire de lunettes de soleil et se dirigea vers la porte pour l’ouvrir avant qu’elle ne soit défoncée : 


— Bouge pas, je vais voir ! 


Une fois déverrouillée, la porte s’ouvrit brusquement et deux agents de police bousculèrent Crowley pour entrer d’un pas précipité, suivis par Mr Brown qui transpirait à grosses gouttes. 


— Vous êtes Mr Crowley ? Anthony J. Crowley ? l’invectiva un des policiers. 

— Lui-même ! 

— Où se trouve Mr Fell ? Vous avez bu ?

— Au fond, qu’est-ce que vous lui voulez ? Pour info, je n’ai rien bu depuis ma bouteille de Talisker d’il y a deux heures ! 

— Mr Brown, ici présent, a appelé la police pour faire un signalement de violence conjugale ! 


Crowley pencha sa tête sur le côté et haussa un sourcil à la vue du voisin, qui s’épongeait le front avec un mouchoir en tissu et bredouillait : 


— Ça fait plus d’une heure que ça dure ! Je l’entends hurler depuis mon magasin de tapis, j’en profite pour vous signaler qu’il y a une promotion pour la Saint-Valentin, un tapis acheté, un offert ! Cet énergumène crie sur son compagnon comme un damné, Dieu sait ce qu’il lui a fait ! 

— Laissez-La où Elle est par pitié... grommela Crowley.


Attiré par le vacarme, Aziraphale s’approcha timidement.


— Mr Fell ? demanda un des agents, tandis que l’autre policier tenait le démon en respect.

— Oui, que se passe-t-il ?

— Avez-vous été victime de violences de la part de votre conjoint ?

— P… Pardon ? 

— Est-ce que Mr Crowley vous a battu ? Vous pouvez parler librement ! l’encouragea le policier. 

— Je ne suis pas certain de comprendre…


Mr Brown fit quelques pas dans sa direction pour poser une main compatissante sur son épaule : 


— Mon cher Mr Fell, vous devriez porter plainte ! Je peux vous accompagner au poste de police si vous le souhaitez ! 

— Mais enfin pourquoi je porterais plainte ?

— Il n’y a aucune honte à avoir un conjoint violent, Mr Fell ! intervint le policier qui faisait face au démon, en en profitant pour lui jeter un regard noir.

Crowley ? Les seules victimes de violence ici, ce sont ses plantes vertes ! Je pense qu’il y a un affreux malentendu, messieurs… expliqua posément l’ange.

— Manifestement Mr Crowley a une emprise sur lui ! C’est sûrement un pervers narcissique, j’ai vu une émission là-dessus sur la BBC… s’emmêla Mr Brown. 

— J’ai bien peur de n’être ni l’un, ni l’autre ! déclara le démon, qui s’amusait de la situation, malgré tout.

— Nous pouvons vous conduire à un centre d’hébergement d’urgence pour la nuit, Mr Fell ! poursuivit le policier.

Ou sinon… Vous pouvez dormir chez moi ! Vous serez à l’abri de cette brute… proposa le serviable vendeur de tapis.

— C’est inutile ! Messieurs, je n’ai rien à déclarer, je ne suis victime d’aucune forme de violence de la part de Crowley ; à moins qu’un refus de m’emmener au théâtre ne soit considéré comme une violence… Mr Brown, votre sollicitude me touche, mais je vous assure que tout va bien ! Vous pouvez tous partir, ne vous inquiétez pas, je ne risque absolument rien ! déclara Aziraphale, en se dirigeant vers la porte. 


Mr Brown fit le premier à sortir, non sans déclarer au passage : 


— Vous méritez mieux que ce… Démon ! Ma porte vous sera toujours ouverte, Mr Fell, n’hésitez pas à venir s’il vous brutalise à nouveau ! 


L’ange se contenta de lever les yeux au ciel en soupirant, puis ce fut au tour des agents de police de quitter la librairie. Celui qui “maîtrisait” Crowley lui murmura avant de s’éloigner : 


— On va t’avoir à l'œil ! Sale ivrogne… 


Lorsque le deuxième agent sorti, il s’adressa une dernière fois à l’ange : 


— Si vous changez d’avis, venez porter plainte ; s’il recommence à vous frapper, n’hésitez pas à nous appeler et surtout ne le tuez pas ! Même en situation de légitime défense, ça fait toujours tout un tas de paperasses… 

— Ah oui, la paperasse en cas de décorporation, pfiou… Ne m’en parlez pas ! répondit l’ange, en secouant la tête.


Le policier leur jeta un dernier regard, le même qu’il adressait aux cas désespérés, et partit en claquant la porte, laissant l’ange et le démon partagés entre colère et amusement. C’est le démon qui parla le premier : 


— Tu viens de trouver un volontaire pour t’emmener au théâtre, mon ange ! 

— Quelle histoire… J’aurais dû insonoriser la librairie, je n’aurais jamais pensé que quelqu’un puisse imaginer…

— Je suis désolé ! le coupa abruptement le déchu.

— De quoi ?

— Je n’aurais pas dû hurler comme ça ! Maintenant tout le quartier va penser que je te martyrise… 

— Pas tout le monde, juste Mr Brown ! Et puis… Menacer tes plantes est plus efficace que n’importe quel engrais, il faut bien le reconnaître, à part… A part pour ce que tu as mis dans ce pot sur mon bureau… Quoi que ce soit, la fleur refuse de s'ouvrir ! tenta l’ange pour adoucir l’atmosphère.


Il ne l’avait pas imaginée comme ça, cette soirée !  


Crowley se saisit du petit pot en question et le tendit à l’ange, qui le tint précautionneusement au creux de ses mains. 


— C’est parce que ce n’est pas encore la saison, l’angelot ! 


Le démon se pencha pour souffler doucement sur l’unique bourgeon de la tige, qui s’ouvrit soudain, révélant une toute jeune fleur de tournesol, d’un jaune flamboyant.


— Elle est magnifique Crowley, merci ! 


L’ange lui fit un timide baiser sur la joue et après avoir grogné et bredouillé une parole incompréhensible, le déchu soupira : 


— Allez, va les chercher tes places, je vais t’emmener au théâtre… 

— Non ! 

— Non ? Je croyais que c’était ce que tu voulais faire à tout prix ? 

— J’ai une meilleure idée ! Allons au planétarium Peter Harrison, ils sont ouverts en nocturne pour la Saint… Pour ce soir. Deux places viennent de se libérer ! se rattrapa l’ange.

— Que veux-tu faire au planétarium ? 

— J’aimerais que tu me montres Altaïr et Véga… 




  1. Altaïr et Véga sont deux des trois étoiles du triangle d’été, mais la référence est surtout par rapport à la légende asiatique des Amants des étoiles ! ✨



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