Le Dernier Passager

Chapitre 2 : Le Murmure

3618 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 18/05/2026 20:28

L'immense baie vitrée de la salle d'attente de l'hôpital Central de Seattle était battue par une pluie implacable. Au-dehors, une chape de nuages bas semblait avaler les immeubles de la ville, noyant l’horizon dans un dégradé de gris humide. Fox Mulder fixait ce lugubre paysage à travers la vitre, les yeux perdus dans les reflets rougeoyants des gyrophares de deux ambulances en contrebas.

​Le trajet depuis Washington n'avait pas été de tout repos. Pendant tout le vol, Dana Scully n’avait cessé de réfuter une par une ses théories naissantes.

Pour elle, le cas de Dan Mercer n’était rien de plus qu’une amnésie dissociative classique : un choc psychologique intense (tel que la naissance imminente de son futur enfant) ayant pu simplement déclencher chez le jeune homme un trouble de la personnalité et une perte de ses souvenirs immédiats. Scully avait ensuite passé le reste du voyage à éplucher consciencieusement les documents du dossier, assemblant les données tangibles et scientifiques, à demi exaspérée par ce déplacement à l'autre bout du pays qu’elle jugeait tout bonnement injustifié.


Mais Mulder savait qu'il n'en était rien. Par le passé, le grand brun avait déjà déterré plusieurs cas similaires survenus une vingtaine d'années plus tôt : des victimes qui avaient été retrouvées amnésiques, comme dépourvues de toute humanité, alors que ces dernières n'avaient jamais manifesté le moindre trouble psychiatrique, qu'elles étaient médicalement en parfaite santé et que leurs vies semblaient à l'apogée de leur bonheur.

L'unique point de convergence entre elles était un récent trajet nocturne en train, qui semblait être le point de départ de leur soudaine défaillance psychique.


Fox avait déjà voulu soulever maintes et maintes fois ces troublantes affaires, souhaitant découvrir la vérité, même des années plus tard, afin d'apporter un apaisement relatif aux familles et des réponses à leurs questions. Mais les portes étaient toujours restées closes face à son désir de rouvrir une enquête.


Le cas de Dan Mercer constituait donc une occasion inespérée de relancer les investigations : ce qui était arrivé au jeune contrôleur ne pouvait pas être une simple coïncidence face à ces anciens dossiers. Il y avait un lien entre toutes ces victimes, et il paraissait désormais évident que quelque chose d’autre était à l’œuvre lors de ces voyages nocturnes, quelque chose d'inexplicable, qui défiait toute logique et toute raison. Et Mulder le prouverait.


​Face à son obstination quasi paranormale, Scully avait fini par s'enfermer dans un mutisme total, préférant ne pas prolonger le débat houleux entre sciences et théories du surnaturel.


Mulder se tourna lentement vers sa coéquipière. Debout près d'une autre baie vitrée, la petite rouquine se tenait droite, les bras croisés sur son trench beige encore trempé. La raideur de sa silhouette trahissait son agacement persistant et Fox hésita un instant à briser le silence qui s'éternisait désormais entre eux.


​Mais la porte de la salle d'attente s'ouvrit au même instant, laissant apparaître un homme en blouse blanche. Grand et dépassant tout juste la trentaine, ce dernier fixa les visiteurs d'un regard sombre et perçant derrière ses lunettes rondes :



​-Agents Mulder et Scully ? Je suis le Docteur Ferguson, chef du service de neurologie. J'ai été prévenu de votre arrivée, c'est moi qui m'occupe de Dan Mercer.



​Le jeune médecin s’approcha pour leur serrer la main et il regarda d'un air supérieur les cartes officielles que lui tendaient ses interlocuteurs. Il avait dans son attitude et sa gestuelle l'assurance de ceux qui possèdent un grand savoir, et sa voix grave était apaisante bien qu'un brin marquée par l'arrogance.



-Je vais être tout de suite franc avec vous, poursuivit le neurologue. Ce patient est une énigme médicale. Il n'y a aucune trace de traumatisme crânien, aucun signe d'AVC, aucune dégénérescence neurologique précoce. Les clichés de l'IRM et du scanner sont impeccables, et les bilans sanguins et toxicologiques sont parfaits. J'ignore pour l'instant contre quoi je dois me battre pour sauver cet homme.



​-En somme, cliniquement, il va bien, résuma Scully d'un ton professionnel.



​-Cliniquement, oui, soupira Ferguson en se passant la main dans ses boucles brunes. Son corps est en parfaite santé. Son esprit en revanche, c'est une autre histoire. Il se souvient de tout ce qu'il s'est passé depuis son arrivée sur le quai de Seattle, comme si ses fonctions mnésiques immédiates étaient intactes, mais pour le reste...



​-Pourrions-nous voir monsieur Mercer, le coupa Scully. Je suis moi-même Docteur en médecine légale et je souhaiterais vous apporter mon expertise en auscultant votre patient, si vous le permettez.



​Le neurologue acquiesça, une lueur de surprise apparaissant dans son regard sombre. Le jeune médecin ne devait pas s'attendre à ce qu'une Agent du FBI possède des compétences médicales égales aux siennes, et son petit air hautain disparut immédiatement derrière une expression de respect envers sa consoeur.


Ferguson leur fit alors signe de le suivre dans le dédale du service, une succession de couloirs immaculés aux fortes odeurs d'alcool et d'ether, ponctuée par les sonneries d'alarme des moniteurs de surveillance. Des soignantes parcouraient les allées d'un pas affairé en se rendant d'une chambre à l'autre, chacune occupée à ses tâches pour veiller au confort et aux besoins de ses patients.


En chemin, Mulder calqua son pas sur celui du médecin en se plaçant juste à côté de lui. Le grand brun était resté silencieux jusqu'alors, préférant observer en retrait pour le moment. Il se décida néanmoins à poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis son arrivée à l'hôpital :



-Docteur Ferguson, avez-vous déjà été confronté à des cas médicaux similaires ici ? Des patients vidés de leurs souvenirs du jour au lendemain et présentant une apathie exacerbée ?



​Le regard si assuré de Ferguson se fit soudainement fuyant et ce dernier accéléra le pas, comme s'il voulait échapper à la question. Cette réaction ne dura cependant pas plus de deux secondes : le neurologue se rattrapa immédiatement en se cachant à nouveau derrière son statut de brillant chef de service :



-Je viens tout juste d'accéder à ce poste, Agent Mulder. Mon prédécesseur, le docteur Harper, est décédé d'une crise cardiaque foudroyante il y a trois semaines. Je n'ai donc pas encore eu le temps d'étudier toutes les archives du service, mon expérience ici étant plutôt récente.



Il prononça ces mots tout en réajustant ses lunettes rondes au bout de son nez, comme pour reprendre contenance face à l'Agent du FBI.

​Mulder hocha la tête, compréhensif, et il n'insista pas. Mais une petite pointe d'excitation s'empara néanmoins de Fox, son redoutable instinct lui indiquant qu'il était sur la bonne voie.


Le trio finit par s'arrêter devant la chambre quatre-cent-deux, et Ferguson les fit entrer.


​Dan Mercer était assis sur le bord de son lit. Le jeune homme avait un visage glabre, presque juvénile, accentué par ses boucles blondes et son regard clair. Il fixait le mur en face de lui, figé dans une immobilité totale. L'entrée des nouveaux venus ne semblait pas l'affecter outre mesure, et il ne se retourna que lorsque le neurologue prit la parole :



​-Bonjour, Monsieur Mercer, vous vous souvenez de moi ? Je suis votre médecin, à l'hôpital de Seattle. Deux Agents du FBI sont venus expressément de Washington pour vous poser quelques questions au sujet de votre état de santé.



-Je me souviens de vous et de votre nom, lui répondit le contrôleur d'une voix monocorde. Je sais où je me trouve, je sais qu'il s'est passé quelque chose d'étrange. Mais je n'aurais rien de plus à dire à ces gens, pas plus que ce que je vous ai déjà dit à vous, ou à la police.



-Je suis l'Agent Mulder et voici ma partenaire, l'Agent Scully, insista cependant Fox en s'approchant du jeune homme. Nous souhaitons vous aider, nous voulons trouver la vérité sur ce qui vous est arrivé la nuit dernière.



​Dan Mercer tourna lentement la tête vers lui et le fixa de ses grands yeux délavés. Le patient était indéniablement là, physiquement présent, telle une enveloppe corporelle intacte dotée d'une intelligence évidente, mais totalement dépourvue d'affect et de souvenirs allant au delà des dernières douze heures.



​-La vérité, répéta l'amnésique de son ton apathique.



​-De quoi vous souvenez-vous exactement, intervint doucement Scully en s'approchant à son tour.



​-Que je me trouve à l'hôpital, là maintenant, murmura le jeune contrôleur. Que la police de Seattle m'a interrogé avant vous. Qu'une jeune femme aux cheveux noirs est déjà venue me rendre visite plusieurs fois. J'ignore pourquoi elle fait cela. Son bébé a besoin de repos, je ne sais pas pourquoi ils viennent pleurer tous les deux ici dans ma chambre.



​Le détachement dans la voix de Mercer était effroyable et un étau serra soudain la poitrine de Scully. Son corps fut parcouru par une vague de frissons à l'idée que ce jeune homme venait de devenir père et qu'il n'en avait tout simplement plus conscience. Qu'il ne ressentait plus rien envers la femme qu'il avait un jour épousée, ni pour leur nourrisson qu'elle venait de mettre au monde.

Et le plus terrifiant résidait dans le fait que le contrôleur ne semblait en éprouver aucune souffrance, aucune peur. Cette absence de souvenir ne le troublait pas, ne l'angoissait pas. Dan Mercer était simplement là, son corps existait, sans désir ni besoin de recouvrer sa mémoire et ses émotions passés.



-Et vous rappelez-vous de votre dernier trajet en train, poursuivit Mulder, imperturbable. Vous avez fait la liaison entre Salt Lake City et Seattle hier soir. Avez-vous vu ou ressenti quelque chose d'inhabituel ?



-Il y avait juste ce passager un peu étrange, déclara simplement le jeune homme de sa voix détachée. Un passager sans visage.



Mulder se tourna vers Scully et il croisa brièvement le regard bleu glacier de sa partenaire avant que celle-ci ne se détourne. Elle avait l'air plus pâle qu'à l'accoutumée et ses lèvres étaient pincées, signe d'un malaise évident que Fox commençait maintenant à décrypter chez sa coéquipière.


-Je pense que cela suffira pour aujourd'hui, déclara brusquement Ferguson. Mon patient a besoin de repos, d'autant que d'autres examens médicaux sont planifiés d'ici une heure.



Le trio sortit de la chambre en silence. Scully ne pouvait cependant pas sortir de son esprit le regard indifférent et froid de Dan Mercer et son intonation monocorde, totalement détachée du monde réel. C'était à la fois déchirant et effrayant, et la petite rouquine se rendit soudain compte qu'elle tremblait légèrement. Elle fourra ses mains dans les poches de son trench, tentant de camoufler comme elle pouvait le choc que lui avait causé la rencontre avec le contrôleur.


La voix de Mulder la sortit alors de ses pénibles pensées. Le grand brun avait sortit sa carte de visite du FBI et la tendait désormais d'un geste désinvolte au chef de service :



-Merci pour votre collaboration, Docteur Ferguson. N'hésitez pas à nous contacter s'il y a du nouveau sur l'état de Dan Mercer ou... pour quoi que ce soit d'autre qui aurait pu retenir votre attention.



​Le jeune médecin acquiesça en glissant les coordonnées de l'Agent dans la poche de sa blouse, puis il les salua brièvement avant de s'éloigner à grandes enjambées dans le dédale aseptisé de son service.



-Mulder ?



Fox sursauta presque en entendant Scully s'adresser directement à lui : leur dernier échange devait remonter à plusieurs heures alors qu'ils étaient encore en plein vol vers Seattle.



-Je dois bien avouer que tu as raison sur un point, poursuivit la jolie rousse. Cette affaire est des plus étranges, surtout avec la drôle d'attitude du Docteur Ferguson...



Mulder ne put s'empêcher de sourire. Si sa partenaire pouvait se montrer exagérément rationnelle, son intelligence et son sens aigu de l'observation la conduisaient souvent aux portes de la vérité.

Un sentiment de gratitude envahit le grand brun, reconnaissant d'avoir cette brillante jeune femme à ses côtés.



-Je suis d'accord avec toi, Scully, finit par murmurer Mulder en tournant les talons vers la sortie du bâtiment. Reste à déterminer désormais ce que le Docteur Ferguson cherche à cacher.





​ ***





Lorsque Mulder et Scully pénétrèrent dans le hall principal de la gare de Seattle, l’effervescence du lieu les submergea instantanément. Les quais étaient bondés, rythmés par le flux incessant des voyageurs pressés, le roulement de leurs valises et le grésillement des annonces dans les haut-parleurs. C'était un contraste violent, presque indécent après l'atmosphère figée et stérile de l'hôpital qu'ils venaient à peine de quitter.


​Au bout de la voie quarorze, un homme courtaud engoncé dans un uniforme bleu et blanc attendait les deux Agents de pied ferme. Il les accueillit d'un ton bourru qui masquait assez mal sa profonde tristesse :



-Vous êtes les Fédéraux d'la capitale ? Je m'appelle Harry Miller, je suis le chef de gare de King Street.



-Agent Fox Mulder et voici ma coéquipière, Dana Scully, confirma le grand brun en tendant une fois de plus sa plaque officielle, sa voix peinant à dominer le tumulte environnant.



Le vieil homme loucha un instant sur le document, visiblement impressionné et peu habitué à ce genre de visite, puis il se reprit maladroitement :



​-J'vous prie de me suivre, messieurs-dame, si vous souhaitez examiner ce fameux train avant qu'on ne fasse monter les passagers à bord.



Mêlant le geste à la parole, Harry Miller se faufila habilement à travers la foule malgré sa carrure épaisse. Le trio longea le train à l'arrêt et atteignit bientôt la porte du wagon de tête. Le brouhaha incessant des voyageurs s'atténua dès qu'ils pénétrèrent dans la rame, leur permettant d'échanger plus librement que sur le quai bondé.


La voiture était déserte, une succession de fauteuils bleus au velours plus ou moins défoncés, éclairés par la vive lumière des plafonniers. La moquette au sol était râpée par le passage incessant des voyageurs et leurs bagages, et plusieurs gobelets traînaient à terre, jetés là par de précédents passagers sans scrupule.



-Ces trains sont plein à craquer en journée, soupira Harry en contemplant les incivilités, impuissant. Mais le trajet de nuit est beaucoup plus calme. À cet horaire-là, la plupart des gens dorment, et il n'est pas rare que les derniers wagons soient carrément inoccupés.



Mulder et Scully suivirent le chef de gare en silence, leurs yeux passant au crible chaque détail tout en arpentant les rangées de sièges vides. Ils passèrent ainsi de wagon en wagon, ne notant rien de particulier mise à part le triste état du train que Dan Mercer avait contrôlé quelques heures plus tôt.



-Ces rames ont plus de vingt ans de service, justifia Harry Miller comme s'il sentait le regard des Agents du FBI dans son dos. Rien n'est de première jeunesse, ici...



Puis la voix du vieil homme se brisa soudain, comme s'il était incapable de contenir sa peine plus longtemps, et il se retourna vers les Fédéraux d'un air désespéré :



-Dan est un bon gars. Un des meilleurs collègues que j'ai pu avoir. Travailleur, passionné, et infiniment amoureux de sa Peggy...



​Tout en parlant, le chef de gare faisait tourner nerveusement sa casquette entre ses doigts, son regard un peu trop brillant perdu au delà d'une des fenêtres du train.



-Vous le connaissiez bien, hasarda Scully tout en se reprochant immédiatement d'avoir parlé du jeune homme au passé.



​-J'connais ce gamin depuis qu'il a franchi les portes de cette gare, murmura Miller.

Y'a dix ans de ça. C'est moi qui l'ai formé, qui lui ai tout appris. Je l'ai vu passer de môme à adulte, et hier encore, on trinquait à son futur rôle de père. Rien, vous m'entendez, rien ne m'aurait préparé à le retrouver dans l'état dans lequel il était ce matin.



-Nous sommes vraiment navrés pour ce qui arrivé à Dan Mercer, intervint calmement Mulder. Nous ferons le nécessaire pour découvrir ce qu'il s'est passé, et pour l'aider si cela est possible.



Une larme perla au coin de l'œil du vieil homme et alla lentement se perdre dans la broussaille de sa barbe grise. Puis le chef de gare reprit contenance et se remit en marche, conduisant les deux Agents du FBI vers le fond du train.


​-Que recherchez-vous exactement ici, Agent Mulder, demanda finalement Harry, les sourcils froncés.



​-N'importe quel indice nous permettant d'expliquer ce qui a pu causer la brutale amnésie de votre collègue, murmura Mulder en examinant une niche à bagage dont le filet étiré pendait tristement.



-Vous pensez que... le train pourrait être à l'origine de l'état de Dan, bredouilla le vieux, surpris.



Mulder vit du coin de l'œil Scully ouvrir la bouche pour protester, mais le grand brun fut plus rapide qu'elle :



-Nous devons explorer toutes les pistes. La science et les examens médicaux n'ayant rien révélé pour le moment, nous nous penchons sur d'autres hypothèses.



Mulder marqua une pause alors que sa partenaire levait les yeux au ciel, puis il enchaîna :



-Vous n'avez rien remarqué de particulier ces dernières vingt-quatre heures, monsieur Miller ? Quelque chose d'inhabituel, même un détail des plus anodin ?



Le chef de gare se gratta un instant la tempe et replaça sa casquette bleue et blanche sur son crâne épais :



-Non... non, répondit le vieil homme en pleine réflexion. Mise à part l'attitude inexplicable de Dan, je n'ai rien remarqué. Enfin sauf...



Harry Miller se tut, soudain hésitant face à ce qu'il s'apprêtait à dire.



-Vous pouvez nous faire confiance, l'encouragea Fox. Si vous avez vu quoi que ce soit, vous devez nous le dire.



-Eh bien... C'est-à-dire..., bafouilla le chef de gare en baissant la voix. Quand Dan est reparti le long de la voie après m'avoir brièvement parlé ce matin, j'ai cru un instant... Je sais, c'est complètement idiot, mais j'ai cru pendant une fraction de seconde que son reflet était brouillé dans les vitres du train. Comme s'il... comme s'il n'avait plus de visage.


​À ces mots, Scully laissa échapper un soupir de lassitude et leva une nouvelle fois les yeux au ciel. Mulder en revanche jubilait, un éclat triomphant s'allumant au fond de ses yeux verts. Le témoignage d'Harry venait étayer sa théorie tout en confirmant les derniers souvenirs de Dan Mercer : ce passager sans visage devait bel et bien exister, et il était sûrement capable d'influer sur la mémoire et l'affect de ses victimes.

Restait à savoir comment trouver ce mystérieux voyageur, et déterminer si ses "attaques" étaient préméditées ou si elles relevaient d'un phénomène incontrôlable. Mais le grand brun se garda de se montrer trop enthousiaste pour l'instant : il serait bien assez tôt pour faire part à Scully de ses nouvelles hypothèses sur l'enquête.


​Le trio atteignit enfin l'ultime wagon en silence. Comme les précédentes rames, celle-ci était déserte, baignée par la lumière crue de son néon. Rien ne la distinguait des autres, et rien ne laissait présager que l'identité de Dan Mercer s'était volatilisée entre ses quatre parois de tôle.

Mulder s'approcha instinctivement de la dernière rangée de fauteuils, et il tourna lentement sur lui-même, comme s'il notait mentalement les moindres détails du train dans son esprit.

Harry quant à lui consulta sa montre et fit la moue.


-J'suis désolé de vous presser, messieurs-dame, annonça-t-il. Mais le train doit impérativement repartir dans quatre minutes. Nous avons déjà retardé son horaire pour que vous puissiez le voir de vos propres yeux, mais un retard supplémentaire sur la ligne, vous comprenez...



​-Nous comprenons, merci beaucoup pour votre temps, répondit poliment Scully, trop heureuse de sauter sur l'occasion de mettre fin à cette visite.



​La jeune femme suivit prestement le chef de gare, visiblement soulagée d'être débarrassée de cette partie improbable et farfelue de l'enquête.

Le vieil homme passa la porte du wagon et sauta sur le quai, suivi de près par Scully qui bondit à terre d'un pas agile juste derrière lui.


​Mulder fit un dernier tour sur lui-même puis il se résigna à suivre sa partenaire : il ne trouverait pas d'indice supplémentaire ici aujourd'hui.

Il posa à son tour le pied sur le marchepied de métal, s'apprêtant à rejoindre Scully et le chef de gare sur le quai, quand un murmure d'une netteté effroyable s'éleva soudain du fond du wagon et le figea sur place :



SAMANTHA



​Fox se retourna vivement, ses yeux balayant frénétiquement la rame, le cœur battant. Mais le dernier wagon était désert.

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