La Malédiction du Triangle

Chapitre 9 : Retour vers le Futur

3266 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 17/10/2026 16:44

Fox Mulder émergea lentement des ténèbres.

Il avait l'impression que quelqu'un s'amusait à lui enfoncer un poignard dans le crâne, tout en faisant tanguer le monde autour de lui. Sa bouche était sèche, sa gorge le brûlait et chacun de ses membres pesait le poids d'une ancre. Quant à son estomac, il menaçait à tout instant de se retourner. Il n'arrivait également pas à déterminer si les tremblements incontrôlables qui secouaient son corps étaient liés au chaud ou froid, mais une fine pellicule recouvrait sa peau, lui donnant une désagréable sensation de moiteur.


Le grand brun finit par entrouvrir péniblement les yeux et la forte luminosité lui arracha une grimace. Il parvint cependant à distinguer trois silhouettes qui se penchaient au-dessus de lui, sombres mais familières, et qui l'observaient de haut.

Mulder se figea.


Les Contrebandiers Solitaires !


Ils avaient fini par le retrouver !



-Non… murmura l'Agent de FBI en délirant à moitié. Je n'ai pas volé votre rhum… Ce n'est pas moi…



Un silence perplexe accueillit sa faible déclaration



-Est-ce qu'il nous reconnaît, demanda aussitôt une des ombres, quelque part au-dessus de lui.



-Je n'en ai pas l'impression, murmura une autre.



-Il a vraiment dû être sonné par son naufrage, renchérit la dernière.



Mulder ouvrit davantage les paupières.

L'homme qui venait de parler était grand, mince, et ses longs cheveux blonds venaient frôler les épaules d'un antique t-shirt à la gloire d'un groupe de hardrock. L'un de ses comparses, plus petit et trapu, était engoncé dans une veste de cuir sombre et ses joues avaient apparemment oublié à quoi devait ressembler un rasoir. Quant au dernier, il se tenait bien droit, vêtu d'un costume-cravate impeccable comme s'il s'apprêtait à assister à une réception officielle.



Un quatrième personnage fit alors irruption dans le champ visuel de Mulder avant même que ce dernier ne puisse mettre de l'ordre dans ses pensées. Le nouveau venu était immense, large d'épaules, et son ton autoritaire claqua comme un boulet de canon lorsqu'il tonna :



-Bon sang, que se passe-t-il ici ?



Mulder retint son souffle.


Le Second de la frégate Starbuck !


Mais que diable faisait-il ici, avec les trois contrebandiers ? Et pourquoi avait-il troqué son habit de la Marine Royale contre un costume sombre et une paire de lunettes rondes à fine monture ?

Décidément, quelque chose clochait. On aurait dit qu'il s'agissait en réalité de...



-Oh… Skinner, souffla alors Fox d'une voix pâteuse tandis que les vrilles transpercaient son crâne de plus belle.



Le grand chauve fronça les sourcils :



-Vous vous rappelez qui je suis ?



Mulder tenta un sourire mais l'effort lui arracha une nouvelle grimace :



-L'uniforme vous allait si bien… Vous êtes un putain de beau mâle, Walter !



Un silence gêné s'abattit dans la petite pièce.

Le trio solitaire s'échangea des regards éloquents tandis que Skinner, lui, resta parfaitement immobile. Seule sa mâchoire se contracta violemment, comme si l'Agent du FBI venait de prononcer une phrase qu'il aurait préféré ne jamais entendre de sa vie.



-Agent Scully, dites-moi ce qui cloche chez l'Agent Mulder.



Une voix féminine, douce malgré une pointe d'agacement manifeste, s'éleva alors de quelque part sur la gauche de Fox :



-L'agent Mulder souffre d'hypothermie et de déshydratation après avoir passé un temps considérable dans l'eau. Sans parler de l'hypoxie dont il a été brièvement victime lorsque nous l'avons repêché in extremis.



Mulder voulut tourner la tête vers l'origine de cette intonation familière, mais une irrépressible nausée l'en empêcha. Il grimaça, les doigts crispés sur le drap, concentré à ne pas rendre le peu que contenait son estomac.

Mais cette voix…

Il l'aurait reconnue entre mille, bien que son cerveau refusait obstinément de remettre de l'ordre dans les souvenirs qui s'y bousculaient.



-Bien, reprit Skinner d'un ton qui ne laissait rien présager de bon. Alors veillez à ce qu'il se rétablisse rapidement, Agent Scully. J'aimerais avoir le plaisir de lui botter le cul moi-même dès son retour au Bureau.



Et sur ses mots, le Directeur Adjoint tourna les talons et quitta la chambre dans un tourbillon de cravate et de manteau furieux.

Encore à moitié sonné, le regard de Mulder parvint péniblement à se fixer sur son environnement immédiat : des murs blancs, un néon blafard au plafond, des appareils électroniques qui bippaient régulièrement, des poches de perfusion qui déversaient lentement leur contenu dans ses veines, une forte odeur d'éther mêlée aux détergents... et le lit confortable sur lequel il était allongé, recouvert d'un drap et d'une couverture.

Deux questions émergèrent alors immédiatement dans l'esprit de Mulder :

La réponse à la première, sur le où, était sans aucun doute une chambre d’hôpital.

La seconde interrogation, non moins importante, resta en suspens pour le quand.


Le regard de Fox se posa de nouveau sur l'homme blond, qui portait un vieux t-shirt noir des Ramones.


Les Ramones !


Les rouages se mirent en branle quelque part au fond de son crâne, et Mulder commença lentement à comprendre :



-Langly ?



Le visage du concerné s'éclaira aussitôt d'un large sourire :



-Ah ! Il nous reconnaît enfin !



Le grand brun tourna péniblement la tête vers les deux autres compères :



-Frohike…, Byers ?



-À la bonne heure, ricana le plus petit des trois hommes. Notre grand explorateur revient parmi les vivants.



-Les bains salés ne semblent décidément pas te réussir, murmura Byers avec un sourire de soulagement. Il faudra penser à te ménager à l'avenir.



Mulder voulut répondre, mais sa gorge de plus en plus sèche ne lui permit d'émettre qu'un son rauque.



-Bon, il faut qu'on y aille, reprit brusquement Frohike en jetant un coup d'œil vers la porte. On risque de se faire repérer si on traîne trop longtemps ici.



-Depuis quand est-ce qu'on se soucie de se faire repérer, demanda Langly en haussant les épaules.



-Depuis que Skinner est capable de nous faire enfermer dans une cellule pour les dix prochaines années, peut-être, ironisa Byers en réajustant sa cravate d'un air nerveux.



-Repose-toi, Mulder. On repassera dès que ce sera possible et sans danger pour nous.



-Ou quand on aura trouvé un moyen de faire sortir l'Agent Scully de cette chambre, ajouta Frohike avec un sourire en coin.



-Je vous entends parfaitement, messieurs, fit remarquer la jeune femme.



-C'est bien ce qui m'inquiète, marmonna Langly.



Et, avant que la petite rousse n'eut le temps de leur adresser une dernière réplique cinglante, les trois hommes s'éclipsèrent à la suite les uns des autres et s'évaporèrent dans la nature. Mulder fixa un instant la porte qu'ils venaient de franchir.


Les bandits solitaires.


Les mêmes traits.

Les mêmes voix.

Les mêmes manières que ceux qu'il avait croisés dans le passé.

Mais ici, ils n'étaient plus des contrebandiers de la mer des Caraïbes. Ils étaient ses amis, ses compagnons de conspirations improbables et les seuls individus au monde capables de considérer certaines de ses théories comme parfaitement raisonnables.

Fox déglutit péniblement, puis ses yeux se posèrent sur la dernière silhouette demeurée dans la pièce.


Dana Scully.


La véritable Scully.

Son associée.

Sa partenaire.

Son amie.

Sa pierre de touche...


Elle se tenait à la gauche de son chevet, les bras croisés sur son tailleur noir et elle le fixait avec cette expression particulière qu'il connaissait si bien désormais : un mélange d'inquiétude, d'exaspération et de reproches soigneusement contenus derrière ses yeux bleu glacier.

Mulder sentit néanmoins poindre un sourire sur ses lèvres : il était enfin chez lui.

La jolie rousse s'approcha d'une des potences et vérifia machinalement le débit de la perfusion, puis elle explosa soudain :



-Tu ne peux pas disparaître comme ça, Mulder ! Tu ne peux pas décider de te lancer dans une expédition dangereuse sans prévenir personne, en te mettant en péril et en nous obligeant à te chercher pendant des heures ! J'ai bien cru qu'on allait retrouver ton cadavre au fond de l'eau !



Sa voix avait monté d'un cran au fil de sa phrase, et Mulder fut surpris par la profonde inquiétude (et la colère ?) qu'il y discerna.



-Scully, écoute-moi…



-Non, c'est toi qui vas m'écouter ! Tu as une idée des risques que tu as pris ? Tu aurais pu y rester !



Les mots de sa partenaire le frappèrent de plein fouet comme si elle l'avait giflé. Il s'était conduit comme un idiot irresponsable, elle avait eu peur de le perdre et elle ne se privait pas pour le lui faire remarquer. Une vague de remords s'empara alors de Fox :



-Je suis désolé, Scully.



Les yeux de Dana s’écarquillèrent comme des soucoupes. Elle sembla un bref instant surprise par cette réponse, comme si elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui donne raison aussi facilement.



-Bien. Maintenant, si tu pouvais m'expliquer ce qu'il t'a pris…



Mulder se redressa légèrement sur ses oreillers, avant de regretter immédiatement son initiative. Une douleur sourde lui traversa instantanément le crâne et il ferma les yeux tout en inspirant profondément :



-J'ai obtenu des informations confidentielles selon lesquelles le Queen Anne avait été aperçu à proximité des côtes de Puerto Rico, à l'entrée du Triangle des Bermudes. J'ai atteint le vortex, Scully ! Mais je n'y ai pas trouvé le paquebot...



-Évidemment. J'aurais pu te le dire avant que tu partes, cela t'aurait épargné cette peine.



-Scully, tu n'as pas la moindre idée de ce qui s'est réellement passé.



-Alors éclaire-moi.



Mulder prit un instant de réflexion, pesant chacune des paroles qu'il s'apprêtait à prononcer :



-J'ai été propulsé en 1717. En pleine mer des Caraïbes.



Scully le fixa, ses sourcils levés si haut qu'ils semblaient disparaître sous ses mèches rousses.



-Pardon ?



-Trois siècles dans le passé, Scully ! J'ai été repêché sur un immense trois-mâts noir comme la suie. J'ai été abandonné sur une île déserte. Je me suis échappé avec un pirate complètement dingue, avant d'être capturé par des trafiquants de rhum puis une frégate de la Marine Royale ! Nous étions condamnés à la potence quand... nous avons réussi à nous échapper !



Fox avait parler de plus en plus vite au fur et à mesure de ses explications, oubliant presque la douleur qui lui martelait toujours le crâne.

Scully quant à elle ne disait rien : son expression s'était figée dans cette neutralité clinique qui, chez elle, était souvent un signe bien plus inquiétant que des objections orales.

Mulder se tut à son tour, soudain conscient du discours qu'il venait de tenir. Vu de l'extérieur, tout cela ressemblait effectivement à un délire fiévreux particulièrement élaboré.

Et pourtant…

Il se souvenait du sel sur ses lèvres, de l'effroyable sensation lorsqu'il avait chuté dans la mer depuis le pont du Black Pearl, de la morsure des cordages lorsqu'il avait été fait prisonnier. Il se souvenait de la voix de Jack, de ses plaisanteries absurdes, de son haleine fétide et de son odeur corporelle improbable capable de tuer une mouche à plus de cent mètres.

Il se souvenait de tout.



-Mulder, murmura enfin Scully. J'espère sincèrement que tu plaisantes.



-Non. Non, pas du tout.



Le grand brun repoussa le drap qui le couvrait d'un geste sec et remonta la manche gauche de sa chemise d'hôpital.



-Regarde.



Son avant-bras portait en effet plusieurs marques rouges et gonflées, bien qu'elles fussent désormais recouvertes d'un produit antiseptique coloré.


Les morsures de Crapule.


Mulder les contempla avec une satisfaction presque triomphante :



-Ces marques m'ont été faites par un raton laveur domestiqué, à bord de la frégate...



Ses mots résonnèrent, complètement absurdes même à ses propres oreilles, et Fox hésita un instant avant de poursuivre. Devait-il également lui parler de la véritable identité des Contrebandiers Solitaires, de la présence de Skinner, d'elle-même et de son père dans cette temporalité-là ? Mais la jeune femme ne lui laissa pas le temps de réfléchir plus avant et elle bondit sur son dernier argument tel un prédateur affamé :



-Mulder, tu as subi une hypothermie importante, une déshydratation sévère et une hypoxie transitoire. Tu étais en train de te noyer lorsque nous t'avons retrouvé. Ton organisme a été soumis à un stress considérable. Tu es encore désorienté, et le manque d'oxygène qu'a subi ton cerveau t'a simplement provoqué ces hallucinations !



-Je sais ce que j'ai vécu.



-Tu étais seul lorsque nous t'avons retrouvé dans l'eau. Et il n'y avait aucun autre navire en vue à part l'épave à demi fracassée de ton bateau de location.



-Parce que les traficants de rhum, les officiers de la Marine Royal et le pirate sont restés dans le passé !



Scully pinça ses lèvres teintées de rouge, et Mulder put exactement deviner ce à quoi elle pensait en cet instant : qu'il était encore sous le choc des épreuves subies et qu'il était donc inutile d'essayer de le ramener à la raison pour l'instant. Dana Scully ne le croyait pas, aussi sûr que deux et deux font quatre, et une colère sourde monta brusquement dans la poitrine de Fox face au manque de compréhension de sa partenaire :



-Scully, et mes morsures ? Tu ne peux pas dire que je les ai inventées !



-Je n'ai jamais dit que tes blessures n'existaient pas. Tu as fait naufrage, Mulder, ton embarcation s'est littéralement disloquée dans l'océan. Tu as très bien pu être blessé par des débris ou mordu par un animal pendant ton immersion, sans être en mesure de t'en souvenir clairement.



Le grand brun dévisagea sa coéquipière. Cela semblait tellement facile pour elle. Chaque affirmation trouvait miraculeusement une explication médicale, une hypothèse rationnelle, un dénouement tangible. Scully avait ce don si particulier de remettre le monde à l'endroit sans avoir à envisager une seule seconde qu'il puisse être sens dessus dessous un seul instant. Et s'en était presque effrayant.


Mais il savait, lui.

Il était convaincu par ce qu'il avait vécu. Il avait franchit un portail temporel, et il avait atterri au-delà du réel dans une autre époque que la sienne. Il devait néanmoins accepter le fait que Scully ne le croirait sans doute jamais.


Un silence s'installa dans la chambre, uniquement rompu par le bip régulier du moniteur cardiaque et du ronronnement de la pompe à perfusion.



-Je vais te laisser te reposer, finit par murmurer la petite rouquine, légèrement calmée. Tu as besoin de récupérer, et nous reparlerons de tout ça lorsque tu seras en meilleur état. J'espère que tu retrouveras rapidement tes esprits et que tu cesseras d'agir comme un adolescent de quinze ans. Tu es sensé faire preuve de discernement : tu es un agent du FBI, Mulder.



Contre toute attente, un sourire parvint enfin à fendre le visage de Fox, qui ne put s'empêcher de rétorquer :



-Non Scully. Je suis un pirate !



La jeune femme frémit, leva son visage vers le plafond et murmura pour elle-même :



-Seigneur...



Puis sans plus de cérémonie, elle tourna les talons et se dirigea vers la porte de la chambre d’hôpital.



-Scully !



Dana se retourna, les sourcils froncés :



-Quoi encore ?



Mulder la contempla : son beau visage au teint de porcelaine, ses yeux clairs, ses cheveux roux, cette vivacité et l'intelligence évidente qui émanaient d'elle, sa force de caractère et sa loyauté sans faille.

Oui, Mulder aurait pu continuer à lui parler de la mer des Caraïbes, de l'improbable Jack Sparrow, de l'étrange compas et du portail qui l'avait ramené jusqu'à elle. Il aurait pu essayer une nouvelle fois de lui faire comprendre que tout cela avait été réel, qu'il n'avait pas halluciné et que, quelque part à trois siècles de là, un pirate aux yeux soulignés de khôl ramait en direction de Port Royal avec un sachet de graines de tournesol dans sa poche.

Mais le jeune homme était épuisé.

Il avait mal partout.

Et, pour une fois, il n'avait absolument aucune envie de se lancer dans une argumentation sans fin.

Alors il lui déclara simplement l'unique vérité qui faisait battre son coeur à cet instant :



-Je t'aime.



-Oh, mon frère…



La jeune femme revint lentement sur ses pas, se pencha au-dessus de lui et l'embrassa tendrement sur le front.

Mulder ferma les yeux, heureux d'avoir retrouvé sa place parmi les siens. Le reste n'avait finalement aucune importance.



-Repose-toi s'il te plaît, murmura-t-elle.



Puis Dana se redressa et quitta la chambre pour de bon.


Mulder resta longtemps immobile dans son lit, les yeux rivés sur le plafond aseptisé. Il sentait encore la trace brûlante des lèvres de Scully sur sa peau, et un léger frisson le parcourut.

Une nouvelle nausée le saisit alors avec la violence d'une vague en pleine tempête, et le jeune homme se tourna sur le côté pour tenter de l'apaiser.


La pièce entière sembla tanguer autour de lui, comme le pont d'un navire malmené par la houle.

Il ferma les yeux quelques secondes, attendant que l'horrible sensation se dissipe. Lorsqu'il les rouvrit enfin, son regard tomba sur la petite table qui trônait sous la fenêtre de sa chambre. On y avait déposé ses vêtements détrempés, dégoulinant et imprégnés de sel. Son cellulaire et son arme avaient bien évidemment disparu, sans doute perdus quelque part dans les profondeurs de l'océan. Un nouveau haut-le-cœur le submergea, et le grand brun se pencha vers le sol en priant de parvenir à ne pas se vomir dessus.

Ses iris verts accrochèrent alors un petit objet tombé à même le linoléum, sans doute lorsque les équipes médicales l'avaient amené ici : un ruban de satin émeraude, légèrement taché de rouge par endroit.

Avec la plus grande des précautions, l'Agent du FBI tendit la main et ses doigts se refermèrent sur le morceau de tissus. Il était bien là, doux et frais, palpable sous ses doigts.


Le cœur de Mulder accéléra brusquement alors qu'une certitude grandissait en lui. Une certitude qui lui affirmait que quelque part, dans une autre vie, une jeune femme au regard bleu glacier et au raton-laveur perché sur son épaule surveillait l'horizon, espérant recroiser un jour, au-delà des océans d’éternité, cet étrange naufragé.


Fox aurait évidemment pu rappeler sa partenaire, lui montrer cette preuve irréfutable, lui demander de la faire analyser et insister jusqu'à ce qu'elle accepte au moins d'envisager une autre explication.


Mais il n'en fit rien. Il était rentré chez lui et cela lui suffisait amplement.

Lentement, Mulder ferma les yeux, serrant toujours le petit ruban dans sa paume, un sourire idiot se dessinant sur ses lèvres.


Je t'aime, Scully, se répéta-t-il.


Et c'était sans nul doute la seule chose parfaitement sensée que l'agent Fox Mulder ait prononcée de toute la journée.



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