La voix de l'ombre - Livre IV - Un passé recomposé

Chapitre 26 : Un bref répit

2668 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 03/11/2026 20:49

Chapitre 26 : Un bref répit.



Comme si lui-même avait été frappé par la foudre, Thrall semblait peu disposé à recevoir qui que ce soit. Retranché à Wor'var, il ruminait sa dernière rencontre avec Garrosh. Aggra, qui le connaissait bien, avait choisi de le laisser respirer. Pour un temps. Cependant, rapidement rattrapée par sa nature fougueuse, elle se décida à lui parler.


Elle pénétra sous leur tente, et le trouva au sol, perdu dans ses pensées. Elle s'approcha lentement, puis s'installa à ses côtés.

  • Go'el, sache que ce que tu as accompli a exigé beaucoup de toi. Il est naturel que tu te sentes abattu, mais par les Ancêtres, parle-moi !


Thrall, qui était accroupi sur une paillasse, leva les yeux vers sa compagne. Dans le plus grand des calmes, il tenta d'ouvrir son cœur :

  • Tu sais, j'ai mené tant de combats, perdu tant de proches. Mais cela, et tout ce qui en découle, c'est un énorme poids à porter.
  • Un poids trop lourd pour tes seules épaules, Go'el ! Tu ne peux continuer à tout assumer tout seul ! Nous sommes là !
  • Je le sais, Aggra, fit-il tendrement. Mais tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a déclenché, je ne pourrai jamais me le pardonner !
  • Tu sais très bien que tu n'es pas responsable de ses actes ! Enfin Go'el, tu l'as affirmé toi-même lors de son procès !
  • Je sais, comme si je cherchais à m'en convaincre. Et tu ne sais pas tout, mon amour.
  • Comment ça ? Qu'est-ce que je ne sais pas, Go'el ?


Thrall soupira longuement. Il lui tardait de retrouver Keera et de la questionner. Il connaissait Garrosh, et le savait enclin à amplifier ou exagérer ses paroles, afin qu'elles correspondent à sa propre réalité, et qu'elles justifient ses actes. Mais il n'était pas orc à mentir. Ce qu'il avançait, à propos de l'enfant de Keera, n'était donc pas impossible.


Et pour l'heure, Thrall ne souhaitait en parler à personne. Pas tant qu'il ne connaîtrait pas la vérité.

  • Yrel et l'Alliance s'occupent des orges de Cognefort, reprit Thrall. Nous pouvons rentrer au Mur-de-Givre à la Crête.
  • Très bien, acquiesça Aggra qui se leva. Partons. Mais je n'en ai pas fini avec toi, Go'el !
  • Aggra, tu sauras en temps voulu. Mais avant tout, je dois vérifier quelque chose.

W


Gorgrond était une terre aussi majestueuse que dangereuse. Sa flore luxuriante était habitée par des créatures étranges, ainsi qu'accessoirement des magnarons, tandis que sa partie aride comptait de nombreux gronns, ogrons, ainsi que les orcs du clan Rochenoire. Une contrée des plus inhospitalières qui pour autant rendit Keera émerveillée.

Heureuse de faire découvrir à son fils une nature aussi riche, et malgré sa peine, elle se ressourçait tant bien que mal auprès de ses amis.


Et alors que Keera et sa troupe menaient leurs recherches et suivaient la trace de Main-noire, ils firent la rencontre d'un être pour le moins étonnant.

Rexxar, un individu mi-orc mi-ogre, sollicita leur aide afin de sécuriser une puissante relique capable de maîtriser la force et les pouvoirs des magnarons, puissants géants faits de roche en fusion et de chair. Ces créatures incroyablement fortes et immenses étaient les ancêtres des gronns, et la Horde de Fer tentait de s'emparer de la relique, que l'on nommait le Cœur de Gorgorek.


Bien que réticent à l'idée d'aider un Mok'Nathal, Neshi se montra coopératif lorsqu'Ethrok lui expliqua que le Rexxar de leur passé était digne de confiance. Quelques membres de la Horde avaient réussi à dérober la relique au nez des orcs du clan de la Lame-Ardente venus chercher l'artefact pour le compte de la Horde de Fer.


  • Ils sont sur notre piste, affirma un réprouvé qui faisait partie de l'expédition. Nous devons rentrer au Mur-de-Givre et cacher l'artefact !
  • Je me charge de les dérouter, proposa Rexxar. Nisha et moi assurerons vos arrières.
  • Merci Rexxar, fit Keera. Nous allons accompagner l'expédition, et revenir ici. Nous savons maintenant que Main-noire se cache au fond de sa Fonderie, mais nous devrons être plus nombreux pour enfoncer ses défenses.


Nisha était le corbeau de l'effroi de Rexxar. Chaque fois que Sorata le voyait, il tendait les bras dans sa direction. Nisha, femelle docile mais sauvage, se prit d'affection pour le petit que Rexxar faisait monter sur son dos. Attendri par l'attrait pour la nature et pour les animaux de cet enfant, le Mok'Nathal, lui aussi croisé, se sentait proche de Sorata. Keera, qui pouvait ressentir la nature bienveillante de Rexxar, le laissait faire, bien que Neshi surveillait chacune de leurs rencontres.

Lorsque Rexxar fut revenu de sa traque, il confirma avoir mis les orcs de la Lame-Ardente sur une fausse piste.


  • Bien, nous partirons à l'aube, dans ce cas, déclara Keera en voyant le jour tomber. Rexxar, pouvons-nous rester à la Couronne du Briseur cette nuit ? Ses rochers me semblent être un bon rempart pour nous protéger.
  • Vous êtes les bienvenus, mes amis, acquiesça Rexxar comme s'il c'était agi d'une évidence.
  • Je prends le premier quart ! proposa Neshi qui, de toute façon, ne dormait que très peu.
  • Reste avec Sorata, Na'an, fit Ethrok. Nous sommes assez nombreux pour se relayer, et tu as plus besoin de sommeil que ton petit, sourit-il ironiquement.
  • Je ferai mon tour de garde comme tout le monde ! le gronda la princesse.


Ethrok sourit, puis s'approcha de Keera, qui savait parfaitement ce qui l'attendait.

  • Laisse-moi prendre soin de toi, susurra-t-il.
  • N'en as-tu pas assez de me materner Ethrok ? Je ne suis pas une enfant ! Et je ne suis pas à plaindre !
  • Ce n'est pas de la pitié, Na'an, et tu le sais ! Tu dois prendre soin de Sorata. Et pour ça, tu dois te reposer !
  • Tu es aussi borné que ta mère, qui n'écoutait rien de ce que je lui disais ! se plaint Keera en fronçant les sourcils.
  • C'est qu'elle m'a bien élevé, sourit l'orc en se levant pour partir.


Keera le regarda s'éloigner, et bouda. Elle observa le petit camp dressé par Rexxar. Une tente avait été installée sous trois monolithes, et plusieurs récipients, ainsi que de l'équipement de chasse étaient disposés ci et là. Truffe, le sanglier de Rexxar, montait la garde, et elle vit le Mok'Nathal lui amener Sorata à dos de corbeau. De voir son fils si vivant et heureux l'amena à repenser à Rend et Maim Main-noire. Ces deux-là devaient n'être que des enfants sur cet espace-temps. Si tant est qu'ils existaient ici. Ce qu'elle ne chercherait pas à vérifier.


  • Merci Rexxar, fit-elle en attrapant son fils qui sauta dans ses bras.
  • Il est robuste ton petit. Regarde, il veut marcher sur ses pieds !
  • Il grandit si vite, sourit Keera. Et il me comble de joie.
  • Et il te rendra fier ! Depuis notre rencontre, je ne l'ai jamais vu montrer sa peur.
  • Il doit sûrement être encore trop petit pour ressentir la peur, tu ne penses pas ? demanda-t-elle.
  • Peut-être, fit Rexxar en regardant l'horizon. (il se tourna vers Keera) Son père est mort ?
  • Non, mais ce n'est pas mon compagnon, et je ne souhaite pas rester auprès de lui, répondit-elle l'air maussade.
  • Tu es forte et fière, et tu as l'esprit d'un orc, analysa Rexxar. Cet enfant sera éduqué comme il le mérite, même sans père.


Keera sentit une profonde amertume dans les mots de Rexxar. Elle voyait bien qu'il errait seul, loin des Mok'Nathal, un clan connu pour sa composition d'individus mi-orcs mi-ogres. Mais Keera releva davantage le ton employé pour désigner le père de Sorata.


  • C'est gentil, mais ne penses-tu pas que Sorata serait plus heureux avec une vraie famille ?
  • Si son père est digne de vous, il sera heureux à ses côtés, affirma Rexxar. Mais s'il n'est pas honorable, il ne sera pas un bon exemple pour ton fils.
  • Rexxar, as-tu connu ta mère ?


Surpris par la question, le Mok'Nathal grommela. Reniflant bruyamment, il répondit néanmoins :

  • Je l'ai connue durant mes premières années de vie. Puis elle est partie en guerre, et n'est jamais revenue. Je ne me souviens pas vraiment d'elle, je me dis qu'elle ne devait pas être si aimante. Je crois que cela vaut pour beaucoup d'orques. Les animaux, eux, sont aimants.
  • Ton père est donc un ogre, releva Keera.
  • Il n'est qu'un demi-orc en réalité, rectifia Rexxar. Il m'a enseigné l'art de la chasse, ce dont je lui suis reconnaissant, fit-il en regardant Sorata qui s'endormait dans les jambes de sa mère.
  • Oui, je pense qu'il devrait déjà dormir. (elle se leva) Merci encore pour tout, Rexxar. Ne veille pas trop tard, ajouta-t-elle en souriant.
  • Que l'Esprit des bêtes vous accompagnent, toi et ton enfant, répondit-il.


Tandis qu'elle marchait vers sa tente, elle entendit des murmures en contre-bas. Neshi avait apparemment rejoint Ethrok, et le doux bruit d'échanges plus intimes la rendit nostalgique.

Varian lui manquait terriblement.


W


Rexxar les avait accompagnés jusqu'au Guet des Bêtes, une halte établie par Durotan et la Horde d'Azeroth, des semaines plus tôt. Ils y passèrent la nuit, et regagnèrent la Crête de Givrefeu par la Mort Grimaçante, un village du clan orc du Crâne-Ricanant que les Loup-de-givre avaient nettoyé d'une invasion de gorens, petites créatures non moins dangereuses que leurs cousins gronns, qui attaquaient en meute et vivaient en colonies dans les souterrains, où ils se gorgeaient de minerai dont l'exsudation formait une carapace efficace.


La Passe de Gorgrond rappela à Keera la fois où Orgrim les avait emmenés, elle et son petit, pour atteindre Talador, puis Tanaan. Peu de temps avant de voir Ga'nar pour la dernière fois.

Plus loin, le Passage du Tonnerre ayant été enseveli par Drek'Thar, ils durent regagner la Crête à dos de rylaks, sortes de chimères à deux têtes que les orcs pouvaient dompter, puis monter.

Ils survolèrent Grom'gar, le fief du clan Sire-tonnerre, avant de rejoindre le Mur-de-Givre, situé à la pointe sud de la région.


Ils firent atterrir leurs montures devant le fief, et furent accueillis par deux trollesses d'Orgrimmar. Lorsqu'ils pénétrèrent dans le camp, Keera fut impressionnée par ses infrastructures. Immédiatement saisie par les couleurs de la Horde, elle fut revigorée, et aperçut Draka aux côtés de Thrall autour d'un grand feu de camp. Les Loup-de-givre laissaient en permanence des feux de camp allumés, et leur mode de vie se retrouvait également ici.


  • Keera ! s'écria Draka qui courut vers la princesse, les bras ouverts.
  • Ah, Draka, fit-elle en répondant à l'étreinte, tandis que Thrall se tournait vers elles.
  • Tu as l'air d'aller mieux, ma sœur, fit l'orque en l'inspectant. Et Main-noire ?
  • Keera ! fit Thrall qui les interrompit. (il lui prit les mains) J'ai à te parler, allons plus loin.


Le ton employé intrigua Keera, qui confia Sorata à Draka, et suivit son ami. Après avoir traversé une partie du Mur, Thrall la conduisit en lisière du camp, près d'un écoulement de lave qui faisait bouillonner le lac devant lequel ils s'arrêtèrent.


  • Pardonne-moi Keera, mais je ne voulais pas que qui que ce soit puisse te parler avant que je n'en ait l'occasion.
  • Je m'en rends compte, répondit-elle. Quelque chose de grave a dû arriver. Dis-moi, Thrall ?
  • Nous revenons de Nagrand, comme tu le sais.


Keera opina, attendant la suite.

  • Keera, Garrosh est mort.


Un léger froncement traversa le visage de la princesse. Elle savait qu'ils n'allaient pas épargner Garrosh une seconde fois. Et Thrall semblait scruter la moindre de ses réactions.

  • Vous êtes donc venus à bout des Chanteguerre, fit-elle, une expression étrange sur le visage. Les avez-vous tous tués ? Et les dompteuses...
  • Keera, l'interrompit Thrall qui ne renonçait pas. J'ai défié Garrosh en Mak'gora. Et avant de le tuer, il a osé dire... (il soupira, puis inspira profondément) Il prétend que Sorata est son fils.


Le regard dur de Thrall n'invita pas Keera à parler. Même si la pointe de désespoir qu'elle y lut lui fit mal au cœur.

  • Keera, reprit-il sur un ton plus calme. Je ne cherche pas à te blâmer. Tu m'as expliqué n'avoir aucun souvenir de cette nuit-là. Et apparemment, le seul qui pouvait en témoigner était Garrosh. Ce qu'il a insinué...
  • Oui, il m'a clairement expliqué que mon mal-être m'avait sûrement poussée dans ses bras, après qu'il m'ait sauvé d'un Rochenoire. Il avait remarqué combien la présence d'Orgrim m'avait affectée. Il m'a dit avoir tenté de me repousser, mais c'est arrivé. (elle regardait au sol) C'est arrivé, et je ne laisserai personne me juger !


Sur ce dernier mot, Keera leva son regard durci vers Thrall. Le cœur lourd, le chaman poursuivit :

  • Keera, comme je l'ai dit, je ne compte pas te blâmer. Ce que tu as traversé, et le fait de revoir Orgrim... Je sais que tu n'aurais jamais cédé à Garrosh, la rassura-t-il. Et je pense que personne ne devra savoir.
  • Penses-tu que je mentirai à mon fils ? s'indigna-t-elle. Que je lui cacherai qui était son père ?
  • Et comment crois-tu que Varian va réagir ? Que tu aies eu un enfant avec un autre homme va déjà l'anéantir ! Mais de savoir que c'était Garrosh...
  • Je ne garderai pas un tel secret toute ma vie, Thrall ! Je ne peux pas ! Et même si Varian m'accepte à nouveau, même s'il accepte mon enfant, je ne pourrai jamais le regarder droit dans les yeux, et continuer de l'aimer avec un tel secret ! Comment pourrais-je le regarder en face ?
  • Alors tu vas le détruire, Keera, conclut calmement Thrall. Sais-tu qu'il m'a fait parvenir un messager me demandant comment tu allais et pourquoi tu ne t'étais pas encore rendue à Hurlevent pour le rejoindre ?


Depuis sa rencontre avec Maraad, et les autres membres de l'Alliance, Keera s'était attendue à cette éventualité. Varian devait trouver étrange qu'elle ne donne pas signe de vie depuis que Khadgar avait ouvert des portails vers Azeroth.

À présent en proie à l'abattement, la princesse s'affaissa. Elle devait accepter le fait que cette trahison allait tout changer. Bien malgré elle, elle avait trahi Varian. Et la seule chose positive dans toute cette histoire, c'était Sorata. De cela, elle ne pouvait décemment pas s'indigner, ni éprouver de la honte.


  • Quand l'heure sera venue pour Sorata de connaître son héritage, il sera devenu un grand guerrier, fier et puissant, fit Thrall. Et surtout, il aura grandi auprès d'une mère à l'âme pure et noble, qui saura le guider vers la justice et l'amour, et non l'orgueil et la haine qui caractérisaient son père.


Keera savait qu'il avait raison. Le mieux, pour le moment, était de garder ce détail secret. Au moins quelques temps.

  • Je... Oui, je crois que tu as raison, Thrall. Même si je ne suis pas encore décidée, je crois plus sage de ne rien dire au sujet du père de Sorata pour l'instant. Mais c'est à moi, et à moi seule de l'annoncer à Varian, le moment venu.


Thrall sourit timidement, puis épaula son amie.

  • Ce que nous réserve l'avenir, nous l'ignorons. Mais tu sais que nous serons de ton côté, Keera, quoi qu'il arrive. Pour le reste, c'est en effet à toi de décider.


Ces paroles douces et rassurantes firent couler les larmes de son amie, à qui le destin semblait aimer jouer de drôles de tours.

Laisser un commentaire ?