La voix de l'ombre - Livre IV - Un passé recomposé

Chapitre 24 : Trahison

3704 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 24/09/2026 17:44

Chapitre 24 : Trahison.



Le clan Loup-de-givre avait monté un camp temporaire dans les ruines de Tuurem. La prochaine destination, le fief du clan Chanteguerre, les mènerait vers Nagrand.

Mais pour l'heure, Draka et Serah s'affairaient auprès de Keera, qu'il paraissait presque impossible de sortir de sa torpeur.

Très inquiet de cette apathie, Durotan avait questionné Thrall qui semblait très au courant de ce que Keera traversait.


Keera a connu quelqu'un qu'Orgrim devait lui rappeler cruellement. Lorsqu'il est mort, elle ne l'a pas supporté, et a disparu pendant des années.

Je vois, fit Durotan qui caressait sa barbe. Elle a donc aimé un orc par le passé.

Oui, acquiesça Thrall. L'orc le plus honorable et fier que j'ai jamais connu.

Il l'aimait ! déclara Draka comme si elle pensait tout haut, et qui venait de les rejoindre.

Quoi ? Qu'est-ce que tu dis Draka ? l'interrogea Durotan.

J'ai rencontré Orgrim, quelques nuits avant l'assaut sur Shattrath, poursuivit-elle. 

Draka, mais que... tu te rends compte des risques !

Là n'est pas la question, fit-elle en levant la main devant son compagnon. J'avais quelques questions à lui poser. Et nous ne savions pas pourquoi il avait emporté Keera et son enfant quand il nous est tombé dessus à la Crête.

Et alors ? Il t'a répondu ? Même si j'en doute fort, affirma Durotan.

Il n'en a pas eu besoin, sourit-elle. Il voulait les protéger, elle et son enfant. Et les emmener loin du clan qui était en guerre.


Stupéfait par les paroles de sa compagne, et encore plus par l'initiative qu'elle avait prise sans son accord et pour quelques réponses qu'elle avait de surcroît obtenues, Durotan se renfrogna. Thrall, quant à lui, réfléchissait. Perdre Orgrim une seconde fois ne pouvait que dévaster Keera. Même si elle avait cherché à le fuir, sa simple vue avait suffi à rouvrir ses blessures passées. 

Et, contre toute attente, elle avait réussi à éveiller le cœur du noble et fier guerrier, même dans ce passé alternatif. 


C'est pourquoi elle ne devrait jamais savoir :

Draka, ne le dit jamais à Keera ! Ce qu'il a pu ressentir pour elle, s'il te plaît, ne lui dit jamais !

Penses-tu qu'elle ne l'ait pas réalisé ? Qu'elle ne l'ait pas compris ?

Je n'en sais rien, mais c'est mieux ainsi, conclut Thrall, qui vit Ethrok revenir au loin.

Le mage humain est très efficace ! admit Ethrok qui portait quelque chose dans ses bras.

Laisse-moi le voir ! demanda Thrall qui s'empressa de se lever, suivi de Durotan et de Draka.


Ethrok releva doucement le linge qui cachait la frimousse endormie de Sorata pour que chacun puisse l'admirer. Thrall, en particulier, fut bouleversé à la vue du petit de Keera, qui arborait ses traits.


Il a les yeux de sa mère, fit Ethrok devant l'air émerveillé de Thrall qui paraissait vouloir découvrir son regard.

Et aucun d'entre vous ne connaît l'identité du père ? les interrogea Thrall.


Tous le fixèrent sans un mot, comme pour lui signifier qu'ils n'en savaient rien. 

Bien, tu devrais l'amener auprès de sa mère, Ethrok, proposa Thrall. Je ne vois que lui pour l'aider à surmonter ce qu'elle traverse.


Ethrok opina, et se dirigea vers la tente où Keera se reposait. Reconnaissant envers Khadgar, qui avait accepté d'ouvrir un portail vers Telmor pour qu'Ethrok prenne le petit, Thrall repensa à ses propres enfants qui l'attendaient en Azeroth. 

Ces petits êtres magiques, selon lui, étaient capables de tels miracles qu'il ne concevait plus la vie sans eux. Bien qu'il n'ait jamais cherché à prendre une compagne, il s'était senti si chanceux de trouver Aggra, malgré une rencontre des plus chaotiques. 


Et alors qu'il avait tant souhaité que Keera soit heureuse à nouveau, il lui en avait voulu de choisir le pire parti à ses yeux. Finalement, même si Varian se montrait très épris d'elle, Thrall avait réalisé qu'il aurait voulu que Keera n'aime jamais qu'Orgrim, et qu'elle restât auprès d'eux et de la Horde.


Cet étrange sentiment de jalousie avait été partagé par Garrosh, définitivement moins insensible que le monde voulait bien l'admettre. Il en avait voulu à Keera de s'allier à l'Alliance, et aurait même souhaité pouvoir utiliser ses compétences uniques contre eux. Et même lorsqu'il comprit qu'elle n'aiderait pas plus la Horde que l'Alliance, il l'avait accepté, car il n'avait jamais senti en elle la moindre envie de nuire. Elle était forte, pure et noble, et Garrosh l'avait toujours respectée pour cela.


Aujourd'hui, les choses avaient évolué. Il avait pu rencontrer son père, en faire le héros qui avait empêché la corruption de leur race, devenir le chef de son clan, et exercer sa vengeance sur Azeroth.

Bien que ce dernier point restât incertain. D'autant qu'il avait appris que Zaela avait échoué à détruire Hurlevent. Il aurait pu envoyer une avant-garde bien plus conséquente sur Azeroth si les races de Draenor avaient été soumises en premier lieu. Il aurait alors bénéficié d'effectifs bien plus conséquents. Et alors Varian aurait été le premier à goûter à sa douce vengeance. Garrosh s'était tant délecté à l'idée de détruire son royaume qu'il avait maudit Zaela pour être morte avant même d'avoir lancé l'énorme étoile de fer sur Hurlevent.


Retranché à Grommashar, Garrosh dispersait ses forces en Nagrand, organisait ses défenses, et attendait patiemment son heure.


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La bataille de Shattrath avait porté un coup fatal à la Horde de Fer. L'un des commandants en chef, Orgrim Marteau-du-Destin, avait péri, et sa garde Grom'ka fut presque intégralement anéantie. Main-noire, qui avait rejoint Talador suite aux nouvelles du retard que prenait l'assaut, avait confronté son lieutenant qui finit par s'insurger. Orgrim, prônant le manque d'honneur de tuer des innocents, avait déclaré vouloir arrêter Main-noire qui menaçait de réduire Draenor en cendres.


Bien que, par le passé, Main-noire avait permis à Orgrim de recouvrer son honneur en sauvant le marteau-du-destin des flammes de la forge qui l'avait créé, le jeune Marteau-du-Destin ne pouvait plus cautionner les agissements de son chef de clan. Main-noire l'avait alors surpris en l'attaquant sans délai, et les coups portés par l'énorme marteau de son chef le tuèrent sous les yeux de Durotan qui les avait rejoints pour aider Orgrim.


Depuis l'anéantissement du vaisseau amiral, Main-noire était porté disparu. Jusqu'à ce que la nouvelle de sa fuite soit relayée, et arriva jusqu'aux oreilles des commandants de l'Alliance et de la Horde. Alors en partance pour Nagrand, Keera, toujours très affectée par la mort d'Orgrim, décida de rebrousser chemin et de retrouver Main-noire. En quête de vengeance, elle emmena son fils, et partit sur les traces du chef des Rochenoire, malgré les suppliques de Thrall. 


Ethrok, qui n'était là que sur la demande de Keera, proposa de l'accompagner, ainsi qu'une partie de son clan, et de Neshi, qui semblait s'être fait adopter par le clan des Crocs-vengeurs. Quelque peu rassuré de la savoir entre de bonnes mains, Thrall mena les Loup-de-givre jusqu'à Nagrand, dans l'espoir d'affaiblir le clan Chanteguerre, colonne vertébrale de la Horde de Fer, et de défaire une fois pour toute Garrosh, qui en était à présent le chef.


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Azuka Lames-furieuses prenait chacune de ses missions très au sérieux. Petite, les autres enfants l'évitaient, préférant des jeux plutôt innocents aux tortures d'animaux ou à la chasse aux autres enfants qu'elle battait à coup de bâton. Soucieuse de plaire à son père, et de faire ses preuves, Azuka apprit le maniement des lames très jeune. En tant que fille du chef du clan de la Lame-Ardente, elle se devait d'être à la hauteur du prestige de sa lignée. Même si elle n'en était pas l'héritière directe, puisque son frère, Luhk, ainsi que ses deux neveux, représentaient l'avenir du clan.


À présent missionnée auprès du chef des Chanteguerre, Azuka devait les fournir en épées et maîtres-lames. Cependant, depuis la formation de la Horde de Fer, le clan Chanteguerre, qui en était à l'origine, jouissait d'un prestige inégalable. C'est pourquoi elle fit faire une halte à sa troupe, et entreprit d'apporter au chef de clan un tribut dans le but de lui prouver la valeur de son clan.


Les deux là-bas feront l'affaire, dit-elle en désignant deux ogres passant devant le Belvédère de Mar'gok, la cité ogre la plus proche de Grommashar.

Bien, Azuka, fit l'un de des guerriers du clan.


Elle observa les orcs de son clan décapiter les deux ogres répugnants qui rôdaient, puis attacha leur tête à sa ceinture par la tignasse. À présent prêts, ils reprirent la route vers l'ouest, et arrivèrent rapidement à destination.

Passant l'arche naturelle formée dans la roche, et qui servait de point de garde, la troupe s'annonça auprès des tirailleurs Chanteguerre. Près de l'immense porte de bois qui donnait accès à la cité, des crânes d'ogres étaient disposés sur des piques. 


Je vais vous mener au chef, suivez-moi ! dit l'un des tirailleurs.


Depuis l'entrée, la cité semblait étroite, mais à mesure qu'ils avançaient, ils pouvaient voir l'étendue de la grandeur des Chanteguerre. Plusieurs bâtiments, tours de guet, et huttes aux murs solides bordaient le chemin qui menait au trône du chef de clan. 


Azuka était déjà venue une fois plusieurs mois auparavant, accompagnant son père qui lui avait expliqué l'importance de soutenir les Chanteguerre et de conserver leur estime. Étant un clan bien plus petit et moins glorieux, il était nécessaire de savoir à qui s'allier, qui respecter, et qui défier.

Et s'allier à un chef de clan qui savait où était la place des ogres et de ses ennemis était un honneur.

D'autant que l'environnement où trônait ce chef était impressionnant. Sur la droite se tenait une sorte de zone de combat où les guerriers Chanteguerre affrontaient un ogron. Capturée, puis amenée jusqu'ici pour éprouver la force des guerriers Chanteguerre, la pauvre bête, bien plus imposante qu'un orc, n'avait aucune chance. 


Plus loin, abrité par la roche, le siège de fer du chef des Chanteguerre érigé à partir de l'arbre où Grommash fut fait prisonnier des années auparavant, encadré par deux puissants chevaucheurs, sur lequel Garrosh toisait les nouveaux arrivants.

Lorsqu'Azuka fit face au chef, elle opina légèrement.


Le clan de la Lame-Ardente nous honore de ses guerriers et de ses armes ! fit Garrosh sans se lever de son trône.

L'honneur est nôtre, fit Azuka, encore impressionnée face à certains chefs de clan. Je suis Azuka, fille de Dharl de la Lame Trois-fois-souillée, chef du clan de la Lame-Ardente. Voici un présent pour ton clan, fit-elle en tendant les deux têtes décapités d'ogres abattus plus tôt. Et j'espère que nos maîtres-lames satisferont la Horde de Fer.

C'est déjà le cas, confirma Garrosh qui ne bougeait pas de son siège. Et j'espère que ton clan continuera de se montrer digne de notre Chef de guerre.

Nous ne décevrons pas Grommash Hurlenfer, promit-elle en serrant le poing contre sa poitrine.

Bien, prenez le temps de vous restaurer avant de partir, fit Garrosh pour la congédier sans équivoque.


La jeune orque opina, puis s'éloigna, suivie de sa troupe. Les manières brusques de ce chef ne la choquait pas, bien qu'elle se montrait impatiente de pouvoir faire ses preuves si un jour elle devenait la chef de clan. 

Jamais aucun clan orc n'avait compté de femelle à sa tête. Si son frère et ses neveux venaient à trépasser après son père, elle serait la première, et entendrait bien prouver sa valeur, et hisser son clan vers les hauteurs du commandement de la Horde de Fer.


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Thrall dût bien admettre que Garrosh l'avait impressionné. Dès leur arrivée en Nagrand, ils tombèrent sur des maraudeurs Chanteguerre qui leur barrèrent le passage. Très vite, il avait fallu ériger un avant-poste un peu plus au nord, Wor'var, et lancer l'offensive sur les alliés du clan Chanteguerre avant que ce ne soient eux qui ne les attaquent.


Nous devons faire tomber Garrosh et les Chanteguerre au plus vite ! avait soutenu Thrall. Le clan de la Lame-Ardente est un clan honorable, mais il a choisi de s'allier à la Horde de Fer. Une erreur qui lui en coûtera.

Nous avons tué leur hiérarchie, mais son héritière semble toute aussi belliqueuse ! gronda Aggra qui se trouvait à présent aux côtés de son compagnon.

Le maître-lames Lantresor nous a rejoints, ajouta Draka. Il a aidé les nôtres, et tient le clan à l’œil.


Aggra, qui avait tant pris la mère de Thrall pour exemple durant son enfance, avait été si honorée de la rencontrer. Bien qu'il ne s'agisse pas de la Draka de leur passé, elle semblait tout aussi forte et fière. Thrall, qui avait sermonné Aggra pour être venue jusqu'ici malgré sa demande de rester auprès de leurs enfants, vivait des moments si appréciables à leurs côtés. 

Mais l'heure était à la guerre. Et Garrosh devait être arrêté. L'Alliance œuvrait de son côté, déjouant les plans des Chanteguerre à mesure de leur progression en Nagrand. 

L'attaque des Chanteguerre sur Telaar, un avant-poste draeneï, avait échoué, rapprochant un peu plus l'Alliance et la Horde vers la chute de Grommashar.


La garnison de Lok'Rath fut également reprise aux mains des Chanteguerre, assurant une base de repli supplémentaire, et réduisant toujours plus les effectifs ennemis. 

Durotan, qui représentait la Horde alliée, et Yrel, à la tête des combattants de l'Alliance, commencèrent à rassembler leurs troupes aux portes de Grommashar. 

Terminant les préparatifs de l'assaut à Wor'var, Thrall échangeait avec un chasseur des ombres troll.


C'est comme j'le dis, chef Thrall. Garrosh, il est bel et bien à Grommashar à l'heure qu'il est.

Bien, la confrontation ne va pas tarder, renchérit Thrall. Nous ne fléchirons pas devant les Chanteguerre ! dit-il en serrant le poing.

As-tu seulement peur que qui que ce soit doute de tes motivations, mon aimé ?


Aggra s'était approchée. Elle savait bien ce qui traversait Thrall. Il avait eu beau vouloir tuer Garrosh durant le Siège d'Orgrimmar, il avait été son protégé. Un protégé plus âgé de quelques années, certes, mais le fils de Grommash qui avait beaucoup compté pour lui. Et Aggra ressentait cette culpabilité encore présente chez Thrall de devoir tuer le fils d'un ami si cher.


Pourquoi pourrait-on en douter ? s'offusqua Thrall.

Pour les mêmes raisons qui ont empêché Keera de tuer Garrosh, fit Aggra. Votre amitié avec Grom.

Il est trop tard pour cela. Nous allons l'arrêter, et cette fois, il n'aura pas droit à un procès !

C'est en effet plus sage, reprit-elle non sans ironie. 

Hin ! Cela me semble être arrivé il y a une éternité. Le Cataclysme, la Pandarie, le procès, …

Et pourtant... Mais nous devons nous tourner vers l'avenir, mon Go'el.


Aggra restait la seule personne à ce jour à l'appeler par son nom de naissance. Elle avait toujours trouvé le nom qu'il avait reçu des humains avilissant et humiliant, et avait donc refusé de le nommer ainsi. 

Voyant l'un des chasseurs des ombres l'attendre, Aggra serra la main de Thrall, puis partit pour Grommashar. L'orc la regarda s'éloigner, et se promit que justice serait enfin faite.


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Regga avait beau réfléchir aux paroles de Keera depuis leur dernière rencontre, elle ne parvenait qu'à une seule conclusion possible. 


De retour à Grommashar, elle menait avec d'autres dompteuses un élevage plus intensif de leurs loups géants qui étaient à présent davantage destinés à attaquer qu'à être montés. Efforts de guerre obligeaient, les loups aussi étaient mobilisés à des fins de conquête. Beaucoup de dompteuses de loups avaient fait part de leur mécontentement, rappelant que les loups avaient leur cycle, et qu'ils ne devaient pas soumettre les femelles aux mâles pour produire plus de petits. 

Mais Garrosh avait été clair : chacun devait contribuer à l'effort de guerre, et quiconque s'insurgerait serait considéré comme traître à la Horde de Fer. 


Des paroles fort convaincantes que Regga n'entendait pas accepter. Depuis qu'elle avait vu Garrosh sortir de la grotte de Keera, qu'elle avait cru son amie, l'orque s'était mise à vouer un tel mépris à Garrosh qu'elle l'évitait au possible. Et lorsqu'il avait été nommé chef du clan, elle avait manqué de s'étrangler. Certes, il représentait à merveille leur clan, bien que cela demeurait très étonnant pour un étranger venu de loin. Mais à présent qu'elle avait vu de ses yeux combien il pouvait manquer d'honneur, la nuit où Keera les avait quittés, elle réalisa qu'il ne méritait pas son titre.


Dès lors, Regga resta vigilante à ne pas désobéir ouvertement, mais prit une décision lorsqu'elle comprit que la « perte » dont avait parlé Keera ne pouvait être que son frère, Reggor. Ayant procédé par élimination, elle ne voyait que cette possibilité. Cela devait signifier que Keera et Garrosh avaient un lien avec sa disparition. Et le fait qu'ils aient passé la nuit ensemble témoignait de leur complicité. 


À l’affût de la moindre occasion, Regga passerait donc aux actes. Et alors que le soleil se couchait, elle observait les subjugateurs Chanteguerre remettre les ogrons aux fers. Ce qui donna une idée à l'orque, qui trouva fort pratique que la hutte du chef se situe bien plus loin dans le camp. 

Il lui suffit d'attendre que les subjugateurs ferment l'enclos, et Regga s'installa tout près, feignant la surveillance des loups un peu plus loin. Elle campa l'endroit pendant des heures, jusqu'à ce que presque tous les orcs ne partent dormir. Puis, silencieusement, elle releva le loquet de l'enclos, et libéra la totalité des ogrons.


L'un d'eux essaya de l'attraper, mais Regga esquiva, et se mit en retrait pour les regarder semer le chaos dans la cité.


Elle savait que son clan réagirait rapidement. Elle savait aussi que Garrosh se montrerait prompt à sortir de sa hutte. Elle courut alors au nord du camp, vers la chaumière en hauteur des autres, et annonça aux tirailleurs qui gardaient l'entrée :


Vite ! Les ogrons ! Par-là !


Son air affolé ne laissa aucun doute aux tirailleurs qui se dirigèrent à toute vitesse vers l'enclos des ogrons. Regga pouvait donc s'introduire dans la hutte sans être inquiétée. Et elle le vit, allongé sur sa couche, endormi. Elle s'approcha silencieusement, et sortit un couteau.

Au plus près de Garrosh, elle l'examina, puis susurra :


Tu me plaisais, Garrosh. Vraiment. Mais tu en as choisi une autre. Et vous nous avez trahis.


Même endormi, le visage de Garrosh présentait un air de défi. Regga s'approcha encore davantage jusqu'à se tenir au-dessus de lui, et huma son odeur. Quel dommage, un tel guerrier. Mais il devait en être ainsi.


Et lorsqu'il attrapa la main qui tenait le couteau, Regga fut tellement surprise qu'elle ne réagit pas. Elle baissa les yeux vers lui, et vit se dessiner un sourire sardonique sur son visage brun.

Si tu as pour habitude d'égorger ceux qui te plaisent, tu ne vivras pas longtemps ! fit-il en resserrant sa prise sur la main de Regga.


La dompteuse essaya de se défaire, et envoya un coup de poing que Garrosh esquiva. Il attrapa le second poignet, et comprima si fort que Regga serra les dents pour étouffer un cri de douleur.

Hin ! Feras-tu encore la fière quand je t'aurai brisé les deux poignets ? fit-il en retournant les deux poignets dans un angle impossible.


Regga hurla et tenta de se défaire, mais Garrosh se leva, tenant fermement les deux poignets à présent brisés. Elle le frappa de son pied pour qu'il la lâche, mais l'orc l'attrapa par le cou, et la plaqua au sol.


Pensais-tu être à la hauteur pour devenir la compagne d'un chef ? se moqua-t-il. Regarde-toi.

Ke... Keera... elle...

Keera ? Elle m'en a voulu de l'avoir poussée à tuer ton frère, sourit-il. Mais vois-tu, elle connaissait les enjeux. Et elle a toujours fait passer le devoir avant tout.

Vous... m...monstres !

Ah oui, Keera a des pouvoirs que tu n'imagines même pas, reprit-il, les yeux brillants. Et notre fils, qui va en hériter, sera le plus puissant des Hurlenfer !

Hurlen... ? essaya-t-elle de prononcer, les yeux écarquillés.

Hum, il serait dommage que tu rejoignes ton frère sans savoir la vérité. Après tout, c'est pour ce qu'il nous a entendu dire qu'il est mort, fit-il en élargissant sa gueule devant les yeux remplis de larmes de Regga.


Garrosh resserra sa poigne sur le cou de la dompteuse, approcha son visage, et clama fièrement :

Je suis Garrosh Hurlenfer, fils de Grommash et de Golka ! Du reste, tu n'auras qu'à questionner ton frère quand tu l'auras rejoint.


Sur ces mots, Garrosh lui brisa la nuque d'un coup sec. Il laissa son corps retomber lourdement sur le sol, et la regarda avec pitié.


Chef ! Les ogrons...


Le tirailleur qui venait d'entrer baissa les yeux sur la femelle qui les avait interpellés quelques minutes plus tôt. 

Et alors, les ogrons ? l'interrogea Garrosh, le regard plissé. Ils se sont échappés d'après ce que j'entends ?

Cette femelle, elle nous a prévenus... Elle a...

C'était une traîtresse venue m'égorger ! le coupa Garrosh. Débarrasse-moi ça, je vais voir ce qu'il se passe.


Le tirailleur regarda son chef sortir de la hutte, et posa les yeux sur la femelle morte. Il cracha sur le corps, et le ramassa pour le traîner vers le puits qui servait de charnier.


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