La voix de l'ombre - Livre IV - Un passé recomposé

Chapitre 20 : Le dissident

2431 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 27/04/2026 19:42

Chapitre 20 : Le dissident.



Il faisait bon vivre en Talador. Les draeneï, qui peuplaient essentiellement la zone, avaient su l'imprégner de leur culture et de leur sérénité.

Un peuple sage que la Horde de Fer entendait bien soumettre, comme en témoignait l'énorme vaisseau de guerre naval qui avait accosté sur la Côte Orunaï. Le navire débarqua un attirail conséquent, et fut rejoint par les troupes Grom'ka menées par Orgrim Marteau-du-Destin, avec l'ordre de conquérir Talador.


Considérée comme le cœur de Draenor, mais surtout comme le carrefour entre toutes les autres régions, la contrée représentait un point stratégique pour la Horde de Fer, qui diffuserait ses armées depuis ce point central.

Quelques villages draeneï furent alors partiellement détruits pour être utilisés comme entrepôts d'armes. Les troupes Grom'ka pouvaient également y demeurer, le temps de regrouper l'ensemble des alliés et de poursuivre la conquête.


Très peu de temps après son arrivée sur la Côte, Orgrim avait été contacté. D'abord surpris, puis méfiant, il décida tout de même d'honorer le rendez-vous proposé sur un surplomb qui faisait face au premier village draeneï dont ils s'étaient emparés.

Ses troupes restaient en contre-bas, et armé de son marteau-du-destin et de sa témérité, il ne craignait aucun ennemi.


Aucun, sauf peut-être celui qui l'attendait. Installée sur un rocher, les jambes ramenées vers son torse et tenues par ses bras, Keera accueillit Orgrim le plus naturellement du monde.


  • Trom'ka, Orgrim !
  • Que... que fais-tu ici, Keera ? demanda-t-il après s'être remis de son effarement.
  • Eh bien, tu oublies tes manières, Marteau-du-Destin, fit-elle en déliant ses jambes.
  • Ne me dis pas que tu as entraîné ton enfant jusqu'ici, en plein champ de bataille ? grogna-t-il.
  • C'est-à dire qu'avant votre arrivée, c'était un endroit paisible, répondit-elle tranquillement.
  • Et où est-il ?
  • En sécurité. Enfin, je l'espère ! fit-elle en fronçant les sourcils. Pourquoi cela t'inquiète-t-il ?
  • Pah ! maugréa-t-il. Ce n'est pas moi qui donne les ordres.
  • Ah non ? C'est pourtant toi qui diriges la garde Grom'ka, il me semble, continua Keera.
  • Je suis les ordres de mon chef ! lui rappela Orgrim.
  • Et tu n'as aucun problème avec le fait de tuer des innocents ?


Elle venait d'appuyer sur un point sensible. Comme si elle le connaissait. Orgrim, qui la trouvait déjà déconcertante à différents niveaux, avait cette impression étrange qu'elle le connaissait, et ce depuis le début. Il se souvenait qu'elle lui avait dit une fois avoir connu quelqu'un qui lui ressemblait. Il savait qu'elle avait côtoyé d'autres orcs, par chez elle. Sa maîtrise de leur langue, ainsi que sa connaissance de leur culture en étaient la preuve.

Cependant, il ne se laisserait pas influencer, ni même déstabiliser par une femelle étrangère à Draenor qui oscillait entre les Chanteguerre et les Loup-de-givre.


  • Si tu crois pouvoir influer sur le cours du destin, tu te trompes, Keera. Je ne me détournerai pas de mon chef de clan !
  • Serait-il à ce point honorable pour mériter tant de loyauté ? se permit-elle.
  • C'est donc pour ça que tu m'as contacté ? Pour parler de Main-noire ?
  • C'est possible, répondit Keera.
  • Dans ce cas, tu as perdu ton temps. Et je ne perdrai pas plus le mien, fit-il en se détournant d'elle.
  • Si je ne peux te convaincre de revenir à la raison et de te ranger du bon côté par la parole, je passerai aux actes, Orgrim !


L'orc se figea, se retourna, et lui fit face. Une fois de plus, elle le défiait, et ce sans aucune hésitation. Cette femelle était décidément aussi impudente que téméraire. Quel dommage qu'elle ait choisi le mauvais camp. Et plus encore, qu'elle ne soit pas orque. Un tel mélange de courage et de force, contenu dans un corps au visage si troublant. Nul doute qu'il aurait cherché à la faire sienne. Mais l'heure n'était pas au batifolage, et Keera était l'ennemi. Orgrim ne laisserait rien ni personne le détourner de sa mission.


  • Alors tu me défies ? fit-il en levant le marteau-du-destin devant lui en signe qu'il acceptait le duel.
  • Non Orgrim, répondit-elle calmement. Mais je ne resterai pas passive devant cette invasion, fit-elle en désignant le débarquement des troupes Grom'ka, plus loin sur la Côte.


L'air désolé, elle pivota, et s'éloigna sans rien ajouter. Orgrim la regarda partir, puis regagna sa base, l'humeur maussade.


W


Plusieurs petit villages draeneï étaient à présent sous la domination de l'avant-garde Grom'ka, et servaient pour la plupart de dépôts d'armes et de forge.

L'un de ces avant-postes, plus loin sur la côte, gardait de la poudre à canon, ainsi que des explosifs. Des tireurs d'élite Grom'ka surveillaient la place, et virent à temps la flammèche qui courait sur de la poudre répandue, jusqu'à faire sauter l'avant-poste.


D'autres bases qui servaient de stockage de denrées avaient également explosé. Très peu de pertes étaient à déplorer côté orcs, mais Orgrim en vint très rapidement à la conclusion d'un sabotage. Quant à l'identité du ou des responsables, elle ne fit plus aucun doute dès lors que Keera le contacta une seconde fois.

Il se rendit sur la même butte que la fois précédente, bien qu'il ait hésité à s'y rendre. Et l'air grave de la princesse ne lui dit rien de bon.


  • Alors, Keera. À quel avant-poste vas-tu t'en prendre ensuite ? demanda-t-il tout en marchant dans sa direction.
  • C'est aux tiens que je vais m'en prendre si tu persistes dans cette voie ! répondit-elle. Tout comme ils s'en prennent à des innocents !
  • D'après Grommash, les draeneï s'en seraient pris à nous si nous avions attendu !
  • D'après Grommash, ou d'après un prophète sorti de nulle part qui a sorti un tour de magie de sa besace ?
  • Je n'ai pas vu ces visions, mais Grom les a vues. Et il est digne de confiance ! Comme tu as dû t'en rendre compte quand tu as accepté de vivre parmi les Chanteguerre !


Le ton incisif d'Orgrim dénotait de ses doutes. Ce qui signifiait qu'il n'était pas bêtement aveuglé par les dires de Garrosh. Peut-être même par les ordres de son chef de clan.


  • Je n'ai jamais douté de Grom, Orgrim. En revanche, c'est de son conseiller à présent à la tête des Chanteguerre dont je doute.
  • Garrosh a montré le destin maudit auquel nous aurions succombé s'il ne nous avait pas prévenus de la corruption de Gul'dan ! expliqua Orgrim. Ce qu'il avait prophétisé a failli arriver ! Et nous l'avons empêché.
  • C'est vrai, mais les draeneï n'ont aucun rôle dans tout cela, rappela Keera. Et je ne vous laisserai pas leur faire de mal !
  • Ceux que nous avons occis étaient des guerriers, assura Orgrim.
  • Même dans ces villages, là-bas...


Des cris en contre-bas les alertèrent. Tous deux se regardèrent, et se ruèrent au bord de la butte pour chercher du regard d'où provenait l'affrontement.

Plus bas, un groupe de draeneï semblait attaquer les orcs. Keera fixa Orgrim, puis descendit à toute vitesse, talonnée par l'orc qui dégaina le marteau-du-destin.

Les orcs avaient apparemment le dessus, tendance que Keera inversa très vite. Elle chargea deux orcs, et les décapita sans sommation de sa hache, tandis qu'Orgrim ordonna aux autres de se replier.


  • Chef ! Ils nous ont attaqués ! grogna l'un d'eux, tandis que les trois draeneï restèrent sur le qui-vive.
  • Keera, emmène ces trois-là, et partez !
  • Et ensuite ? Vous allez attaquer quel village ? l'interrogea la princesse.
  • Vous avez tué nos frères ! s'écria l'un des draeneï, mortifié. Nous ne resterons pas sans rien faire !


Le draeneï chargea donc l'un des orcs, et reçut un violent coup de hache dans le cou. L'un de ses bras fut à moitié coupé dans l'élan, et un autre draeneï, apparemment un paladin, invoqua la Lumière pour tenter de le soigner.


  • Si vous vous obstinez à nous attaquer, vous périrez ! annonça Marteau-du-Destin, dans l'espoir qu'ils se ravisent.


L'orc qui avait égorgé le draeneï releva sa garde pour attaquer de nouveau, lorsque Keera invoqua le vent dans un geste de la main, comme si elle lançait quelque chose au sol. Ici, sur Draenor, les éléments ne répondaient pas aussi distinctement que sur Azeroth, ce qui l'obligeait à utiliser son corps pour les invoquer.


Le vent fit reculer les orcs, tandis que la princesse leur lança un regard noir. Méfiant, Orgrim se raidit légèrement.


  • Ne m'obligez pas à vous tuer tous ! fit-elle, tout en frappant le sol de son pied.


La terre se fissura sous l'impact, puis s'ouvrit et s'étendit jusqu'aux pieds des orcs. Orgrim la dévisagea, et vit dans son regard une sorte d'amertume, bien qu'elle semblait prête à mettre sa menace à exécution. Si elle avait voulu les tuer, elle l'aurait fait, et la raison pour laquelle elle hésitait lui échappait.


Gageant qu'elle pourrait très bien se raviser, Orgrim ordonna la retraite, et s'éloigna vers la côte, sous le regard lourd de Keera.


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Keera estimait avoir suffisamment prévenu Orgrim de ses intentions. De retour à Telmor, après avoir laissé les draeneï rescapés à Tuurem, ville périphérique de Shattrath, Keera se hâta de retrouver son petit.

Au moins avait-elle laissé Sorata à bonne distance de la Horde de Fer. Depuis Telmor, elle avait pu compter sur l'aide de Restalaan pour prévenir le prophète Velen des intentions des orcs. Bien que peu surprise qu'il ait découvert leur projet à travers ses visions, Velen avait préparé leur résistance.


Heureuse de retrouver son enfant, qu'elle vit dans les bras de la prêtresse Saani, une draeneï si douce et avenante que Sorata, malgré sa nature plutôt sauvage, s'était laissé prendre, Keera les salua.


  • Mon petit ! fit-elle tandis que Saani lui tendit Sorata. Oh, tu m'as manqué !


La princesse enfouit son visage dans les bras de son enfant qui essayait de la manger. Il ouvrait grand la bouche et attrapait sa joue ou son cou. Ce geste touchant la remplissait de bonheur, malgré la gravité de la situation.


  • Allez-vous bien Keera ? l'interrogea Restalaan qui s'approchait d'eux.
  • Oui, je vais bien, acquiesça-t-elle. Mais la Horde de Fer gagne du terrain.
  • C'est ce que disent les éclaireurs, confirma le draeneï. Avez-vous pu contacter leur meneur ?
  • Oui, mais il semble bel et bien obéir à ses chefs.


L'air attristé de la princesse lui serra le cœur. Il avait cru comprendre que son contact était peut-être un ami, et à voir son expression, il l'avait déçue.

  • Ne vous inquiétez pas, Keera, fit-il en l'épaulant. Nous avons été prévenus à temps, et des renforts devraient nous parvenir de Karabor. Savez-vous que des étrangers ont surgit du portail que les orcs ont créé ? Certains se trouvent à la Vallée d'Ombrelune à l'heure qu'il est.


Alors le moment était venu ! Elle allait très bientôt revoir ses amis azerothiens. Elle se demanda toutefois qui avait bien pu passer le portail.

  • Puis-je lire les rapports, Restalaan ?
  • Venez, allons chez moi.


Keera suivit le capitaine de Telmor, armée de son enfant qui grandissait à vue d’œil. Ses cheveux hirsutes étaient aussi raides et noirs que les siens, et deux petits crocs apparaissaient sur sa mâchoire inférieure. Elle n'allait plus le laisser la dévorer trop longtemps, sinon son visage sera vite bardé de cicatrices.


Keera fut invitée à s'asseoir près d'une petite table, pendant que Restalaan lui confia les rapports. En effet, une troupe de guerre avait passé le portail, délivré des prisonniers orcs et draeneï, et détruit la Porte des Ténèbres. Une partie aurait suivi les Loup-de-givre survivants, et l'autre se trouverait sur les terres draeneï, à la Vallée d'Ombrelune.

Chacun y avait établi une base, et aidait les habitants locaux dans leur lutte contre la Horde de Fer, et contre d'autres dangers dont ils ne pouvaient se défaire seuls.


L'un des rapports parlait d'un sorcier du nom de Khadgar, qui avait coordonné les troupes, et tentait d'utiliser sa magie pour ouvrir des portails vers leur contrée.

Plus facile à dire qu'à faire, pensa Keera. C'était déjà un exploit d'avoir réussi à ouvrir un tel portail pour passer des armées, et le rapport expliquait que des démonistes avaient été utilisés comme catalyseur pour l'entreprise. Voilà comment Garrosh s'y était pris ! En revanche, qu'il ait réussi à ouvrir un portail menant à une autre époque...

Mis à part si Kairoz lui avait enseigné comment faire, elle n'avait aucune explication.


Voyant la princesse perdue dans ses pensées, Restalaan lui demanda :

  • Qu'en pensez-vous ? Ces étrangers seraient-ils des vôtres ?
  • Aucun doute, et c'est un espoir, avoua-t-elle en souriant timidement.


En effet, ses alliés d'Azeroth finiraient par venir jusqu'ici par la force des choses. Voilà qui constituerait un argument de poids face à Orgrim, et qui pourrait l'amener à réfléchir. Il tenait à son peuple, et devra l'écouter s'il souhaitait le protéger.

Restalaan observait la princesse, et la tira de ses pensées :


  • Vous comptez repartir, n'est-ce pas ?
  • Oui, je pense qu'avec la nouvelle de l'arrivée des miens, cela pourrait changer la donne.
  • Vous vous exposez à de graves dangers pour nous aider, Keera, reprit le draeneï. Si je puis me permettre, ne seriez-vous pas plus en sécurité ici, auprès de votre enfant ?
  • Restalaan, je vous sais gré de votre sollicitude. Et je sais combien notre sécurité vous importe. Mais pensez-vous pouvoir négocier avec les orcs comme vous commerciez avec eux auparavant ?
  • Nous pouvons essayer, Keera, insista le capitaine. Velen a perçu le courage et la bonté des deux jeunes orcs que nous avions recueillis il y a des années. Ils ne peuvent être tous des monstres.
  • Non, vous avez raison, avoua-t-elle. Mais l'orc avec lequel je traite n'acceptera jamais de vous rencontrer, Restalaan.


Keera se leva, Sorata toujours dans ses bras, et prit congé du capitaine.

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