L'éveil

Chapitre 12 : La décision

Chapitre final

2042 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 07/05/2026 20:05

  Je dérivais dans le noir quand des sons familiers me parvinrent. Une voix, puis deux, puis trois. Pourtant, je n'aurais su dire à qui elles appartenaient. Je flottais entre conscience et inconscience, incertaine du chemin que je devais emprunter. Finalement, mon esprit remonta de lui-même à la surface. Les voix s'intensifièrent. Je reconnus d'abord Carlisle, puis Alice, et enfin Esmé. Les trois m'appelaient encore et encore pour me réveiller. Comme pour ma première transe, je murmurai dès que possible :

- Oui ?

  Aussitôt, ils cessèrent de m'appeler. Esmé murmura :

- Enfin, tu es réveillée Alma. Tu nous as fait peur.

  Je souris. Évidemment qu'ils avaient tous paniqué. Je me doutais bien que c'était à cause de toutes les hypothèses horribles sur les dangers que présentait une fusion échouée. Mais je n'eus pas le temps de réfléchir plus longtemps à ça car un flot d'émotions et de pensées me submergea, résultat de ce que je venais de vivre. Grâce à ma grand-mère maternelle, j'avais appris la vérité sur moi, mon don et les phénomènes que je vivais. Mais j'avais encore tellement de questions. Et maintenant, la connexion était coupée et je n'avais aucune idée de quand elle se rétablirait, de quand je pourrais enfin poser toutes les quoctions qui me tiraillaient. La voix de Carlisle me tira de mes pensées :

- Comment te sens-tu Alma ?

  Alors je ne tins plus. Les révélations chocs de ma grand-mère, le fait de l'avoir vue, l'inquiétude liée à la fusion, le réveil de mes capacités, ce que j'avais appris sur ma vie ... Tout cela faisait beaucoup de choses à encaisser. Beaucoup trop de choses pour une fille d'à peine dix-sept ans comme moi. Il fallait que j'évacue ce trop-plein émotionnel ou je risquais de sombrer de nouveau. Je craquai et fondis en larmes. Carlisle s'agenouilla auprès de moi et je me rendis compte que j'étais allongée sur les dalles de la grande salle ronde, entourée par les Cullen et quelques-uns des Volturi, notamment les trois principaux. Mais il n'était plus question de me retenir malgré la présence de tous ces immortels. Je laissai mon corps se délester de toute cette charge à travers mes pleurs. Le médecin m'aida à me relever et me soutint.

- Tout va bien, me rassura-t-il.

  Je parvins un peu à me calmer. À travers mes yeux mouillés, je distinguai les autres vampires. Tous s'étaient rapprochés pour assister à mon réveil.

- Ne pleure pas, Alma, reprit Carlisle. Tout le monde va bien. Nous sommes intervenus à temps pour qu'aucun dommage ne soit fait. Et toi, comment vas-tu ?

- Ça va ! murmurai-je. Je n’ai pas mal.

  C'est alors que la fameuse voix me parvint :

  « Je t'avais dit que tout s'était bien passé ici aussi. »

  Je la reconnus aussitôt et me retransformai en fontaine. Ça me faisait tellement plaisir de savoir que même dans la réalité, elle m'accompagnait encore.

  « Je t'avais dit que je veillerai sur toi », me taquina-t-elle.

  « Merci », pensai-je en priant pour qu'elle m'entende.

  À peine réussis-je à me calmer une petite minute plus tard, qu'Alice me demanda :

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Raconte-nous s'il te plaît.

- Doucement Alice, la morigéna Esmé. Elle vient de se réveiller et elle est sous le choc. Laisse-la reprendre ses esprits. Elle nous racontera quand elle sera prête.

- Nous voulons tous savoir ce qui s'est produit, enchaîna Jasper, mais vas-y à ton rythme Alma.

  Je respirai profondément pour ravaler mes derniers pleurs et me lançai, expliquant ce qui s'était passé entre le moment où Aro m'avait touché, jusqu'à mes deux crises de larmes. À plusieurs reprises, mon auditoire eut des réactions : des « quoi », des « hein » et des « intéressant » qui montrait clairement que ce qui m'était arrivé était inhabituel. Je conclus :

- C'est tout ce dont je me souviens. Pas plus.

  Puis, je questionnai, intriguée :

- Et vous alors. Qu'est-ce qui s'est passé pendant que j'étais inconsciente ?

- Pendant que tu conversais tranquillement avec ta mémé, nous on a paniqué pour résumer, s'exclama Emmett, ce qui me fit rire. Plus sérieusement, disons que les choses se sont déroulées de manière bizarre.

- En fait, expliqua Carlisle, au moment où vous vous êtes touchés, Aro et toi, on a tous tout de suite compris ce qui s'était passé. Tu as commencé à crier. Nous n'avons pas eu besoin de demander à Aro de lâcher prise car il s'est retrouvé à terre, suivi de près par toi. Rapidement, Caïus, Marcus et moi avons pris les choses en main pour nous occuper de vous deux. Je t'ai examinée : tu étais complètement inconsciente et tu ne criais plus. J'ai navigué entre Aro et toi, du moins jusqu'à ce que le premier se relève. Ensuite, nous nous sommes précipités autour de toi. C'est là que nous avons vraiment paniqué : Alice ne voyait plus ton futur. En général, cela signifie que la personne est presque partie. Nous t'avons appelée, sans relâche. Nous avons tout tenté pour te réveiller mais tu n'as pas bougé pendant un bon quart d'heure. Même ton cœur avait ralenti : tu imagines tout de suite les conclusions qu'on en a tiré.

  J'avais totalement l'image. Les Cullen, penchés sur moi, complètement paniqués, pensant que j'allais mourir d'un instant à l'autre.

- Mais finalement, tu t'es réveillée. Nous nous sommes tous réjouis quand ton cœur a repris un rythme normal et nous avons recommencé à t'appeler. Tu as ouvert les yeux, et je ne te dis pas le soulagement que nous avons ressenti.

  Là aussi, je comprenais. Cela me ramena à mes quinze ans, quand avec un groupe d'amies, nous avions sauvé de justesse, un enfant en état critique après une quasi-noyade. Quand il s'était réveillé, ses parents avaient tous deux pleuré et mon groupe aussi. Moi, j'avais été tellement paniquée à l'idée de ne pas arriver à le sauver, qu'il avait fallu dix bonnes minutes au secouriste pour me calmer, tandis que ses collègues emmenaient le petit et nous félicitaient pour notre réactivité.

  Cette fois-ci, ce fut Aro qui me tira de ma rêverie :

- Peut-on donc considérer Alma que ta grand-mère est comme ta guide ? demanda-t-il.

- Je ne sais pas, répondis-je. Disons que depuis ma transe en 3ème la spiritualité est un domaine qui me fait plus peur qu'autre chose, donc je ne connais pas bien ce concept. Mais en y réfléchissant mieux, oui puisqu'elle continue de communiquer avec moi, même éveillée.

  Bien que je sache qu'il allait bien, je ne pus m'empêcher de vérifier.

- J'espère que la fusion n'aura pas trop d'effet sur vous.

- Je pense que tu n'as pas à t'inquiéter Alma, déclara Edward.

- Elle aura plus d'effets sur toi que sur moi, marmonna Aro. Ce n'est pas moi qui viens de passer vingt minutes entre deux mondes.

  Il disait vrai. Je souris à sa remarque, imitée par plusieurs autres.

- À présent, reprit l'ancien, redevenu sérieux. Nous avons une dernière décision à prendre. Ou plutôt c'est à toi qu'elle revient Alma. Tu peux rester avec nous, devenir immortelle et te joindre à notre groupe. Ton don pourrait être fort utile quand il sera pleinement développé en post-transformation. Nous ferons ce que nous pourrons pour contribuer à ce développement.

- Ou bien, enchaîna Carlisle, tu rentres avec nous. Tu resteras pleinement humaine, mais nous t'aiderons au maximum pour développer tes capacités. Nos plus proches amis, le clan de Denali, pourront aussi contribuer à l'éducation de ton don. Tu pourras devenir un membre à part entière de notre famille.

  Les deux propositions étaient tentantes. Mais, encore une fois, chacune avait son lot d'avantages et d'inconvénients. « Jamais deux sans trois », disait le dicton. En effet, c'était mon troisième dilemme en deux jours. Je priai pour que ce soit l'ultime puis réfléchis plus profondément à la proposition des deux chefs.

  Le clan des Volturi était vaste, comptant suffisamment de membres pour que réuni, il remplisse la salle, plutôt grande, où nous étions. Chaque membre avait son propre pouvoir, et vu leur puissance, ça se voyait clairement qu'ils essaieraient de pousser ma faculté jusqu'à ses limites. Malheureusement, je ne connaissais quasiment aucun membre à part les trois dirigeants, dont un qui savait plus de choses sur moi que quiconque. De plus, je ne connaissais rien du processus de transformation et cela m'inquiétait. Je n'avais pas envie de me jeter de la falaise sans protection et de finir par regretter amèrement ma décision.

  À l'inverse, je connaissais absolument tous les membres du clan Cullen. Ils s'étaient montrés très sympathiques envers moi, et bien que leurs dons ne soient pas spectaculaires, je me doutais qu'ils allaient pouvoir m'entraîner efficacement quand même. La possibilité de rester humaine allait peut-être m'octroyer aussi le droit de revoir mes amis, voire ma famille (mais seulement si c'était possible et s'ils ne me prenaient pas pour une folle).

  Après une longue réflexion, je finis par arrêter mon choix sur la deuxième option, qui me paraissait plus sécurisée que la première. Alors, dans le silence le plus total, j'annonçai :

- Les deux propositions me tentent. Cependant, je ne connais presque personne ici en dehors des Cullen et la notion de transformation m'est totalement étrangère. Alors, je vais rester avec le clan Cullen si ça ne dérange personne.

- Mais pas du tout, me rassura Esmé. Tu es la bienvenue parmi nous Alma.

  Elle me sourit. Les réactions furent immédiates : les Cullen applaudirent, imités par quelques Volturi. Les trois dirigeants firent tous une tête d'enterrement.

- Je suis désolée, m'excusai-je, mais je pourrais toujours revoir mon choix plus tard.

- Mmmh, maugréa Caïus.

- C'est compréhensible, accepta Aro, qui paraissait pourtant déçu.

- Rien ne nous retient ici du coup, soupira Edward. Nous pouvons partir ?

- Allez-y, mais donnez-nous des nouvelles, proposa Aro. Nous voulons savoir comment évolue ton don, Alma.

  On aurait presque dit une supplication.

- Nous ferons notre possible, assura Carlisle, mais le ton qu'il employa m'indiqua clairement qu'il n'appréciait guère les Italiens.

- Au revoir mes amis, conclut Aro. On se reverra.

  « Amis » ? Le terme m'intrigua. Leur relation paraissait tout sauf amicale. Je compris alors qu'il devait s'agir d'une ruse, tentée par Aro pour nous amadouer.

- Oui, acquiesça Edward. On verra.

  Contrairement à Carlisle, lui montrait clairement qu'il n'allait pas rentrer dans son jeu.

  Sur ceux, nous nous dirigeâmes vers la sortie. Dès que la porte de l'antichambre fut fermée, je me retournai pour jeter un dernier coup d'œil derrière moi.

  Je venais de vivre mon éveil, et pour la deuxième fois en peu de temps, je m'apprêtais à commencer une nouvelle étape de ma vie déjà bien remplie. J'avais hâte d'explorer mes capacités en profondeur, de les développer, d'exploiter toutes les richesses de mon don. Je savais qu'il allait me falloir de l'entraînement, mais j'étais prête et je savais pertinemment que j'en étais capable. Alors, quand Carlisle me prit dans les bras pour courir à une vitesse surhumaine et quitter l'Italie, je me laissai emporter vers ce qui s'ouvrait devant moi : ma vie, telle que je devais la vivre.

 

FIN !

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