Le sorceleur spécial
Chapitre 6 : Chapitre 6 : Le Prelude de la guerre
2405 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 04/08/2026 19:38
POV Aiden
Je soupirai en regardant la liste de courses que Ciri m'avait confiée elle voulait absolument ses sucreries préférées d'une épicerie qu'elle croyait cacher à sa grand-mère, même si j'étais à peu près certain que celle-ci était déjà au courant.
Cela faisait quelques mois qu'on avait fêté les moissons. Nous étions déjà en 1263, et il était de plus en plus évident que quelque chose n'allait pas.
En me promenant dans les rues, je voyais des soldats frapper aux portes des maisons, dérouler un parchemin, et annoncer à voix haute que, sur ordre de la reine Calanthe, toute personne âgée de 16 à 50 ans devait rejoindre l'armée pour défendre le territoire un refus serait considéré comme une trahison envers son propre pays.
On voyait des familles en larmes, surtout à l'égard des fils et des maris, puisque la grande majorité de la population de Cintra se trouvait justement dans cette tranche d'âge.
Pourquoi une telle précipitation ? Sac-à-Souris avait fini par m'expliquer la situation.
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Flashback
POV Aiden
Les bras croisés, adossé à un pilier, j'écoutais attentivement Sac-à-Souris. Une fois ses explications terminées, je résumai :
« Donc, si je comprends bien : Nilfgaard s'apprête à attaquer Cintra, et ces fichus rois du Nord refusent d'aider Sa Majesté par simple orgueil alors que Cintra est littéralement la porte du Nord, la frontière entre le Nord et le Sud. Stratégiquement, il vaut mieux défendre Cintra que de créer un nouveau front dans le Nord, non ? »
Sac-à-Souris soupira :
« Malheureusement, oui. En échange de leur soutien, ils exigent au minimum que Ciri se fiance à l'un de leurs fils. Peu leur importe que Cintra soit détruite ou non ils veulent surtout s'assurer une chance de régner un jour dessus. La reine Calanthe jouit d'un prestige immense, tant sur les îles que dans le Nord, et pour beaucoup, c'est justement un obstacle. Après tout, elle a repoussé une précédente attaque de Nilfgaard, au prix de la vie de son défunt mari ce qui n'a fait que renforcer sa réputation. »
Il termina d'enduire mon épée d'une huile et ajouta :
« Voilà, j'ai fini de tremper ta lame cette huile est efficace contre les humains, rien de miraculeux, mais elle améliore le tranchant et la résistance. »
Je le remerciai en rangeant l'épée dans son fourreau, puis demandai, un peu agacé :
« Suis-je encore trop naïf, Sac-à-Souris ? Je pensais qu'au moins la population du Nord comptait pour le Nord. »
Il soupira de nouveau :
« Malheureusement, certains s'en moquent complètement comme à Kaedwen, où la répression envers les non-humains est déjà forte, avec l'arrivée progressive d'un culte appelé le Feu Éternel, qui traite les non-humains d'aberrations de la nature. C'est encore marginal, mais ça commence à faire du bruit. Et malheureusement, la reine Calanthe est l'une des rares souveraines à accepter pleinement toutes les espèces sans distinction ce qui ne plaît pas à tout le monde. »
Il pointa du doigt une carte des royaumes du Nord et poursuivit :
« Même sans renfort direct, la reine de Riv nous prête quelques ressources, et Témérie nous envoie du monde mais ce ne sont que des paysans qui n'ont jamais connu la guerre. Quant à la Rédanie… n'en parlons même pas : leur roi veut que Ciri épouse son fils Radovid, un garçon qu'on dit franchement instable. Bref, disons que la reine Calanthe nous a bien rappelé pourquoi on l'appelle la Lionne de Cintra, mais oui on peut dire qu'on est dans une belle merde de goule. »
Je regardai Sac-à-Souris, amusé :
« Depuis quand le grand Sac-à-Souris utilise un vocabulaire aussi fleuri ? »
Il sourit, fatigué :
« Depuis que la politique m'épuise. Bon, Ciri t'attend, tu devrais la rejoindre. »
Fin du flashback
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POV Aiden
Autour de moi, le décor avait profondément changé depuis la fête. Là où s'étaient dressés des stands de nourriture se trouvaient désormais des tentes de guerre provisoires ; on sentait la fumée des forges, et parfois un épais panache noir montait vers le ciel. Les murailles se hérissaient peu à peu de balistes et de grosses arbalètes.
En arrivant au magasin, je vis la commerçante, surprise de me voir, qui esquissa un sourire inquiet, à cause de la situation générale et dit :
« Je suppose que la petite princesse veut ses bonbons. »
Je hochai la tête et lui tendis la liste :
« Oui, comme d'habitude. »
Elle rit doucement et mit un peu plus que nécessaire dans le sachet. Avant que je puisse dire quoi que ce soit, elle ajouta :
« Ne t'inquiète pas à vrai dire, je ferme boutique. »
Surpris, je demandai :
« Puis-je savoir pourquoi ? »
Elle soupira doucement, le regard tourné vers la fenêtre :
« Mon fils et mon mari ont été enrôlés, et ma fille est loin d'ici, en Rédanie, pour ses études. J'ai décidé de m'engager, moi aussi, aux côtés de mon fils et de mon mari. J'aime mon pays, et si je dois mourir, j'aimerais que ce soit auprès de ceux que j'aime. »
Je demandai, incertain :
« Et votre fille ? »
Elle sourit doucement :
« Je sais qu'elle sera triste. Mais elle a hérité de mon caractère elle est forte, têtue. Elle se relèvera, encore plus forte qu'avant. »
Quelques minutes plus tard, en marchant dans les couloirs du château, je repensais à tout cela, et je commençais peu à peu à comprendre pourquoi la reine m'avait demandé cette promesse. Allais-je vraiment perdre, une fois de plus, tout ce que j'avais connu ces dernières années ?
Mes pensées furent interrompues par le cri furieux de Ciri :
« NON ! Ne l'envoie pas ! Si tu l'envoies, je dois être avec lui ! »
En m'approchant, je vis Ciri en colère, face à la reine, au commandant et à Sac-à-Souris, réunis autour d'une table couverte d'une carte de plaine. Calanthe répondit d'un ton froid même si quelqu'un qui la connaissait bien aurait pu déceler une pointe de douleur dans sa voix :
« Jeune fille, n'oublie pas que tu n'as pas été invitée à ce conseil de guerre. Retourne à tes études. »
Ciri, une fois lancée, était difficile à arrêter peu de choses pouvaient l'interrompre quand elle était en colère. Alors qu'elle allait continuer, je plaçai le sachet de bonbons devant son visage. Elle se retourna brusquement, et je souris doucement :
« Ciri, Sa Majesté a raison. Retourne à tes études, c'est important. J'arrive juste après, je te le promets. »
Elle hésita, saisit les bonbons, et dit :
« Tu as promis, tu ne peux plus revenir en arrière. » Puis elle quitta la salle, non sans lancer un dernier regard noir à sa grand-mère.
Calanthe soupira, et un léger rire échappa à Sac-à-Souris, aussitôt étouffé quand elle lui jeta un regard. Elle se tourna vers moi, calmement :
« Merci pour ça, Aiden. Puisque tu es là, j'aimerais te prévenir de quelque chose. Commandant Albert, allez-y. »
Le commandant hocha la tête et me regarda avec son sourire caractéristique :
« Bien. À la demande de la reine, tu rejoindras mon unité pour observation et apprentissage. Tu participeras donc à la guerre, aux côtés des commandants. »
Je restai un instant interdit, partagé entre une pointe de peur et d'excitation mais en me rappelant les horreurs de la guerre qu'on m'avait enseignées, cette excitation retomba vite. Je répondis, hésitant :
« Très bien, commandant. »
Il rit et me tapota l'épaule :
« Ne t'en fais pas, avec moi il ne t'arrivera rien, promis. Allez, va rejoindre notre altesse avant qu'elle ne pense qu'on t'accapare. »
Je hochai la tête et partis retrouver Ciri.
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POV général dans la salle de guerre, après le départ d'Aiden
Le commandant soupira et se tourna vers sa reine :
« Votre Majesté, êtes-vous certaine de votre choix ? »
Calanthe hocha la tête, une légère tristesse dans la voix :
« Oui. J'ai confié la vie de ma petite-fille à Aiden, et à ce sorceleur mais j'ai bien plus confiance en Aiden qu'en lui. Et même s'il me faut le traumatiser par la guerre pour lui rappeler les horreurs de ce monde, je m'y résous en tant que reine, et en tant que grand-mère de Ciri. »
Sac-à-Souris, resté silencieux jusque-là, intervint :
« Votre Majesté, je continue de le répéter : vous n'êtes pas obligée de mourir. »
Calanthe garda le silence un instant, puis répondit :
« Je le sais. Je le sais parfaitement. Mais… je ne peux pas faire autrement. Mon mari est mort pour défendre ce royaume. Ma fille y est née. Ma petite-fille y est née. Je ne me bats pas seulement pour mon royaume je me bats pour pouvoir en mourir, car c'est tout ce qu'il me reste des souvenirs de ce que j'ai aimé. »
Elle caressa de nouveau, instinctivement, sa bague de mariage :
« D'autant plus que j'ai confiance en Aiden. Je vois bien le regard de ma petite-fille les seules personnes qui aient jamais su la calmer ont toujours été sa mère, et maintenant Aiden. Il compte énormément pour elle. Et si je dois faire un dernier geste en tant que grand-mère, ce sera de les sauver tous les deux. »
Elle se tourna vers le commandant :
« À la moindre certitude de défaite, ramène Aiden ici. C'est le dernier ordre de ta reine. »
Le commandant hocha la tête gravement :
« À vos ordres, Votre Majesté. Je défendrai l'avenir de votre petite-fille et de mon disciple au péril de ma vie. »
Elle esquissa un petit sourire :
« Au moins, cela signifie que Cintra ne sera pas totalement détruite. J'ai confiance en Aiden avec Ciri à ses côtés, je suis certaine qu'ils sauront reconstruire Cintra et rallier notre cause. »
Sac-à-Souris sourit légèrement :
« Je vois que vous avez une haute opinion d'Aiden. »
Calanthe demanda :
« Sac-à-Souris, connais-tu les échecs royaux ? »
Il hocha la tête :
« Oui, c'est très joué en Témérie et en Rédanie. Pourquoi cette question ? »
Elle croisa les bras :
« C'est un jeu créé par le premier roi du royaume Nord. Il permet de repérer ceux qui ont l'étoffe d'un roi, ou d'un dirigeant. Toi, par exemple comment gagnerais-tu une partie d'échecs ? »
Sac-à-Souris fronça les sourcils :
« En élaborant une stratégie, et en protégeant précieusement le roi pour éviter de le perdre. Après tout, la règle du jeu n'est-elle pas de se comporter comme le véritable dirigeant ? »
Calanthe sourit :
« C'est vrai, n'importe qui répondrait cela. Mais sais-tu ce qu'Aiden et Ciri ont fait, eux ? »
Elle eut un petit rire :
« Aiden a fait avancer son roi avec ses propres troupes, pour qu'il devienne lui-même la cible de l'adversaire, pendant que le reste de ses pièces s'occupait de neutraliser les attaques. Ciri, elle, a laissé son roi en retrait, et a fait avancer ses pièces avec sa reine, en simultané. Les deux partagent le même état d'esprit : un dirigeant doit se battre aux côtés de ses troupes. »
Elle resta un instant silencieuse, puis conclut :
« Ce sont deux forces de caractère qui se complètent parfaitement. Je ne sais pas ce que l'avenir réserve à Aiden et à Ciri, mais je suis certaine d'une chose : je me battrai jusqu'à la mort pour Cintra et mon peuple. Et Cintra, mon peuple, deviendront l'épée et le bouclier de Ciri et d'Aiden, pour qu'ils puissent vivre, et faire éclater leur talent à la face de ce monde. »
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POV Aiden
Je toquai à la porte de la chambre de Ciri, et une voix affaiblie me répondit :
« Entre. »
En entrant, je ne pus m'empêcher de sourire : une chambre de princesse, ça devrait normalement ressembler à un univers de poupées et de parfums délicats. Ici, on trouvait littéralement un mannequin d'entraînement, une épée en bois, et plusieurs vêtements d'écurie éparpillés au sol on aurait plutôt dit la chambre d'un soldat. Je m'approchai de Ciri, assise près de la fenêtre, et vins m'adosser au mur à côté d'elle, les bras croisés, regardant l'extérieur en silence, attendant qu'elle parle la première.
Elle finit par dire doucement :
« Tu es vraiment obligé d'y aller ? »
Je gardai les yeux tournés vers l'extérieur, comme elle, et répondis doucement :
« Oui. »
Elle me regarda, triste :
« Pourquoi ? Tu sais très bien que si tu refusais, grand-mère accepterait. »
Je soupirai doucement, plongeant mon regard dans le sien :
« C'est vrai, Ciri. Mais combien de temps encore vais-je fuir la réalité ? »
Je jetai un œil au mannequin d'entraînement et poursuivis :
« Ciri, je sais pourquoi la reine veut que j'y aille. Elle veut sûrement me confronter à la réalité me montrer que, malgré mes progrès à l'épée et tout ce que j'ai appris dans ce monde, ce n'est rien face à la guerre. Elle veut me marquer, me traumatiser peut-être. Et honnêtement… je le veux aussi. »
Ciri se leva d'un bond, quitta le rebord de la fenêtre, et vint se planter devant moi :
« Pourquoi ? Pourquoi vouloir te traumatiser ?! »
Je souris doucement et posai ma main sur ses cheveux :
« Parce que je dois apprendre, Ciri. Je dois voir ces horreurs pour pouvoir te protéger toi, et ton avenir. »
Elle secoua la tête, sans pour autant repousser ma main, et dit tristement :
« Mais je veux être à tes côtés, pas être protégée. »
Je souris doucement :
« Je sais. Mais pour l'instant, laisse-moi être devant. Tu me rejoindras vite, je le sais. »
Le commandant apparut alors dans l'encadrement de la porte :
« Aiden, c'est l'heure. Va te préparer. »
Je hochai la tête et sortis. Alors que je m'apprêtais à lui dire que je reviendrais vite, elle cria :
« Aidy ! Je te rejoindrai ! C'est la dernière fois que tu me laisses derrière toi la prochaine fois, je serai à tes côtés, tu m'entends ?! »
Je me retournai un instant, croisant son regard brûlant de détermination malgré ses larmes, puis repartis, lui tournant le dos, en disant :
« Alors j'ai hâte de me battre à tes côtés, ma princesse. »
Je m'éloignai, laissant derrière moi ses pleurs comme seul écho dans le silence du couloir.