L'Enfant de Kyne
NB : quelques corrections de fautes, d'incohérences et réécriture de certains passages redondants et répétitifs pour que ça soit plus fluide
Chapitre I
Le Prélude
À la fin de l'année 174 de la Quatrième Ère, le petit bourg fortifié d'Helgen, à la frontière entre Bordeciel et Cyrodiil, vivait encore au rythme des forges, des récoltes et des longues soirées d'hiver. La Grande Guerre faisait rage au sud entre les légions impériales et les armées elfiques du Domaine aldmeri, un puissant royaume venu de l'Archipel de l'Automne, mais, ici, les récits des anciens résonnaient encore plus fort que les échos du champ de bataille. Mais les nouvelles du front étaient de mauvais augure.
— … et voilà comment les Langues vainquirent Alduin. Ainsi s'acheva l'Ère Méréthique et les dragons disparurent. Après avoir détruit le Culte Draconique, nos deux héros retrouvèrent Gormlaith Lame-dorée en Sovngarde où ils festoyèrent au banquet de Shor jusqu'à la fin des temps.
Holdhir, âgé d’une trentaine d’années, tenait son fils assis sur ses genoux. Grand et solidement bâti, il possédait la carrure robuste propre aux Nordiques élevés dans les montagnes de Bordeciel. Son visage carré était encadré d'une barbe brune, épaisse et soigneusement entretenue. Ses longs cheveux bruns, rejetés en arrière, étaient noués en une queue-de-cheval maintenue par une simple lanière de cuir. Son regard bleu acier, d'ordinaire sévère lorsqu'il travaillait à la forge, s'adoucissait dès qu'il se posait sur sa femme et son fils. Ses mains épaisses, couvertes de callosités, racontaient à elles seules son existence. Elles avaient autant manié le marteau du forgeron que le glaive du légionnaire. De fines cicatrices couraient sur ses avant-bras, souvenirs des campagnes menées sous les couleurs de l'Empire. Il avait servi plusieurs années dans la Légion impériale avant d'obtenir une permission pour revenir à Helgen assister à la naissance de son enfant, en l'an 168 de la Quatrième Ère. Pourtant, il manipulait son fils avec une délicatesse surprenante, comme s'il craignait de briser entre ses mains habituées au fer le plus précieux des trésors.
Sa femme, Shyla, était une jeune nordique de vingt-six ans. De taille moyenne, elle possédait une silhouette fine, façonnée davantage par les longues marches en montagne que par les travaux des champs. De longs cheveux châtains ondulés retombaient jusqu'au milieu de son dos, souvent retenus par une simple tresse ornée de quelques plumes de faucon. Son visage, encore jeune, était éclairé par de grands yeux bleu gris dans lesquels semblait se refléter le ciel de Bordeciel après une tempête. Lorsqu'elle souriait, les inquiétudes du quotidien paraissaient s'effacer un instant.
Elle ne portait ni bijoux d'or ni vêtements luxueux. Une simple robe de laine écrue, un manteau de fourrure et une ceinture de cuir lui suffisaient. À sa ceinture étaient suspendues plusieurs petites bourses contenant des herbes séchées, des racines et quelques fioles de verre dont elle se servait pour préparer remèdes et potions.
Shyla était une shamane. Issue d'une ancienne lignée de Filles de Kyne, elle connaissait les plantes, les potions et les anciens rites nordiques, hérités d'une époque où les Neuf Divins n'avaient pas encore remplacé les anciens dieux. Là où la plupart des Nordiques priaient désormais Kynareth, elle continuait d'invoquer Kyne sous son nom ancestral et racontait souvent à son fils que c'était son souffle qui avait donné naissance aux premiers hommes au sommet de la Gorge du Monde. Elle embrassa son mari sur le front avant d'ébouriffer affectueusement les cheveux de son fils.
— Holdhir, tu as oublié de dire que Kyne a sollicité Paarthurnax pour leur apprendre le Thu’um.
— Comme toujours...
— Maman, arrête, s’exclama l’enfant en essayant de retirer la main de sa mère. Quand je serai grand, je serai plus fort qu'Hakon le borgne ! Je vous protégerai des dragons ! Et des méchants elfes aussi !
Leur fils, Eirik, âgé de six ans, n'était encore qu'un petit garçon. Une tignasse brune en bataille encadrait un visage encore rond, où deux grands yeux bleu clair brillaient d'une curiosité insatiable. Chaque fois que son père racontait une histoire, il l'écoutait avec une attention presque religieuse, comme si chaque légende pouvait prendre vie d'un instant à l'autre. Depuis qu'il savait parler, Eirik réclamait chaque soir les mêmes histoires : celles des dragons, des anciens héros et des Langues capables de faire trembler les montagnes d'un seul Cri.
Holdhir éclata de rire.
— Voyez-vous ça ! Notre petit Eirik souhaite marcher dans les pas des anciennes Langues !
Il le saisit par les aisselles, le lança en l’air puis le rattrapa.
— Je vais te dévorer, fils, car je suis Alduin, le Dévoreur des Mondes !
Le Nordique posa son fils par terre puis leva ses bras et se mit à imiter ce qu'il pensa être le rugissement d'un dragon. Eirik poussa un cri et alla se cacher derrière sa mère.
— Gormlaith, vite ! Alduin est revenu ! Attaque-le !
Et tous trois mimèrent l'affrontement contre Alduin jusqu’à ce qu’Eirik s'épuise. Ce soir-là, rien ne semblait pouvoir troubler leur bonheur. Pourtant, au sud, la guerre dévorait l’Empire. Après avoir couché puis bordé son fils, Shyla gagna le lit de son mari qu’elle vit concentré à tailler un petit faucon dans un morceau de bois. Elle le fixa d’un regard inquiet.
— Seras-tu appelé à rejoindre le combat ? demanda-t-elle en brisant le silence.
Il laissa son regard parcourir ses longs cheveux châtains puis s'attarder sur ses yeux dont la douceur lui rappelait les longues soirées d’hiver passées auprès d'elle. Après un long soupir signalant une évidence, il ouvrit la bouche.
— Tu te souviens de notre rencontre ? J'étais persuadé que Tsun était venu me chercher... puis tu as fait reculer cet ours. C'est ce jour-là que j'ai compris que Kyne m'avait envoyé bien plus qu'une protectrice.
Sa main vint caresser sa joue avant qu'il ne poursuive.
— J’ignorais à ce moment que je me trouvais face à une Fille de Kyne et la plus belle femme que j’avais vue. Mara et Dibella nous avaient bénis tous les deux ce jour-là.
— Et elles t’avaient aussi bénies d’une langue-de-bois. Ne change pas de sujet, tu me rappelles toujours notre rencontre quand tu penses ne pas pouvoir revenir, répliqua-t-elle sèchement. Je sais que cette guerre futile nous séparera à nouveau. S’il te plaît, n’y va pas. Je ne me ferai pas à l’idée de te perdre et notre Eirik non plus. Il a besoin de ces histoires et de son père.
— La situation dans le Sud a empiré. Cela fait quatre ans que cette guerre a commencé et que nous nous préparons tous en vue du pire. Le Thalmor a pris la Cité Impériale l’année dernière et ce n’est qu’une question de temps avant que l’Empereur ne lance la contre-offensive. Nous serons tous appelés au front, y compris les filles de Bordeciel. Mais toi… il resta silencieux un instant puis l’embrassa sur le front ... tu y échapperas et Eirik pourra compter sur toi. Si les elfes arrivent jusqu'ici, ils ne nous laisseront pas vivre comme nous l'avons toujours fait. À leurs yeux, nous ne sommes que des barbares bons à exterminer. Je veux qu’Eirik grandisse dans un monde libre de leurs machinations. Je me bats pour notre liberté et je me bats parce que je le dois.
Une larme coula le long de la joue de Shyla.
— Je ne pourrais pas l’introduire dans ma famille. Les Filles de Kyne font partie d’un cercle fermé et réservé uniquement aux femmes. Même si elles éprouveront de la pitié envers moi, il y a de faibles chances qu'elles le tolèrent. Notre existence est vouée à l’adoration de Kyne et même si elles l’acceptent, il voudra partir explorer le monde, ou pire, marcher dans tes pas en tant que légionnaire.
Holdhir ouvrit le tiroir de sa commode et sortit une amulette sculptée dans du bois. Elle avait la forme d’un ours.
— Je la porterai sur moi, si quelqu’un d’autre te la ramène, tu sauras que je t’attendrai à Sovngarde.
Shyla l'étreignit et l’embrassa puis ses doigts effleurèrent l’amulette inachevée.
— Je la lui donnerai le moment venu.
Holdhir sourit puis tous deux s’endormirent sans échanger d’autres mots. Tout avait été dit et plus rien n’avait besoin d’être ajouté. Quelques semaines plus tard, ce que redoutait le plus Shyla finit par arriver et Holdhir partit combattre en Cyrodiil avec les légions venues de Bordeciel. Eirik ne pleura pas ce jour-là, il avait accepté l'idée que son père pouvait ne jamais revenir et qu’il devait rester pour protéger sa mère. Il pleuvait et tous les Nordiques savaient que la pluie était les larmes que Kyne versait quand son mari, Shor, fut tué lors de la guerre contre les dieux elfiques. Shyla y voyait là un signe et se refusait d’y croire tandis que Holdhir savait qu'il accueillerait la mort à bras ouverts comme une vieille amie. Il n’y avait pas de plus grand honneur, pour un Nordique, que de mourir les armes à la main pour ses convictions. Kyne pleurait ce jour-là et Shyla ne put contenir ses larmes tandis qu’Eirik hérita du calme stoïque de son père. L’enfant se jura de protéger sa mère.
Le printemps suivant, un cavalier impérial, ami de famille, revint seul. Il remit à Shyla une amulette en forme d'ours ainsi qu’une lettre portant le sceau de l’Empereur. Elle ne demanda même pas où était Holdhir. Elle savait. L'année suivante, après la signature du Traité de l'or blanc entre l'Empire et le Domaine aldmeri, le prêtre du village retira discrètement l'effigie de Talos, le Dieu le plus important et fondateur de l'Empire que tous les Nordiques vénéraient, et replia soigneusement les bannières du neuvième divin. Personne ne protesta, tout le monde comprit sauf Eirik et certains enfants qui demandèrent une explication.
— Le Thalmor arrive, Talos n’est plus, avait dit le prêtre.
— Nous avons perdu ? Les elfes vont venir pour nous ? demanda Erik.
— La guerre a été gagnée, la paix proclamée mais pour qu’elle dure, Talos doit disparaître.
Le soir même, Eirik demanda encore pourquoi à sa mère. Shyla répondit simplement que les hommes avaient gagné la guerre mais perdu la paix. Durant les jours qui suivirent, les statues de Talos disparurent des sanctuaires, les prières se firent à voix basse et certaines portes restaient closes lorsque des étrangers traversaient Helgen. Les Hauts-Elfes du Domaine aldmeri, dirigé par le Thalmor, envoyaient désormais ses agents dans tout l'Empire pour dénicher les adorateurs les plus résistants et les exterminer. Malgré l'interdiction du culte de Talos, les murmures, eux, ne cessèrent jamais. Shyla et son fils partageaient le ressentiment de leurs compatriotes bien qu'ils ne vénéraient pas directement cette divinité.
Les années s'écoulèrent. Les enfants de Helgen devinrent des hommes, les anciens moururent, d'autres naquirent. Les neiges revenaient chaque hiver sur les toits de la cité tandis que le ressentiment de Bordeciel ne cessait de grandir. En l'année 201, Eirik, âgé de trente-troi ans, avait hérité de la haute stature de son père sans en égaler tout à fait la carrure imposante. Grand et robuste, il avait le corps d'un homme façonné par les forêts d'Epervine, Des années passées à gravir les collines enneigées autour d'Helgen et à tendre son arc des heures durant avaient durci ses muscles sans lui donner la carrure massive de son père. Ses épaules étaient larges, ses bras fermes, et ses mains portaient autant les callosités de la chasse que celles des travaux quotidiens. Ses cheveux bruns, légèrement ondulés, tombaient jusqu'à la nuque. Une barbe courte et soigneusement entretenue soulignait les traits encore jeunes de son visage. Son regard bleu clair, vif et attentif, semblait constamment scruter les alentours, comme celui d'un homme habitué à repérer le moindre mouvement dans les sous-bois avant même qu'un cerf ou un loup ne se montre. Il s'habillait simplement. Une tunique de laine épaisse sous une armure de cuir, des bottes solides et un manteau de fourrure suffisaient à le protéger des hivers de Bordeciel. Son arc ne le quittait presque jamais. Le bois poli témoignait des soins qu'il lui apportait et les nombreuses marques qui le parcouraient racontaient davantage d'années de chasse que de combats. À sa ceinture pendait une hachette de chasse qui lui servait autant à débiter le gibier qu'à couper du bois lors de ses longues journées en forêt. Les habitants d'Helgen le connaissaient surtout comme le fils d'Holdhir. On le croisait plus souvent revenant de la chasse avec un cerf sur les épaules qu'une épée à la main.
En une chaude matinée, un homme vêtu d'une cape noire frappa à leur porte. Shyla l’entre-ouvrit, mais n’entendit qu’un murmure, trop faible pour elle, mais que l'ouïe attentive d'Eirik perçut sans difficulté.
— Les Sombrages recrutent, dit la silhouette encapuchonnée avant de s'éloigner sans ajouter un mot.
Depuis qu'Ulfric Sombrage avait défié le Haut-Roi Torygg et lui avait ôté la vie, les villages de Bordeciel voyaient passer des messagers presque chaque semaine. Eirik, qui était assis près de sa mère et qui posait une nouvelle corde sur son arc, se leva et se dirigea vers la porte avec l’intention de rejoindre l'homme mystérieux. Mais sa mère lui barra la route.
— Non ! Il est hors de question que tu le rejoignes.
— Mère, tu sais très bien que le Thalmor a gagné la guerre et dictent notre vie ! Père est mort pour rien ! Laisse-moi y aller, laisse-moi venger sa mort et libérer notre peuple de cet Empire corrompu et faible !
Shyla comprenait sa rancœur car elle l’éprouvait tout comme lui mais ce n’était pas ce qu’elle souhaitait pour son fils.
— Ton père s’est battu pour nous permettre de vivre ! Il s’est battu pour que nous puissions vivre dans un monde libre de la guerre. Elle ne laisse derrière elle que des veuves et des tombes !
— Mais Ulfric se bat pour nous, pour notre liberté !
— Ulfric prétend sauver Bordeciel... mais regarde autour de toi. Il fait couler le sang de nos propres frères.
Elle désigna ensuite les maisons voisines.
— Beaucoup de tes amis l’ont rejoint. D'autres ont choisi la Légion. Si tu pars... qu'est-ce qui te garantit que tu ne lèveras pas ton épée contre l'un d'eux ?
Eirik baissa les yeux sans répondre, il restait interdit.
— Est-ce cela que ton père voulait ? Vous voir vous entretuer pendant que le Thalmor nous observe de loin ?
Eirik ne sut que dire puis il croisa son regard.
— Père est mort pour eux ! Et qu'ont-ils fait ? Ils se sont agenouillés devant les elfes ! Ils ont accepté les termes de ce maudit traité !
— Ton père ne s'est pas battu pour ça. Il protégeait les siens. Tous. Peu lui importaient leurs convictions.
Eirik se tut, elle avait touché une corde sensible : l’admiration qu’il portait pour son défunt père.
— Kyne a pleuré Shor. Moi, j'ai pleuré Holdhir, dit-elle en serrant l'amulette de son mari entre ses doigts. Ne me demande pas de pleurer aussi mon fils.
Eirik soupira et s'avoua vaincu.
— Très bien, mère, je resterai en dehors de tout ça.
Shyla fut soulagée de l’entendre et lui suggéra d’aller chasser pour apaiser sa colère. Eirik acquiesça en souriant. Bien que les elfes fussent maîtres de la fourberie, les bêtes sauvages, au moins, ne cachaient jamais leurs intentions. Il dit qu’il reviendrait avec un élan et elle répondit qu’elle achèterait du fromage et des légumes au marché. Eirik revêtit l’armure de cuir cloutée qui avait appartenu à son père. Simple, robuste et suffisamment légère pour la chasse, elle était prisée des voyageurs autant que des aventuriers. À trente-trois ans, il avait atteint la stature imposante de son père et l’armure lui allait comme un gant. Il glissa son casque de fer dans son sac. Il le porterait qu'en cas de nécessité. Il mit une épée d'acier bien entretenue et un couteau de chasse à sa ceinture. Il prit ensuite son long arc de chasse qu’il accrocha à son épaule et passa son carquois de cuir sur l'autre. Une vingtaine de flèches y reposaient, soigneusement empennées par ses soins. Il hésita un instant avant de prendre son vieux bouclier rond en cuir. Les bois d'Helgen n'abritaient pas que des cerfs. Sa mère pouffa de rire en le voyant.
— On dirait que tu pars en expédition dans un ancien tombeau.
— Tu te rappelles de la dernière fois avec les loups ? J'étais moins prêt qu'aujourd'hui.
Il passa autour de son cou le petit faucon de bois que son père avait sculpté pour lui lorsqu'il était enfant et passa le seuil de la porte.
— Que Kyne guide tes flèches.
Il lui sourit puis s’éloigna en direction des bois. Une douce brise caressait ses longs cheveux tandis que le soleil baignait Helgen d'une lumière éclatante. C’était une belle journée malgré la discorde engendrée par la Grande Guerre. Veiller sur elle était tout ce qui comptait à ses yeux désormais. Le vent soufflait dans les pins et au loin, plusieurs charrettes approchaient d'Helgen sous l'escorte de soldats impériaux. Le destin, lui, était déjà en marche.
À la Gorge du Monde, quelque chose de surnaturel se produisit. Une boule d’énergie prit forme et grossit de plus en plus jusqu’à se dissiper pour laisser place à une forme massive noire dotée d’écailles pointues, deux paires de pattes et de longues ailes noires. La créature sembla reprendre conscience peu à peu, ses yeux rouges reptiliens s’ouvrirent. Il se leva sur ses pattes et déploya ses ailes. Il étira chacun de ses membres comme s’il venait de se réveiller d’un long sommeil mais ce n’était pas le cas. Il regarda autour de lui. Étrange… le monde semblait différent de ce qu’il connaissait. Où étaient passés ses frères ? Il ne sentait plus leur présence à l’exception d’un. Ce traître de Paarthurnax. Mais surtout… où se trouvaient ces mortels qui l’avaient humilié ? Il comprit instantanément. Le monde dans lequel il se trouvait avait vieilli. Pour Alduin, seuls quelques instants s’étaient écoulés dans la faille temporelle où il était prisonnier tandis que le monde avait vieilli de plus de quatre mille ans. Le dragon ferma les yeux et se concentra pour détecter la présence de ses frères, du moins, ceux qui avaient survécu. Il fut étonné de remarquer que beaucoup étaient encore plongés dans leur long sommeil. Un dragon ne mourait jamais tant que son âme était intacte. Seul Paarthurnax restait éveillé mais sa position lui était inconnue, il ne pouvait le localiser heureusement pour lui. Il semblait utiliser le Thu’um pour cacher sa présence. Quel dommage ! Il aurait volontiers commencé par arracher la tête de ce sale traître mais une autre présence attira soudain son attention. Elle se trouvait loin vers le sud-ouest, près des montagnes qui séparaient Bordeciel de Cyrodiil et de Martelfell. Parfait se dit Alduin. Il semblait qu’un de ses frères attendait son retour mais il se déplaçait avec la lenteur propre aux mortels. Au moins l'un de ses frères avait survécu à l'oubli. Cela lui suffisait. Il battit des ailes et s’éleva dans les cieux pour rejoindre le dragon qu’il avait flairé.
Au pied des monts Jerall, une colonne de soldats impériaux avançait lentement en direction d'Helgen. Les chevaux tiraient plusieurs charrettes où des prisonniers, les mains liées, attendaient leur sort. Dans l’une des charrettes se trouvait Ulfric Sombrage, deux légionnaires assis à ses côtés, deux Nordiques, l’un vêtu d’une armure de cuir et l’autre vêtu d’une simple tunique sale et en haillon. Ulfric revêtait une armure bleue aux armoiries de Vendeaume – l’ours – bordée d'épaisse fourrure d’ours noir. Ses cheveux blonds rappelaient la crinière d'un lion et il avait l’air d’un seigneur de guerre nordique issu des contes d’Ysgramor. Ses mains étaient ligotées dans son dos et sa bouche était fermée de force par un bâillon de cuir. Les légionnaires assis à ses côtés veillaient à ce qu’il soit bien serré, car au moindre relâchement de ses liens, ils mourraient au premier Thu'um qu'il pousserait. C'était cette même Voix qui lui avait permis de terrasser le Haut-Roi Torygg... ou de l'assassiner, selon ceux qui le jugeaient aujourd'hui. Malgré ses chaînes et son bâillon, Ulfric demeurait droit. Plus grand que la plupart des Nordiques, il possédait la carrure d'un guerrier forgé par les hivers de Bordeciel. Son regard bleu acier restait fixé sur le ciel. Il semblait moins escorté vers son exécution que marcher vers son destin.
Le Khajiit assis en face d'eux ouvrit lentement les yeux. Ce simple mouvement attira l'attention du Nordique vêtu d'une armure de cuir. Il paraissait plus jeune qu'Ulfric. Une barbe blonde bien entretenue encadrait son visage, et malgré les liens qui retenaient ses poignets, il conservait une étonnante sérénité. Son regard passait d'un prisonnier à l'autre, comme s'il cherchait déjà un moyen de leur rendre courage. Il s'appelait Ralof.
— Tiens, tu as fini par te réveiller, demanda Ralof, Khajiit ? Tu as essayé de traverser la frontière, pas vrai ? Et tu as foncé tête baissée dans une embuscade des Impériaux… tout comme nous et ce voleur là.
L'autre homme qu'il indiquait parla d'une voix tremblante. Son regard allait sans cesse des soldats aux montagnes, comme s'il cherchait désespérément une échappatoire. Il s'appelait Lokir.
— Maudits Sombrages ! Bordeciel allait parfaitement bien avant votre arrivée. L'Empire était enfin en paix. Si la Légion n’avait pas été à votre recherche, j’aurais pu voler ce cheval et je serais déjà arrivé à Lenclume, il regarda ensuite l’homme-chat. Toi, là. Toi et moi, on ne devrait pas être ici. Ce sont eux que l'Empire recherche, pas nous.
Le Khajiit ne répondit pas.
— Nous sommes tous liés désormais, toi comme nous, répliqua Ralof.
— Silence, derrière ! s’exclama le conducteur du chariot à leur attention.
— Et lui. Pourquoi il est là ? demanda Lokir ignorant les ordres du légionnaire.
— Un peu de respect. Tu parles à Ulfric Sombrage, le vrai Haut-Roi, corrigea Ralof.
— Ulfric ? Le jarl de Vendeaume ? C’est vous qui menez la rébellion. Mais puisque vous vous êtes fait prendre… Par les dieux, où nous emmènent-ils ?
— Aucune importance. Sovngarde est au bout du chemin.
— Non, c’est impossible... Impossible.
Le silence tomba mais Ralof le brisa à nouveau.
— Hé, de quel village viens-tu ?
— En quoi ça t’intéresse ?
— Les dernières pensées d’un Nordique devraient aller vers son foyer.
— Rorikbourg. Je… Je suis de Rorikbourg.
— Et tu t'appelles ?
— Lokir.
— Lokir de Rorikbourg... Je suis Ralof... Ralof de Rivebois.
Eirik était sur le chemin de retour, le soleil était déjà à son zénith et la chasse était bonne. Il avait trouvé un jeune élan qu’il avait tué en quelques flèches, plantées dans ses points vitaux, et avait eu la chance de tomber sur un couple de lapins. Il portait le cadavre de l’élan sur l’épaule droite et les deux lapins pendaient à sa ceinture. Sa mère avait raison, la chasse avait fini par le calmer et il avait les idées claires à présent. La colère qui l'avait poussé à vouloir rejoindre les Sombrages s'était dissipée. Il tiendrait sa promesse. Helgen serait son foyer, comme sa mère l'avait toujours souhaité. Il se rendrait sur la place du marché pour revendre les deux lapins et la peau de l’élan une fois que le boucher l’aurait dépecé. La viande servirait au repas que Shyla lui préparerait. Il fut cependant stoppé aux portes Est de la ville par deux légionnaires qui lui expliquèrent qu’un convoi allait bientôt passer et qu’il devait attendre. Mais l'attente fut de courte durée car c’était à ce moment qu’il arriva. Le général Tullius ouvrait la marche.
Âgé d'une soixantaine d'années, son visage était marqué par les campagnes militaires qu'il avait menées. Ses cheveux gris, coupés courts selon la discipline impériale, encadraient un front sévère où chaque ride semblait raconter une guerre. Une barbe soigneusement taillée et fine soulignait une mâchoire encore ferme. Chevauchant un cheval aussi blanc que la neige, il portait une armure d'officier impérial dont l'acier poli reflétait la lumière du jour. Une cape écarlate retombait sur les flancs de sa monture, elle semblait alourdie par la poussière du voyage. À sa ceinture pendait un glaive dont la garde portait l'emblème de l'Empire : un dragon. Les lourdes portes d’Helgen s'ouvrirent lentement devant lui. Tullius remit sa monture en marche et le convoi fit de même.
— Général Tullius, chef ! dit un des gardes de la porte. Le bourreau attend.
— Bien, répondit le général d'un ton ferme. Dépêchons-nous d’en finir.
Eirik croisa le regard de tous les légionnaires et des prisonniers qui passaient devant lui. Il fut surpris par la présence d'un Khajiit au milieu de tous ces Nordiques et Impériaux. Sa silhouette féline paraissait presque irréelle dans cette procession militaire. Que faisait-il parmi eux ? Peut-être qu’il s’était trouvé au mauvais moment et au mauvais endroit.
— Shor, Mara, Dibella, Kynareth, Akatosh, dit Lokir alors que son regard croisait celui d’Eirik. Divins, s’il-vous-plaît, aidez-moi.
Une fois le convoi passé, Eirik eut la permission d’entrer. Tandis que le convoi se dirigea vers la place publique, il remarqua le général Tullius diriger sa monture vers une Haute-Elfe, également appelé Altmer par les autres races, qui chevauchait un cheval noir. Grande, élancée, elle se tenait avec une élégance presque irréelle, le dos parfaitement droit et le menton légèrement relevé. Sa peau dorée et ses longs cheveux blonds pâles rappelaient les statues des anciens souverains de l'Archipel de l'Automne. Son visage était d'une beauté froide, presque sculptée dans le marbre, mais ses yeux trahissaient une intelligence calculatrice. Elle portait les riches étoffes de l'ambassadrice du Domaine Aldmeri, brodée de fils d'or dont les motifs évoquaient des feuilles et des flammes. Deux gardes du Thalmor marchaient quelques pas derrière elle, davantage comme une marque de prestige que par nécessité. Tout, dans son maintien, donnait l'impression qu'elle ne se considérait pas comme l'invitée de l'Empire, mais comme son égale... peut-être même son supérieure. Eirik ne les avait jamais vu mais il savait qu’ils faisaient partie du Thalmor, il aurait souhaité les éviter mais ils se trouvaient sur le chemin menant à la place du marché. Il pouvait néanmoins entendre ce qu’ils se disaient pendant qu’il marchait. Eirik les connaissait de réputation. Le Thalmor était l'ordre politique et militaire du Domaine aldmeri. Depuis la Grande Guerre, ses émissaires parcouraient l'Empire pour faire appliquer les clauses du Traité de l'Or Blanc, notamment l'interdiction du culte de Talos. Beaucoup de Nordiques les considéraient moins comme des alliés que comme des occupants en territoire impérial.
— Général Tullius ! dit l’Altmer à cheval. Au nom du Thalmor, je prendrai la charge de ces prisonniers. Je vous somme d’arrêter ce convoi !
— Ambassadrice Elenwen. Je suppose que vous ne nous ferez pas l’honneur de votre présence à cette exécution, la nargua Tullius.
Le général demeura parfaitement droit sur sa monture tout en incarnant l’autorité de l’Empereur en Bordeciel.
— Connaissez-vous mon invité d’honneur ? Ulfric Sombrage, jarl de Vendeaume et traître à l’Empire ? Si vous le voulez, il faudra nous le prendre par la force.
Elenwen plissa des yeux et le regarda avec mépris.
— Vous faites une grave erreur.
— Je mettrai un terme à cette rébellion ici et maintenant. Tel est mon devoir de Général de la Légion Impériale.
Eirik se retint de rire, il appréciait la façon dont le général lui répondait. Il se dit que, finalement, l’Empire ne s’était pas totalement incliné face aux elfes. Malgré les apparences, il n'avait peut-être pas totalement perdu sa fierté. Pour la première fois depuis longtemps, Eirik se demanda si son père s'était battu pour le peu d'honneur qui restait à l'Empire.
— L’Empereur en entendra parler ! s’exclama Elenwen. Au nom du Traité de l’Or Blanc, j’agis sous sa totale autorité ! Je vous somme d'interrompre cette exécution !
— Vous m’en direz tant, dit Tullius en ordonnant d'un geste à sa monture de faire demi-tour.
Un bref tressaillement parcourut son visage en voyant le général Tullius lui tourner le dos pour se diriger vers la place publique qui commençait à se remplir de monde.
— Partons, lança-t-elle sèchement à son escorte. Nous perdons notre temps.
Elle fit demi-tour et se dirigea vers la porte Nord d’Helgen. Tandis que le convoi atteignit la place publique, Eirik arriva sur la place du marché où il vit l’étal du boucher. La place du marché restait animée, même si de nombreux habitants l'abandonnaient déjà pour assister à l'exécution. Ce n’était pas tous les jours que les célébrités des rumeurs du moment étaient de passage à Helgen ! Habituellement, les marchands y vendaient armes, peaux, potions ou nourriture aux voyageurs venant de Cyrodiil. Helgen était aussi appelée la Porte du Nord, et rares étaient les journées où l'on n'y croisait pas des inconnus. Pourtant, jamais Eirik n'avait vu un Khajiit avant aujourd'hui. Il avait entendu parler de ces hommes-chat en écoutant les récits des voyageurs et savait qu’ils venaient de la province désertique et tropicale d’Elsweyr au Sud de Cyrodiil. Enfant, il était fasciné de savoir que Tamriel avait des provinces aussi variées que Bordeciel. Explorer le continent était l’un de ses rêves d’enfance.
— Ah, Eirik ! Comment vas-tu ?
Demanda le boucher en le voyant. Eirik fut arraché à ses souvenirs et revint à la réalité. Il se rappela pourquoi il était venu jusqu’ici et se dirigea vers lui.
— Bien, Bjorn, comme tu peux le voir… il posa l’élan au sol. La chasse a été généreuse. Pas l'ombre d'un loup ni d'un ours et j’ai rencontré ces deux tourtereaux, il indiqua les deux lapins accrochés à sa ceinture.
Bjorn était un Nordique d'une quarantaine d'années, large d'épaules et solidement bâti. Des années passées à lever des quartiers de viande et à manier le couperet avaient développé des avant-bras aussi épais que des bûches. Son outil n'était jamais loin de sa main. Une barbe blonde, parsemée de quelques mèches grisonnantes, couvrait son visage buriné par le froid. Son tablier de cuir portait les taches sombres d'une journée de travail et ses mains, calleuses, gardaient l'odeur persistante du sang et de la fumée des saloirs. Pourtant, lorsqu'il s'adressait aux habitants, son regard clair et sa voix grave inspiraient davantage la bienveillance que la crainte.
— Bien, les loups sont une plaie quand ils sont plusieurs. Je me rappelle que tu avais eu du mal face à trois de ces bêtes la dernière fois. Ce qui me fait penser, comment va ton bras droit ?
Eirik l’agita et fit tourner son poignet.
— Les potions de soin de ma mère faites avec les herbes que ta femme lui a données me l’ont remis en place en quelques instants. C'était quand même douloureux sur le moment mais je ne la remercierais jamais assez. Sa potion a pu aussi stopper l’infection.
— Tout le plaisir est pour nous. Et puis, nous lui sommes redevables. Shyla a permis à Olga d’accoucher sans douleur. D’ailleurs, notre petit monstre doit se trouver sur la place publique avec elle.
— Ça lui fait quel âge ?
— 6 ans depuis le printemps dernier et il rêve déjà de pouvoir partir à la chasse avec toi.
— Il ferait un bon écuyer mais je ne suis pas chevalier, dit Eirik en souriant.
— Alors tu es né dans la mauvaise province. Le passage vers Haute-Roche est du côté de Markarth et d'Haafingar au nord-ouest. Mais il se fait tard et j’aimerai aller voir l’exécution avec ma famille. Alors, qu’est-ce que ce sera ?
— Je voudrais que tu me retires la peau de cet élan. J’aurais besoin de garder ses côtes intactes, quant aux cuisses… j’imagine que je peux les manger demain. Ce qui me fait penser qu’il nous manque deux sacs de sel pour les conserver.
— Ça sera trop lourd à porter, même pour toi surtout avec tout ce que tu portes. Voilà ce que je te propose, je le dépèce, je te les emballe et tu pourras les manger après l’exécution avec ta mère. Quant aux cuisses, je te les conserverai dans un tonneau de sel, à ma charge bien sûr, parce que c’est toi, et je vous les livrerai demain matin. Ça te va ?
— C’est raisonnable. J’accepte.
— Bien, et tes lapinous ?
— Ils sont à vendre. Je te les fais pour 30 septims les deux.
— 20 septims. Ce ne sont que des lapins.
— Mais rapides et difficiles à tuer. J’ai perdu plus de flèches sur eux que sur l’élan. 25 septims.
— Ton carquois est encore plein. 15 septims.
— Tu exagères et c’est rare de tomber sur deux lapins dans les collines. 23 septims.
— Oui, mais tu as sûrement privé une famille de deux parents. Je regrette mais les petits auront du mal à survivre sans eux. Tu as été trop gourmand. 20 septims.
Eirik soupira et mit la main à sa bourse.
— Tu es dur en affaire mais tu marques un point. Il y aura moins de lapins cette année. Très bien, va pour 20 septims.
— Un bon chasseur doit toujours penser à préserver l’équilibre naturel. Étant le fils d’une Fille de Kyne, je m’attendais à ce que tu le saches.
— Ma gourmandise a eu raison des enseignements de ma mère, admit Eirik en posant les lapins sur l’étal mais il remarqua au dernier moment qu'ils étaient deux mâles. Attends !
— Trop tard. On a déjà conclu l’accord. Fais attention aux détails la prochaine fois que tu veux marchander.
— La Compagnie de l'Empire oriental te recruterait sur-le-champ. Tu serais riche parmi eux.
— J’ai tout mon bonheur ici. Les affaires marchent bien. Et pour les côtes et les cuisses, je te les fais à 10 septims. Pour la peau, c'est gratuit.
— Marché conclu. Le forgeron en aura besoin, il me fera un prix.
Eirik le remercia et déposa 10 pièces d’or dans sa main puis il posa l’élan et les deux lapins sur l’étal. Le boucher lui donna une petite bourse dont Eirik compta le contenu. Il ne l’aurait pas fait en temps normal car Bjorn était un ami de son père mais il insistait pour qu’il le fasse. Eirik était souvent trop honnête pour son propre bien. Dans le commerce, les véritables alliés étaient rares. Pendant que Bjorn s’attelait à découper la viande, Shyla vint à leur rencontre. Elle était heureuse de voir son fils de retour sans égratignure et lui demanda pourquoi il avait mis autant de temps. Eirik lui raconta ce qu’il avait vu et ce qui était sur le point de se produire à la place publique. La nouvelle la surprit, tout comme l'attitude du général Tullius face au Thalmor. Bjorn avait entendu la conversation et ajouta que le Traité de l’Or Blanc lui était resté aussi en travers de la gorge. Il leur raconta que Tullius était alors légat et que Holdhir comme lui avaient servi sous ses ordres lors du siège de la Cité Impériale.
— Tullius connaissait mon père ? s’exclama Eirik.
— Oui, sa mort l'avait profondément marqué. Lui et ton père s'entendaient bien. C'est lui qui m'avait chargé d'annoncer la nouvelle à ta mère. Il se sentait responsable de la mort de l'un de ses hommes et craignait d'affronter le regard de la veuve qu'il laissait derrière lui.
Shyla resta silencieuse, elle ne savait pas quoi penser. Eirik était encore sous le choc de cette révélation. Bjorn termina son travail et leur remit la viande avec la peau de l'animal. Il dit à Shyla qu’il viendra leur livrer le tonneau demain matin. Il ferma son étal pour la journée et se dirigea vers la place publique.
— Mère. Je ne sais plus quoi penser au sujet de l’Empire et des Sombrages. Mon père était sous les ordres de Tullius et ils s’entendaient bien… et avec ce que je viens de voir…
— J’espère que tu n’as pas non plus l’intention de t’enrôler dans la Légion. Pas après notre discussion.
— Non… non. Je t’ai promis que je resterai à tes côtés. Mais…
— Mais tu veux en savoir plus sur le temps où ton père était légionnaire.
Eirik acquiesça. Shyla poussa un léger soupir avant de lui promettre qu'elle l'autoriserait à se rendre à Solitude, où siégeait la Légion impériale, à une seule condition : qu'il ne s'y enrôle pas. Elle ne craignait plus les Sombrages. Leur rébellion devait s'achever ce jour même avec l'exécution de leur chef.
— Alors j'irai au moins assister à l'exécution avant de rentrer, annonça Eirik.
— Très bien, répondit Shyla avec un sourire. Je t'attendrai à la maison. Le repas sera prêt à ton retour.
Pendant qu'Eirik retrouvait enfin un peu de sérénité auprès de sa mère, les prisonniers descendaient un à un des charrettes sur la place publique. Aucun des habitants d'Helgen ne pouvait imaginer que ces instants de calme seraient les derniers que connaîtrait leur cité.