L’Héritage Winchester

Chapitre 5 : Le passage

4593 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/03/2026 16:59

Au matin, Dean était déjà assis près de la fenêtre lorsque Sam se redressa sur son lit, tandis que la lumière grise du jour filtrait à travers les rideaux et étalait dans la chambre une clarté froide et terne.

Sam observa son frère pendant quelques secondes avant de parler.

— « T’as réussi à dormir ? »

— « Ouais. »

La réponse arriva immédiatement, un peu trop rapidement pour être totalement crédible, mais Sam ne releva pas. Il connaissait ce ton et reconnaissait sans difficulté les signes qui l’accompagnaient : la ligne de tension dans les épaules de Dean, la rigidité presque immobile de sa posture, et cette manière de rester tourné vers la fenêtre comme si surveiller le parking était soudain devenu plus important que la conversation.

Son regard glissa ensuite vers l’autre lit où Saphyrra dormait encore.

— « Je vais chercher le petit-déj. »

Dean se contenta de hocher légèrement la tête sans se retourner.

La porte se referma derrière Sam, et le bruit sec du loquet tira Saphyrra du sommeil.

Elle émergea lentement, comme si elle remontait de très loin. Ses paupières s’ouvrirent avec hésitation et elle resta immobile quelques instants, le regard fixé au plafond, laissant le temps à la chambre de reprendre forme autour d’elle.

Dean l’observait déjà.

Elle sentit presque aussitôt ce regard posé sur elle et détourna le sien avant même de croiser le sien, un mouvement discret qui n’échappa pourtant pas à Dean.

Elle se redressa alors avec précaution. Ses mouvements restaient contrôlés, mais ses mains tremblaient légèrement, comme si son corps n’avait pas encore retrouvé tout son équilibre.

Dean finit par se lever de sa chaise et hésita une fraction de seconde avant de parler.

— « Ça va ? »

Sa voix n’était ni dure ni vraiment rassurante. Elle portait encore la fatigue de la nuit, ainsi que la tension laissée par ce qui s’était passé la veille.

Saphyrra répondit par un léger mouvement de tête pour indiquer que oui, mais elle ne leva pas les yeux vers lui.

Elle se redressa ensuite et s’assit au bord du lit, droite comme la veille, les mains posées sur ses genoux dans une posture presque mécanique. Pourtant quelque chose avait changé : ses mains tremblaient légèrement, et elle ne semblait même pas chercher à le dissimuler.

Dean les observa quelques secondes.

La veille encore, chaque geste chez elle semblait parfaitement contrôlé, comme si tout avait été appris puis répété jusqu’à devenir automatique. Maintenant ce contrôle présentait une fissure visible.

Il retourna finalement près de la fenêtre et reprit sa place, gardant les yeux tournés vers le parking du motel, même si son attention revenait régulièrement vers elle.

— « T’as mal à la tête ? » demanda-t-il.

Saphyrra hocha légèrement la tête.

La réponse aurait pu le rassurer. La douleur était une réaction normale, humaine, presque logique après ce qui s’était passé la veille. Pourtant les tremblements continuaient, et Dean sentit une légère inquiétude lui serrer la poitrine tandis qu’il cherchait une explication.

La faim, pensa-t-il. Ou autre chose.

Ils restèrent ainsi plusieurs minutes seuls dans la chambre. Le silence qui s’installa entre eux n’était pas vraiment confortable, et Dean n’aimait pas ce genre de silence-là, parce qu’il n’était jamais vide : il était rempli de questions qu’il ne savait pas formuler.

La porte finit par s’ouvrir et Sam revint avec deux cafés ainsi qu’un sac en papier brun. L’odeur de pain chaud et de graisse tiède envahit aussitôt la pièce.

Il tendit un café à Dean.

— « Noir. »

Dean le prit sans répondre.

Sam s’approcha ensuite de Saphyrra et lui tendit un sandwich.

— « Mange doucement. »

Elle le prit avec précaution, comme si on venait de lui confier quelque chose de fragile, puis commença à manger sans parler, méthodiquement, sans précipitation.

Dean l’observait du coin de l’œil. Elle ne semblait ni savourer ni réellement apprécier ce qu’elle mangeait, comme si l’acte de se nourrir relevait simplement d’une nécessité.

Sam, lui, observait la scène différemment. Il notait surtout qu’elle mangeait, qu’elle avalait sans difficulté et qu’elle ne rejetait rien, ce qui était déjà rassurant d’une certaine manière.

Dean finit par poser son café sur la table.

— « On part dans une heure. »

Sam leva les yeux vers lui.

— « D’accord. »

La discussion s’arrêta là, mais aucun des deux ne se faisait vraiment d’illusion : ce qui les attendait dans la forêt ne répondrait pas seulement à la question d’un lieu. Là-bas se trouvait aussi la réponse à la question qu’ils évitaient encore de formuler, celle de savoir qui — ou quoi — était réellement Saphyrra, et aucun des deux n’était certain d’être prêt à entendre cette réponse.

Ils rangèrent la chambre sans vraiment parler, les gestes mécaniques et rodés comme ils l’avaient fait des dizaines de fois dans d’autres motels. Dean referma le sac, vérifia une dernière fois la ligne de sel avant de l’effacer du bout du pied, tandis que Sam pliait la carte pour la glisser dans sa veste.

Dean sortit le premier et fit lentement le tour du parking, observant les voitures stationnées, les rares allées et venues du matin ainsi que les silhouettes qui passaient sans vraiment prêter attention à l’Impala. Rien dans ce décor banal ne lui sembla anormal, et il finit par revenir vers la chambre.

— « Ok. On y va. »

Sam hocha la tête avant de faire signe à Saphyrra de se lever.

Elle posa les mains sur le matelas pour prendre appui et se redressa avec un mouvement lent et soigneusement contrôlé. Pourtant, au moment où elle se mit complètement debout, ses jambes flanchèrent et Sam la rattrapa aussitôt en refermant une main ferme autour de son bras.

— « Doucement… »

Il sentit immédiatement à quel point elle était légère, beaucoup plus qu’il ne l’avait imaginé. Son visage avait encore perdu un peu de couleur, et la pâleur n’était plus seulement accentuée par les néons du motel : elle était réelle.

— « Ça va ? » demanda-t-il, plus inquiet qu’il ne l’aurait voulu.

Elle répondit par un léger mouvement de tête, toujours aussi minimal.

Après avoir repris appui, elle attendit une seconde que son équilibre revienne avant de se redresser complètement, puis retira doucement son bras de la main de Sam, comme pour lui signifier qu’elle tenait debout. Elle sortit ensuite de la chambre comme si rien ne s’était passé.

Dean avait observé toute la scène sans intervenir, mais son regard s’attarda un instant sur la manière dont ses jambes avaient cédé. L’image réveilla aussitôt le souvenir de son propre geste de la veille, le coup parti trop vite et trop fort lorsqu’il avait tenté d’interrompre ce qui se passait dans la tête de Sam. Sur le moment il n’avait pas réfléchi ; il avait simplement voulu arrêter la connexion.

Maintenant, il se demandait brièvement si ce geste n’avait pas laissé plus de traces qu’il ne l’avait cru.

Il s’approcha finalement, sans commentaire inutile, puis s’arrêta près d’elle avant de lâcher d’un ton neutre :

— « Si tu tiens pas debout, tu le dis. »

La phrase ressemblait davantage à une consigne qu’à une question, mais son regard resta un instant posé sur elle tandis qu’une pensée revenait malgré lui : la veille, il n’avait pas mesuré la force de son geste. Quelque chose se resserrait déjà en lui, et il ne savait pas si cela venait simplement du choc ou d’autre chose qu’il n’arrivait pas encore à nommer, mais aucune de ces possibilités ne lui plaisait.

Ils prirent la route peu après.

Dean conduisait, les mains fermement posées sur le volant et les épaules légèrement tendues, tandis que Sam était installé à côté de lui avec la carte ouverte sur les genoux, suivant du doigt les indications qu’il avait mémorisées pendant la nuit.

À l’arrière, Saphyrra n’était plus assise droite comme la veille. Son dos reposait contre le dossier et sa tête était légèrement inclinée vers la vitre, dans une posture qui aurait pu donner l’impression d’une détente nouvelle si la réalité n’avait pas été tout autre : elle n’avait simplement plus la force de maintenir cette rigidité presque militaire qui la caractérisait jusque-là.

Ses yeux suivaient le paysage qui défilait — les arbres, les champs, les panneaux routiers — mais son regard n’avait plus la précision attentive de la veille.

Dean jetait régulièrement des coups d’œil dans le rétroviseur, officiellement pour surveiller la route derrière eux, mais en réalité pour l’observer elle.

Chaque fois qu’elle tournait légèrement la tête, il apercevait la marque rouge sur sa tempe, la trace de son propre geste. La couleur avait déjà commencé à pâlir, mais elle restait visible, et Dean détourna brièvement le regard en serrant un peu plus le volant.

Ce n’était pourtant pas seulement cette marque qui l’inquiétait.

Quelque chose d’autre n’allait pas.

Sa pâleur n’avait rien à voir avec un simple coup, ses mouvements étaient plus lents, et même sa respiration semblait plus courte, comme si son corps essayait d’économiser la moindre parcelle d’énergie.

— « Sam… y’a un truc qui va pas avec elle », dit-il finalement sans quitter la route des yeux.

Sam releva la tête et observa Saphyrra pendant quelques secondes.

— « Ouais. J’ai remarqué. On dirait qu’elle s’affaiblit. Et vite. »

Dean hocha légèrement la tête, visiblement peu rassuré par cette confirmation.

Il jeta un nouveau coup d’œil dans le rétroviseur avant de demander :

— « T’as encore mal ? »

Cette fois, il ne cherchait même plus à cacher l’inquiétude dans sa voix.

Saphyrra tourna lentement la tête vers lui. Son regard croisa celui de Dean dans le rétroviseur avant de se détourner presque aussitôt, et elle accompagna ce mouvement d’un léger signe négatif pour indiquer que non.

Dean serra un peu plus le volant.

Il n’aimait pas quand les réponses étaient trop simples.

La route s’enfonçait progressivement vers la forêt, les arbres se resserrant de part et d’autre de l’asphalte tandis que la lumière devenait plus diffuse sous les branches.

À côté de lui, Sam replia légèrement la carte.

— « Encore cinq kilomètres. Après la borne trente-cinq, on devrait voir une piste sur la droite. »

Dean acquiesça sans quitter la route des yeux. Il restait attentif aux environs tout en jetant régulièrement un regard dans le rétroviseur, non seulement pour surveiller ce qui pouvait arriver derrière eux, mais aussi pour observer la jeune femme assise à l’arrière, dont il ne parvenait toujours pas à comprendre la nature.

La borne 35 apparut enfin sur le bas-côté.

Sam la reconnut immédiatement, et un frisson discret lui parcourut l’échine. Il l’avait déjà vue, mais sous un autre angle, dans une image imposée par la vision plutôt que dans la réalité.

— « Dean ! C’est là. Tourne à droite, sur le chemin de terre. »

Dean ralentit sans répondre et repéra la piste à peine visible qui s’enfonçait entre les arbres.

— « Si c’est un piège, c’est bien choisi », marmonna-t-il en tournant le volant.

Le chemin était étroit et irrégulier, et les branches frôlaient parfois la carrosserie de l’Impala. Après environ cinq cents mètres, la piste s’arrêta brusquement, laissant place à une forêt dense et silencieuse qui semblait refermer le paysage autour d’eux.

Dean coupa le moteur, et le silence qui suivit lui parut immédiatement étrange, trop complet pour être entièrement naturel.

Sam sortit le premier, déjà concentré sur son orientation. Il observa les arbres, cherchant les repères qu’il avait distingués dans sa vision.

Dean descendit à son tour et balaya les alentours du regard. L’endroit ne lui plaisait pas : c’était trop isolé et presque trop propre, comme si la forêt elle-même retenait son souffle.

Il fit le tour de la voiture avant d’ouvrir la portière arrière.

— « Allez. »

Saphyrra tenta de sortir, mais le mouvement lui demanda plus d’effort qu’elle ne l’avait anticipé. Ses mains tremblaient davantage, et ses jambes manquèrent de céder dès qu’elle posa le pied au sol.

Dean la retint instinctivement par le bras et sentit immédiatement la faiblesse dans son corps.

Sam s’approcha aussitôt, visiblement inquiet.

— « Il faut continuer à pied. Y’en a encore pour deux ou trois kilomètres. »

Il observa Saphyrra quelques secondes avant d’ajouter, d’un ton plus bas :

— « Elle tiendra pas trois kilomètres. »

Dean serra la mâchoire en regardant la forêt qui s’étendait devant eux.

— « On va pas la laisser dans la voiture. »

— « J’ai pas dit ça », répondit Sam calmement, en désignant la jeune femme d’un léger mouvement de tête. « Mais regarde-la. Elle tient à peine debout. »

Dean ne répondit pas immédiatement. Son regard passa de Sam à Saphyrra, puis à la masse sombre des arbres qui les entourait, comme s’il évaluait déjà la distance, le terrain et les risques.

— « Ok. Je vais la porter. »

Sam haussa légèrement les sourcils.

— « Dean… »

Mais Dean s’était déjà avancé.

Sans lui laisser le temps d’insister, il passa un bras sous les genoux de Saphyrra et l’autre dans son dos avant de la soulever avec précaution. Le geste était plus mesuré que celui de la veille, presque malgré lui, comme si son corps avait retenu la leçon sans qu’il ait besoin d’y penser consciemment.

Il sentit immédiatement son corps se raidir.

Il n’y eut ni résistance ni protestation, seulement une tension perceptible dans ses muscles, comme si elle ne savait pas encore comment réagir à ce contact. Ses yeux évitaient soigneusement les siens, un détail qui n’échappa pas à Dean, tandis qu’il réalisait en même temps à quel point elle était légère dans ses bras.

Trop légère pour quelqu’un de son âge.

Il ajusta légèrement sa prise afin de mieux soutenir son poids.

— « Hé. Ça va », murmura-t-il finalement. « Je te tiens. »

Le ton restait bas et factuel, ni vraiment doux ni dur, comme s’il se contentait d’énoncer une évidence. Dean ne cherchait pas à prononcer des mots rassurants ; il voulait simplement qu’elle comprenne qu’il ne la laisserait pas tomber.

La respiration de Saphyrra demeura hésitante contre lui. La tension dans son corps ne disparut pas complètement, mais elle sembla céder légèrement, comme si une part d’elle acceptait peu à peu la situation.

Derrière eux, Sam observait la scène avec une expression mêlée de surprise et d’inquiétude.

— « T’es sûr que c’est une bonne idée ? » demanda-t-il.

Dean ne leva même pas les yeux.

— « Ouais. »

Sam jeta un regard vers la forêt.

— « Deux kilomètres dans les bois, terrain inconnu, et toi avec quelqu’un dans les bras… »

Dean l’interrompit d’un simple mot.

— « Sam. »

Le ton n’était pas agressif, mais il était suffisamment clair pour signifier qu’il ne voulait pas poursuivre cette discussion.

Sam soupira légèrement.

— « D’accord. »

Dean releva enfin les yeux vers lui.

— « Avance. Tu connais le chemin, non ? »

Sam hocha la tête et se tourna vers la forêt.

— « Ouais. Par là. »

Ils s’engagèrent alors entre les arbres.

Dean avançait prudemment, chaque pas soigneusement calculé. Porter Saphyrra limitait forcément ses mouvements et réduisait sa marge de réaction ; en cas d’attaque, il serait moins rapide et beaucoup moins libre. Pourtant il ne ralentit pas, conscient que la laisser marcher jusqu’à s’effondrer n’était simplement pas une option.

Dean en était parfaitement conscient, mais laisser Saphyrra marcher jusqu’à s’effondrer n’était simplement pas une option. Tandis qu’il avançait entre les arbres, il scrutait attentivement les troncs sombres, les ombres mouvantes entre les branches et les mouvements irréguliers des feuilles agitées par le vent, essayant de distinguer ce qui relevait du naturel et ce qui pouvait cacher une présence.

Malgré lui, il restait aussi constamment conscient du poids dans ses bras, et pas seulement du poids physique. Il y avait aussi cette autre sensation, plus difficile à définir, celle d’une présence qui ne protestait pas, qui ne cherchait pas à se débattre, mais qui se laissait porter sans opposer la moindre résistance.

Il sentait sa respiration contre son torse, irrégulière et plus fragile qu’il ne voulait vraiment l’admettre.

— « Si ça va pas, tu le dis », murmura-t-il sans la regarder.

Sa voix n’avait rien d’un ordre ; elle ressemblait plutôt à une tentative maladroite de vérifier qu’elle tenait encore.

Derrière eux, Sam avançait en silence, attentif au moindre bruit inhabituel. Son regard passait constamment des arbres aux mouvements d’ombre entre les troncs, mais il observait aussi la façon dont Dean portait Saphyrra, notant sans le dire la rigidité de sa posture et la prudence inhabituelle de chacun de ses pas.

La forêt se refermait peu à peu autour d’eux. Les sons semblaient se faire plus étouffés à mesure qu’ils s’enfonçaient entre les arbres, et le vent qui passait entre les branches produisait un murmure régulier, presque trop régulier pour être entièrement rassurant.

Dean n’aimait pas ça.

Plus ils avançaient, plus il avait la désagréable impression de se diriger vers quelque chose qu’il ne pourrait pas simplement régler avec une lame et un peu de sel.

Après plusieurs minutes de marche, la cabane apparut enfin entre les arbres.

Sam la reconnut immédiatement.

— « C’est elle… » souffla-t-il.

Il ne l’avait vue qu’à travers la douleur d’une vision imposée, dans des images fragmentées et difficiles à interpréter, mais il n’y avait aucun doute possible.

La cabane n’avait rien de rassurant.

Le bois des murs était grisé et usé par le temps, certaines planches étant légèrement déformées par l’humidité. Une fenêtre brisée laissait entrer la lumière de biais, tandis que la porte, légèrement de travers sur ses gonds, donnait l’impression que la bâtisse avait été abandonnée depuis longtemps.

Et pourtant quelque chose ne collait pas.

Dean s’arrêta brusquement.

— « Regarde ça. »

Près de l’entrée, la terre était marquée par des traces bien visibles : des empreintes de pneus encore nettes et plusieurs traces de pas dont les contours n’avaient pas encore été effacés par le vent ou la pluie.

Ces marques n’étaient ni anciennes ni oubliées.

Sam sentit aussitôt une tension froide lui traverser l’estomac.

— « Ça veut dire qu’elle est pas vide. »

Dean observa encore le sol quelques secondes avant de répondre :

— « Ou qu’elle l’a été récemment. »

Il abaissa lentement Saphyrra au sol, prenant soin de vérifier qu’elle tenait correctement debout avant de relâcher complètement sa prise. Sa main resta néanmoins près de son bras un peu plus longtemps que nécessaire, comme s’il voulait s’assurer qu’elle ne vacillerait pas au moment où il s’éloignerait.

Saphyrra resta immobile, pâle, les yeux fixés sur la cabane comme si elle essayait d’en comprendre la signification.

— « Reste avec elle », dit Dean à Sam. « Je fais le tour. »

Sam hocha la tête.

— « Fais gaffe. »

Dean leva brièvement les yeux vers lui.

— « Toujours. »

Arme en main, il s’approcha de la cabane avec prudence, avançant lentement le long du mur extérieur tandis que son regard passait d’une fenêtre brisée à un angle d’ombre, puis aux espaces où quelqu’un aurait facilement pu se dissimuler sans être vu. Rien ne bougea autour de lui, mais ce calme apparent ne le rassurait pas pour autant, car le silence qui entourait la cabane n’avait rien de naturel ; il semblait tendu, presque artificiel, comme si le lieu retenait son souffle.

Après avoir vérifié les derniers angles morts, Dean poussa finalement la porte du bout du canon et entra avec précaution.

À l’intérieur, l’air était lourd et stagnant. Une odeur de poussière et de bois humide flottait dans la pièce, mais elle était mêlée à une autre senteur plus récente, subtile mais indéniable, qui tranchait nettement avec l’impression d’abandon que donnait l’état de la cabane.

Dean inspecta rapidement la pièce principale. Le regard attentif, il détailla les éléments les plus visibles : une table bancale poussée contre un mur, une chaise renversée dont un pied semblait fendu, et des restes de nourriture séchés abandonnés dans un coin de la table, pas assez anciens pour remonter à plusieurs mois d’abandon.

Il s’immobilisa ensuite quelques instants au centre de la pièce, l’arme toujours levée, prêt à réagir au moindre mouvement, tandis que son attention se portait entièrement sur les sons autour de lui.

La cabane ne craquait pas sous le poids du temps comme on aurait pu s’y attendre, et aucun souffle de vent ne sifflait à travers les planches mal jointes des murs. Tout était anormalement calme, d’un calme presque trop net pour être entièrement naturel.

Après avoir attendu encore quelques secondes, Dean ressortit finalement sur le seuil et fit signe à Sam de s’approcher.

— « C’est bon. Pour l’instant. »

Le ton était neutre, mais son regard racontait une autre histoire, car rien dans cette cabane ne ressemblait vraiment à un abandon laissé au hasard.

Sam le rejoignit en accompagnant Saphyrra à l’intérieur, ralentissant volontairement son pas afin de s’adapter au rythme hésitant de la jeune femme. Elle avançait difficilement, comme si chaque mouvement demandait un effort conscient, et ses mains tremblaient davantage qu’auparavant.

Sam la surveillait discrètement du coin de l’œil.

— « Ça va ? »

Saphyrra répondit par un léger mouvement de tête.

Encore.

Toujours cette réponse minimale qui ne disait rien de ce qu’elle ressentait réellement.

La cabane ne contenait pas grand-chose. La pièce principale occupait presque tout l’espace, avec un coin cuisine sommaire installé contre un mur, quelques meubles usés et une fine couche de poussière qui recouvrait la plupart des surfaces, sans être assez épaisse pour donner l’impression d’un abandon complet.

Sam guida Saphyrra jusqu’à la seule chaise qui paraissait encore suffisamment stable pour supporter son poids et l’y installa avec précaution avant de relâcher doucement son bras.

— « Reste assise. »

Il parla à voix basse, presque sans y réfléchir, comme si ce ton calme s’était imposé de lui-même face à l’état de la jeune femme.

Dean observa la scène quelques secondes depuis l’entrée de la pièce avant de détourner les yeux pour examiner la cabane, son regard glissant lentement sur les murs, les meubles déplacés et les traces laissées sur le plancher.

— « Une chose est sûre », finit-il par lâcher en continuant d’inspecter la pièce. « Elle vivait pas ici. »

Sam se redressa et suivit lui aussi le regard de Dean autour de la cabane, prenant quelques secondes pour analyser l’endroit.

— « Non », répondit-il finalement. « Mais cet endroit servait à quelque chose. »

Dean croisa les bras tout en observant la pièce d’un air pensif, comme s’il essayait d’assembler les éléments épars qui l’entouraient.

— « T’as une idée de ce qu’on est censés trouver ici ? »

Sam secoua légèrement la tête.

— « Pas vraiment. Tu as interrompu la vision avant que ça aille plus loin. »

La remarque n’avait rien d’une accusation, mais elle atteignit quand même sa cible.

Dean releva les yeux vers lui et un bref éclat d’agacement passa dans son regard.

— « J’allais pas te laisser convulser par terre pour voir la fin du film, Sam. »

Un court silence s’installa entre eux tandis que Sam soutenait son regard quelques secondes avant de détourner légèrement les yeux.

— « Je sais. »

Dean hocha la tête, sans pour autant se détendre.

Ils commencèrent alors à examiner la cabane plus méthodiquement. Dean inspectait les murs, le plancher et les angles de la pièce à la recherche d’un piège ou d’une cache, tandis que Sam s’attardait sur les meubles déplacés et les objets laissés derrière eux, cherchant à comprendre comment l’endroit avait été utilisé.

C’est à ce moment-là qu’il remarqua l’étagère.

Elle était légèrement décalée par rapport au mur, et le sol portait des marques répétées qui trahissaient un mouvement fréquent, comme si quelqu’un l’avait tirée et repoussée plusieurs fois.

— « Dean. »

Sam posa les mains sur le meuble et tira.

L’étagère glissa presque aussitôt, comme si elle avait été déplacée des dizaines de fois auparavant, révélant derrière elle un espace qui n’aurait pas dû exister dans ce mur.

À la place du bois plein apparaissait un passage étroit, dissimulé dans l’ombre, au fond duquel un escalier en bois brut descendait vers les profondeurs de la terre jusqu’à disparaître rapidement dans l’obscurité.

L’air qui remontait du passage était sensiblement plus froid que celui de la cabane, chargé d’une odeur lourde et stagnante qui tranchait avec l’impression d’abandon du bâtiment.

Dean s’approcha légèrement et observa l’ouverture pendant plusieurs secondes, les yeux fixés sur les marches sombres comme s’il essayait déjà d’anticiper ce qui pouvait se trouver en bas.

Dean leva instinctivement son arme vers l’ouverture avant même d’avoir complètement réfléchi au geste. Son regard resta fixé sur l’escalier pendant plusieurs secondes.

— « Ok… j’aime pas ça. »

Sa voix ne contenait aucun humour, seulement une certitude calme qui trahissait l’instinct du chasseur, car tout ce qu’ils étaient venus chercher se trouvait probablement sous leurs pieds, et Dean doutait fortement que ce soit quelque chose de simple.



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