Les fragments d'une voix

Chapitre 22 : Une impasse

5818 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 20/08/2026 12:55

Encore un chapitre qui s’annonce riche en rebondissements !

Bonne lecture !

Chapitre 22 – Une impasse

Bowser Junior rouvrit lentement les yeux avant de se rendre compte que Mario venait de l’entraîner dans une pièce adjacente. Le plombier gardait un doigt posé contre ses lèvres, invitant tout le monde au silence. Il attendit encore quelques instants, l’oreille tendue vers le couloir, avant de retirer sa main de l’épaule du jeune Koopa, estimant que le danger s’était enfin éloigné. Encore assis par terre, les pattes écartées, Bowser Jr. balaya la pièce du regard. Son père était là. Solfège aussi. Luigi, Toad, Yoshi, la petite Luma... Tous avaient finalement réussi à se retrouver après avoir longuement fouillé le manoir à la recherche des autres.

Le dernier qui manquait à l’appel, c’était lui. Maintenant que la bande était enfin réunie, Mario s’empressa de faire glisser une lourde chaise sous la poignée de la porte afin d’empêcher quiconque d’entrer, sécurisant les lieux avant toute chose. Le grincement du bois contre le sol résonna brièvement dans la pièce avant que le silence ne retombe. Devant Junior, Yoshi agitait joyeusement la main avec un large sourire, manifestement soulagé de le revoir après cette longue séparation. Puis, Mario s’agenouilla devant lui pour vérifier qu’il n’avait aucune blessure, avant de reprendre la parole avec bienveillance.

«Tu n’as rien, p’tit ?» Lui demanda-t-il, sincèrement soucieux de son état. Il tendit doucement la main vers le jeune Koopa, mais celui-ci s’empressa de la repousser d’une claque accompagnée d’un grognement contrarié.

«Pwah ! Pas touche ! J’ai pas besoin de toi ! Je me débrouillais très bien tout seul…» Boudeur, Bowser Junior marmonna la fin de sa phrase en croisant obstinément les bras sous son menton, refusant de regarder l'humain. Il n’avait aucune envie de sympathiser avec lui… Il avait une fierté à défendre ! Même si, au fond, cette marque d’inquiétude l’avait quelque peu touché. Derrière Mario, Luigi grimaça avant de hausser les épaules, sans savoir quoi dire pour détendre l’atmosphère. Solfège, elle, ne tarda pas à rejoindre Bowser Jr. pour le serrer tendrement dans ses bras. Voyant que le jeune Koopa allait bien, Mario s’éclaircit finalement la gorge, cherchant à ramener la conversation au sujet qui les préoccupait.

«Maintenant qu’on est tous là, il est temps d’élaborer un nouveau plan…» Dit-il à voix basse en posant ses mains à plat devant lui, invitant chacun à garder son calme. À ces mots, tous les regards convergèrent vers le moustachu au centre de la pièce.

«Et qu’est-ce que tu proposes, petit génie ?» Renifla Bowser avec un profond dédain en posant ses poings sur ses hanches. Debout sur la table afin de dominer l’assemblée malgré sa petite taille, le roi des Koopas fusillait Mario du regard. Il voulait toujours jouer les héros… et cela commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

«D’abord, on reste tous ensemble. Ensuite, on cherche un moyen de combattre le gardien. Si on commence à agir chacun de notre côté et à paniquer, cette maison et ces fantômes auront gagné. Ce qu’ils veulent, c’est nous diviser pour mieux nous atteindre...» Expliqua Mario en s’avançant légèrement vers le groupe, promenant son regard sur chacun d’eux pour s’assurer qu’ils comprenaient l’importance de rester unis. Mais ces explications étaient loin de convaincre la tortue au caractère impulsif.

«Oh je vois… Tu vas nous inventer une solution miracle pour nous sortir de ce trou ?» Se moqua Bowser qui arqua un sourcil.

«Je dis simplement qu'on doit réfléchir avant d'agir.» Renchérit Mario en se frottant les yeux entre deux doigts, peinant déjà à dissimuler son agacement face au ton accusateur du Koopa miniature. Il n’en manquait décidément jamais une pour mettre sa patience à rude épreuve.

«Réfléchir ? C’est exactement ce qu’on fait depuis qu’on est entrés dans cette baraque ! Et regarde où ça nous a menés ! À un cul-de-sac !» Exaspéré, Bowser écarta les bras. Pendant que les deux fortes personnalités poursuivaient leur échange, Solfège glissa doucement un bras autour des épaules de Junior pour l’aider à se relever, préférant concentrer toute son attention sur le jeune Koopa plutôt que sur cette dispute qui prenait une mauvaise tournure.

«Si on fonce tête baissée, on ne fera qu'empirer les choses !» Poursuivit Mario dans un soupir de lassitude.

«Au moins, moi, je prends des décisions ! Toi, tu passes ton temps à donner des ordres comme si t'étais le chef !» Provoqua Bowser entre ses dents, les cheveux hérissés sous l'effet de la colère. Plus les secondes s'écoulaient, plus son feu intérieur menaçait d'exploser.

«J’ai pas choisi d’être le chef !» Riposta Mario en se penchant vers le Koopa agaçant, les mains en poings et les épaules crispées. Toad leva timidement le doigt pour intervenir, mais aucun des deux ne lui accorda le moindre regard, entièrement focalisés sur leur affrontement.

«Et moi j’ai pas choisi d’être minus !» Fulmina Bowser dans un cri indigné, les griffes écartées, prêt à bondir au visage du plombier qui continuait de le provoquer. Sans lui laisser le temps de répondre, il enchaîna d'une voix toujours plus furieuse ; «Allez quoi, on devrait se battre ! On trouve ce gardien, on lui flanque une bonne raclée et c'est terminé ! Pourquoi perdre notre temps avec des plans ridicules juste parce que Monsieur le mariole veut encore jouer les héros ?!»

«Et ton fils dans tout ça ? Ça t'arrive de penser à lui ? Frapper au lieu d’utiliser tes neurones, c’est ça l’exemple que tu veux lui donner ? Quel genre de père tu es ?» Critiqua Mario en désignant Bowser Junior sur le côté d'un geste de la main. À quelques pas de là, la petite Luma avait enfoui son visage derrière ses bras, effrayée par les éclats de voix qui résonnaient dans la pièce.

«Ne mêle pas Junior à ça ! Et je ne suis pas un mauvais père !» Rugit Bowser de toutes ses forces. Ses yeux s’étaient injectés de rouge, ses crocs entièrement découverts, tandis qu’un filet de fumée s’échappait de ses naseaux.

«Je peux sortir ma carte joker ?» Tenta Luigi avec une grimace, les mains sous les aisselles. Il détestait par-dessus tout les disputes et, surtout, celles qui risquaient de finir en catastrophe. Mais son frère n’avait d’yeux que pour Bowser.

«Tu es juste une grosse brute et une tête brûlée ! Tu passes ta vie à tout détruire dès que quelque chose ne se passe pas comme tu veux, parce que c'est tout ce que tu sais faire ! Tu débarques, tu frappes, tu réduis tout en cendres et tu crois que tout le monde doit se plier à tes exigences ! Et le pire, c'est que tu ne changeras jamais !» Lança Mario en enfonçant son index contre le plastron de la tortue, désormais au bord de l’explosion.

Les mots étaient sortis avant même qu’il ait eu le temps de les retenir. Il regretta instantanément ses paroles, mais il était trop tard, le mal était fait. La colère avait pris le dessus sur la raison. Du coin de l’œil, il vit Junior ouvrir la bouche sous le choc. Le jeune Koopa le regardait d’une expression indéchiffrable, un mélange d’indignation et de déception. À ses côtés, Solfège s’était levée d’un bond pour venir s’interposer, mais Yoshi l’en empêcha en lui barrant doucement le passage. Mario serra les dents.

Il savait qu’il était allé beaucoup trop loin…

«Répète un peu pour voir si tu as du cran ?!» Rouge de colère, Bowser laissa échapper un grondement sourd. Puis, n’y tenant plus, il lui cracha une gerbe de flammes qui roussit les poils de sa moustache, le faisant aussitôt reculer de surprise.

«T’es qu’un pauvre minable, et tu le resteras toute ta vie !» S’égosilla le Koopa, le poing brandi vers son adversaire qui s’empressait d’éteindre sa moustache.

Tous les deux venaient de toucher une corde sensible chez l’autre. Bowser, en se voyant reprocher d’être un mauvais père et de n’avoir apparemment pas changé depuis qu’il était avec Solfège. Mario, lui, en étant traité de minable, une insulte qui lui rappela de douloureux souvenirs. Les mots de Spike résonnèrent dans son esprit… Implacables, mordants. Il se revoyait avec Luigi, s’efforçant de faire leurs preuves et de répondre aux attentes parfois inatteignables de leur père. Ils avaient beau redoubler d’efforts, rien ne semblait jamais suffire. Il y avait toujours quelque chose à améliorer, une erreur à corriger, une nouvelle raison de leur rappeler qu’ils n’étaient pas à la hauteur.

Des années durant, Mario avait encaissé les remarques et les humiliations en silence. Il se souvenait de ces regards qui lui donnaient l’impression d’être ridiculement petit dans un monde de géants, de cette boule au creux de l’estomac qui apparaissait chaque fois qu’il échouait. Il en était venu à se demander s’il parviendrait un jour à trouver sa propre voie. Et pourtant, il avait fini par prouver sa valeur. Lui et Luigi avaient travaillé dur pour en arriver là. Ils avaient encaissé les échecs, les critiques et les humiliations sans jamais abandonner. À force de persévérance, ils avaient fini par imposer le respect, jusqu’à ce que plus personne ne puisse remettre en question ce dont ils étaient capables.

Mais certaines blessures ne disparaissaient jamais complètement.

«Personne ne me traite de minable !» Siffla Mario à voix basse, les yeux plissés. Il fit un pas en direction de Bowser, prêt à lui rendre la pareille, mais Luigi l’arrêta en posant une main contre sa poitrine. Son regard désespéré suffit à lui faire comprendre qu’il valait mieux en rester là.

«STOP ! Arrêtez de vous disputer !» Hurla finalement Toad en levant les mains avant que la situation ne prenne une tout autre tournure. D’abord, il jeta un regard désapprobateur à Mario, avant de se tourner vers Bowser, dont la poitrine se soulevait au rythme d’une respiration haletante.

Le Koopa était toujours prisonnier de sa colère. Tous les deux avaient dépassé les bornes. Toad détestait les conflits… surtout lorsqu’ils étaient aussi puérils qu’inutiles. Il connaissait leur vieille rivalité, même si les choses s’étaient nettement apaisées depuis l’arrivée de Solfège. Cependant, ce n’était ni le moment ni l’endroit pour régler leurs comptes. Plus ils se disputaient, plus ces fantômes devaient probablement se régaler. Les sourcils froncés, le petit Champignon reprit la parole après s’être assuré qu’aucun des deux ne comptait reprendre les hostilités.

«Vous êtes ridicules, l’un comme l’autre ! Au lieu de vous battre, on devrait se serrer les coudes. On est une team !» Rappela-t-il avec conviction, les poings serrés contre sa poitrine, bien décidé à mettre un terme à cette dispute pour que chacun recommence enfin à s’entraider.

«Ouais, écoute le champignon parler.» Acquiesça Bowser. Toutefois, lorsqu’il croisa le regard sévère de sa reine, le petit sourire narquois qui étirait ses lèvres s’effaça presque instantanément. Embarrassé, il se gratta l’arrière de la tête.

«D’accord, d’accord ! Il faut croire que je me bats encore contre mes vieux démons, hé hé ! Allez, moustachu, faisons la paix.» Proposa-t-il en tendant la main vers Mario avec un sourire à pleine dents. Le plombier demeura immobile, les bras croisés sur sa poitrine, lui adressant un regard aussi sceptique que méfiant. Devant ce refus catégorique, la main de Bowser retomba mollement le long de son corps.

«Tu t’attendais à quoi ?» Répliqua Mario sans quitter sa position, le regardant comme si la réponse était évidente.

«Tu me blesses dans mon cœur… Tu sais que je suis un grand sentimental !» Se lamenta théâtralement Bowser en posant une main sur son plastron, à l’endroit où son cœur était censé avoir été touché. À en juger par son sourire en coin, il se moquait ouvertement de l’humain depuis le début.

Ce n’était pas gagné.

«Il ne m’a vraiment pas manqué, celui-là…» Soupira Mario qui leva les yeux au plafond, déjà moralement épuisé par cette dispute aussi stérile qu’infantile. Il devait bien reconnaître qu’avoir été séparé de Bowser pendant quelque temps lui avait presque fait des vacances…

«Yoshi…» Geignit le dinosaure vert en secouant lentement la tête, désespéré de voir ces deux-là s’entendre un jour.

«Ça ne nous dit toujours pas ce qu’on doit-» Cependant, Luigi n’eut pas le temps d’achever sa phrase. Un hurlement bestial, d’une puissance terrifiante, ébranla soudain les murs du manoir. À tel point qu’il dut se plaquer les mains contre les oreilles, le visage crispé par la douleur, bientôt imité par le reste du groupe.

Les vitres tremblèrent dans leurs cadres, tandis qu’une fine poussière se détachait du plafond sous la violence du grondement. Quelque chose de très lourd... et de très en colère approchait. Lorsque le rugissement finit par s’éteindre, Mario fit signe à tout le monde de garder le silence avant d’entrouvrir prudemment la porte pour s’assurer que le couloir était désert. Rien. Parfait. Sans perdre une seconde, l’équipe se dirigea vers les toits du manoir après que Yoshi eut découvert, lors de son exploration en solitaire, un escalier qui y menait. Le dinosaure semblait avoir parcouru la demeure sans la moindre appréhension.

Il fallait croire qu’il considérait cette exploration comme un simple jeu... Ignorant délibérément les fantômes qui hantaient les lieux. Il avançait d’ailleurs avec une insouciance déconcertante, sa queue se balançant tranquillement derrière lui. Il guida ensuite ses compagnons à travers les longs couloirs silencieux jusqu’au sommet du manoir, où un vaste belvédère s’étendait entre deux imposantes tours. Tous s’empressèrent de se plaquer contre la rambarde, prenant soin de garder la tête baissée. Avec beaucoup de précautions, ils risquèrent quelques regards par-dessus le parapet pour pouvoir observer ce qui se passait dans la cour intérieure.

Là, au beau milieu des pavés fissurés, se dressait le troisième gardien qu’ils étaient venus affronter.

Une gigantesque créature de pierre dominait les lieux, immobile au milieu des ruines tel un colosse oublié par le temps. Son immense corps, constitué d’énormes blocs rocheux maintenus ensemble par une mystérieuse énergie, défiait les lois de la gravité. Deux mains, entièrement détachés de son torse, flottaient de chaque côté de son corps. Leurs énormes poings se contractaient parfois dans un sinistre grondement de pierre. Comme les gardiens précédents, il était entièrement recouvert de matière noire. Au sommet de cet amas rocheux trônait une imposante tête rappelant celle d’une chauve-souris, dotée de longues oreilles pointues et d’une immense gueule hérissée de grands crocs.

Deux yeux jaunes, perçants comme ceux d’un prédateur nocturne, balayaient la cour à la recherche d’intrus. Il lévitait, tel un fantôme. Une présence aussi imposante que menaçante, qui donnait l’impression de ne faire qu’un avec les ruines qui l’entouraient. Des cristaux violets émergeaient de son dos et de ses grandes mains, diffusant une faible lueur qui nappait les pavés humides de la cour. À chacun de ses mouvements, des fragments de roche se détachaient de son corps violacé et s’écrasaient lourdement au sol. La poussière soulevée formait un épais nuage. Son simple rugissement suffisait à faire vibrer toute la demeure.

La pluie et l’orage avaient cessé, mais les épais nuages noirs qui recouvraient le ciel restaient menaçants. Pour l’instant, ils étaient au moins épargnés par les intempéries. Une fraîcheur humide flottait encore dans l’air, imprégnant les pierres d’une odeur de terre mouillée. Mario risqua de nouveau un regard par-dessus la rambarde afin d’analyser plus attentivement la situation. La vaste cour était parsemée d’arbres morts, de vieilles statues ébréchées et d’une imposante fontaine recouverte de mousse dont l’eau ne coulait plus depuis bien longtemps. Çà et là, plusieurs blocs de power-up flottaient au-dessus des pavés coincés entre des blocs bruns cassables à coup de poing.

Mais un détail attira immédiatement son attention. L’endroit grouillait de Boos. Chacun des blocs était surveillé par plusieurs fantômes, comme s’ils avaient anticipé l’arrivée d’éventuels intrus venus défier le gardien des lieux. Plus bas, les flaques d’eau laissées par l’averse reflétaient les deux yeux jaunes du colosse. Pendant un bref instant, Mario eut la désagréable impression que la créature le fixait droit dans les yeux. Il déglutit alors qu’un frisson lui parcourut l’échine. Décidément, cette galaxie n’en finissait plus de le surprendre... À chaque nouvelle épreuve, elle dévoilait une créature plus étrange et plus impressionnante que la précédente.

Après avoir mémorisé les lieux dans les moindres détails, Mario se tourna vers le reste du groupe, toujours accroupi derrière la rambarde dans l’attente de ses conclusions. Incapable de parler sans risquer d’attirer l’attention des Boos, il entreprit de leur expliquer son plan à l’aide d’une série de gestes... particulièrement difficiles à interpréter. Ses compagnons échangèrent des regards perplexes, essayant désespérément de comprendre où il voulait en venir. Il dessina des vagues avec ses mains, tira deux fois sur sa moustache, puis frappa son poing contre sa paume. Luigi plissa les yeux, concentré comme jamais, avant de se pencher vers lui.

«On comprend rien du tout !» Chuchota Luigi en fronçant les sourcils face au langage des signes totalement incompréhensible de son frère. A priori, Mario n’était pas très doué pour ça. Devant leur incompréhension, le plombier claqua la langue d’agacement avant de passer ses deux mains dans ses cheveux.

«Rah ! Il faut rester cachés pour pas qu’il nous repère et trouver un moyen de le contourner ! Il y a trop d’ennemis !» Expliqua-t-il précipitamment, en veillant à garder la voix basse pour ne pas attirer l’attention des Boos qui rôdaient dans la cour. Curieux, Toad, Bowser Junior, Yoshi et la petite Luma risquèrent à leur tour un discret coup d’œil par-dessus la rambarde pour découvrir ce qui se tramait plus bas…

Et comprirent aussitôt qu’ils étaient dans de beaux draps.

«Alors, c’est quoi le plan ?!» Interrogea Luigi avec empressement, de plus en plus anxieux à mesure que les minutes s’écoulaient. Son regard ne cessait de passer de Mario au gardien, comme s’il espérait que la solution allait lui tomber dessus.

«J’en sais rien ! Je réfléchis… Laisse-moi deux secondes !» Grommela Mario.

«On pourrait peut-être l’attirer près du précipice ? Et faire en sorte qu’il tombe ?» Proposa Bowser Jr. en désignant de la griffe le bord de la cour. Effectivement, à cet endroit, une immense falaise plongeait dans un vide vertigineux. Le manoir tout entier reposait sur un énorme bloc rocheux en équilibre précaire. Avec un peu de chance, il suffirait d’y précipiter le gardien pour s’en débarrasser définitivement.

«Oui, mais si on fait ça, on ne pourra peut-être pas récupérer la note de musique…» Fit remarquer Luigi, un doigt replié sous le menton. Sa principale préoccupation restait de récupérer le fragment de voix de Solfège. À ses côtés, la jeune femme lui adressa un discret sourire reconnaissant avant de reporter son regard vers les Boos qui patrouillaient dans la cour, l’inquiétude revenant assombrir ses traits. À ce moment-là, Luigi remarqua quelque chose.

«Et puis d’ailleurs, elle est où la note ?» Incrédule, il tourna automatiquement son regard vers la Luma pour obtenir une réponse. Elle ricana.

«Elle est juste ici ! On ne la voit pas, mais elle est là !» Chantonna-t-elle après avoir réalisé un lent tour sur elle-même. Son petit corps se balança joyeusement dans les airs avant qu’elle ne tende finalement son bras vers la cour. Elle venait de désigner le gardien en contrebas.

«Moi, je dis qu’il faut descendre et leur rappeler qui commande ici ! Je suis leur roi ! Leur grand souverain ! Ils me doivent obéissance !» Déclara Bowser en bombant fièrement le torse tout en contractant ses biceps. Il semblait si convaincu de son autorité que personne n’osa lui rappeler que les créatures en question n’avaient probablement aucune intention de reconnaître son titre.

«C’est pas le roi Boo leur roi ?» Rappela innocemment Junior, voyant l’expression combative de son père se résorber aussi sec. Le Champignon du groupe s’avança.

«Et faire comme la dernière fois ? Utiliser des objets de pouvoirs pour le neutraliser ?» Toad leva les yeux vers Mario et Luigi, se remémorant le plan d’action qu’ils avaient mis en place pour se battre contre Poulpoboss. Cela avait été un franc succès ! Toutefois, Mario brisa vite ses espoirs.

«Regarde bien les boîtes mystères, elles sont toutes surveillées par une tripotée de fantômes… Même en restant discrets, on n’arrivera jamais à les atteindre sans que cet énorme tas de cailloux ne s’en aperçoive.» Il désigna la cour d’un mouvement de pouce par-dessus son épaule. Au loin, les grondements sourds de Polta résonnaient sans interruption, pareils à une menace permanente. De temps à autre, ses gigantesques poings heurtaient les arbres, arrachant des branches entières dans un craquement sinistre.

«Ça me fait mal de le dire, mais le plombier a raison…» Admit Bowser avec une légère moue résignée en croisant les bras sur son plastron. Cela lui coûtait de reconnaître la pertinence de son idée.

«Et Yoshi ne pourrait pas lui lancer des projectiles ? Des rochers, par exemple ? On pourrait peut-être le faire exploser en morceaux !» Suggéra ensuite Toad en serrant les poings avec enthousiasme, déjà impatient de passer à l’action. Cette fois, il était bien décidé à participer au combat !

«Yoshi !» Approuva le dinosaure avec énergie, hochant vivement la tête pour montrer qu’il partageait entièrement son idée. Désormais tous plongés dans l’élaboration d’un plan, ils n’entendaient même plus les commentaires de Bowser, qui étaient devenus un simple bruit de fond.

«Vous le retenez, moi je cogne !»

«Ça risque d’être trop lourd pour lui… On perdrait l’avantage de la vitesse. C’est trop risqué.» En conclut Mario, les bras croisés, le regard se perdant sur le toit.

«J’ai une meilleure idée ! On utilise le moustachu de service comme appât vivant !»

«Il faudrait trouver un moyen de l’assommer… Ou alors quelqu’un lui fait diversion pendant que les autres foncent récupérer les pouvoirs !» Avança Toad en sautillant d’impatience, un large sourire aux lèvres.

«C’est exactement ce que je viens de dire !»

«Et qu’est-ce qu’on fait des fantômes ?» Souligna Luigi en se grattant le sommet du crâne d’un air préoccupé. Il fit un petit rictus ; «On ne peut pas juste les ignorer.»

«Je leur cracherai mon feu et je les transformerai en saucisses grillées !»

«Non, ça donne un mauvais goût aux saucisses ! Et puis, je suis même pas sûr qu’un Boo soit très intéressant gustativement parlant… Beurk !» Rétorqua Toad avec une grimace de dégoût. Comme à chaque fois que quelqu’un évoquait de la nourriture, il ne pouvait tout simplement pas s’empêcher de donner son avis. Ce n’est qu’après coup qu’il réalisa enfin que Bowser se trouvait juste à côté de lui.

En même temps, dans cette version miniature, il était si petit qu’on finissait presque par l’oublier…

«Oui, et après ? À quoi ça va nous servir de l’attirer ? On ne sait même pas quoi frapper pour l’arrêter ! Ce truc est gigantesque et entièrement recouvert de roche ! Autrement dit, c’est une forteresse ambulante !» S’affola Luigi, ignorant volontairement les commentaires du roi des Koopas. Pour l’instant, ils avaient des préoccupations bien plus urgentes.

«Ma forteresse aussi elle bouge !» S'offusqua Bowser tout en écartant les bras. À cette remarque, Solfège ne put retenir une légère grimace. Depuis qu'il avait été transformé au moment même où le château volant s'était écrasé, tous les souvenirs liés à cette tragédie lui échappaient complètement. Au fond, c'était peut-être préférable… Qui savait comment il aurait réagi s'il avait gardé en mémoire la chute de sa forteresse et tout ce qui s'y était déroulé ? Après quelques secondes de silence, Bowser Junior finit par prendre la parole.

«Pourquoi vous vous compliquez autant la vie ?! Faut juste atteindre son cœur ! S'il est caché derrière toute cette roche, c'est forcément parce que c'est son point faible ! C’est pas compliqué. Pff… même un enfant de deux ans l’aurait compris.» Constata ce dernier en désignant Polta d’un coup de griffe vers la cour, attendant qu’on le félicite d’avoir trouvé une solution aussi évidente. Pour la deuxième fois depuis leur excursion dans l’espace, le jeune prince venait de faire preuve d’un remarquable sens de l’observation. Les autres restèrent un instant bouche bée, impressionnés par sa perspicacité à son âge.

«Faut vraiment tout vous dire…» Soupira Junior en levant les yeux au ciel.

«Pourquoi est-ce qu’à chaque fois qu’il parle, je me sens comme le plus grand des crétins ?!» Se lamenta Luigi qui laissa retomber sa tête en arrière dans un gémissement de désespoir.

«HA ! C’est mon fils ! Je savais que l’intelligence, ça se transmettait !» S’exclama Bowser alors qu’il bombait fièrement le torse. De toute évidence, il était déjà parti dans un tout autre délire mégalomane.

«C’est le moins qu’on puisse dire…» Mario se massa l’arête du nez. Il n’y en avait décidément pas un pour rattraper l’autre… Plus le temps passait aux côtés de Bowser et de son fils, plus il se demandait s’ils le faisaient exprès. À ce rythme-là, les fantômes allaient finir par être le cadet de ses soucis.

Mario s’évertuait à remettre un peu d’ordre dans leurs idées, mais chacun semblait déjà parti dans sa propre direction. Les discussions reprirent de plus belle, jusqu’à ce que Toad lève brusquement la main.

«Chut ! Vous entendez ?» Souffla le bonhomme champignon en tendant le bras pour imposer le silence. Tous se figèrent. Les sourcils froncés, Toad tendit l’oreille. Plus un bruit. Plus un grondement. Plus un souffle.

Puis...

BOUM !

Un impact d'une violence inouïe ébranla soudain toute la structure du manoir.

Tous vacillèrent sous la secousse tandis que les immenses mains de Polta s'abattaient sur le toit, ses énormes doigts s'enfonçant dans la charpente pour l'arracher avec une force monstrueuse. Apercevant la Luma dangereusement proche du vide, Yoshi se précipita pour la prendre dans ses bras avant qu'elle ne soit emportée dans l'effondrement. Une main protectrice posée sur sa tête, il recula aux côtés de Bowser Jr. et de Bowser. Tous deux contemplaient avec stupeur le gigantesque gardien qui se hissait lentement sur le toit. Des gouttes de peinture s’écrasaient à leurs pieds. Chaque mouvement du colosse faisait trembler les tuiles, les obligeant à retrouver constamment leur équilibre.

De son côté, Mario agrippa Solfège et Luigi par le bras afin de les tirer hors de la trajectoire des planches qui s'effondraient dans un grand fracas. Certaines éclataient contre les tuiles, pendant que d'autres basculaient dans le vide avant de s'écraser lourdement dans la cour plusieurs dizaines de mètres plus bas. Dans un grondement sourd, Polta poursuivit son ascension. Son poids faisait craquer toute la toiture sous lui, chacun de ses mouvements arrachant de nouveaux pans de charpente. Il poussa un rugissement si puissant que toute la couverture en vibra, ses deux grands yeux jaunes restant rivés sur les intrus. Sous le choc, la bouche entrouverte, ils levèrent les yeux vers cet immense monstre... Jusqu'à ce que Mario retrouve enfin ses esprits.

«Plan B ! On court !» Hurla-t-il à tout le monde en leur faisant de grands gestes pour les inciter à prendre la fuite. Il attrapa le bras de Solfège pour la tirer hors de la trajectoire de l'immense main, au moment même où celle-ci s'abattit à l'endroit où elle se trouvait quelques secondes plus tôt. Les autres se dispersèrent dans des cris de panique, mais l'un d'eux était beaucoup plus lent en raison de sa petite taille…

«Plus vite, Godzilla !» Appela Toad en se retournant vers Bowser, qui esquivait tant bien que mal les débris.

«Je fais de mon mieux ! Mes pattes sont trop petites !» Se plaignit ce dernier en bondissant d'un côté puis de l'autre, le visage déformé par la peur. Jamais il ne ferait le poids face à un titan ! Qui plus est constitué de pierre, donc totalement insensible à son souffle de feu.

Polta ne cessait de grogner de colère contre ces importuns qui avaient pénétré sur son territoire. De quel droit osaient-ils venir le défier ?! Ses yeux jaunes se plissèrent méchamment tandis que le manoir cédait peu à peu sous son poids, tant sa colère était devenue incontrôlable. Autour de lui, des Boos apparurent, la langue pendante et un sourire narquois, pour prendre les intrus en chasse sur le toit. Ils obéissaient à leur chef, gardien des lieux et protecteur de la planète hantée. Luigi trébucha sur une tuyauterie, mais Toad l'aida aussitôt à se relever avant que le monstre ne l'emprisonne dans sa main.

Une ombre gigantesque passa au-dessus d’eux, et Luigi leva les yeux juste à temps pour apercevoir les doigts rocheux qui s’abattaient dans sa direction. Paniqué mais faisant preuve de lucidité, Yoshi plaça la petite étoile dans les bras de Luigi avant de pivoter brusquement puis de projeter sa longue langue en direction de Bowser pour le sauver in extremis. Tel un ressort, celle-ci revint dans sa bouche, entraînant le roi des Koopas avec elle. Tout en courant derrière Mario, Luigi, Toad, Solfège et les autres, le dinosaure recracha Bowser avant de le récupérer entre ses mains. Ébouriffé et encore sous le choc, il resta quelques secondes assis dans ses paumes avant d’éclater de rire.

«C'était chaud bouillant !» Reconnut-il après avoir frôlé l'écrasement.

La bande finit par réemprunter la cage d'escalier dans l'espoir de semer le monstre lancé à leurs trousses. Ce n'était sans doute pas la meilleure des idées. Cependant, à ce stade de panique, ils n'avaient plus vraiment d'autre choix que de suivre leur instinct…. Les fantômes riaient follement dans leur dos pendant qu'ils dévalaient les escaliers, traversaient les couloirs puis s'engouffraient par la porte arrière, débouchant directement dans la cour du manoir. Ils n'eurent malheureusement pas le temps de reprendre leur souffle que, dans un fracas assourdissant, Polta éventra les murs de la demeure pour les rejoindre à son tour.

Les pierres volèrent dans toutes les directions alors que l'immense spectre de roches se projetait à l'extérieur, fou de rage. Son hurlement fit grimacer les sept compagnons, qui durent une nouvelle fois se couvrir les oreilles tant le vacarme était insupportable. Sans perdre une seconde, Mario entraîna les autres jusqu'à la fontaine afin de s'y dissimuler dans un angle mort où le gardien ne pouvait pas les apercevoir. Accroupis contre le béton gris, ils passèrent prudemment la tête sur le côté pour observer Polta qui les cherchait. Ses mains flottantes se crispaient un peu plus à chaque changement de direction.

«Je vais m'en charger. Vous, vous vous mettez en sécurité.» Ordonna Mario en promenant son regard grave sur chacun d’entre eux, tous contraints de se cacher. Bowser Jr. remonta son bandana jusqu'à son museau. Luigi tremblait comme une feuille, à côté de lui la lèvre inférieure de la Luma se mit à tressaillir. Les yeux de Solfège brillaient d'inquiétude. Toad porta une main à sa bouche pendant que Yoshi acquiesça silencieusement. Quant à Bowser, toujours installé dans ses mains, il croisa les bras sur son plastron. Personne ne protesta, mais chacun hésitait. Tous comprenaient l'urgence de la situation.

«C'est parti…» Chuchota Mario pour se donner du courage. Après avoir expiré bruyamment puis fait rouler ses épaules pour se détendre, le plombier se redressa avant de courir en direction de la boîte mystère la plus proche.

«Sois prudent…» Murmura Luigi sans quitter son frère des yeux. Ses doigts se crispèrent légèrement alors qu’il le regardait s’éloigner, partagé entre l’envie de le rejoindre et la nécessité de rester caché. Il finit ensuite par rejoindre les autres, déjà tapis près des arbres.

Tous anxieux quant à l'issue de cette rencontre.

À suivre…

Alors, qui avait deviné le troisième gardien ? Celui-ci m’avait beaucoup marqué à l’époque où je jouais à Super Mario Galaxy. J’avais bien galéré à le battre… Mais ce sont de bons souvenirs. Même si j’avais pas mal ragé…

À bientôt, VP

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