Les fragments d'une voix

Chapitre 1 : Chapitre 1 - Une famille

7430 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 11/05/2026 11:52

Petite précision : ma version de Bowser Junior ressemble plus à celle des jeux qu’à celle du deuxième film. Il est plus jeune. Disons qu’il se situe quelque part entre les deux.

Chapitre 1 – Une famille

C’était un jour comme les autres au Pays-Noir.

Le volcan principal grondait en continu, faisant vibrer la terre sous des éruptions sourdes, tandis qu’une pluie de cendres retombait lentement sur le paysage ravagé par la lave et le feu. Les rivières incandescentes serpentaient entre les roches noircies, illuminant par instants les silhouettes osseuses des Skelerex, qui circulaient inlassablement entre les arbres carbonisés… Sans but précis, comme des ombres condamnées à errer éternellement. Quelques Koopas courageux dotés d’ailes effectuaient leurs rondes avec rigueur, scrutant l’horizon déformé par la chaleur pour empêcher quiconque de pénétrer sur leur territoire. Le château volant faisait du surplace au-dessus des terres désolées appartenant au roi Bowser. L’immense tête sculptée à l’avant de la forteresse dominait les terres brûlées dans un rictus menaçant. Restés au bercail depuis des semaines, de nombreux navires volants gravitaient autour de la forteresse, leurs coques sombres et armées prêtes à entrer en action au moindre signal. Juste au cas où… Car ici, même dans un royaume où personne de censé n’oserait s’aventurer, la vigilance n’était jamais de trop.

À l’intérieur du château, des Koopas à la carapace rouge, bleue et verte circulaient parmi les Goombas, les Hériss, les Chomps, les Bob-ombs et autres créatures dangereuses qui peuplaient ce monde hostile. Une agitation maîtrisée, presque ordonnée, à l’image de leur roi bien-aimé, Bowser. Tous avaient voué leurs âmes à leur souverain, acceptant sans hésitation ses colères autrefois imprévisibles… Mais celles-ci s’étaient faites bien plus rares depuis quelque temps. Se saluant d’un signe de tête ou d’un bref regard respectueux à chaque croisement, les gardes patrouillaient sans relâche dans les longs couloirs de pierre sombre. Le bruit de leurs pieds chaussés résonnait contre les parois chaudes. Ils veillaient à ce que rien ne vienne troubler cette paix inhabituelle. Voilà des semaines qu’aucun incident n’était venu perturber le royaume ! Une accalmie précieuse qu’ils s’efforçaient de préserver, avant que Bowser ne laisse à nouveau parler son tempérament de feu. Leur chef était heureux, épanoui dans cette nouvelle existence. Une sérénité rare émanait de lui, imprégnant son entourage. Il n’avait jamais été d’aussi bonne humeur depuis très, très longtemps…

Et chacun, à sa manière, en savourait les bienfaits.

Encore très tôt dans la matinée, les gardes prenaient un moment de répit. Se délectant de leur café fumant, de leur chocolat chaud réconfortant ou d’un jus de durian fraîchement préparé par Koopa Cuistot, déjà à l’œuvre derrière ses fourneaux. L’air était chargé d’arômes sucrés et épicés qui contrastaient avec la rudesse des lieux. Depuis l’aube, il s’activait sans relâche, veillant à nourrir tout un château qui comptait sur lui… Et dont l’appétit ne faiblissait jamais. Car du monde, il y en avait ! Se frottant le front avec son bras droit dans un soupir, le Koopa à la toque et au tablier blanc se retourna avec un plateau rempli de croissants encore fumants. Il n’eut cependant pas le temps de le poser sur le comptoir que tout disparut dans les bouches affamées des gardes, qui affichaient de larges sourires innocents. Éreinté, ses épaules s’affaissèrent lourdement et un soupir plus profond lui échappa. Il n’avait qu’une hâte : recevoir un coup de main de la reine en personne. Retrouvant aussitôt un sourire plein d’entrain, Koopa Cuistot enfila de nouveau ses gants avant de tirer une autre plaque brûlante hors du four.

La délicieuse odeur des viennoiseries se diffusait lentement dans les couloirs, glissant le long des murs avant de s’élever dans les escaliers pour atteindre les chambres encore assoupies. La plupart étaient déjà ouvertes, sauf une. Imposante, en bois massif noir finement sculpté et incrusté de pierres précieuses aux reflets colorés, elle se dressait au bout du couloir comme un seuil interdit. Silencieuse, elle semblait garder jalousement ce qu’elle renfermait, refusant de céder le moindre indice sur ce qui se trouvait derrière. Gardait-elle un dragon ? Ce n’était pas loin de la vérité. Dans un grincement lent et appuyé, la porte s’entrouvrit. Elle laissa une fine lame de lumière s’étirer jusqu’au tapis rond, duveteux et rouge qui recouvrait l’entrée. L’intérieur de la pièce, elle, restait plongée dans une obscurité épaisse, avalant les formes et brouillant les contours des meubles. Une petite silhouette se glissa furtivement à l’intérieur. Elle se dépêcha de rejoindre les lourds rideaux noirs qui retenaient encore la lumière à l’extérieur, protégeant ce qui dormait dans la pénombre.

Puis, un grondement sourd résonna.

«Debout, debout, debout ! Papa, c’est l’heure !» S’écria une petite voix alors que l’intrus tirait les rideaux.

«Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?» D’un sursaut, Bowser se redressa dans son lit, relevant son bandeau de ses yeux pour voir ce qui se passait et qui venait le réveiller de si bon matin. Depuis qu’il avait banni toutes les horloges du château, il lui était impossible de connaître l’heure exacte… Néanmoins, il était certain qu’il était encore tôt. Trop tôt, même.

«Junior, laisse-moi dormir… J’ai besoin de mes huit heures de sommeil, sinon je suis de mauvais poil.» Grommela le grand Koopa à épines après avoir replacé son bandeau avant de se retourner dans ses couvertures.

«Papa, si tu te réveilles pas, je saute sur le lit !» Menaça le jeune prince quand il se retourna vers le lit à baldaquin luxueux, les sourcils froncés et les poings sur les hanches. Mais ne voyant aucun mouvement, il renchérit ; «Allez, debout ! Sinon j’te tire la couverture !»

Toutefois, il n’y eut absolument aucune réaction. Alors Bowser Junior décida de mettre sa menace à exécution. Agrippant fermement l’immense couverture entre ses petites mains, il tira de toutes ses forces jusqu’à la faire glisser lourdement sur le sol. Son père frissonna au contact de l’air plus frais… Mais se rendormit presque aussitôt, laissant échapper un petit ronflement satisfait. Les bras de Junior retombèrent lentement le long de son corps, ses yeux noirs s’écarquillant tandis que sa bouche s’ouvrait de stupeur. Sérieusement ? Il voulait jouer à ça ? Très bien. Ils allaient jouer. Gonflant son petit plastron pour prendre une profonde inspiration, le jeune Koopa s’approcha du lit avant d’y grimper avec détermination. Grognant sous l’effort, il se hissa jusqu’à atteindre le matelas, puis se redressa fièrement aux côtés de son père. Un sourire espiègle brillait sur son visage. Oh, il avait encore bien des astuces en réserve pour le tirer de là…

Et visiblement, Bowser était loin d’imaginer à qui il avait affaire.

«Réveille-toi ! J’ai attendu assez longtemps ! Et j’en ai marre d’attendre ! C’est la journée des pancakes, tu te souviens ?» Insista Bowser Jr en se penchant au-dessus de son père, se hissant sur la pointe des pieds pour lui arracher son bandeau d’un geste décidé. Privé de son précieux obstacle contre la lumière, le roi loucha avant de faire une grimace irritée face aux cris de Junior. Clairement, sa matinée commençait très mal.

«Allez, debout ! Solfège a dit qu’on allait faire des pancakes gigantesques ! Genre… ÉNORMES ! De la taille d’une soucoupe volante !» L’excitation de Bowser Jr devenait impossible à contenir. Toujours plus près du visage de son père, le petit Koopa finit presque museau contre museau avec lui, lui criant directement dans les oreilles. Cette fois, Bowser sursauta brutalement dans son lit à baldaquin, tiré de force hors de sa torpeur par l’assaut sonore de son fils.

«Des pancakes… ? Junior… il est encore beaucoup trop tôt pour parler de pancakes… Et puis d’abord, qu’est-ce que tu fais déjà debout ?» Soupira Bowser en se frottant le visage, encore à moitié plongé dans le sommeil. Il entrouvrit ensuite un œil pour regarder son fils qui trépignait à côté de lui, les poings joints contre son torse. Grognon, il reprit d’une voix rauque et traînante.

«Si ces pancakes ne sont pas gigantesques, il va y avoir des conséquences…» Bowser leva son index pour le brandir devant le visage de Junior, ce qui ne fit qu’arracher un cri de joie à l’enfant lorsque son père se redressa enfin. Cette fois, il avait gagné.

Au pas de la porte entrouverte, une jeune femme aux cheveux de lave observait la scène avec un sourire amusé. Adossée au chambranle, les bras croisés et la hanche légèrement décalée, elle suivait chaque mouvement avec une attention silencieuse. Ses yeux verts brillaient d’une douce satisfaction en contemplant ce moment père-fils. Un léger rire lui échappa lorsque Bowser se leva avec difficulté, encore engourdi, pour se laisser entraîner par Junior qui ne cessait de parler tout en tirant sur sa main avec une énergie débordante. À moitié éveillé, le grand roi avança d’un pas incertain et manqua de trébucher sur le tapis épais, ne devant son équilibre qu’à un réflexe tardif qui le fit s’agripper au pilier du lit. La scène, à la fois chaotique et attendrissante, avait quelque chose d’irrésistiblement comique… D’ordinaire, ni Bowser ni Junior n’était matinal. Ils avaient tous les deux besoins d’un certain nombre d’heures de sommeil pour être pleinement fonctionnels… Mais aujourd’hui semblait faire exception. L’excitation du plus jeune avait déjà balayé toute forme de fatigue et même le roi des Koopas, malgré ses protestations, finissait par céder face à cet enthousiasme.

Par chance, la mauvaise humeur de Bowser se dissipa peu à peu quand ils arrivèrent aux cuisines pour prendre la relève de Koopa Cuistot. Ce dernier les attendait déjà, adossé à son plan de travail, une tasse de café dans une main et un croissant encore chaud dans l’autre. Il esquissa un sourire au moment où les trois pénétraient dans sa cuisine pour commencer les préparatifs. Aujourd’hui était le jour des pancakes ! D’un geste respectueux adressé à son chef, le Koopa prit son envol pour attraper les casseroles suspendues au-dessus du comptoir. Très vite, l’agitation reprit dans une atmosphère bien différente de celle du reste du château. Solfège grimpa avec habitude sur le marchepied façonné à sa taille, lui permettant d’atteindre sans difficulté les meubles les plus hauts. Chacun trouva sa place, entre farine, œufs et éclats de rire, pour préparer un petit déjeuner aussi généreux que mémorable. Une coutume précieuse, instaurée depuis que Solfège vivait au château avec eux et qui, au fil des semaines, tissait entre eux des liens toujours plus forts.

Transformant peu à peu ce lieu de pierre et de feu en quelque chose qui ressemblait à un véritable foyer.

Pris au dépourvu, Koopa Cuistot se réfugia précipitamment derrière une large casserole lorsque Junior décréta qu’il était grand temps de lancer une bataille de farine. Et dans ce domaine, le meilleur joueur restait Bowser. Sans l’ombre d’un doute. Sans hésiter, il plongea ses grandes mains dans un sac de farine presque aussi volumineux que Solfège. Puis il en projeta une énorme poignée au visage de son fils avant d’en envoyer dans les cheveux de la jeune femme. Solfège éclata de rire alors qu’elle se protégeait de justesse pour éviter d’en avaler. Bowser Jr protesta quand la poudre s’infiltra dans ses narines, enchaînant les éternuements qui faisaient jaillir de petits nuages blancs autour de lui, le forçant à battre en retraite. Cependant, Bowser n’avait pas dit son dernier mot. Alors qu’il s’apprêtait à relancer l’offensive, une attaque surprise vint le cueillir en plein visage. Figé une seconde, couvert de farine, il tourna lentement la tête vers sa reine… qui redressait sa petite couronne noire incrustée de pierres avec un sourire triomphant.

En un instant, les hostilités reprirent de plus belle. La cuisine fut réduite à un véritable champ de guerre où la farine volait dans tous les sens et où les éclats de rire résonnaient plus fort que jamais.

Après ce bon petit déjeuner copieux et ce joyeux chaos, les trois décidèrent de passer à une activité plus calme : la peinture. Une idée proposée par Solfège, dans l’espoir d’apaiser les esprits encore agités par leur petite folie matinale. Secouant ses longs cheveux rouges pour en chasser les derniers résidus de farine, l’humaine entraîna avec elle les deux Koopas vers l’atelier situé à l’étage supérieur. Un espace spécialement aménagé pour laisser libre cours à l’imagination. Depuis que Bowser avait découvert les talents surprenants de son fils, il s’était lui aussi pris au jeu, utilisant la peinture comme un moyen d’exprimer ce qu’il ne disait jamais à voix haute. Dans cet atelier, tout racontait une histoire. Des peintures de guerre aux couleurs vives et brutales, des paysages inattendus baignés de nuances apaisantes, des portraits plus ou moins réussis… Chaque toile témoignait d’un instant, d’une émotion, d’un souvenir figé dans le temps.

Tous les trois se tenaient devant leur propre chevalet, plongés dans leur création. Leurs pinceaux glissaient sur la toile avec assurance, laissant derrière eux des traits amples et maîtrisés, éclaboussant la surface de couleurs vives et expressives. Enfin, sauf Solfège. La jeune femme, elle, s’appliquait autant qu’elle le pouvait, mais le résultat restait… discutable. Chaque tentative prenait la forme d’un gribouillage hésitant, où les couleurs semblaient s’entremêler sans véritable logique. Bien loin de quelque chose de clairement identifiable. Il fallait dire qu’elle n’avait jamais réellement eu l’occasion de peindre auparavant… Et qu’elle se retrouvait désormais à apprendre aux côtés de deux artistes talentueux, ce qui ne jouait pas vraiment en sa faveur. Après avoir jeté quelques regards discrets vers ses voisins, absorbés dans leur travail, Solfège reporta son attention sur sa propre toile puis déglutit. Sa représentation de la famille était… catastrophique. Bowser et Bowser Jr ressemblaient à deux Goombas écrasés vaguement dotés de bras, tandis qu’elle-même ressemblait à un Pokey difforme affublé d’une tête bien trop grosse pour son corps.

Elle était morte de honte. Bon, au moins l’intention était là !

À côté d’elle, Bowser peignait avec une intensité presque inquiétante. Le roi des Koopas étalait la peinture avec tant de force et de détermination qu’il en projetait partout autour de lui, éclaboussant la table, le sol et même une partie de sa carapace sans s’en soucier le moins du monde. Il trempait ses pinceaux dans les pots de couleur avant d’enchaîner une série de grands gestes brusques accompagnés de bruitages et de grognements concentrés. Solfège se demandait sincèrement ce qu’il pouvait bien être en train de peindre pour y mettre autant d’énergie. De l’autre côté, Junior était beaucoup plus calme et ordonné. La langue sortie dans la concentration, il mélangeait les couleurs sans aucune logique apparente directement sur sa toile, étalant parfois la peinture avec ses doigts lorsque les pinceaux n’allaient pas assez vite à son goût. Entre les grognements de Bowser, les petits marmonnements concentrés de Junior et les éclaboussures de peinture qui volaient régulièrement dans toute la pièce, l’atelier ressemblait de moins en moins à un cours d’art classique.

«Tada !» S’écria aussitôt Bowser Junior en prenant sa toile pour fièrement la montrer à son papa et à sa mama, le visage couvert de taches de peinture.

«Tada !» Répéta Bowser qui fit de même avec la même excitation.

La toile de Bowser Jr représentait une scène épique. Le jeune prince trônait fièrement au sommet d’une pile de Toads vaincus, le poing sur la hanche dans une posture triomphante. Dans son autre main, il brandissait un immense drapeau à l’effigie de Bowser. Un large sourire victorieux étirait son museau, et chaque détail du dessin témoignait d’un soin impressionnant, rendant le petit Koopa presque vivant sur la toile. La peinture de Bowser, en revanche… relevait davantage du fantasme narcissique assumé. Disons simplement que Bowser avait pris quelques libertés artistiques. Son corps y prenait des proportions plus humanoïdes, exagérément sculpté, ses muscles saillants accentuant sa prestance. Dans ses bras, il tenait une Solfège émerveillée, comme figée dans une admiration sans limite. Les mains de la jeune femme reposaient contre ses joues, ses yeux brillants d’émerveillement, alors qu’un sourire amoureux étirait ses lèvres sans retenue. Elle ne voyait que lui. Cette peinture n’était pas simplement une scène… C’était une vision idéalisée. Un rêve immortalisé dans la couleur.

 Solfège en resta bouche bée devant ces deux œuvres d’art.

«Alors ? Ça te plaît ?» S’impatienta Bowser Junior tout en secouant son pinceau dans les airs, inquiet par le silence de l’humaine immobile sur son tabouret. Elle n’aimait pas sa peinture ? Il commençait à douter de lui.

«Si ça me plaît ? Je l’adore ! C’est magnifique !» Souffla Solfège, les mains tendues vers lui.

«Et le mien alors ? Tu aimes ? Regarde un peu ce chef-d’œuvre ! C’est toi et moi… unis pour l’éternité…» Déclara Bowser avec une ferveur théâtrale, une main posée contre son plastron tandis que l’autre décrivait un large geste, comme s’il présentait une œuvre digne d’être exposée dans un musée. Son regard de braise brillait d’intensité lorsqu’il retourna la toile vers sa bien-aimée, guettant la moindre réaction sur son visage. Il y avait mis bien plus que de la peinture… Toute son âme, tout son cœur, et une part sincère de ce qu’il ressentait pour elle.

«Je la trouve fabuleuse… C’est tellement romantique !» Souffla Solfège avec un sourire radieux, profondément touchée par la manière dont Bowser avait immortalisé leur relation sur cette toile. En dépit de son extravagance. Les peintures de Bowser et de Bowser Jr débordaient de vie, d’émotions et de personnalité. Ils étaient de véritables artistes. Et puis, il fallait bien l’admettre que sur la toile de Bowser, elle se trouvait plus jolie qu’en réalité… D’autant plus que le sourire de la tortue cracheuse de feu lui faisait toujours beaucoup d’effet.

«Et le tien ? Je peux voir ?» Demanda ensuite le plus jeune Koopa avec curiosité, déjà penché pour tenter d’apercevoir la toile de sa mama.

«Nope !» Répondit aussitôt Solfège en attrapant rapidement sa peinture avant de sauter de son tabouret. Hors de question qu’elle leur montre ça après avoir vu ce dont ils étaient capables ! À côté de leurs talents, sa toile ressemblait plus à un torchon qu’à une véritable peinture…

«Si ! Je veux voir ! Montre, montre !» Insista Bowser Jr en courant après Solfège pour lui arracher la toile des mains avant qu’elle ne puisse lui échapper. Brandissant le dessin avec un cri victorieux, le jeune prince plongea ses petits yeux noirs dessus avant d’éclater d’un rire malicieux en pointant du doigt le Bowser représenté sur la toile.

«Bwahahaha, on dirait une grosse patate…» Se moqua-t-il, amusé. À côté de lui, le visage de l’humaine tomba en même temps que ses épaules, ce qui poussa Bowser à agir.

«Je dirais plutôt que j’ai l’air incroyablement charismatique, même en patate. Mon charme irrésistible opère toujours ! Regarde-moi un peu ce sourire de tombeur… Et cette splendide chevelue mise en valeur ! Ça, c’est du talent naturel.» Déclara Bowser avec une fierté assumée, posant les poings sur les hanches dans une posture propre à lui. Son large sourire, franc et chaleureux, suffit à faire fondre le cœur de Solfège. Elle lui rendit son sourire, ce qui l’encouragea à poursuivre pour défendre sa dignité fragilisée ; «Et puis d’abord, un vrai artiste respecte le travail des autres ! Alors tu vas regarder cette œuvre et dire qu’elle est magnifique !»

«Mais papa, je l’adore ! Je veux l’accrocher dans ma chambre !» S’emballa Bowser Jr avec des étoiles plein les yeux en serrant immédiatement la toile contre son plastron comme s’il venait de recevoir le plus précieux des trésors. Derrière son rire moqueur, il y avait en réalité une vraie affection pour ce dessin imparfait. Il le trouvait drôle, oui… Mais surtout sincère. Un portrait de famille, à sa manière. Et c’était tout ce qui comptait.

À la suite de ce moment à trois des plus divertissants, ils proposèrent de faire un cache-cache, le jeu favori de Bowser Junior. La petite tortue avait poussé un immense cri de joie, car il adorait jouer à ce jeu avec sa mama et son papa ! C’était toujours pour lui une occasion parfaite de montrer l’étendue de son intellect, lui qui se révélait particulièrement ingénieux lorsqu’il s’agissait de se cacher. Pour l’occasion, ils avaient rassemblé les Koopalings ainsi que les deux Koopas gardes personnels de Junior, Marwyn et Charlie. Eux aussi étaient friands de ce genre de divertissement depuis que la reine leur avait proposé de jouer avec eux, quand elle n’était qu’encore simple servante. Chacun leur tour, ils comptaient avec entrain avant de s’élancer dans les couloirs sinueux et les nombreuses pièces du château, fouillant chaque recoin à la recherche de leur cible, tous dissimulés dans des cachettes toujours plus improbables les unes que les autres.

Lorsque le tour de compter de Solfège vint, la jeune femme s’appuya contre le mur en enfouissant son visage dans le creux de son bras. Elle ferma brièvement les yeux pour se concentrer, avant de commencer à compter jusqu’à cent. Le compte à rebours défilait lentement, rythmé par les bruits des pas qui se dispersaient autour d’elle, mêlés à des rires excités. Elle parvenait sans difficulté à reconnaître ceux de Bowser, bien plus lourds et marqués en raison de sa taille, alors qu’il disparaissait au détour d’un couloir. Elle tenta de mémoriser les directions prises, reconstruisant déjà mentalement les cachettes possibles. Cinq minutes plus tard, le silence retomba peu à peu, et il était temps pour elle de partir à leur recherche.Haut du formulaire

«Cachés ou pas, j’arrive !» Annonça-t-elle d’un ton mélodieux après s’être détournée du mur, redressant sa couronne noire au passage.

À son tour, l’humaine s’élança dans les longs couloirs du château à la recherche des autres participants. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine tandis que son sourire s’élargissait au rythme de ses pas, ses yeux verts balayant chaque recoin à la recherche du moindre indice. Où pouvaient-ils bien être ? Elle esquiva un petit groupe de Bruyinsectes en pleine agitation, puis s’excusa à la hâte lorsqu’elle faillit bousculer un Lakitu qui passait par là au même moment. Trop absorbée par le jeu, elle n’attendit même pas sa réponse et poursuivit ses recherches. Ouvrant porte après porte, inspectant scrupuleusement chaque pièce. Elle trouva Lemmy accroché à un lustre qui se balançait légèrement, Wendy dissimulée dans une baignoire, Morton accroupi derrière un canapé, tentant vainement de se faire oublier, et Larry caché sous un tapis… Pensait-il vraiment qu’elle ne le verrait pas ? Un peu perplexe, Solfège haussa les épaules avant de reprendre sa chasse, bien décidée à mettre la main sur les derniers joueurs encore introuvables. Pourtant, Bowser devrait être facilement repérable avec sa carrure imposante… D’habitude, elle le trouvait rapidement, ce qui lui fit réaliser qu’elle l’avait sans doute sous-estimé cette fois-ci.Bas du formulaire

«Où êtes-vous passés…» Murmura-t-elle alors qu’elle fermait la dernière porte du couloir, sans succès. Les mains posées sur les hanches, la jeune femme avança lentement devant les statuettes du roi des Koopas exposées, plongée dans ses réflexions. Jusqu’à ce qu’une touche de jaune et de vert dans le coin de sa vision n’attire brusquement son attention.

Bowser se tenait là, immobile, ayant pris la place de l’une de ses propres statuettes qu’il avait jetée sans ménagement sur le côté. Dans une posture avantageuse où il gonflait les biceps, les joues rondes par l’effort, ses anneaux à ses bras étaient sur le point de craquer… Et en remarquant le regard de Solfège posé sur lui, le roi des Koopas redoubla d’efforts pour l’impressionner, au point d’en devenir rouge comme ses cheveux. Il finit par soupirer de défaite lorsque la reine éclata de rire, amusée par sa tentative mais charmée malgré tout. Désormais, il ne restait plus qu’à retrouver le reste des Koopalings, Junior et les deux Koopas gardes. Elle retrouva Iggy coincé dans un coffre d’où s’échappaient des appels à l’aide étouffés, le verrou s’étant refermé derrière lui. Marwyn, lui, elle le découvrit blotti dans sa carapace aux côtés de ses amis, tous entassés ensemble après avoir joué le jeu. Elle trouva ensuite Roy dissimulé derrière un rideau, sa queue dépassant. Puis Charlie dans la bibliothèque, caché entre des livres qu’il avait maladroitement replacés à l’envers…

Il ne lui restait plus qu’à mettre la main sur Bowser Jr et Ludwig, son éternel rival. Les deux jeunes Koopas éprouvaient toujours les plus grandes difficultés à s’entendre… et les faire jouer ensemble relevait bien souvent du véritable défi. Protecteur envers son bandana, qu’il avait fabriqué avec Solfège et auquel il tenait énormément, Junior n’hésitait jamais à confronter Ludwig. Allant même jusqu’à le menacer dès qu’il en avait l’occasion. Ce que Ludwig ne manquait jamais de lui rendre avec une arrogance toute aussi marquée. Cette rivalité semblait remonter à loin malgré tous les efforts répétés de Solfège pour tenter de les réconcilier. Relevant sa robe rouge pour ne pas être gênée dans ses mouvements, la jeune femme accéléra le pas, déterminée à retrouver les derniers participants. Après plusieurs longues minutes de recherches effrénées, elle finit par tomber sur Ludwig, guidée par les notes élégantes d’un piano résonnant dans les couloirs…

Manifestement, Ludwig considérait que jouer du piano était bien plus important que participer à une partie de cache-cache. Installé devant l’instrument dans un calme remarquable, il faisait glisser ses doigts sur les touches avec une concentration absolue. La facilité avec laquelle il jouait rappela immédiatement Bowser à Solfège lorsqu’il se mettait lui aussi au piano. À ce constat, Solfège croisa les bras puis arqua un sourcil, partagée entre amusement et incrédulité. Il fallait croire qu’elle était entourée de véritables prodiges ! Un jour, elle demanderait sûrement à Ludwig von Koopa de l’accompagner au piano pour chanter avec lui. Cette simple idée lui arracha déjà un sourire attendri. Quand elle retourna dans le hall principal, elle fut cependant surprise d’y trouver un Bowser Jr mécontent. Ce dernier avait les bras croisés, les sourcils froncés, et son pied tapait le sol avec insistance. Apparemment, quelque chose l’avait contrarié… Surprise de le voir en dehors de sa cachette, l’humaine se hâta de le rejoindre, soulevant légèrement sa robe pour éviter de trébucher dans sa précipitation.

«Ça fait déjà une heure que j’attends ! Et tu ne m’as toujours pas trouvé !» S’agaça Bowser Junior, ses petits yeux noirs plissés d’impatience fixés sur Solfège. Rapidement, les autres participants déjà découverts les rejoignirent dans le hall, confirmant aussitôt la victoire du jeune prince. Il s’exclama ; «Ha ha ! J’ai gagné ! Je suis le plus fort ! Vous êtes tous des nuls !»

«Bravo Junior ! C’est mon fils, ça ! Le futur roi des Koopas ! Personne ne peut rivaliser avec nous !» Félicita aussitôt Bowser d’un rire grave, fier de son fiston. Il leva ensuite la main, et Bowser Jr frappa fièrement dedans.

Faute d’accepter la défaite, les Koopalings, mauvais perdants, abandonnèrent le jeu dans un mélange de protestations et de bouderies. Étant déjà proche de l’heure du dîner, Bowser décida qu’il était temps de préparer sa cuisine spéciale après une journée aussi chargée… Dans la cuisine, il s’affairait déjà à sa mystérieuse concoction en chantonnant un air grave et entraînant, visiblement de très bonne humeur. Pendant ce temps, Solfège et Kamek s’étaient installés à la table de la salle à manger royale pour une partie d’échecs. Le feu crépitait doucement dans l’âtre derrière eux, tandis que les deux adversaires restaient intensément concentrés sur leur stratégie. Chacun cherchait à prendre l’avantage et à coincer l’autre dans un échec et mat. Évidemment, la tâche n’était pas aisée avec un Bowser Jr qui babillait sans relâche à leurs côtés, commentant tout et n’importe quoi… Mais le magicien à lunettes demeurait imperturbable. Un doigt replié sous son bec, il ajusta ses lunettes-loupes avec lenteur au moment où Solfège avança son fou, mettant habilement son roi sous pression. Il devait bien l’admettre… elle était redoutablement douée. Et plus la partie avançait, plus elle lui donnait du fil à retordre.

Puis, au moment fatidique où Kamek s’apprêtait enfin à la mettre en difficulté, Bowser surgit brusquement dans la pièce avant d’abattre sa marmite en plein milieu de leur partie, faisant violemment trembler la table.

«Qui veut de la bonne sou-soupe !» Lança-t-il avec enthousiasme, plongeant sa louche dans le liquide fumant avant d’en humer l’arôme avec satisfaction. Fier de sa création qu’il appelait la soupe des vainqueurs. L’odeur semblait déjà conquérir Bowser Jr et Kamek, qui se mirent à gigoter de joie sur leur chaise, peinant à contenir leur excitation pendant que Bowser distribuait de généreuses portions à tout le monde.

Une fois le repas terminé, Solfège et Junior récupérèrent les restes de soupe pour les distribuer à la famille de Chomps qui vivait à l’extérieur du château. Ainsi qu’à Jasmin, la plante de Junior adoptée par ces derniers. Les boules noires aboyèrent en guise de remerciement, leurs grandes dents blanches claquant entre elles dans un grincement métallique caractéristique. Le petit Koopa caressa la tête de Jasmin comme à son habitude, sous le regard attendrit de Solfège. Après leur avoir dit au revoir et à demain, les deux remontèrent dans le château en empruntant la grande porte principale entourée de lave en fusion. La chaleur intense arracha une grimace à Solfège, qui tira la langue sous l’effet de la température. Elle n’arrivait pas à s’habituer. Ce qui fit rire Bowser Junior, totalement insensible à cette fournaise à l’instar de son père et des autres Koopas. Ils gravirent ensuite les grands escaliers recouverts d’un tapis rouge, avant de se diriger vers la chambre de Bowser Jr, au bout du couloir. Sur la porte, son petit écriteau aux gribouillages colorés était toujours là, mais de nouvelles traces de mains avaient été ajoutées sur le bois.

Les siennes, celles de sa mama et celles de son papa.

«Installe-toi.» Dit doucement Solfège après être monté sur son marchepied pour installer Bowser Junior sous les couvertures douces. Elle lui donna ensuite son lapin vieux de mille ans pour qu’il le serre contre lui.

D’un sourire tendre, la jeune femme le rejoignit après ses supplications. Comment résister à ce regard de chien battu ? Il était bien trop mignon pour qu’elle puisse lui dire non, et il le savait parfaitement. Glissant ses jambes sous les draps, l’humaine enlaça doucement la petite tortue en prenant soin de ne pas froisser le précieux bandana posé sur son plastron. Ses doigts vinrent ensuite se perdre délicatement dans ses cheveux avant qu’elle ne se penche pour frotter son nez contre son museau, lui volant un petit rire. Un rire contagieux, si bien que Solfège commença à le chatouiller dans des endroits stratégiques. Les côtes et les pieds restaient de loin ses plus grandes faiblesses. Ses doigts glissèrent sur ses écailles tandis qu’ils riaient ensemble à gorge déployée, oubliant complètement le reste du monde autour d’eux. Elle aimait son rire par-dessus tout. Cependant, leur moment fut brusquement interrompu lorsque Bowser entra à son tour dans la chambre.

«Qu’est-ce donc que toute cette agitation ?» Lança Bowser, les poings posés sur les hanches, adoptant une posture imposante tout en feignant un air sévère. En réponse, il obtint quelques rires étouffés.

«Une histoire ! Une histoire ! Je veux une histoire !» Réclama Junior qui sautillait dans les bras de Solfège, trop surexcité pour espérer pouvoir dormir sans son histoire du soir.

«C’est l’heure de l’histoire.» Acquiesça la reine.

Sans perdre une seconde, Bowser se dépêcha de récupérer sa petite scène sur mesure afin de pouvoir raconter son histoire du soir à son fils. Il attendait toujours ce moment avec grande impatience, car voir briller le bonheur dans les yeux de Bowser Jr n’avait tout simplement pas de prix. C’était un instant précieux, presque hors du temps, qu’ils partageaient tous les trois en famille. Attrapant ses marionnettes bricolées avec soin à partir de chaussettes et de morceaux de carton, il les enfila avant de se glisser dans sa boîte faisant office de scène. À travers les rideaux tirés, Bowser jeta un discret coup d’œil à Solfège et à Junior, occupés à chuchoter avec excitation dans le lit. Son cœur battait doucement dans sa poitrine, partagé entre le trac et la joie. Pendant quelques instants, il resta là à contempler ces deux êtres si précieux à ses yeux, suspendus dans l’attente du début de l’histoire. Leurs sourires, si doux et empreints d’innocence, faisaient naître en lui une chaleur réconfortante. Cette complicité lui réchauffait le cœur d’une manière qu’il ne ressentait que dans ces moments-là. Il était si heureux que ses joues commençaient presque à lui faire mal à force de sourire.

Actionnant lentement le petit levier sur le côté gauche pour ouvrir les rideaux, Bowser inspira discrètement puis commença sa prestation.

«Il était une fois… le plus grand roi de tous les temps ! Le terrible ! Le magnifique ! Le super puissant Bowser ! Et avec lui, il y avait son fils ! Le plus génial, le plus courageux et le plus fort des petits Koopas ! Bon, pas encore le plus fort. Mais bientôt ! Tous les deux, ils formaient une équipe de choc. Tout le monde les craignait ! Tous les royaumes tremblaient rien qu’en entendant leurs noms ! Et même quand les choses tournaient mal, ils finissaient toujours par gagner ! Parce qu’ils étaient ensemble. Et unis, ils pouvaient tout affronter.» Débuta la grande tortue à épines, faisant apparaître deux marionnettes à son image et à celle de son fils. Les petites créatures de tissu s’agitèrent, leurs yeux globuleux roulant dans tous les sens de manière exagérée, ce qui déclencha immédiatement les rires de Solfège et de Bowser Jr.

«Le grand Bowser détruisait tout sur son passage ! Il brûlait les maisons, faisait des prisonniers, voulait conquérir l’univers tout entier ! GRAWAWAWA !» Rugit-il exagérément en faisant bondir sa marionnette sur la scène pour dévorer les petites planètes en carton suspendues à des ficelles. Il secoua sa marionnette avec tant d’énergie qu’elle manqua de tomber derrière la scène. Sur le lit, les deux spectateurs recommencèrent à rire. Toutefois, ils s’arrêtèrent à l’introduction d’une nouvelle marionnette.

«Mais un jour, un petit oiseau lui apprit qu’un vrai roi n’était pas celui qui faisait peur… mais celui qui protégeait ceux qu’il aimait.» Le ton de Bowser se fit beaucoup plus doux. Il agita alors la marionnette représentant Solfège, vêtue de sa petite robe blanche du début. La poupée possédait de longs cheveux rouges en laine légèrement rêche ainsi que deux boutons verts cousus à la place des yeux.

«T’as vu ? C’est toi !» Chuchota Bowser Junior à côté de l’humaine en tendant son doigt vers la scène. Cette dernière lui adressa un sourire affectueux pendant que Bowser poursuivait son récit.

«Ce petit oiseau chanteur avait le cœur sur la main… Et grâce à elle, le grand Bowser découvrit qu’il existait autre chose que la colère et la haine.» Déclara-t-il avec une émotion sincère. Derrière sa petite scène improvisée, on distinguait à peine le haut de son crâne ainsi que quelques mèches rouges dépassant au-dessus du décor. Puis, avec une maladresse presque adorable, le roi des Koopas rapprocha les deux marionnettes jusqu’à les faire s’embrasser bruyamment dans une avalanche de petits bruitages ridicules.

«Beurk !» Se plaignit Junior qui secoua ses mains devant lui de dégout.

«Tout le royaume tomba sous son charme… Mais un jour, une horrible menace surgit des ténèbres ! Un roi super méchant ! Super moche ! Et tellement détestable que personne ne voulait lui parler ! Il captura le petit oiseau pour l’enfermer dans une cage !» Une affreuse marionnette fabriquée à partir d’une vieille casserole apparut sur scène afin d’attraper celle de Solfège. Derrière Bowser, le décor changea rapidement pour laisser place à un véritable champ de bataille. Des écrous, des horloges, des arbres calcinés ainsi qu’un immense dragon gribouillé à la craie recouvraient désormais l’arrière-plan.

«Wow…» S’émerveilla Bowser Jr, les yeux écarquillés.

«Il l’enferma tout en haut d’une tour gardée par un gigantesque dragon robot qui lançait des éclairs partout ! BZZZT ! KRAKABOOM !» Bowser fit surgir une énorme marionnette brinquebalante aux dents tordues qui crachait des morceaux de papier jaune censés représenter l’électricité.

«KRAKABOUM !» Répéta joyeusement Bowser Jr tout en secouant son lapin dans tous les sens.

«Et là, le courageux Bowser et son fils Junior arrivèrent pour affronter la vilaine bête ! Ensemble, ils frappèrent le dragon géant avec leurs poings et leur feu ! BAM ! BOUM ! Les flammes pleuvaient de partout sans relâche pour le détruire !» Hurla Bowser en faisant combattre ses poupées contre le dragon mécanique dans un chaos total. Bowser Jr riait si fort qu’il bondissait presque sur le lit en pointant la scène du doigt avec excitation. Solfège, assise juste à côté de lui, observait ce spectacle avec un sourire tendre, profondément touchée par le bonheur du petit Koopa.

«Ils réussirent à le vaincre haut la main. C’était fastoche ! Ce ridicule dragon mécanique n’avait aucune chance contre un père et son fils. Le dragon explosa en mille morceaux ! Et le petit oiseau fut sauvé !» La marionnette de Solfège vola maladroitement dans les bras de celle de Bowser. Derrière lui, c’était un carnage. Tout le décor avait été déchiqueté, la marionnette du dragon était éventrée, les écrous se balançaient au bout des fils… Du faux feu en papier était éparpillé un peu partout sur le lit.

«Et l’horrible roi que personne n’aimait finit en prison pour toujours ! FIN !» Termina la grande tortue en bombant fièrement le torse d’un sourire à pleine dent, satisfait de la conclusion de son histoire. Bon… il manquait peut-être plusieurs détails importants dans cette histoire. Notamment l’intervention de Mario, Luigi, Peach et même Kamek. Mais Bowser préférait largement réinventer la réalité afin de faire plaisir à Bowser Junior tout en flattant un peu son ego au passage. Et puis, ce n’était qu’un détail !

Bowser Jr et Solfège applaudirent chaleureusement à la fin du spectacle. Ils avaient adoré l’histoire, mais surtout toute l’énergie que Bowser avait déployée pour la rendre vivante et spectaculaire. Comme à chaque fois, il s’était donné corps et âme pour transformer quelques morceaux de carton et de tissu en une véritable aventure épique. Même si à la fin, il ne restait plus grand-chose qui tenait debout… Solfège baissa ensuite les yeux vers le jeune prince lorsqu’il laissa échapper un immense bâillement, les paupières devenues lourdes de fatigue. Après une journée aussi remplie de jeux, de rires et d’agitation, le sommeil commençait enfin à le rattraper. Bowser rangea doucement les restes de sa petite scène avant de venir se pencher au-dessus de son fils. Avec une délicatesse étonnante pour quelqu’un d’aussi imposant, il lui déposa un baiser de bonne nuit en même temps que Solfège. Un petit sourire étira les lèvres de Bowser Jr, cependant il dormait déjà profondément sous les couvertures.

Aussi furtivement que possible, la reine se glissa hors des couvertures afin de ne surtout pas réveiller le jeune Koopa. Elle se figea quand il renifla dans son sommeil avant de se tourner de l’autre côté du lit sans jamais ouvrir les yeux, son vieux lapin toujours étroitement serré dans ses bras. Avant de rejoindre la porte, Solfège laissa ses doigts glisser avec tendresse dans la petite houppette de Junior. Un sourire affectueux flottait doucement sur ses lèvres tandis que son cœur débordait de joie et d’adoration face à la bouille endormie de l’enfant. Il pouvait être une véritable petite terreur par moment… mais elle l’aimait plus que tout. Une fois certaine qu’il dormait profondément, elle rejoignit Bowser qui l’attendait silencieusement près de la porte, un sourire pensif adoucissant ses traits. Ensemble, ils restèrent encore quelques instants à contempler Bowser Junior, bercés par le calme paisible de la chambre.

«Bonne nuit, mon bonhomme.» Chuchota le roi des Koopas, les yeux remplis d’amour.

«Fais de beaux rêves…» Murmura Solfège après avoir lentement fermé la porte dans leur sillage.

Dans son lit, Bowser Junior esquissa un autre petit sourire dans son sommeil.

À suivre…

J’ai vraiment adoré écrire ce chapitre. J’espère que, tout comme moi, il vous a plu !

VP

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