La mémoire des pierres, le secret des cœurs.
Chapitre 3 : Souvenir interdit
1994 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 27/10/2026 22:27
Jack était allongé sur son lit, les mains derrière la tête, le regard perdu sur le plafond de sa chambre. Il y avait longtemps, qu’il avait perdu la notion du temps, longtemps aussi qu’il avait renoncé à trouver le sommeil.
Ses pensées allaient et revenaient sans cesse vers Sam, Daniel, les pierres et encore Sam.
Toujours Sam…
Il revoyait son regard, gêné, toutes les fois où elle se rendait compte qu’il n’appartenait plus à ses souvenirs. Il revoyait aussi son visage, crispé par la douleur.
Par sa faute…
Il aurait dû le savoir, faire plus attention, la ménager, être moins égoïste. Et simplement attendre…
Et puis… Il y avait les révélations de Daniel qui était enfin revenu de cette maudite planète. Le debriefing interminable, le charabia incompréhensible de Daniel, l’air impassible de Teal’c.
Et ces maudites pierres.
Qu’avait-il dit déjà ?
Que pour les anciens de cette planète, la salle qu’ils avaient découvert faisait office de « tribunal de l’âme », que les pierres étaient considérées comme des « pierre de vérité ».
Il ne voyait pas très bien le rapport entre un tribunal, des pierres, les souvenirs de Carter et lui.
Comme si des cailloux brillants pouvaient effacer les souvenirs d’une personne ou lire son âme.
Il n’était pas scientifique. Et depuis le temps qu’il traversait cette Porte, il avait vu plus de bizarrerie extraterrestre qu’il était possible de voir. Et pourtant… le coup des pierres liseuse de pensé, il n’y croyait pas du tout !
Et puis… Pourquoi Sam ? Pourquoi lui ?
Jack se redressa sur son lit en poussant un soupir qui ressemblait plus à un grognement juste au moment où quelques coups retentirent à la porte.
« Daniel, j’te préviens si c’est pour me parler encore de ta théorie des cailloux… Je dors ! »
« Colonel ? » répondit une voix féminine qu’il reconnut aussitôt.
Il n’eut besoin que de quelques secondes, à peine un battement de cils, pour se lever et ouvrir la porte.
« Carter ? »
Elle était là.
Devant lui.
Encore en blouse d’hôpital.
Les traits tirés, et sous la lumière blafarde des néons, elle semblait encore plus ple que tout à l’heure.
Jack regarda un instant derrière elle, pensant apercevoir Janet, ou Daniel. Mais non…
Sam était seule et elle le fixait avec une certaine intensité.
« Carter, mais... que faites-vous là ? Janet sait que vous êtes sortie de l’infirmerie ? »
Sans le quitter des yeux, Sam secoua simplement la tête en guise de réponse.
« Je… Je devais vous voir Monsieur. » murmura-t-elle enfin. « Ça ne pouvait pas attendre. »
Jack fronça les sourcils et instinctivement, il posa sa main sur son coude pour la soutenir, craignant de la voir tomber une nouvelle fois.
« Carter ? Qu’est -ce qui se passe ? »
« Une chose… » La voix de Sam tremblait légèrement. « Je me souviens de quelque chose… Mais… » Elle hésita. « Mais je ne suis pas sûre de pouvoir vous le dire. »
Regardant à son tour dans le couloir, Jack la fit rentrer et ferma la porte derrière eux. Il la fit asseoir sur son lit, et tira une chaise pour prendre place en face d’elle.
Qu’y avait-il de si important pour oser braver les ordres du médecin-chef au milieu de la nuit ?
Un silence étrange s’installa dans la pièce, tandis que Jack attendait, simplement, naturellement, que son second lui explique ce qu’elle venait faire dans ses quartiers au milieu de la nuit.
Sam n’avait rien dit de plus. Mais elle ne le regardait plus comme lorsqu’il lui avait raconté les quelques souvenirs qu’elle avait oubliés. Il y avait quelque chose de nouveau à présent.
De plus intense.
Un mélange de doute et de certitude.
« Je ne me souviens pas des circonstances, ni si cela faisait partie d’une mission. Mais… » elle s’arrêta un instant, pour reprendre son souffle. « Nous étions en salle de contrôle, la Porte était en train de s’activer et… »
Son regard se fit de plus en plus intense, insistant même.
« Vous m’avez embrassé. »
Une douche froide en plein blizzard aurait sûrement eu le même effet que les révélations du Major. Jack eut le sentiment de prendre une claque. Ou peut-être une avalanche de claques.
"Comment ?" fut la première question sensée qui lui vint à l’esprit. Comment pouvait-elle se souvenir de moments qui n’étaient pas censés avoir existé. Il était seul. Absolument seul dans cette boucle temporelle à se souvenir de ce moment.
Il avait passé sa journée à lui raconter ce qu’ils avaient fait ensemble. Ce qu’ils ressentaient, ensemble. Et c’est d’une journée inexistante, un moment qui n’existait que pour lui dont elle se souvenait ?
Jack ouvrit la bouche, puis la referma. Il la regarda, pencha la tête sur le côté, ouvrit à nouveau la bouche et… se leva en se passant la main dans les cheveux.
Paniqué
« Carter, ce n’est pas… »
« Impossible… »
« Vous ne pouvez pas… »
Il allait et venait en prononçant chacune de ces phrases, s’arrêtant devant Sam, et repartant.
Ce n’était pas possible.
Ce n’était pas possible.
« Co… comment ? Cette journée ? Ce moment. Tout cela. Vous ne pouvez pas vous en souvenir. C’est impossible ! »
« Colonel ?! » s’indigna Sam au bord des larmes. Elle qui était plutôt rassurée de se rappeler ce détail, surtout après le dernier souvenir qu’il lui avait raconté, ces détails sur leur relation, leur sentiment qui semblait tellement lui tenir à cœur.
Alors sa réaction…
Elle se sentait vraiment perdue.
En la voyant désemparée, Jack s’arrêta un instant et revint s’asseoir en face d’elle. « Pardonnez-moi Carter… » murmura-t-il en lui prenant la main, consciemment et délibérément. « Je ne voulais pas vous blesser. C’est juste… que je ne comprends pas comment vous pouvez vous souvenir de cela. »
Il prit une profonde inspiration et lui raconta, la boucle temporelle, cette journée qui se répétait sans fin, toujours la même, sans arrêt. Il lui raconta comment Daniel leur avait donné l’idée de faire des choses un peu folles sans craindre des représailles. Et comment, il avait enfin réalisé ce qu’il rêvait de faire depuis des années.
Réaliser ce qu’ils s’étaient promis de garder sceller dans une de ces pièces de cet étage.
Juste sentir ses lèvres contre les siennes.
Au moins une fois…
Mais cette journée n’aurait dû exister que pour lui.
« Monsieur… Je ne sais pas pourquoi je me souviens de cela. Ni même comment je m’en souviens. Mais le fait est… que je m’en rappelle. » Elle plongea son regard azur dans le sien et pressa doucement la main qui la tenait.
« J’ai juste besoin que vous me disiez que ce souvenir et bel et bien réel. Que ce n’est pas le fruit de mon imagination. Ou… » Elle baissa la tête. « Simplement ce que j’aurais voulu… »
Jack lâcha sa main et lui prit son menton entre ses doigts pour relever son visage. Il lui adressa un sourire, qu’elle reconnut tout de suite.
Le même sourire au sortir de cette boucle temporelle. Celui-là même qu’il lui adressait alors qu’ils étaient attablés avec Daniel pour le petit-déjeuner.
Petit.
Amusé.
À peine dissimulé.
« Carter… » commença-t-il. « C’était bien réel.»
Il aurait pu s’arrêter là. Rebrousser chemin tant qu’il était encore temps. Ne pas emprunter ce chemin glissant, faire demi-tour avant qu’il ne soit trop tard.
Il aurait pu la laisser se contenter de cette réponse. Lui dire qu’ils en reparleraient peut-être plus tard, mais…
Bon sang ! Ses lèvres ! Sa peau !
Qu’il désirait plus que tout la goûter encore une fois !
« Et si je pouvais… Si j’en avais la permission, je rendrais ce souvenir encore plus réel. »
Jack lâcha son menton et se recula légèrement, laissant à Sam la liberté de réagir.
Se rapprocher, se reculer, se lever, partir.
Mais Sam ne bougea pas. Elle resta silencieuse un instant, comme les fois précédentes, analysant les paroles de son supérieur.
Ce n’étaient plus des missions qu’il cherchait à lui rappeler.
Ce n’étaient plus des souvenirs qu’il cherchait à faire revenir.
Ni même une place dans sa vie qu’il cherchait à reprendre.
Cette fois, elle savait. Elle savait les sentiments qu’il éprouvait pour elle. Et il n’était plus question de les laisser enfermer dans une salle pour les oublier.
Ils étaient bel et bien réels.
Et tous les deux ne pouvaient plus les nier.
« J’aimerais, moi aussi, mon colonel, que vous rendiez ce souvenir vraiment réel. » murmura-t-elle en se penchant légèrement vers l’avant.
Jack se rapprocha avec une infime douceur, oubliant tout ce qui l’entourait. La base, les grades, les règlements, et cette maudite perte de mémoire. Il ne pensait qu’à elle, qu’à eux et le reste n’avait plus aucune importance.
Leurs lèvres s’étaient presque rejointe lorsque la porte s’ouvrit avec fracas après seulement quelques petits coups qu’ils entendirent à peine.
« Jack ! J’ai trouvé ce que les inscriptions de la gro….»
La voix de l’archéologue s’arrêta net à l’instant même où il remarqua la présence de Sam et sa proximité avec Jack.
« Oh ! mon Dieu ! »
« Pas un mot Daniel… » l’averti Jack sans relever la tête
« Je voulais juste… »
« Daniel ? »
« Mais ça peut sans doute attendre. »
« Voilà. »
Et plongeant le nez dans ses notes, Daniel fit demi-tour et referma la porte aussi rapidement que possible.
Jack se tourna vers Sam qui eut du mal à étouffer un petit rire.
« Surtout pas un mot Carter… »
« Promis mon colonel. Mais je crois que nous devrions peut-être reprendre cette conversation plus tard. »
La porte de la chambre s’ouvrit à nouveau et Daniel passa simplement la tête faisant mine de ne pas les regarder.
« Je suppose que ma théorie sur les pierres peut attendre un peu. Mais elle pourrait sans doute confirmer ce que vous étiez en train de faire. »
« Daniel ! » s’écrièrent alors Jack et Sam d’une même voix, obligeant l’archéologue à refermer la porte presque aussi rapidement qu’il l’avait ouverte.
Jack soupira en jetant un dernier regard vers la porte craignant de la voir s’ouvrir à nouveau.
Il avait tout donné pour rendre à Sam les souvenirs qu’elle avait perdu, ces moments précieux, des sentiments qu’ils avaient partagés tous les deux sans jamais pouvoir les nommés, ouvertement.
Et pourtant, au milieu de tout ce qu’elle avait oublié, il restait ce baiser.
Ce baiser qu’il avait gardé pour lui, persuadé qu’il ne pourrait jamais exister autrement que dans sa mémoire.
Alors pourquoi celui-là ? Pourquoi maintenant ? Et quel rôle ces fichues pierres avaient-elles joué dans tout cela ?
Il n’en savait rien.
Mais une chose était sûre : si ces pierres avaient le pouvoir de faire ressurgir un souvenir qui n’était pas sensé exister, alors il était hors de question de les laisser sans réponse.
« Vous savez quoi, Carter ? Je crois que je vais aller lui faire manger ses cailloux à notre Daniel »