Incidents de parcours

Chapitre 2 : Une nouvelle discipline

840 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 17/10/2026 02:17

Les trois jours suivants furent une démonstration remarquable de la capacité humaine à se mentir.

Jack décida qu'il ne se passerait rien. Il ne parlerait pas du baiser. Il n'y penserait pas. Il se comporterait avec Carter exactement comme auparavant.

 

Le lundi matin, il la croisa dans le couloir.

— Bonjour, mon général.

— Colonel.

Elle poursuivit son chemin. Jack poursuivit le sien. Tout allait bien. Il fit encore quatre pas.

Puis il se retourna. Sam avait déjà disparu.

Magnifique. Maintenant, tu te retournes pour la regarder partir. Tu as trente ans d'expérience militaire, O'Neill. Sers-t’en, bon sang !

Il repartit dans la direction opposée.

 

À la réunion suivante, il s'installa en bout de table, bien décidé à se concentrer sur les résultats de la dernière mission.

Sam présenta son analyse avec son efficacité habituelle.

Jack connaissait cette voix. Il avait entendu Carter expliquer des phénomènes extraterrestres pendant des centaines d'heures. Il aurait pu reconnaître son ton scientifique au milieu d'une explosion.

 Mais ce matin-là, ce qui le frappa surtout, ce furent ses manches remontées sur ses avant-bras. Et ses cheveux…

Elle avait changé de coiffure, non ? Quelques mèches glissées derrière son oreille dégageaient son cou, soulignaient la ligne de sa nuque…

Oh, merde…

Il se força à regarder les graphiques.

— Mon général ?

Il  leva brusquement la tête.

— Vous êtes d'accord avec cette estimation ?

Il regarda l'écran.

— Absolument.

Daniel pencha la tête.

— Jack, tu sais de quelle estimation elle parle ?

— Bien sûr que je le sais.

— Laquelle ?

Jack lui lança un regard assassin.

— Celle qui est estimée.

Daniel toussa pour dissimuler un rire.

Sam, elle, ne sourit pas. Mais elle détourna les yeux un peu trop vite.

Jack comprit qu'elle avait remarqué.

Et, à en juger par la minuscule crispation de sa bouche, elle faisait un effort considérable pour garder son sérieux.

Elle s'amuse.

Cette pensée aurait dû l'agacer. À la place, il eut envie de la faire rire de nouveau.

Ce qui était une autre mauvaise nouvelle.

 

Le deuxième soir, il se réveilla après avoir rêvé d'elle. Il resta allongé, les yeux ouverts, furieux contre son propre cerveau, et son propre corps.

Le rêve n'avait rien eu de particulièrement extravagant. Sam était entrée dans son bureau. Elle lui avait demandé si sa journée était terminée. Et, cette fois, il l'avait embrassée en premier.

C'était tout.

C'était largement suffisant.

Il se leva, alla boire de l'eau et contempla la nuit par la fenêtre. La question qu'il évitait depuis trois jours n'avait rien à voir avec le règlement militaire. Il savait ce que risquait un officier qui s'engageait dans une relation avec un supérieur direct. Il connaissait les conséquences possibles. Il savait aussi qu'il ne pouvait pas se permettre de traiter cette situation à la légère.

Mais ce n'était pas ce qui l'empêchait de dormir.

C'était la possibilité que Sam ait pris une initiative, qu'il n'ait pas su y répondre, et qu'elle finisse par considérer son silence comme un refus.

Il avait passé des années à se convaincre qu'il était plus raisonnable de ne rien tenter.

Il commençait à se demander si la prudence n'était pas simplement devenue une excuse particulièrement confortable.

Il retourna se coucher.

Le lendemain, il évita soigneusement de se retrouver seul avec elle. Ce qui, au SGC, demandait une organisation presque aussi complexe qu'une opération militaire.

Sam ne fit aucun commentaire. Elle n'essaya pas de le coincer dans un couloir. Ne provoqua aucune conversation. Ne lui adressa pas un regard appuyé.

Elle reprit simplement sa vie. Et c'est précisément ce qui finit par l'exaspérer. Parce qu'il aurait préféré qu'elle insiste.  Ou qu'elle recommence. Ou qu'elle lui donne au moins une raison de croire qu'il n'avait pas imaginé l'importance de ce baiser.

À la place, elle lui laissait toute la responsabilité de la suite.

Bien joué, Carter.

Il ne pouvait même pas lui en vouloir. C'était lui qui avait passé sa vie à laisser les autres deviner ce qu'il ne disait pas.

 

Le troisième jour, Teal'c le trouva seul devant une baie vitrée qui donnait sur la Porte des étoiles.

— Vous semblez préoccupé, O'Neill.

Jack ne tourna pas la tête.

— Je réfléchis.

— À Samantha Carter ?

Il se retourna le visage fermé.

— Vous pourriez au moins faire semblant de ne pas tout savoir.

— Je ne sais pas tout.

— Ah oui ?

— Je sais seulement que vous évitez le colonel Carter depuis trois jours, et que vous avez regardé sa porte de laboratoire pendant près d'une minute avant de repartir dans la direction opposée.

Jack le fixa d‘un air plus menacant.

— Occupez vous de vos affaires Teal’c

Un silence.

Teal'c croisa les bras et regarda le général s’éloigner.

Laisser un commentaire ?