Ce que le temps n'efface pas.
Les trois premiers jours passèrent sans incident.
Sur P3X-774
L'équipe avait installé son camp à proximité de la Porte des étoiles. Les scientifiques avaient rapidement pris possession des structures modulaires qui leur servaient de laboratoire, tandis que SG-3 assurait un périmètre de sécurité autour de la zone.
La planète était étonnamment calme. Le ciel, d'un bleu pâle presque métallique, changeait légèrement de couleur au coucher du soleil. Le vent soufflait régulièrement sur la plaine rocheuse, soulevant une fine poussière qui s'infiltrait partout malgré les précautions prises par l'équipe.
Sam aimait cet endroit. Ou plutôt, elle aimait ce qu'il lui permettait de faire : Travailler.
Dès le matin, elle se plongeait dans les relevés géologiques. Les premières analyses confirmaient la présence de naquadria en profondeur, mais les concentrations semblaient beaucoup plus importantes que prévu.
C'était passionnant. Et suffisamment complexe pour occuper son esprit. Le matin du troisième jour, elle se pencha au-dessus d'un écran couvert de données.
— Ça ne colle pas.
Son assistant Ethan Miller releva la tête.
— Quoi ?
Sam pointa une série de valeurs.
— Ici. Regardez la variation énergétique.
— Une erreur de calibration ?
— J'ai vérifié trois fois.
Elle agrandit le graphique.
— La concentration de naquadriah augmente avec la profondeur, mais pas de manière régulière. Il y a quelque chose qui perturbe le champ énergétique.
Ethan Miller se leva.
— Une poche souterraine ?
— Peut-être.
Sam sourit légèrement. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, son esprit ne tournait plus autour de souvenirs qu'elle cherchait désespérément à repousser. Elle était simplement scientifique. Elle était Carter. Et cela lui faisait du bien.
Au SGC
Le premier rapport arriva à l'heure prévue. Walter Harriman s'installa devant sa console.
— SGC à P3X-774. Vous me recevez ?
La voix de Sam répondit presque immédiatement.
— P3X-774 à SGC. Cinq sur cinq.
Jack se trouvait à quelques mètres derrière Walter. Il avait pourtant une réunion prévue vingt minutes plus tard. Il aurait pu rester dans son bureau. Il aurait dû. Mais il était là. Bras croisés, visage impassible. Walter commença le rapport.
Sam parla des premières analyses, des conditions météorologiques et de l'installation du camp. Jack écoutait. Il ne disait rien. Lorsqu'elle évoqua les concentrations de naquadriah, son attention se fit plus précise. Il connaissait suffisamment Carter pour savoir quand elle était simplement en train de transmettre des informations. Et quand elle était passionnée. Ce matin-là, elle était passionnée. Sa voix changeait légèrement lorsqu'elle parlait de quelque chose qui l'intéressait réellement. Jack avait appris à reconnaître cette nuance des années auparavant. Il ne savait pas pourquoi il s'en souvenait. Il ne voulait pas savoir pourquoi.
— ...nous poursuivrons la détection des émissions énergétiques particulières du naquadriah. dans la partie nord de la zone étudiée, termina Sam.
Walter attendit quelques secondes.
— Des difficultés particulières ?
— Non. Rien de préoccupant.
Jack leva légèrement la main. Walter se retourna. Jack articula silencieusement :
La profondeur.
Walter comprit.
— Lieutenant Colonel, avez-vous pu déterminer la profondeur exacte de la première poche de naquadriah ?
Sam répondit. Elle donna les chiffres. Jack hocha légèrement la tête.
Daniel, qui venait d'entrer dans la salle de contrôle, regarda son ami. Puis Walter. Puis la Porte. Il ne dit rien. Mais son sourire ne passa pas inaperçu. Jack lui lança un regard. Daniel leva les mains
— Je n'ai rien dit.
— C'est bien.
Sur P3X-774
Sam retira son casque. Elle resta quelques secondes devant la radio. Elle savait qu'il était là. Elle ne pouvait pas l'entendre. Mais elle le savait. C'était ridicule. Elle avait travaillé avec Jack pendant des années. Elle connaissait ses habitudes. Elle savait qu'il aimait savoir ce qui se passait sur les planètes où ses équipes étaient déployées. Mais elle savait aussi qu'il avait toujours été particulièrement attentif à ses rapports. Et elle détestait que cela lui fasse plaisir. Elle se leva.
— Carter ?
Elle se retourna. Le colonel Reynolds était à l'entrée.
— Oui ?
— Vous avez une heure de réunion avec l'équipe scientifique.
Sam soupira.
— J'arrive.
Elle regarda une dernière fois la radio. Puis détourna les yeux.
Le soir, elle mangea avec l'équipe autour d'une table pliante. Les conversations étaient légères. On parlait de la mission, des analyses, de la poussière qui s'infiltrait partout et de la nourriture déshydratée. Sam sourit à une plaisanterie. Elle ne se força même pas. L’ambiance était bonne dans l’équipe. Malgré les tranches d’âge différentes, tout le monde travaillait dans la bonne humeur. Son assistant Ethan n’était pas en reste pour animer un repas avec de bonnes blagues. C’était indispensable pour une mission de plusieurs mois : une franche camaraderie. Elle pensa à SG1. À Daniel. À Teal'c. À Jack. Eux aussi avaient vécu plus d’une soirée à la belle étoile sur une autre planète. C’était différent depuis que Jack était devenu général. Ethan lui rappelait Jack O’Neill par certains aspects. Difficile d’oublier ce quelqu’un dans ces conditions. Elle baissa les yeux vers son plateau.
Reynolds le remarqua.
— Tout va bien, Carter ?
— Oui
Il attendit.
— Vous êtes sûre ?
Sam releva les yeux.
— Absolument.
Il hocha la tête.
— Alors mangez.
Elle eut un petit sourire.
— Oui, Colonel.
Au SGC,
Les cerveaux chauffaient et la diplomatie était de rigueur. Le général O'Neill, Daniel et quelques personnes étaient en train de se mettre d'accord avec une délégation étrangère afin de rédiger un projet d'échange mutuel. La réunion avait commencé depuis près de deux heures. Les représentants de la nouvelle espèce, les Avarans, s'étaient montrés particulièrement exigeants sur les modalités du traité d'échange technologique, et chaque article donnait lieu à de longues discussions.
Jack commençait sérieusement à regretter les missions de terrain. Lorsque l'un des négociateurs reprit pour la troisième fois un point déjà longuement débattu, Jack se pencha en arrière dans son fauteuil.
— Je crois qu’on vient d’entrer dans une nouvelle dimension temporelle. Genre… une dilatation du temps.
Silence.
Jack regarda autour de la table. Personne ne sourit. Personne ne releva.
Il soupira.
— Carter aurait ri.
Teal'c, assis à ses côtés, inclina légèrement la tête.
— En effet. Le lieutenant colonel Carter est généralement la seule à réagir à vos plaisanteries.
Jack lui lança un regard.
— Merci, Teal'c. C'est exactement ce dont j'avais besoin.
Daniel baissa les yeux pour dissimuler un sourire.
La réunion reprit.
Jack se redressa et se força à se concentrer sur les négociations. Pourtant, pendant quelques secondes, il pensa à Sam. À son petit sourire lorsqu'il disait quelque chose de complètement idiot. À cette façon qu'elle avait de secouer la tête en levant les yeux au ciel.
Même ses réactions à ses mauvaises plaisanteries lui manquaient.
Jack jeta un coup d'œil à sa montre. L'heure du rapport de P3X-774 approchait.
Il se leva finalement.
— Bon… je vais vous laisser finir vos… trucs de diplomates. J'ai quelque chose à régler en salle de contrôle.
Daniel leva les yeux vers lui, parfaitement conscient de ce qui se passait.
— Jack ! Vous ne pouvez pas nous laisser en plan !
— Mais si, Daniel. J'ai une confiance absolue en vos talents de diplomate !
— Jack !!
Jack lui lança un regard parfaitement innocent avant de sortir de la salle.
Il avait, de toute évidence, quelque chose de très important à régler en salle de contrôle.
Teal'c suivit Jack du regard.
— C'est certainement dû à sa nouvelle passion pour la géologie.
Daniel esquissa un sourire.
— Je crois qu'il va falloir qu'on arrête de faire semblant de ne pas comprendre.
Teal'c regarda la porte par laquelle Jack venait de disparaître.
— Je ne faisais pas semblant.
Jack arriva en salle de contrôle exactement au moment où Walter établissait la communication avec P3X-774.
— Pile à l'heure, mon général.
Jack s'approcha de la console.
— J'ai dû trouver une excuse pour fuir la réunion avec les Avarans.
Walter esquissa un sourire.
— La géologie, mon général ?
Jack le regarda.
— Exactement. Une science passionnante.
Walter baissa les yeux pour cacher son sourire.
— Le rapport de SG-3 commence, mon général.
Jack se concentra aussitôt sur la Porte.
SG-3 avait effectué plusieurs patrouilles autour du camp. Aucun problème. Tout était normal.
Puis Reynolds mentionna que plusieurs membres de l'équipe scientifique travaillaient tard.
Jack fronça légèrement les sourcils.
— Les scientifiques travaillent tard ?
Walter lui lança un bref regard, mais Jack avait déjà reporté son attention sur la Porte.
Reynolds poursuivit son rapport. Il expliqua que les relevés de la zone nord continuaient de mobiliser une partie de l'équipe et que le lieutenant-colonel Carter avait demandé à poursuivre certaines analyses pendant la nuit.
Jack resta silencieux.
La communication s'interrompit.
Il resta quelques secondes devant la console.
Il n'avait pas entendu la voix de Sam.
Et, contre toute logique, ce fut la première chose qu'il remarqua.
Un peu plus tard dans la journée.
Dans l'ascenseur, Daniel rejoignit Jack au dernier moment.
— Alors, j'ai réussi à sauver ta réunion diplomatique.
Jack appuya sur le bouton de son étage.
— Je savais que je pouvais compter sur toi.
— Ne sois pas trop enthousiaste. Les Avarans ont accepté la plupart de nos propositions, mais ils veulent encore modifier deux articles concernant l'échange technologique.
Jack acquiesça distraitement.
— Mmm.
— La bonne nouvelle, c'est qu'on a fixé une date pour la signature du traité.
— Quand ?
— Dans trois semaines.
— Bien.
Daniel le regarda. Jack fixait les chiffres lumineux de l'ascenseur sans vraiment les voir.
— Tu m'écoutes, au moins ?
— Bien sûr.
— Alors qu'est-ce que je viens de dire ?
Jack tourna la tête vers lui.
— Que les Avarans sont des gens charmants et que tu as brillamment sauvé la diplomatie intergalactique.
Daniel sourit.
— Raté.
Les portes s'ouvrirent, puis se refermèrent lorsque personne ne sortit.
Daniel observa son ami quelques secondes.
Puis, plus doucement :
— Comment va Sam ?
Jack resta silencieux.
La question était simple.
Pourtant, elle le prit complètement au dépourvu.
— Elle va bien.
Daniel haussa légèrement les sourcils.
— Tu n'en sais rien ?
Jack regarda de nouveau les portes.
— Elle travaille. Elle est sur une mission importante. Elle va bien.
— Ce n'est pas ce que je te demandais.
Jack soupira.
— Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Daniel ?
— Rien. Je voulais juste savoir si toi, tu savais comment elle allait.
L'ascenseur s'arrêta.
Cette fois, les portes s'ouvrirent.
Jack sortit sans répondre.
Daniel le suivit du regard.
Il n'avait toujours pas répondu.
Mais il venait probablement de donner sa réponse.
Les jours suivants installèrent une étrange routine. Le matin, Sam faisait son rapport scientifique. L'après-midi, SG-3 transmettait le rapport concernant la sécurité du camp et la progression générale de la mission. Walter tapait ensuite les comptes rendus écrits et les déposait sur le bureau du général. Jack les lisait. Tous. Même s’il les avait déjà entendus. Il descendait en salle de contrôle pour les communications. Toujours à l'heure. Jamais en retard.
La deuxième semaine, Jack continua sa routine.
Il entra dans le SGC, passa par la salle de contrôle, salua Walter et prit machinalement la direction du laboratoire.
Ce ne fut qu'au bout du couloir qu'il s'arrêta.
Le laboratoire de Carter.
Il resta immobile une seconde avant de faire demi-tour.
Un matin, il se surprit à préparer deux cafés.
Il posa les deux tasses sur son bureau, resta à les regarder quelques secondes, puis soupira avant d'en prendre une pour la boire seul.
Même les briefings devinrent étranges.
— Demandez à Carter comment ce truc fonctionne, lança-t-il un jour, avant de s'interrompre.
Un silence.
Jack regarda autour de la table.
Puis il se rappela.
Carter n'était pas là.
— …Enfin, trouvez quelqu'un qui s'y connaît, ajouta-t-il.
Daniel baissa les yeux pour cacher un sourire.
Jack fit comme s'il n'avait rien remarqué.
La routine avait continué.
Simplement, elle avait perdu quelqu'un.
Sur P3X-774,
Sam commençait à s'épuiser. Le travail ne manquait pas. Ils avaient fini de cartographier les affleurements rocheux et déterminer les failles et les fractures du sous-sol. Ethan essayait d‘établir une carte en 3 dimensions du gisement. C’était indispensable pour la faisabilité du forage. Les relevés devenaient de plus en plus intéressants. Ethan avait découvert une anomalie énergétique importante sous la zone nord. Sam refusait de quitter le laboratoire.
Pouvoir partager cette découverte avec quelqu'un qui la comprend immédiatement.
Quelqu'un qui pose les bonnes questions.
Quelqu'un qui a compris pourquoi les variations énergétiques étaient fascinantes. Cela faisait du bien ! Jack lui aurait levé les yeux au ciel en ... Non ! Elle se redressa. Elle n'était pas venue ici pour penser à lui. Elle était venue pour prendre de la distance. Elle devait garder cette distance.
— Vous devez dormir, Madame.
Elle releva les yeux.
Ethan se tenait devant elle.
— Je dormirai quand nous aurons compris ce qui se passe.
— C'est exactement ce que disent les gens qui ne dorment jamais.
Sam sourit.
— Vous avez déjà travaillé avec des militaires ?
— Avec des scientifiques.
— C'est pire.
Il rit.
Sam retourna à son écran.
— Au travail !
Le dixième jour, Sam fit une découverte.
La poche de naquadriah n'était pas isolée.
Elle faisait partie d'un réseau souterrain beaucoup plus vaste.
Si leurs calculs étaient exacts, les réserves de la planète pourraient être considérables.
Sam était enthousiaste.
Lors du rapport du matin, sa voix changea. Jack le remarqua immédiatement.
Walter n'eut même pas besoin de se retourner. Il savait que son général écoutait attentivement. Sam expliquait ses hypothèses avec cette rapidité particulière qu'elle avait lorsqu'une idée lui venait.
— Les premières analyses indiquent que la matrice cristalline du naquadriah présente une anisotropie énergétique beaucoup plus importante que ce que nous avions initialement estimé. La distribution des inclusions métastables n'est pas homogène : elles semblent s'organiser selon les plans de clivage de la roche encaissante, ce qui crée un réseau de conduction énergétique discontinu mais interconnecté…
Jack eut un sourire. Petit. Presque imperceptible.
La communication se termina. Jack resta devant la console.
—Elle a trouvé quelque chose dit Jack
Walter sourit.
— Oui, mon général.
— Je n’ai rien compris à son charabia mais ca a l’air d‘être bien.
Il se retourna.
Après le rapport du matin, Jack retourna dans son bureau.
Il avait une pile de dossiers qui l'attendait.
Des demandes de matériel. Des autorisations de mission. Des comptes rendus à valider. Une réunion avec le Pentagone en début d'après-midi et, entre les deux, suffisamment de problèmes administratifs pour lui rappeler pourquoi il avait toujours préféré être sur le terrain.
Il s'installa derrière son bureau et attrapa le premier dossier.
Il lut la première page.
Puis la deuxième.
Son regard revint à la première.
Il soupira.
Carter aurait probablement trouvé le moyen de régler la moitié de ces problèmes en moins d'une heure.
Il se força à se concentrer.
La matinée passa ainsi, rythmée par les appels, les signatures et les allées et venues des officiers.
Jack faisait son travail.
Il le faisait bien.
Mais quelque chose manquait.
Il s'en rendit compte lorsqu'il entendit, dans le couloir, une voix féminine qui ressemblait vaguement à celle de Sam.
Il releva la tête.
Ce n'était pas elle.
Évidemment.
Il retourna à son dossier.
À midi, il réalisa qu'il avait repoussé son déjeuner.
Encore.
Il regarda sa montre.
Puis la pile de rapports.
Puis la porte de son bureau.
Il pensa brièvement à P3X-774.
À cette heure-ci, Carter devait probablement être en train de travailler.
Il se demanda si elle avait mangé.
Il fronça les sourcils.
Ce n'était pas son problème.
Elle était lieutenant-colonel.
Elle savait parfaitement prendre soin d'elle-même.
Jack prit finalement son téléphone pour commander quelque chose à manger.
Quelques minutes plus tard, il se remit au travail.
Et pendant ce temps, à des milliers d'années-lumière de là, Sam Carter faisait exactement la même chose.
Elle travaillait.
Elle repoussait son repas.
Et elle se disait que c'était plus simple ainsi.
Deux personnes séparées par des milliers d'années-lumière.
Deux bureaux improvisés.
Deux journées parfaitement ordinaires.
Et, dans chacun de ces deux endroits, une chaise vide que personne ne regardait vraiment.
Ou plutôt...
que chacun regardait un peu trop souvent.
Sur P3x-774, Le soir même, Sam sortit du laboratoire.
Le ciel était couvert. Elle leva les yeux. Le vent avait changé.
Elle resta immobile quelques secondes.
Puis une voix derrière elle :
— Vous devriez rentrer.
Elle se retourna.
Reynolds.
— Une tempête ?
— Probablement.
Sam regarda les nuages.
— Alors nous devrions sécuriser les équipements.
Reynolds soupira.
— Évidemment.
Ils repartirent ensemble vers le camp.
Le douzième jour, la tempête arriva.
Elle frappa la plaine avec une violence inattendue.
Les communications furent interrompues pendant plusieurs heures .
Au SGC, Jack regarda l'horloge.
Il n'y eut pas de rapport. Il ne fit rien. Il resta dans son bureau.
Puis il regarda l'heure. Toujours rien. Il se leva. Il descendit en salle de contrôle.
Walter le regarda arriver.
— Toujours aucun contact, mon général.
— Je sais.
Jack regarda la Porte.
Il resta là.
Silencieux.
Teal'c arriva quelques minutes plus tard.
Il ne dit rien.
Daniel le rejoignit.
— Ils vont bien.
Jack hocha la tête.
— Je sais.
— La tempête va se calmer.
— Je sais.
Daniel le regarda.
Jack ne quittait pas la Porte des yeux.
Puis, enfin, le voyant de communication s'alluma.
Walter se redressa.
— Nous avons un signal.
Jack inspira profondément.
La voix de Sam arriva quelques secondes plus tard.
— SGC, ici Carter. Désolée pour le retard.
Jack ferma brièvement les yeux.
Elle allait bien. C'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.
Il ne prit pas le micro. Il ne lui parla pas.
Walter demanda :
— Tout le monde va bien ?
— Oui. Aucun blessé.
Jack se détendit enfin.
Teal'c l'observa.
Il n'avait toujours rien dit. Il n'en avait pas besoin.
Ce soir-là, dans le vestiaire presque désert du SGC, Jack resta quelques instants assis sur le banc, les avant-bras posés sur ses genoux. Il était fatigué de cette journée.
Il avait essayé de travailler.
Impossible.
Son regard était revenu plusieurs fois vers l’horloge. Il avait envoyé Walter vérifier les communications. Puis encore une fois. Et une autre.
Il s’était répété que la situation était sous contrôle. Qu’une tempête pouvait perturber les communications. Que SG-3 était là pour assurer la sécurité du camp. Que Carter savait ce qu’elle faisait.
Tout ce qu’un général était censé se dire.
Mais l’inquiétude était restée.
Et lorsqu’ils avaient enfin reçu des nouvelles rassurantes, le soulagement qu’il avait ressenti avait été… disproportionné.
Du moins, c’était le mot qu’il avait choisi.
Il repensa à ces heures d'attente.
À cette tension qui ne l'avait pas quitté.
À la façon dont il avait fixé l'écran de la salle de contrôle en attendant d'entendre la voix de Carter.
Il avait connu des situations bien plus dangereuses.
Il avait perdu le contact avec des équipes entières.
Il avait attendu des heures, parfois des jours, sans savoir si certains de ses hommes étaient encore en vie.
Alors pourquoi cette fois-ci avait-elle été différente ?
Jack se passa une main sur le visage.
— Qu'est-ce qui m'arrive ? murmura-t-il.
La question resta sans réponse.
Il savait seulement une chose.
L'absence de Carter ne lui pesait pas seulement parce qu'elle était son second.
Et cette constatation-là était beaucoup plus difficile à accepter.
Sur P3X774
Le treizième jour, Sam réalisa quelque chose. Elle n'avait pas pensé à Pete depuis deux jours.
Elle n'avait pas pensé à Kerry depuis trois.
Mais Jack... Jack était toujours là.
Dans un coin de son esprit. Elle entendait parfois sa voix dans sa mémoire.
Elle se souvenait de ses plaisanteries. De son regard. De leurs conversations. De cette complicité qu'ils avaient construite au fil des années.
Elle se souvenait aussi de cette machine à détection Zatarcs.
Elle savait.
Il savait.
Ils savaient tous les deux.
Et pourtant, ils n'en avaient jamais parlé.
Peut-être parce que mettre des mots sur ce qu'ils ressentaient aurait rendu les choses trop réelles. Peut-être parce qu'ils avaient toujours trouvé une raison de repousser le moment où il faudrait choisir.
Elle s'était longtemps convaincue qu'en quittant le SGC, en prenant de la distance, elle finirait par penser moins à lui.
C'était l'inverse.
Chaque fois qu'elle découvrait quelque chose sur P3X-774, elle imaginait ce qu'il aurait dit. Chaque fois qu'une plaisanterie lui venait à l'esprit, elle savait déjà comment il aurait réagi.
Et parfois, le soir, lorsqu'elle était seule dans le laboratoire, elle se surprenait à attendre le moment où elle entendrait sa voix dans les rapports.
Elle avait voulu mettre de la distance entre eux.
Mais Jack était toujours là.
Alors pourquoi était-elle partie ?
Parce qu'elle était fatiguée d'attendre.
Parce qu'elle ne voulait plus vivre dans cet entre-deux.
Parce qu'elle voulait savoir si elle pouvait vivre sans lui.
Le quinzième jour au matin, Sam reprit sa place devant la radio. Elle parla quelques minutes de l'avancée des recherches. Jack écouta en silence, comme il le faisait chaque matin.
Et il murmura presque imperceptiblement :
— Plus que soixante-quinze jours.
Il se reprit aussitôt.
Il n'avait pas compté.
Pas vraiment.
Du moins, c'est ce qu'il allait continuer à se dire.
Sur P3X-774, Sam regardait la radio éteinte.
Elle posa une main dessus.
Puis la retira.
Elle était toujours en colère.
Mais elle devait reconnaître une chose.
Jack lui manquait.
Et cette fois, elle ne pouvait plus prétendre le contraire.
Pas à elle-même. Mais est ce qu’elle, elle manquait à Jack ? Il avait Kerry…