Une question de volonté

Chapitre 5 : L’équation d’une famille

2754 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 14/09/2026 14:48

~ Chapitre 4 ~

L’équation d’une famille


Laboratoire de Sam – Fin de journée.


Le laboratoire avait fini par retrouver son calme habituel, ou du moins ce qui s’en rapprochait le plus. Entre le bourdonnement régulier et presque hypnotique des machines, les quelques allées et venues d’autres scientifiques de la base, tous prêts à présenter au major LA révélation du siècle, le passage éclair de Daniel qui avait oublié ce qu’il voulait dire une fois le pied dans le labo, la journée était finalement passée sans que Sam ne s’en rende compte.


Après le départ de Janet, Sam s’était replongée dans l’étude de cet artefact. Oscillant entre test électromagnétique, lecture de données, transformation électrostatique, prise de note, relecture de données. Et à cette heure de la journée, elle avait finalement abandonné la partie face au cylindre extraterrestre et était même prête à donner raison à Jack.


Le « réducteur de tête » extraterrestre sonnait pas mal finalement.


Sinon, il lui restait encore l’option de le ramener à la maison et le laisser à sa pupille. Joan trouverait probablement un moyen pour le démonter avant même le dîner… puis de lui attribuer une fonction encore plus absurde que celle imaginée par Jack !

Joan en était parfaitement capable.


Un sourire amusé se dessina malgré elle sur les lèvres de Sam alors qu’elle songeait à sa 

"petite tornade" comme elle aimait l’appeler. Cela faisait un peu plus de deux ans maintenant que l’adolescente avait débarqué dans sa vie avec son skateboard sous le bras, un sweat trois fois trop grand pour elle et ce regard constamment en train d’analyser le monde autour d’elle.


Selon Jack, une gamine capable d’apprendre le grec ancien “pour s’amuser” tout en passant ses week-ends dans des skate-parks à calculer la physique de ses figures avant de finir couverte de poussière et d’ecchymoses, ne devrait pas exister dans un univers cohérent.


Et honnêtement… Sam commençait presque à comprendre son point de vue.


Une ombre se dessina dans l’embrasure de la porte de son laboratoire tirant le Major de ses pensées. Sam ne prit même pas la peine de lever les yeux, reconnaissant entre mille les pas du colonel. Toutes ces années passées à se côtoyer, sa façon de bouger n’avait plus de secret pour elle.


« Mon Colonel »

« Major » répondit Jack en s'avançant dans le laboratoire avec prudence comme s’il pénétrait sur le territoire ennemi truffé de piège.

Sans un mot, son regard fit le tour de la pièce, s’attardant sur les dossiers ouverts qui s’entassaient sur la paillasse, les notes gribouillées à la hâte de cette écriture ronde et fluide qui ressemblait si bien à celle de son second. Il posa finalement les yeux sur le mystérieux artefact cylindrique, toujours solidement arrimé devant Sam et esquissa un léger sourire.


« Alors ?» demanda-t-il innocemment. « Qui a gagné le pari ?»

« Difficile à dire monsieur. Pour le moment, les électrostimulations n’ont rien donné, mais j’attends le retour de Daniel sur ses traductions. »

« Je vois » répondit Jack en fourrant ses mains dans les poches de son treillis avant de poursuivre avec une feinte indifférence.

« Mais vous risquez de l’attendre longtemps Carter. »

« Hum » fit Sam en plongeant la main vers l’un des capteurs de l’objet.

« Il est parti »


Le mouvement fut immédiat. La main de Sam s'arrêta dans son élan.


« Avec Janet. »


Et aussitôt, Sam releva la tête, fixant le Colonel avec une lueur de curiosité et un mélange de suspicion. Jack afficha alors une expression d’une innocence provocatrice, presque insolente.

« Ce qui est tout à fait normal quand on a sa voiture “en panne” » lâcha-t-il.

« Colonel… »

« Quoi ? Je dis juste que notre pauvre archéologue traverse visiblement une période de crise mécanique sans précédent. C’est mathématique Carter ! Statistiquement, aucune voiture ne tombe si souvent en panne en l’espace d’une semaine… »


Cette fois, ce fut un sourire sincère et profondément amusé qui s'étira sur les lèvres du Major qui ne put s'empêcher de songer aux conversations de la journée. Deux moments, deux personnes différentes mais cette même conversation suspendue dans le temps, lourde de non-dits et de révélations à demi avouées.

Si Jack savait…


Le regard du Colonel croisa celui de son Major. Bleu, intense, brillant d’un petit quelque chose qui voulait dire bien plus qu’ils ne laissaient entendre. Ils n’avaient pas besoin de parler pour se comprendre. Un simple regard suffisait et le sourire que lui adressa Sam confirma le reste.

Jack savait.


Contre toute attente, Jack fit un pas de plus et éteignit la lampe de chevet posée au-dessus de l’ordinateur.

« Allez Carter ! Ça suffit pour aujourd’hui, la journée est terminée. »

« Mais je… j’ai encore... »

« Major. La. Journée. Est. Terminée. » l’interrompit-il en détachant bien chaque mot avec un sourire presque protecteur.


Sam ouvrit la bouche une nouvelle fois pour protester, cherchant un contre-argument scientifique ou une raison réglementaire, puis la referma lentement. Parce qu’au fond… il avait raison.

Cela faisait sans doute plus d’une heure qu’elle ne réfléchissait plus à rien, plus d’une heure que ses pensées oscillaient entre Janet, Daniel, Cassie, Joan et… même Jack.


Jack, justement qui désigna d’un signe du menton la veste militaire de son second.

« Debout Major, je vous ramène »

« Je peux rentrer seule mon Colonel. »

« Oui, sauf… que si je vous laisse ici, votre labo risque de vous prendre en otage. »


Sam leva les yeux au ciel, incapable de masquer l’amusement qui la gagnait.


« De toute façon votre chauffeur est parti. »


Il marqua une courte pause, posant un regard plus doux sur Sam avant d’ajouter d’une voix plus calme, presque confidentielle.


« Et si je ne m’abuse, votre gamine de treize ans vous attend à la maison. »

« Monsieur ! Ce n’est pas “ma” gamine »

« Carter… Elle pille votre frigo, squatte votre canapé et laisse traîner ses chaussures partout »

« Techniquement, elle fait cela chez vous aussi »

« Oui ! Mais elle ne démonte pas son skate sur la table basse de mon salon ! »


Sam leva le doigt, prête à riposter une nouvelle mais ce ne fut que son sourire, a la fois terrifiée et amusée qu’elle offrit au Colonel en guise d’argument. Comment pourrait-elle le contredire, alors que l’image, très nette, de Joan en train de tenter de monter un moteur sur sa planche de skate, le tout, sur la table basse du salon.

Jack n’avait pas tort, une fois encore.


« Et je vous rappelle que l’équipe vient chez vous ce soir. Si on arrive trop tard, qui sait ce que ce cette gamine va être capable de faire si on la laisse trop longtemps seule avec Teal’c et Daniel ? »

« Oh mon Dieu ! » s’écria Sam en enfilant sa veste rapidement.

« Le lance patate » Ajouta Jack d’un hochement de tête compatissant.

« Pitié non… pas le lance patate » supplia-t-elle en attrapant son sac.

« En route ? »

« Et vite mon Colonel ! Sans oublier les pizzas ! »


En l’espace de quelques secondes, le labo plongea dans le noir, seulement éclairé par les faibles voyants des appareils encore en veille. La porte se referma derrière eux dans un léger souffle métallique tandis que leurs pas s’éloignaient dans le couloir désert.


Pour la première fois depuis le début de la journée, le laboratoire retrouva enfin le silence.


o-O-o


Maison de Sam – début de soirée


Une heure plus tard, les phares du pick-up de Jack balayèrent la rue sombre avant de s’éteindre, soigneusement aligné derrière la voiture de Janet. Sur leur gauche, la lumière du salon de Sam filtrait à travers les rideaux entrouverts, projetant de grandes ombres mouvantes sur la pelouse, portées par un brouhaha chaleureux mais incompréhensible.

Jack coupa le moteur, mais ses mains restèrent un instant posé sur le volant. Il observa la fenêtre du salon, puis Sam, avec un petit sourire en coin. Ce genre de petit sourire qu’il ne montrait qu’en dehors de la base.


« Je crois que nous sommes en présence d’une invasion, Carter »

« Quel est votre stratégie, Colonel ? »

« Livrer les pizzas et fuir. »


Sam secoua doucement la tête en détachant sa ceinture. Si elle ressentait le poids de cette journée sur ses épaules et aspirait surement à quelques instants de repos, elle n’était pas prête à renoncer à ces soirées « d’équipes » qu’ils faisaient régulièrement les uns chez les autres. Des moments loin de la base, sans règlements, sans grades, sans alarmes laissant planer un quelque danger au-dessus de leur tête. Des soirées où ils pouvaient être seulement eux même.

Et ce soir-là, Sam avait besoin d’être elle-même.


« Et vous renonceriez à la bataille de la "margarita" entre Teal’c et Cassie ? »

« Bon sang ! C’est vrai. En plus j’ai parié avec Janet ! »

« Encore un pari ?! » S’exclama Sam en riant.


Ils récupérèrent les cartons de pizzas empilés sur la banquette arrière avant de monter les marches du perron et pousser la porte de la maison. Aussitôt, une vague de chaleur les enveloppa, savant mélange d’odeur familière de café chaud, de bière ouverte et de maison joyeusement habitée.


Le regard de Sam balaya rapidement l’entrée et s’arrêta sans surprise sur une basket d’adolescente, les lacets encore noués, abandonnée au milieu du passage.

Une seule basket. L’autre semblait avoir mystérieusement disparu.

Au pied du porte-manteau, un sweat avait visiblement manqué sa cible et était venu s’échouer de tout son long sur le sol.

Sam secoua la tête en souriant. Joan. Evidement. Avec elle, même les lois de la physique du rangement perdaient toute cohérence.


« Je ne poserai pas de question. » murmura Jack en enjambant la chaussure.

« C’est probablement plus sage, Monsieur. »


Lorsqu’ils pénétrèrent dans le salon, la scène qui s’offrit à eux avait ce côté délicieusement surréaliste des soirées d’équipe.

Cassie avait pris possession du tapis du salon et se trouvait en grande discussion avec Teal’c assis dans un fauteuil. Janet occupait le canapé un verre à la main et Daniel s’était installé juste à côté d’elle.

Une image qui ne passa pas inaperçu auprès de Jack.


Daniel leva justement les yeux vers eux et consulta ostensiblement sa montre

« Ah ! Vous voilà enfin ! »

« Jackson. »

« Vous savez, les pizzas sont généralement censées arriver avant le dessert. »


Jack déposa les cartons sur la table basse avec une moue faussement offensée.

« C’est la faute de Carter » répliqua-t-il « Elle s’est encore laissé séquestrer par son labo. J’ai dû négocier sa libération avec des intercalaires. »

« Bien sûr. » Daniel hocha lentement la tête, un éclat malicieux derrière les lunettes. « Et ta présence prolongée à ses côtés au labo était purement fortuite, j’imagine ? »

« Absolument. »

« Tu n’étais absolument pas en train de retarder le départ ? »


Sam leva les yeux au ciel, sentant une légère pointe de chaleur lui rosir les joues, tandis que Janet portait discrètement son verre à ses lèvres pour masquer son immense sourire. Le salon devint étrangement calme tout à coup et même Cassandra oublia sa discussion pour suivre, avec un intérêt particulier l’échange qui se déroulait juste à côter.


Sentant le vent tourner, Jack pointa aussitôt son index accusateur vers l’archéologue.

« En parlant de sujet hautement suspects, Daniel…. Comment se porte ta voiture ? »


Daniel ne cilla pas, et attrapant sa bouteille de bière, il s’enfonça un peu plus dans le canapé en croisant dignement les jambes.

« Très bien. »

« Vraiment ? »

« Oui. »

« Etonnant. »

« Pourquoi cela ? »

« Parce qu’elle était encore techniquement déclarée morte cet après-midi »


Cassie étouffa un rire derrière sa main, Teal’c penchant la tête sur le côté et Sam se mordit la lèvre pour ne pas rire. Daniel, lui, porta tranquillement sa boisson à ses lèvres pour en déguster une gorgée, savourant son effet avant de répondre avec le grand sérieux.

« C’est incroyable ce qu’un simple trajet en compagnie de Janet peut faire pour la mécanique d’un moteur. »


Cette fois, Janet manqua réellement de s’étouffer avec sa boisson, ses joues virant instantanément au rouge tandis que Cassie éclatait d’un rire triomphant en levant les bras. Même Teal’c remonta un sourcil, visiblement impressionné par la répartie de son ami. Sam baissa instantanément la tête pour ne pas éclater de rire, mais le tressautement de ses épaules trahissait clairement son amusement.

Jack resta figé quelque seconde, désarmé, avant de lever les mains en signe de reddition.


« D’accord »

« Quoi ? » Demanda Daniel en souriant

« Je reconnais un beau tir quand j’en vois un Daniel. »

« Merci Jack. »

« Ne t’y habitue pas. »


L’atmosphère se détendit dans une nouvelle salve de plaisanteries. Sam déposa sa veste militaire sur le dossier d’une chaise avant de jeter un regard circulaire autour d’elle. Un carnet de note déposé à la va vite sur la table de la salle à manger attira son attention.

Des calculs de friction, des schémas d’axes de rotations, et au milieu de tout cela le croquis très approximatif d’un skateboard équipé de ce qui ressemblait furieusement à un propulseur thermique miniature. Elle n’eut aucun mal à reconnaitre l’écriture fine et énergique de Joan qui avait dû se lancer dans une expérience douteuse.

La voix de Cassie s’éleva depuis le salon et le regard de Sam balaya une nouvelle fois la pièce, réalisant alors qu’il manquait une autre voix à ce concert familier.


« Joan n’est pas encore rentrée ? » demanda-t-elle finalement en revenant vers le salon.

Cassie releva aussitôt la tête.

« Je l’ai croisé après les cours tout a l’heure. Elle m’a dit qu’elle devait absolument passer à la bibliothèque. »

Sam hocha la tête s’attendant parfaitement à ce genre de réponse.

« Et ensuite elle voulait tester les nouveaux réglages de sa planche au skatepark. »

« Evidement. » soupira Jack en levant les yeux au ciel. « Je ne connais pas d’autre adolescente normale capable d’enchaîner Platon et le skateboard dans la même phrase, Carter. »

« Techniquement, Jack. Il s’agissait d’Aristote. »


Jack ferma brièvement les yeux, une moue résignée sur le visage.

« Daniel… »

« Je précise juste les faits. »

« Voilà exactement ce qui m’inquiète. Vous passez trop de temps avec elle… La mini-Carter va se transformer en mini-Jackson ! »


Sam secoua doucement la tête, un sourire chaleureux étirant ses lèvres. Parfois, en observant Joan discuter avec Daniel ou défier Jack, elle se demandait lequel des membres de SG-1 avait la plus grande influence sur l’adolescente. Et honnêtement, en voyant cette étrange et magnifique famille réunie dans son salon, elle n’était plus certaine de vouloir analyser l’équation.


Autour d’elle, le fil des conversations reprit son cours naturel. Cassie commença à raconter une énième anecdote sur le lycée, Daniel tentait déjà de défendre sa réputation, Janet riait doucement et Jack ouvrit enfin les cartons de pizzas avec la délicatesse d'un enfant un matin de Noël. Teal’c, quant à lui, surveillait le niveau des parts avec sa sérénité légendaire.


Pendant un instant, tout semblait parfaitement normal. Joan ne tarderait sûrement plus, traînant sa planche sous le bras et sa casquette de l'Air Force vissée sur la tête.

Pour la première fois depuis longtemps, en regardant ses amis rire ensemble, Samantha Carter se permit de savourer cet instant.

Elle était chez elle.

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