Les Héritiers du Jedi Gris (spin-off 1)
Acte 2 : Les Ailes de l’Alliance
CHAPITRE 18 : Déséquilibre
L’espace autour d’Endor était saturé. Ce n’était plus du vide, mais une soupe épaisse de signaux de détresse, de tirs de turbolasers et de morts silencieuses.
Depuis la baie d’observation du Delphinus, la bataille semblait irréelle. Un ballet de feu sans souffle, sans sol, où chaque débris était le vestige d'une vie.
Le Delphinus ne lançait aucun chasseur. L’ordre de Vyze était absolu : discrétion tactique.
Le vaisseau n’était pas là pour détruire, mais pour sculpter. Il projetait des ondes d'interférence massives, créant un "couloir" de sécurité au milieu du chaos pour permettre au Home One de manœuvrer.
Ryn et Syla se tenaient côte à côte devant la vitre de transparacier.
Immobiles.
Mais pour la première fois de leur vie, ils n'étaient pas ensemble.
Leur lien, autrefois un flux constant et limpide, commençait à "accrocher". Comme une transmission radio captée depuis le bord de la galaxie. Ryn tourna légèrement la tête pour observer un croiseur impérial en flammes. Syla ressentit le mouvement, mais avec un retard infime.
Une milliseconde.
Une éternité pour ceux qui ne faisaient qu'un.
— Tu le sens aussi ? murmura Ryn.
— Oui.
La réponse fut trop rapide. Non synchronisée. Elle n'était pas l'écho de sa pensée, mais une réponse extérieure. Ils se regardèrent, et dans cet échange, il y avait un écart. Pas un conflit, pas une rupture, mais une distance. Ils n'étaient plus une entité unique ; ils étaient deux centres de gravité distincts.
Ryn ferma les yeux pour se concentrer sur le flux de la Force, mais il fut immédiatement happé par une fréquence parasite. Une peur. Vive. Fragile.
Elle ne venait pas de Syla.
Elle venait du Home One : Maera.
Elle était là-bas, sur le pont médical du croiseur amiral, dans la ligne de mire des Destroyers Stellaires. Ryn inspira brusquement, le cœur battant trop vite. Syla se tourna immédiatement vers lui, le visage marqué par une incompréhension passagère.
— Quoi ? demanda-t-elle.
Il ne répondit pas tout de suite. Le lien résistait, saturé par trop de signaux contraires.
— Elle est là, finit-il par dire.
Syla comprit. Pas par une intuition mystique, mais par l'observation de la tension dans les épaules de son frère.
— Elle est en danger ?
Ryn serra les mâchoires, fixant le point brillant du Home One au loin.
— Elle a peur.
Le silence s'installa, seulement troublé par le bourdonnement des générateurs du Delphinus. Dehors, le couloir tactique tenait bon. Les rebelles passaient, protégés par l'ombre de la Flotte Grise, sans même savoir à qui ils devaient leur survie.
Syla posa une main sur la vitre froide. Non pour voir, mais pour s'ancrer.
— On ne peut rien faire d'ici, Ryn. On a une mission.
— Je sais.
Mais son corps ne l'acceptait pas. Le lien vibra de nouveau, mais les deux fréquences ne s'harmonisaient plus. C'était un accord dissonant. Deux volontés qui cherchaient des directions opposées : Syla vers la stratégie globale, Ryn vers une vie unique.
— On n’est plus alignés, murmura Syla, presque pour elle-même.
Ryn ne la contredit pas. Il observa le vide noir où les étoiles semblaient plus lointaines que d'habitude.
— Non. On est séparés.
Le mot resta là, nu. Sans drame superflu, mais avec une conséquence immense. Ce n'était pas une tragédie ; c'était une évolution. La fusion les avait protégés durant leur enfance, mais elle devenait désormais une prison.
Le couloir se referma lentement derrière le passage du Home One. Le vaisseau rebelle était sauvé. Ryn relâcha sa respiration, sentant la peur de Maera s'estomper légèrement alors que le croiseur s'éloignait du gros des combats.
— Elle va bien, dit-il.
— Oui, acquiesça Syla.
Le lien ne retrouva pas son équilibre parfait. Quelque chose avait irrémédiablement bougé. Ils venaient de franchir un seuil : ils apprenaient à exister l'un sans l'autre au milieu du plus grand brasier de la galaxie.
C’était leur véritable bataille d'Endor.