Les Héritiers du Jedi Gris (spin-off 1)

Chapitre 36 : Ce qu’ils deviennent

843 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 28/10/2026 09:03

Acte 2 : Les Ailes de l’Alliance



CHAPITRE 9 : Ce qu’ils deviennent

 

​La salle d’entraînement était désormais vide, mais l'air y était encore chargé d'ozone et de cette lourdeur électrique qui suit les duels à mort. Le silence n'était pas un repos ; c'était un poids.

​Ryn s’appuya contre la paroi de métal froid, les bras croisés, le regard perdu dans le vide où, quelques instants plus tôt, son père s'était effondré. Syla restait debout au centre de la pièce, immobile, comme si elle cherchait à capter les derniers échos de la Force.

​Ils n’avaient pas échangé un mot. Leur lien était si étroit que la parole n'était souvent qu'une redondance. Ils avaient tout vu : la rage contenue de Vyze, sa chute, et ce frisson noir qui l'avait traversé pour le maintenir debout.

​Une présence entra. Pas de bruit de bottes, juste un glissement léger. Luke Skywalker s'arrêta à la lisière de la lumière. Il ne dit rien, les observant avec cette patience nouvelle, presque dérangeante, de celui qui a regardé au fond de son propre abîme.

—  ​Vous avez vu, finit-il par dire.

​Syla hocha lentement la tête, ses doigts se crispant légèrement.

—  Oui.

—  Il a utilisé le côté obscur contre lui-même, trancha Ryn. Ce n'était pas pour attaquer. C'était pour ne pas s'effondrer.

​Luke ne cilla pas. Il s'avança vers eux, sa bure noire absorbant le peu de clarté de la salle.

—  Oui. Le côté obscur ne donne pas de chaleur, Ryn. Il ne réconforte pas. Il offre le contrôle. Un contrôle absolu, mais à un prix que le corps finit toujours par payer.

—  ​On l'a senti, murmura Syla, un frisson la parcourant. C’était... froid. Et vide. Comme si la pièce s'était vidée de son oxygène.

​Luke s'arrêta face à eux. Il ne les regardait pas comme des soldats de la Flotte Grise, ni même comme des alliés. Il les regardait comme une énigme dangereuse.

—  ​On lui a demandé d'arrêter, dit Ryn, une pointe de colère défensive dans la voix. On l'a supplié.

—  Et il vous a écoutés, répondit Luke. Il se retient. Mais la retenue n'est pas la guérison. C'est juste un barrage contre une inondation.

​Syla releva les yeux vers le Jedi.

—  Vous avez dit qu'il marchait sur une ligne. Et nous ? Sommes-nous sur cette même ligne ?

​Luke observa le lien qui vibrait entre eux, cette corde invisible qui les unissait depuis le premier cri sur Naboo.

—  Non. Votre père marche sur une ligne fine ; il peut tomber. Mais vous... vous ne marchez pas. Vous êtes une tension.

​Ryn fronça les sourcils.

—  Ça revient au même. On peut basculer.

—  Non, corrigea Luke doucement. Sur une ligne, on tombe seul. Dans une tension, si l'un de vous lâche prise, l'autre est projeté dans l'abîme par la force du premier. Vous ne risquez pas de tomber, Ryn. Vous risquez de vous briser.

​Le mot "briser" resta suspendu, plus lourd que n'importe quelle menace impériale. Syla inspira lentement, sentant la vérité de cette analyse résonner dans sa propre chair.

—  ​C’est... rassurant, ironisa-t-elle avec un souffle court.

—  Non, admit Luke avec un très léger sourire triste. Mais c’est la vérité. Vous n'êtes pas en équilibre. Vous êtes en guerre permanente contre votre propre nature.

​Ryn se redressa, quittant l'appui de la paroi.

—  Alors on fait quoi ? On passe le reste de notre vie à se retenir de peur de briser l'autre ?

—  Vous apprenez, répondit Luke sans détour. Vous apprenez à vous séparer sans vous perdre. Et si vous n'y arrivez pas, alors vous devrez apprendre à porter cette tension ensemble, sans qu'elle ne devienne une arme.

​Luke recula d'un pas, se préparant à les laisser.

—  Vous n'êtes pas des Jedi, et vous ne serez jamais des Sith. Vous êtes quelque chose d'autre. Quelque chose que la galaxie n'a pas vu depuis longtemps.

​Il jeta un dernier regard sur eux, calme mais inquiet.

—  Restez vigilants. La tension est ce qui vous donne votre force, mais c'est aussi ce qui fera de vous une cible pour l'Empereur. Il adore les cordes qui ne demandent qu'à claquer.

​Il se détourna, s’arrêta un instant en sentant la présence des Madjaÿ dans l’ombre, et quitta la salle. Ryn et Syla restèrent seuls. Leur lien vibra une dernière fois, une pulsation profonde, indéniable. Ils n'étaient pas stables. Ils étaient une tempête contenue dans deux corps. Et pour la première fois, ils comprirent que leur plus grand ennemi ne portait pas d'armure noire, mais qu'il habitait l'espace entre eux deux.

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