Les Chroniques d'un Jedi - Tome 9 : L’ombre d’une étoile
Chapitre 10 — Le dernier départ
Alyna comprit qu’elle était menacée avant même que les mots ne soient prononcés.
Ce fut dans la manière dont l’agent du BSI entra dans son bureau.
Pas de salutation inutile.
Pas de sourire.
— Sénatrice Rhee, dit-il en s’asseyant sans y être invitée. Nous avons besoin de quelques éclaircissements.
Le ton était poli.
La Force, qu’Alyna ne possédait pas, lui aurait pourtant crié danger.
— À propos de quoi ? Demanda-t-elle calmement.
L’agent activa un holo : Des images. Des rapports. Des mouvements financiers. Des noms effacés mais reconnaissables.
— Vos déplacements, vos fréquentations et certaines… protections non déclarées autour de votre famille.
Alyna croisa les mains.
— Être prudente ne constitue pas un crime.
— Pas encore, répondit l’agent.
Le silence s’installa.
— Vous êtes l’épouse d’un amiral impérial respecté, mais sur le fil du rasoir, poursuivit-il. Nous aimerions croire que cela vous protège, pour le moment... Mais le Bureau n’aime pas les zones d’ombre.
Il se leva.
— Ne quittez pas Coruscant.
La porte se referma.
Alyna ne respira pleinement qu’une fois seule.
Puis elle sentit la présence.
Dans l’embrasure, presque invisible, le chef des Medjaÿ inclina la tête.
— Il est temps, dit-il simplement. Vyze m’a averti que votre famille est menacée.
Le départ fut rapide, silencieux, chirurgical.
Deux Medjaÿ ouvrirent la voie.
Un autre resta à distance, brouillant les systèmes de surveillance.
Alyna ne prit rien d’autre que l’essentiel.
À bord d’un transport discret, ils quittèrent Coruscant sans fanfare.
Direction Naboo.
Les jardins de Naboo étaient silencieux, trop silencieux.
Ryn s’arrêta net.
— Tu as senti ?
Syla hocha légèrement la tête.
Pas un mot de plus, ils n’en avaient pas besoin.
L’homme sortit de l’ombre, blaster levé.
Bureau de la Sécurité Impériale.
— Ne bougez pas.
La voix était calme, assurée.
Ryn leva lentement les mains. Syla recula d’un pas.
Un pas de trop, le tir partit, frôlant son épaule.
Et par pur instinct, la Force répondit avant la pensée.
Le blaster fut arraché de la main de l’agent, il fut projeté contre un mur.
L’homme vacilla, Syla le plaqua au sol d’un geste sec.
Un bruit sourd derrière eux.
Trop tard, un second agent restait en retrait, à couvert.
Il avait tout vu… Tout.
Le comlink déjà en main.
— Contact confirmé… individus sensibles à la Force… demande transmission vers l’In…
Il n’eut pas le temps de finir, une ombre passa : Un Medjaÿ.
Invisible une seconde plus tôt.
La lame frappa, précise et silencieuse.
L’agent s’effondra sans un cri.
Le comlink glissa au sol. Encore actif. Grésillant.
Le Medjaÿ le ramassa.
Une lumière brève clignota sur le comlink avant qu’il ne s’éteigne.
Il éteignit la transmission. Trop tard ? Peut-être…
Il se tourna vers les enfants.
Son regard était dur mais pas accusateur.
— Vous n’auriez pas dû.
Ryn ne répondit pas.
Syla non plus.
Un second Medjaÿ arriva.
— Le premier agent ?
— Je l’ai fait disparaitre.
— Le signal ?
— Interrompu. Mais impossible de savoir s’il a été quand même envoyé.
Le second inclina légèrement la tête.
— On part. Maintenant.
Ryn jeta un regard vers Syla.
— Père va savoir.
— Oui. Et eux aussi, maintenant.
Ryn et Syla ne posèrent pas de questions : Ils avaient grandi avec des silences, avec des regards lourds de sens et avec l’instinct que certaines choses ne devaient pas être dites.
Les enfants de Jaden, Rho et son petit frère Lio, étaient déjà là avec Kara, qui était restée sur Naboo.
Elle serra Alyna dans ses bras.
— On s’en doutait, murmura-t-elle.
— Vyze le savait aussi.
Les Medjaÿ ne restèrent que le temps nécessaire.
Pas d’adieux. Pas de promesses. Puis ils repartirent.
Seul restèrent les parents de Vyze, qui avaient toujours vécu sur Naboo et refusèrent de la quitter.
Cap sur le Delphinus.
Lorsque le vaisseau amiral apparut dans l’espace, immense et rassurant, Alyna sentit ses jambes faiblir.
Ce n’était plus seulement un symbole de guerre.
C’était le dernier endroit sûr.
Ou peut-être… le dernier endroit avant d’être trouvé.
La passerelle s’illumina à leur arrivée.
Vyze était là, il ne dit rien, il la prit simplement dans ses bras, longtemps.
Les enfants s’installèrent peu à peu. Les quartiers furent réaménagés.
Les coursives, autrefois martiales, résonnèrent de voix plus jeunes.
Mais les couloirs ne résonnaient plus seulement de voix, ils portaient aussi quelque chose d’autre : Une tension invisible.
Jaden observa la scène, ému.
— Tu sais ce que ça signifie, dit-il à Vyze.
— Oui, répondit-il.
Il regarda le vaisseau autour de lui.
— Le Delphinus n’est plus seulement une arme. C’est notre maison maintenant.
Vyze leva les yeux vers les étoiles.
— Ils ont été vus… et impossible de savoir qui d’autre est au courant…
Le Sénat était perdu, Naboo n’était plus sûr.
L’Empire avait montré les dents.
Mais ici… Ils étaient ensemble.
Et tant que le Delphinus volerait, l’Empire n’aurait jamais totalement gagné.