Les Chroniques d'un Jedi - Tome 9 : L’ombre d’une étoile
Chapitre 5 — L’ombre et le verbe
Le Sénat n’était jamais silencieux.
Même tard, même entre deux sessions, il vibrait encore des échos de débats passés, de promesses murmurées et de menaces à peine voilées.
Alyna Rhee marchait d’un pas assuré dans une galerie latérale, un datapad contre elle, le regard concentré.
— Les accès aux commissions spéciales ont tous été verrouillés, dit-elle à voix basse. Officiellement pour des raisons de sécurité.
— Officieusement ? Demanda l’homme à deux pas derrière elle.
— Parce que quelqu’un ne veut pas qu’on pose les bonnes questions.
Le chef des Medjaÿ avançait sans bruit, vêtu comme un simple assistant administratif. Son visage était banal, presque oubliable. Mais ses yeux, eux, observaient tout.
— Le projet impérial, reprit-il, ne laisse aucune trace comptable cohérente. Les budgets disparaissent, réapparaissent ailleurs, sous d’autres intitulés.
— C’est la signature de l’Empire, répondit Alyna. Rien n’est caché. Tout est dilué.
Elle s’arrêta devant une baie donnant sur la salle du Sénat, vide à cette heure.
— Vyze avait raison, murmura-t-elle. Ce n’est pas une arme ordinaire.
Le Medjaÿ inclina légèrement la tête.
— Mon allégeance n’est pas seulement à une idée, dit-il. Elle est aussi à une personne.
Alyna le regarda.
— Et cette personne vous a demandé de me protéger.
— De vous observer, corrigea-t-il calmement. Puis de décider.
Elle esquissa un sourire bref.
— Et votre décision ?
— Que vous êtes plus dangereuse pour l’Empire que bien des sabres.
Avant qu’elle ne puisse répondre, un groupe d’hommes en manteaux sombres apparut au bout du couloir.
Leurs pas étaient mesurés.
Leurs visages fermés.
Le Bureau de la Sécurité Impériale.
— Sénatrice Rhee, dit celui qui semblait être leur chef. Votre temps est précieux, le nôtre aussi.
Alyna se tourna vers eux sans la moindre trace d’inquiétude.
— J’espère que ce que vous avez à me dire en vaudra la peine.
— Nous menons une enquête sur des fuites d’informations sensibles, répondit l’agent. Votre nom est apparu à plusieurs reprises.
— Mon nom apparaît souvent, répliqua-t-elle. C’est le privilège de ceux qui travaillent encore.
Elle croisa les bras.
— À quoi dois-je cette attention soudaine ?
L’agent activa un holoprojecteur.
— À vos déplacements et à vos fréquentations… Et à votre intérêt persistant pour des projets qui ne relèvent pas de vos commissions.
Alyna pencha légèrement la tête.
— Curieux ! On me reproche souvent de ne pas en faire assez. Et maintenant, on m’accuse de trop m’intéresser.
— Ce projet concerne la sécurité de l’Empire, dit l’agent. Pas la politique.
— Tout est politique, répondit-elle sans hésiter. Surtout quand on dépense des ressources que personne n’a votées.
Un silence.
— Êtes-vous en train de suggérer une irrégularité impériale, sénatrice ? Demanda l’agent.
Alyna sourit.
— Je suggère que si vous êtes ici, c’est que vous vous posez les mêmes questions que moi.
L’agent la fixa longuement.
— Nous continuerons cette conversation.
— Avec plaisir, répondit-elle. Mais la prochaine fois, je demanderai que mon avocat soit présent.
Ils se retirèrent aussi vite qu’ils étaient venus.
Alyna relâcha lentement sa respiration.
— Ils savent, dit-elle.
— Ils soupçonnent, corrigea le Medjaÿ.
— Ce n’est pas encore suffisant.
Il s’était légèrement reculé pendant l’échange, presque invisible.
Mais trop tard.
À l’autre bout du couloir, une sphère de surveillance pivotait lentement.
Un objectif clignota.
Le Medjaÿ sentit le regard mécanique se poser sur lui.
— Alyna, dit-il à voix basse. Nous avons un problème.
— Lequel ?
— Cette fois… ils ont une image.
Elle ferma les yeux un instant.
— Alors le jeu vient de changer, murmura-t-elle.
Dans les archives du BSI, quelques heures plus tard, une séquence fut classée : Floue, brève.
Mais suffisante pour montrer qu’une ombre suivait toujours la sénatrice Rhee.
Et que cette ombre obéissait à quelqu’un d’autre.