Les Chroniques d'un Jedi - Tome 9 : L’ombre d’une étoile
Chapitre 3 — La redondance
L’Amiral Thrawn n’aimait pas les coïncidences.
Il les considérait comme des aveux mal formulés.
Dans le silence feutré de son bureau, à bord du Chimaera, les hologrammes défilaient lentement : routes hyperspatiales, journaux de maintenance, rapports du BSI, trajectoires tronquées, incidents techniques soigneusement classés comme « fortuits ».
Le Cygnus n’existait plus, mais son ombre, elle, persistait.
Thrawn croisa les mains dans son dos, les yeux d’un rouge calme fixés sur une série de points lumineux.
— Curieux… murmura-t-il.
Chaque apparition du Cygnus, chaque rumeur, chaque acte de sabotage, chaque anomalie administrative semblait, tôt ou tard, graviter autour du même secteur et une pièce de fabrication artisanale retrouvée dans un champ de débris.
Il isola une planète.
Naboo.
— Monde politiquement instable, murmura-t-il encore. Importance symbolique. Liens personnels avec plusieurs figures clés.
Son regard se durcit imperceptiblement.
— Et surtout… aucune justification stratégique évidente.
Il activa un autre flux de données.
— Alyna Rhee, Sénatrice, connexions multiples et historique soigneusement nettoyé.
Puis un autre nom, qu’il ne prononça pas.
Il n’en avait pas besoin.
— Ce n’est pas un refuge, conclut Thrawn. C’est un point d’ancrage.
Il se tourna vers son officier de renseignement.
— Envoyez des agents, pas des militaires, pas le BSI.
— Des civils ? Demanda l’officier.
— Des observateurs, corrigea Thrawn. Discrets et redondants, je veux savoir ce qui disparaît… et pourquoi.
Ils arrivèrent séparément : Un négociant en œuvres d’art, un ingénieur hydraulique et un couple en lune de miel.
Naboo les accueillit comme elle accueillait tout le monde : Avec élégance, lenteur, et une impression trompeuse de paix.
Le premier agent ne comprit jamais ce qui se passa.
Il marchait le long d’un canal, dictant mentalement son rapport, lorsqu’il sentit une présence derrière lui.
Pas hostile, ni pressante. Juste… là.
Il se retourna.
Rien !
Quand son corps fut retrouvé, ou plutôt, quand il ne le fut pas, son comlink reposait intact sur la berge… Silencieux.
Le deuxième tenta d’entrer dans les archives locales, sous couvert d’un audit énergétique.
Il accéda à deux niveaux, au troisième, les lumières s’éteignirent.
Quand elles se rallumèrent, la salle était vide.
Les données intactes, l’agent disparu.
Sans trace de lutte, sans signal d’alarme.
Le troisième sentit le danger.
Trop tard.
Il aperçut un mouvement dans son champ périphérique, une silhouette voilée, calme, presque respectueuse.
Puis le monde bascula.
Dans les jardins suspendus, à l’écart des regards, six silhouettes se retrouvèrent.
Leurs capes se fondaient dans l’ombre des feuillages.
Leurs visages restaient cachés.
— Trois aujourd’hui, dit l’un d’eux. C’est trop.
— Ce n’est pas nous qu’ils cherchent, répondit une autre voix. C’est ce que nous protégeons.
— Ou qui, corrigea un troisième.
Un silence.
— L’amiral Thrawn est différent, reprit le premier. Il ne cherche pas des preuves. Il cherche des motifs.
— Alors il ne doit rien trouver, conclut une femme, la main posée sur un sabre court à la forme inhabituelle.
Ils se séparèrent sans un mot de plus. Aucune trace ne fut laissée. Aucun corps. Aucun rapport exploitable.
À bord du Chimaera, Thrawn observait un écran vide.
— Intéressant, dit-il calmement.
— Les agents ont cessé d’émettre, amiral, expliqua l’officier. Aucune perturbation détectée. Aucun signe de violence.
Thrawn inclina légèrement la tête.
— Donc Naboo n’est pas passive… Elle est défendue.
Il se tourna vers les étoiles.
— Et si elle est défendue… Alors quelqu’un anticipe.
Un mince sourire apparut sur son visage.
— Amiral Polaekys, pensa-t-il. Vous n’êtes donc pas seulement un stratège… Vous êtes un joueur !
Il ferma les hologrammes.
— Très bien… Changeons les règles.