Les Chroniques d'un Jedi - Tome 8 : Le Gambit de l’Amiral
Chapitre 6 — L’étau
La salle de débrief du BSI était volontairement dépourvue de toute chaleur : Pas de fenêtres, pas de décor, seulement des murs sombres et une table circulaire où se reflétaient des hologrammes bleutés.
Vyze se tenait droit, uniforme blanc impérial impeccable.
Face à lui : Deux analystes du BSI, un officier impérial et, légèrement en retrait, le Grand Amiral Thrawn.
— Les pertes du convoi sont acceptables, déclara un analyste.
— Mais l’échec de la capture du Cygnus ne l’est pas, reprit Vyze.
Une image apparut : le destroyer Auriga dérivant, moteurs éteints.
— La panne a été confirmée comme interne, reprit l’analyste, cependant…
Il fit glisser un nouveau dossier.
— Ce n’est pas la première anomalie liée à votre commandement, Amiral Polaekys.
Vyze ne bougea pas, un autre hologramme apparut : Le corps d’un inquisiteur impérial.
— Rapport classifié, poursuivit la voix. Mission de traque d’un Jedi survivant. Résultat : cible présumée neutralisée et un Inquisiteur mort.
L’image zooma, la blessure était nette, précise comme une fine brûlure chirurgicale de sabre.
— L’autopsie, dit l’analyste, indique une lame courte, dissimulée. Une arme non standard. Non enregistrée dans les arsenaux impériaux.
Le silence s’épaissit.
— L’inquisiteur était un combattant aguerri, ajouta l’officier. Aucun signe de lutte prolongée.
Thrawn prit enfin la parole.
— Une exécution propre, dit-il. Rapide et efficace.
Il tourna la tête vers Vyze.
— Vous avez toujours privilégié l’économie de mouvement, Amiral… Même à l’époque de la République.
— Insinuez-vous que j’en sois responsable ? Demanda Vyze.
— J’insinue que vous en êtes capable, répondit Thrawn calmement. Ce qui est bien plus intéressant.
L’analyste activa un dernier dossier.
— Ajoutez à cela : Vos anciennes relations au Sénat, vos absences non justifiées, vos refus annuels d’inscrire vos enfants à l’Académie Impériale, vos choix catégoriques dans la sélection de votre équipage et commandants au sein de votre flotte… et maintenant cette défaillance dans le piège du Cygnus…
Il fixa Vyze.
— Vous comprenez que certains s’interrogent.
Vyze inclina légèrement la tête.
— Ce n’est pas que je n’en ai cure, mais cela ne m’intéresse tout simplement pas. Je comprends que l’Empire préfère les certitudes aux résultats, mais vos interrogations ne sont que des bruits de fond. Ce qui m’intéresse, moi, c’est l’efficacité sur le terrain, là où vos rapports de procédure ne servent à rien.
Un murmure désapprobateur parcourut la salle.
Thrawn, lui, sourit à peine.
— Et votre efficacité a largement été prouvée, Amiral. Vous êtes très utile à l’Empire.
Il se tourna vers les analystes.
— Laissez-nous !
À contrecœur, ils obéirent.
La salle se vida.
Thrawn resta face à Vyze.
— Vous êtes à un carrefour, dit-il. Et chaque choix que vous ferez désormais sera observé.
— Je n’ai rien à cacher.
— Tous ceux qui disent cela mentent, répondit Thrawn. À eux-mêmes, au minimum.
Il se rapprocha.
— Si vous êtes le Cygnus… Vous êtes brillant… Et condamné.
— Et si je ne le suis pas ?
— Alors vous êtes entouré de gens qui le sont, ce qui est tout aussi dangereux.
Thrawn se détourna.
— Je vous conseille de rester visible, Amiral. Très visible.
Il quitta la salle… Vyze resta seul.
Et pour la première fois depuis longtemps…
Il sentit la Force se manifester sans violence : Un appel, lointain, ancien et enveloppant.
Un monde de brumes et de racines, un marais immobile et un souffle familier : Dagobah.
Vyze ferma les yeux.
Ce n’était pas une vision ni un avertissement, c’était une invitation.
— Pas maintenant… murmura-t-il.
Mais au fond de lui, il savait : Là où l’Empire resserrait l’étau, la Force lui ouvrait une autre voie… Et il ne pourrait l’ignorer longtemps.
Quelques heures plus tard, la nuit enveloppait le domaine Polaekys.
Par la grande baie vitrée de leur chambre, le lac de Naboo n'était plus qu'une étendue noire où se reflétaient quelques étoiles.
Sur une étagère, les souvenirs d'une autre vie semblaient veiller en silence : une vieille cloche de quart, neuve mais déjà couverte d'une fine poussière, sur laquelle un jeune padawan avait autrefois gravé le symbole de l'Ordre Jedi, une maquette minutieuse du Delphinus, quelques objets rapportés de Corellia, un ancien holocron d'entraînement et une broche représentant un cygne d’Alderaan appartenant à Alyna.
Dans le lit, Vyze s'agitait.
Sa respiration était irrégulière.
Ses mains se crispèrent comme si elles cherchaient encore les commandes d'un vaisseau.
— Non...
Le murmure lui échappa avant qu'il ne reprenne brusquement son souffle.
À côté de lui, Alyna ouvrit les yeux.
Avec une infinie douceur, elle posa une main sur son épaule.
— Vyze...
Il sursauta légèrement avant de revenir à lui.
Le silence retomba.
— Encore un cauchemar ? Demanda-t-elle d'une voix basse. Tes visions recommencent ?
Vyze resta quelques secondes immobile, le regard perdu vers le plafond.
Dans son esprit défilaient encore le Cygnus, les couloirs du BSI... et les yeux froids de Thrawn.
Il finit par secouer lentement la tête.
— Ce n'est rien.
Il se redressa et s'assit au bord du lit.
— Rendors-toi.
Alyna l'observa un instant.
Elle connaissait suffisamment Vyze pour savoir que ce n'était pas toute la vérité.
— Tu es sûr ?
Il garda les yeux fixés sur l'obscurité qui s'étendait derrière la baie vitrée.
— Ce n'est rien.
Alyna n'insista pas.
Elle savait qu'un jour, il parlerait.
Mais cette nuit-là n'était pas encore venue.