Les Chroniques d'un Jedi - Tome 4 : La Dissidence
Chapitre 9 — Le regard du Chancelier
Quelques années plus tard…
Le bureau rouge du Chancelier Suprême semblait absorber la lumière déclinante de Coruscant. Dans ce sanctuaire de velours et de statues anciennes, l’air était chargé d’une politesse glaciale.
À cette altitude, la ville semblait immobile.
Comme si le chaos n’atteignait jamais vraiment ceux qui décidaient de son destin.
Palpatine se tenait près de la baie vitrée, les mains jointes dans le dos.
Silencieux, il n’avait pas encore parlé et déjà, la pièce lui appartenait.
Alyna arriva en retard, son regard balaya la pièce avec maîtrise.
Puis elle sentit les présences : Le sénateur Garm Bel Iblis, son mentor, droit, attentif.
Kaelen, impeccable, calme, parfaitement à sa place.
Et enfin… Vyze. En retrait, comme toujours.
Leurs regards ne se croisèrent qu’un instant.
Mais cela suffit.
— Sénatrice, dit doucement Palpatine en se retournant. Merci d’être venue.
Alyna inclina légèrement la tête.
— Chancelier.
Puis elle regarda brièvement Vyze.
— Merci d’avoir accepté ma requête.
Palpatine suivit ce regard.
Un très léger sourire et dit doucement :
— La présence d’un Jedi est toujours… éclairante dans ce genre de discussion.
Vyze ne répondit pas, mais il sentit quelque chose : Une attention posée sur lui.
Tous prirent place.
Le silence dura quelques secondes.
Puis Palpatine parla.
— La République traverse une période… fragile.
Sa voix était calme, mesurée.
— Des tensions extérieures, des conflits larvés… et un Sénat divisé.
Bel Iblis croisa les bras.
— Rien de nouveau, Chancelier. C’est précisément pour cela que nos institutions existent. Parlons plutôt de ce qui est nouveau : le montant des emprunts contractés auprès du Clan Bancaire sous votre mandat. On parle de sommes astronomiques, assez pour lever une armée titanesque. Nous hypothéquons notre liberté à des banquiers.
Palpatine inclina légèrement la tête, avec un sourire triste, presque désolé.
— Sénateur, la mémoire politique est parfois sélective. Mes prédécesseurs m’ont légué une République aux comptes épuisés, rongée par des siècles de bureaucratie stagnante. Valorum a laissé le Trésor vide et un Sénat incapable de réguler la corruption des corporations… Ce n’est pas moi qui ai vidé les coffres, je ne fais que gérer l’héritage d’une institution qui s’est laissée mourir à petit feu.
Il marqua une pause, laissant les mots entrer dans les esprits.
— Je propose donc de prolonger mon mandat… afin d’assurer une continuité dans cette période incertaine et de stabiliser ce que d’autres on brisé.
Le silence tomba.
Net.
La réponse de Garm Bel Iblis fut immédiate.
— Non, la République ne repose pas sur un homme, mais sur des règles.
Kaelen enchaîna, avec calme :
— Créer ce précédent affaiblirait le Sénat lui-même. C’est en respectant la loi, même en temps de crise, que nous prouvons notre force.
Alyna resta silencieuse, elle écoutait.
Mais elle sentait déjà que ce débat ne serait pas seulement politique.
Palpatine ne réagit pas aux critiques.
Il se contenta de tourner légèrement la tête.
Vers Vyze.
— Maître Jedi… vous avez vu le chaos au cours de vos missions. Vous avez vu ce qui arrive quand l’aide financière n’arrive pas à temps ou quand les secours sont bloqués par une procédure de vote.
Une simple phrase, à double tranchant.
Vyze releva légèrement le regard.
— J’ai vu ses conséquences.
— Alors dites-moi… reprit Palpatine doucement… que vaut une règle… si elle empêche d’éviter un conflit ?
Le silence s’étira.
Kaelen tourna la tête vers Vyze et lança :
— Les règles sont précisément là pour empêcher qu’un seul homme décide de ce qui est nécessaire.
Vyze répondit, sans agressivité :
— Et quand personne ne décide… ce sont les autres qui paient le prix. Les mauvaises personnes, eux, n’attendent pas que le budget soit voté pour frapper.
Leurs regards se croisèrent, sans haine, mais une opposition claire.
Alyna sentit une tension monter.
Pas dans la pièce, mais en elle.
— Vous parlez comme un militaire, dit Kaelen calmement.
— Parce que je vois ce que l’inaction coûte, répondit Vyze.
— Et moi je vois ce que coûte le pouvoir sans limite.
Le ton restait posé mais chaque mot portait.
Palpatine observait, toujours silencieux, toujours présent.
Tel un prédateur regardant ses proies se diviser d’elles-mêmes.
Son regard passait de l’un à l’autre.
Puis revenait toujours sur Vyze.
— Sénatrice, dit finalement Bel Iblis, votre position ?
Le moment était venu.
Alyna inspira lentement, elle regarda Kaelen, stable, sûr. Une vie claire.
Puis Vyze, silencieux, lointain. Une vie incertaine mais vraie.
Vyze ne la regardait pas, mais elle comprit : Il ne dirait rien. Il ne la retiendrait pas. Parce qu’il ne le pouvait pas, un Jedi reste toujours détaché.
Palpatine parla, presque comme un murmure :
— Parfois… ne rien faire est aussi une décision.
Alyna sentit le poids de ces mots.
— Je soutiens… dit-elle lentement… le renouvellement du mandat du Chancelier.
Le silence qui suivit fut plus lourd que tous les débats.
Kaelen détourna légèrement le regard, sans colère.
Bel Iblis resta immobile, très déçu de sa protégée.
Palpatine inclina doucement la tête.
— Une décision… responsable.
Vyze ne bougea pas, mais quelque chose en lui venait de basculer.
Il ne savait pas encore quoi.
La réunion prit fin peu après, sans éclat ni victoire apparente.
Mais alors qu’ils quittaient la pièce…
Alyna se retourna un instant vers le Chancelier.
Il la regardait, non comme un homme regarde un vote, mais comme un joueur observe une pièce qu’il vient de placer.
Et pendant une fraction de seconde… Alyna comprit.
Ce n’était pas terminé : Ce n’était que le début.
Palpatine se détourna vers la baie vitrée et murmura :
— Il suffit… d’un seul choix… Pour que tout le reste devienne inévitable.
Le couloir du Sénat s’étirait dans une lumière pâle.
Les pas résonnaient doucement sur le sol poli.
Kaelen marchait à côté d’Alyna, ni trop près, ni trop loin.
Comme toujours.
— C’était une décision difficile, dit-il calmement.
Alyna ne répondit pas immédiatement.
— Oui.
Un simple mot.
Kaelen hocha légèrement la tête, comme s’il s’y attendait.
— Tu n’as pas cédé à la pression, ajouta-t-il. Tu as choisi ce que tu pensais juste.
Il n’y avait ni reproche, ni doute dans sa voix.
Seulement une forme de respect.
Ils s’arrêtèrent près d’une baie vitrée.
Coruscant s’étendait à perte de vue.
— Je sais que tu dis tout le temps que cela arrive vite, reprit-il. Le Sénat… ma famille…
Un léger silence.
— Et moi.
Alyna baissa légèrement les yeux.
Kaelen ne chercha pas à capter son regard.
— Je ne te demanderai pas de réponse aujourd’hui.
Il marqua une pause.
— Mais je ne peux pas attendre indéfiniment non plus.
Sa voix restait douce, mesurée.
— Je veux construire quelque chose de réel, Alyna. Pas une obligation. Pas un arrangement.
Enfin, il la regarda.
— Un choix.
Le mot resta suspendu.
Alyna releva les yeux vers lui.
Mais ne répondit pas.
Kaelen inclina légèrement la tête.
Comme une conclusion silencieuse.
— Je serai sur Corellia quelques jours, dit-il simplement. Si tu veux me rejoindre… tu sauras où me trouver.
Il s’écarta, puis s’éloigna, sans se retourner.
Le silence revint, différent, plus lourd.
Alyna resta immobile quelques secondes.
Puis elle sentit sa présence derrière elle : Vyze.
Elle ne se retourna pas tout de suite.
— Tu es resté, dit-elle finalement.
— Oui.
Un mot simple.
Elle inspira lentement.
— Tu aurais pu dire quelque chose.
Un léger silence.
— Ce n’était pas mon rôle, répondit Vyze.
Alyna eut un léger mouvement.
Presque imperceptible.
— Non… répéta-t-elle. Ce n’était pas ton choix.
Vyze ne répondit pas immédiatement.
La ville brillait devant eux, indifférente.
— Si je commence à faire passer mes choix avant ce qui doit être fait… dit-il enfin… je ne suis plus un Jedi.
Les mots étaient calmes, sincères et irrévocables.
Alyna ferma légèrement les yeux.
— Et moi ?
Le silence qui suivit fut plus long que tous les autres.
Vyze baissa légèrement la tête.
— Toi…
Il s’arrêta, cherchant ou évitant.
— Tu es précisément la raison pour laquelle je ne dois pas me tromper.
Alyna resta immobile.
Puis elle hocha très légèrement la tête.
Comme si elle comprenait.
Comme si elle acceptait.
Mais ses mains, elles, se refermèrent doucement.
Elle ne le regarda pas.
Lui non plus.
Ils restèrent là.
Côte à côte.
Au loin, les lumières de Coruscant continuaient de briller.
Comme si rien n’avait changé.
Mais quelque chose venait de se briser.
Sans bruit.
Mais quelque part, très loin au-dessus d’eux… quelqu’un venait d’obtenir exactement ce qu’il voulait.