Les Chroniques d'un Jedi - Tome 3 : La menace
Chapitre 6 — L’homme qui écoute
Le bureau du Chancelier baignait dans une lumière chaude, presque rassurante.
Les larges baies donnaient sur Coruscant, sur ses voies aériennes infinies et ses tours illuminées. Tout ici semblait conçu pour inspirer confiance.
Palpatine se leva lorsque Vyze entra.
— Maître Polaekys, dit-il avec un sourire mesuré.
— Chancelier, répondit Vyze en inclinant la tête. Je vous remercie d’avoir accepté de me rencontrer.
Ils se firent face un instant.
Palpatine observait Vyze avec une attention qui dépassait la simple curiosité politique.
— Vous êtes jeune, remarqua-t-il. Pourtant, votre nom circule déjà au Sénat… et au Temple.
Vyze resta prudent.
— Un Jedi sert là où la République l’appelle.
— Oh, j’en suis convaincu, répondit Palpatine doucement. Mais tous ne la servent pas de la même manière.
Il l’invita à s’asseoir.
— Vous venez de Naboo, tout comme moi, n’est-ce pas ?
Vyze tressaillit intérieurement.
— Oui.
— Une planète magnifique et fragile aussi.
Le regard du Chancelier se perdit un instant vers la ville.
— Elle a beaucoup souffert récemment.
— Comme la République, dit Vyze.
Palpatine sourit.
— Exactement.
Un silence s’installa.
Pas inconfortable, mais calculé.
— On m’a parlé de votre parcours, reprit Palpatine. Des missions que vous avez menées. De votre… singularité.
Vyze sentit la Force frémir.
Pas violemment, comme une main posée trop longtemps sur une épaule.
— La Force se manifeste différemment en chacun de nous, répondit-il.
— Voilà une pensée que j’apprécie, dit Palpatine. L’Ordre Jedi a parfois tendance à oublier que l’uniformité rassure… mais n’innove jamais.
Vyze le fixa.
— Les règles existent pour protéger.
— Bien sûr, acquiesça Palpatine. Mais elles peuvent aussi empêcher de voir venir le danger.
Il se pencha légèrement en avant.
— Dites-moi, Maître Polaekys… Vous arrive-t-il de penser que le Conseil Jedi agit trop lentement ?
La question était posée avec douceur, mais elle était précise.
Vyze répondit après un court silence :
— La prudence fait partie de leur sagesse.
Palpatine hocha la tête.
— Et pourtant, vous avez déjà agi avant eux.
Le regard de Vyze se durcit.
— J’ai agi quand il le fallait.
Le sourire de Palpatine ne faiblit pas. Au contraire.
— Voilà ce qui me fascine chez vous.
Un frisson parcourut Vyze.
— La République entre dans une ère dangereuse, poursuivit le Chancelier. Elle aura besoin de Jedi capables de comprendre la galaxie telle qu’elle est… Pas telle qu’on voudrait qu’elle soit.
Il se leva lentement.
— Vous avez une sensibilité rare. Une capacité à percevoir ce qui vient.
Il s’arrêta devant Vyze.
— Prenez garde, Maître Jedi. Beaucoup tenteront de vous freiner, mais peu chercheront à vous comprendre.
Le silence pesa lourdement.
— Pourquoi me dites-vous cela ? Demanda Vyze.
Palpatine soutint son regard.
— Parce que la République a besoin d’hommes comme vous. Et parce que je n’aime pas voir les talents… bridés.
Vyze se leva à son tour.
— Les Jedi ne servent pas un homme, Chancelier.
Palpatine sourit doucement.
— Non, mais parfois… un homme peut servir la Force sans le savoir.
Ils s’inclinèrent l’un devant l’autre.
En quittant le bureau, Vyze sentit une pression étrange dans sa poitrine.
Comme si quelqu’un avait appris à lire entre ses pensées.
Dans le couloir, Jaden l’attendait.
— Alors ? Demanda-t-il.
Vyze resta silencieux un moment.
— Il est exactement ce qu’il paraît être, dit-il enfin.
— Et qu’est-ce que c’est ?
Vyze regarda droit devant lui.
— Un homme qui sait écouter et qui n’oublie jamais ce qu’il entend.
La porte du bureau du Chancelier se referma derrière eux.
Dans l’ombre, Palpatine souriait encore. Et Vyze notait chaque mot prononcé dans son journal…