Les Chroniques d'un Jedi - Tome 2 : Chercher sa voie
Chapitre 7 - Marcher seul
L’équilibre était venu sans prévenir…
Un matin, lors d’une méditation prolongée, Vyze sentit enfin la Force circuler sans résistance. Elle ne le submergeait plus. Elle ne cherchait plus à s’échapper. Elle était là… contenue, stable, attentive.
— Tenir, tu sais désormais, constata Maître Yoda. Mais fragile, cet équilibre reste.
Vyze inclina la tête.
— Je le sais, Maître.
Yoda l’observa longuement.
— Quand le vent change, plier il faudra… ou rompre.
Ce soir-là, Vyze ne dormit pas, le message de Halren Voss arriva peu après : Le projet secret de Vyze est à l’arrêt, sans financement discret, il ne pourra jamais dépasser le stade de concept.
Vyze fixa l’holoprojecteur, les dents serrées. Le Temple était en plein émoi et personne ne se souciait d'un prototype de croiseur.
— Si les adultes ne font rien, je le ferai, murmura Vyze.
Il prépara son départ sans en parler à personne et demanda à Jaden de le couvrir si jamais quelqu’un remarquait son absence au Temple.
Il ressentit une étrange poussée de confiance, presque une euphorie. Il quitta le Temple avec une facilité déconcertante : comme si les caméras s'étaient détournées au moment exact de son passage. Il ne se posa pas de questions. Il pensait simplement que la Force était avec lui.
Sur la station commerciale des Pykes, l'air était lourd d'épice et de danger. Vyze, du haut de ses dix ans, marchait d'un pas ferme vers le bureau des transactions. Il portait une cape trop grande pour lui, dissimulant son sabre d'entraînement.
Les négociations furent longues. Tendues. Les crédits circulaient, mais la confiance non.
— Pourquoi nous te financerions toi ? Demanda l'intermédiaire en ricanant. Tu n'es qu'un avorton perdu.
Vyze ne trembla pas. Il se sentit soudainement investi d'une autorité qui ne lui appartenait pas. Ses mots sortaient avec une précision chirurgicale :
— Parce que je pourrais vous négocier des produits de contrebande à des tarifs imbattable et faire tout un tas d’autres choses où mes compétences pourraient vous être utiles. Et parce que si vous refusez, vous passerez à côté de l'investissement le plus rentable de votre misérable carrière.
L'intermédiaire s'apprêtait à le faire expulser, mais soudain, son terminal clignota. Un message crypté venait d'apparaître, une signature de crédit anonyme mais colossale, servant de garantie à l'offre du petit garçon. L'homme écarquilla les yeux.
— Très bien... Dit-il, la voix soudainement respectueuse. Tes arguments sont... solides et tes compétences… aussi. On accepte.
Vyze sortit du bureau, le cœur battant à tout rompre.
— Je l'ai fait, pensa-t-il. Je les ai convaincus.
Il était persuadé que c'était son talent de négociateur et sa force de caractère qui avaient fait plier ces criminels.
À la sortie du quai, trois mercenaires surgirent.
— Pas si vite, gamin. On veut voir ce que tu as dans les poches.
Vyze leva lentement les mains.
— Je ne cherche pas d’ennuis.
— Nous si.
Vyze activa son sabre d'entraînement. La lame pâle zébra l'obscurité.
Le premier coup fut violent. Trop rapide pour être évité complètement. Vyze chuta lourdement contre une cloison.
La Force l’alerta : Pas d’avenir. Pas de vision. Juste l’instant.
Il n’avait jamais frappé quelqu’un, en fait, pas vraiment.
Ses doigts se refermèrent sur le manche du sabre d’entraînement.
— Reculez, dit-il. Je vous en prie.
Ils rirent, il réactiva sa lame dans un bourdonnement sourd, pâle, presque irréelle dans la pénombre.
Le combat fut bref. Précis. Terriblement réel.
Vyze para, esquiva, frappa.
Un corps s’effondra, puis un autre, le dernier tenta de fuir.
Vyze hésita puis le désarma avec la force d’un mouvement sec.
Le silence retomba, Vyze resta immobile, le souffle court.
Il désactiva le sabre.
— Je suis vraiment désolé… Murmura-t-il.
Mais cela ne le rassura pas.
Dans l’ombre, ce qu'il ne vit pas, c'est la silhouette drapée de noir qui observait la scène depuis une passerelle supérieure, un comlink à la main, s'assurant qu'aucun autre tireur n'intervienne.
À bord de son vaisseau, en route pour le Temple, Vyze fixait ses mains, grisé par l'adrénaline.
— Ils disent que je suis trop jeune, pensa-t-il avec un sourire fier. Mais j'ai sauvé mon projet. Seul. Sans Yoda. Sans personne.
Il se sentait invincible. Il ne se doutait pas que son "autonomie" était la construction la plus soignée du Comte Dooku. Le Comte ne voulait pas d'un serviteur qui obéit, il voulait un leader qui croit fermement en sa propre indépendance, même si à cet instant il ne savait pas encore ce qu’il allait en faire, mais ce jeune garçon et sa vision de l’avenir méritait qu’on s’y attarde et qu’on la soutienne.
Vyze venait de gagner sa liberté financière, mais il venait de s'enchaîner, sans le savoir, à la stratégie d'un futur Sith.
Quelque chose en lui avait changé : Il n’avait pas sombré, il n’avait pas cédé.
Mais il avait franchi une ligne.
Et il savait désormais qu’il continuerait, quoi qu’il arrive.