La colère de Kamino
Aayla sentit un poids énorme lui broyer la poitrine et la tension dans le laboratoire monta en flèche, menaçant même le délicat Équilibre de la Force. La Twi'lek sentait les milliers de particules du Tout vibrer douloureusement au rythme de la décision implacable de Sayn Ta, et la Jedi s'avança alors d'un pas vif en s'adressant à la scientifique-en-chef :
-Non, vous n'y pensez pas...
-Maître Ta, réfléchissez, intervint vivement Kit en décroisant les bras, lui aussi sensible au changement radical au sein de la Force. Vous parlez d'exterminer des milliers de vies...
-Je parle d'exterminer des millions d'unités Maître Fisto, corrigea Sayn Ta d'un ton implacable. Si le nanovirus atteint la matrice et ses couveuses, c'est l'ensemble de la production qui sera compromise et la République perdra l'intégralité de son armée, ce qui est intolérable pour moi comme pour vous.
-Ou alors vous risquez de massacrer des soldats sains sur une simple hypothèse, rétorqua Aayla avec froideur. Isolez plutôt chaque bataillon séparément, et mettez-les sous surveillance stricte. Si le virus se transmet par l'air, la nourriture ou un contact direct, nous le découvrirons rapidement.
-Vous avez de nombreux dômes d'entraînement à votre disposition, renchérit le Nautolan. Utilisez-les pour créer des zones de confinement distinctes avec du personnel dédié.
-Oui, acquiesça soudain un des Assistants Cloneurs qui se trouvait à proximité du trio. Cela pourrait en effet fonctionner pour endiguer le début de l'épidémie.
L'atmosphère du laboratoire, fébrile et vibrante sous la menace du Protocole Soixante-Cinq, se mua soudain en une lourde chape de plomb.
Sayn Ta tourna lentement la tête et son regard noir se posa sur son subordonné. Celui-ci sembla regretter presque aussitôt son intervention et recula en baissant la tête, totalement soumis, comme s'il attendait une terrible sentence de la part de sa supérieure.
Un silence pesant, presque palpable, figea instantanément le laboratoire et c'est comme si tous les Kaminoans avaient cessé de respirer au moment même où leur confrère avait prit la parole.
Cependant la scientifique-en-chef reporta rapidement son attention sur les Jedi, ignorant la remarque importune de son technicien.
Mais la Kaminoan semblait désormais contrariée et partagée entre sa froide logique et l'argument potentiellement recevable que les Chevaliers de la Force venaient d'avancer.
L'attente se prolongea encore, quasi insoutenable, pendant que la Maître Cloneur délibérait intérieurement. Aayla sentait les battements de son propre propre cœur se fracasser contre sa cage thoracique alors qu'elle sondait la Force afin de trouver un espoir, aussi ténu soit-il, pour que la procédure létale ne soit pas appliquée.
-Très bien, finit enfin par murmurer l'éminente chercheuse en vrillant les Jedi de ses yeux sombres et perçants. Je nous donne exactement vingt-quatre heures pour trouver l'origine du nanovirus et en détruire la source, sans quoi le Protocole Soixante-Cinq sera déclenché.
Sayn Ta pivota ensuite sur elle-même et elle lança d'une voix autoritaire à ses scientifiques :
-Relayez l'ordre d'isoler chaque bataillon de soldats dans des dômes distincts. Aucun Clone ne doit entrer en contact avec un autre groupe de produits que le sien. Que les unités les plus récentes soient regroupées selon leurs matricules d'identification dans les différentes salles d'apprentissages. Mettez en place une surveillance permanente, avec des analyses sanguines toutes les trente minutes pour évaluer les risques de contamination.
-A vos ordres, Maître Ta.
Plusieurs Kaminoans s'inclinèrent rapidement et s'éclipsèrent pour appliquer les directives préventives préconisées par leur Supérieure.
Cette dernière aboya ensuite de nouvelles prescriptions aux quelques assistants encore présents dans la pièce :
-Détruisez les corps des Clones infectés ! Et où est Ven Si ? Trouvez-la et envoyez-la dans mon laboratoire privé ! J'ai besoin d'elle pour m'aider à élaborer un antidote... Si je parviens à isoler l'ARN viral à partir des prélèvements faits sur les unités défaillantes, nous aurons peut être une chance de synthétiser rapidement un vaccin avant que l'inéluctable ne se produise... Au travail !
Puis sans attendre de réponse, la Maître Cloneur quitta la pièce dans un tourbillon de colère et de tissus nacrés, sa tablette de contrôle irradiant d'écarlate toujours en main.
La tension retomba d'un coup au sein du laboratoire comme si l'air auparavant chargé de menaces était à nouveau respirable. Aayla laissa échapper un léger soupir de soulagement, consciente d'être passée à deux doigts d'un génocide.
-Nous venons d'éviter un massacre, murmura-t-elle en observant les derniers scientifiques s'acquitter de leurs nouvelles tâches dans une obéissance et une efficacité absolues.
-Pour l'instant seulement, répondit Kit Fisto en se tournant vers sa sœur du Temple. Le sursis des Clones est malheureusement très restreint... Vingt-quatre heures pour être exacte.
L'image d'Aby revint alors brusquement à l'esprit de la Twi’lek : son obéissance aveugle, sa volonté de fer, et sa dernière parole à peine murmurée : "Générale..." avant qu'il ne s'effondre sur le sable ocre du dôme.
Et Aayla sut qu'elle ne pourrait pas accepter une mort de plus, qu'elle ne le permettrait pas. Elle serra les poings, résolue à empêcher le protocole mortel à tout prix.
Puisant dans sa concentration, la Jedi percevait nettement Kit Fisto juste à côté d'elle, lumineux dans la Force, calme et ancré mais prêt à tout lui aussi pour préserver la vie des soldats en armures blanches.
La Twi'lek pouvait également ressentir la présence de Taun We : la Kaminoan se tenait droite, en retrait à deux pas d'eux, à leur entière disposition malgré la menace qui planait désormais sur le Centre de Clonage principal. Aayla pouvait sentir dans la Force la droiture de leur guide, son omniprésence et sa discrétion, son dévouement total pour son travail, son respect envers les siens et sa dignité malgré les terribles circonstances.
Et comme si elle avait perçu les pensées de la Twi'lek, la Kaminoan prit doucement la parole et demanda :
-Souhaitez-vous que je vous raccompagne à vos quartiers, Maîtres Jedi ?
-Je pense que nous allons plutôt surveiller la mise en place de la procédure d'isolement, déclina Aayla. Nous espérons aussi trouver des indices utiles sur ce nanovirus et la manière dont il a pu arriver jusqu'ici. Il faut absolument empêcher ce massacre programmé.
Une lueur d'espoir jaillit soudain dans l'esprit de la Jedi qui poursuivit aussitôt :
-Mais peut être pouvez-vous nous apporter votre aide. En tant qu'Ambassadrice affectée à l'accueil des étrangers à Tipoca City, auriez-vous vu ou entendu quelque chose de particulier ces dernières semaines ? Une visite clandestine, un inconnu suspect, ou toute autre activité inhabituelle ?
Taun We, si réservée et affable, parut un instant choquée que les deux éminents clients de la République puissent lui demander son avis sur un sujet aussi grave. Ses grands yeux noirs s'écarquillèrent et son visage au teint nacré se balança lentement au sommet de son interminable cou, trahissant un étonnement sincère.
-Non, Maître Jedi. Le Centre de Clonage principal de Tipoca City est un exemple de rigueur et de calme, ancré dans une totale maîtrise et dirigé avec brio par Maître Sayn Ta. Aucun étranger n'est autorisé à franchir nos portes habituellement. Les dernières visites notables que nous avons reçues furent celles de Maître Kenobi puis de Maître Yoda, juste avant la bataille de Géonosis, il y a désormais plusieurs semaines de cela.
-Bien, la remercia Kit Fisto en joignant ses mains à l'intérieur des manches de sa tunique. Nous ne manquerons pas de vous faire appeler si nous avons besoin de vos services. Soyez certaine de notre gratitude, Taun We.
La Kaminoan resta immobile et sa bouche dépourvue de lèvres s'entrouvrit légèrement comme si elle souhaitait ajouter autre chose. L'instant ne dura qu'une seconde à peine mais cela suffit pour que cette hésitation se répercute en écho dans la Force. La vague d'incertitude tourbillonna dans l'Équilibre et atteignit les Jedi, les faisant tous deux frissonner.
Mais Taun We reprit presque immédiatement contenance et elle s’inclina avec la nonchalance grâcieuse propre aux siens avant de prendre congé, laissant derrière elle les deux Jedi seuls face à un océan de doutes et de nouvelles questions restant sans réponse.
***
Les couloirs du Centre de Clonage étaient toujours lisses, propres et silencieux comme si l'horreur et la mort n’avaient jamais frappé le bâtiment.
Rien ne transparassait ni ne dépassait, et l'espoir de trouver des preuves ou des activités suspectes s'amenuisait au fur et à mesure que les deux Jedi progressaient dans leurs recherches.
À travers les larges baies vitrées qui bordaient les interminables corridors, Aayla Secura et Kit Fisto observèrent plusieurs coupoles d’entraînement désormais converties en zones de confinement. Des bataillons entiers de soldats y étaient isolés sous la surveillance attentive des médecins Kaminoans qui circulaient entre leurs rangs, leurs longues robes blanches à hauts cols flottant derrière eux.
La procédure de quarantaine se déroulait dans un calme total, sans aucun mouvement de panique, sans le moindre débordement ni signe de contestation. Les centaines de milliers de Clones obéissaient à l'ordre d'isolement sans poser de question, car telles étaient simplement leurs instructions. Ni plus ni moins.
-Vos homm... vos produits sont d'une incroyable docilité, observa Kit Fisto en s'adressant à un clinicien qui s'apprêtait à pénétrer dans le dôme juste devant eux.
-En effet, nous en sommes très fiers, répondit l'immense Kaminoan d'une voix orgueilleuse en s'arrêtant à la hauteur des Jedi. Le procédé a été développé par Maître Sayn Ta et a été déployé sur toutes les unités actuelles. Une modification de leur structure génétique de base permet de les rendre totalement dociles et dévoués. Ils ont été conçus pour une obéissance absolue et ils tiendraient debout des jours entiers sans boire ni manger si vous le leur ordonniez.
-Voilà qui sera en effet d'une formidable utilité au cœur des champs de bataille galactiques, murmura Aayla Secura non sans ironie. À supposer que vous ne les exterminiez pas tous d'ici demain...
Le médecin, apparemment hermétique à ces paroles, ne releva pas la pique acerbe de la Jedi et il pénétra dans la coupole où il avait été affecté sans un regard en arrière pour les deux étrangers. La Twi'lek et le Nautolan échangèrent un regard presque résigné et ils reprirent leur marche, longeant indéfiniment de nouvelles salles, de nouvelles baies, de nouveaux groupes en isolement.
* Combien peuvent-ils donc être ? Tous créés, modifiés et totalement soumis. Une chair à canon remplaçable à l'infini sur le compte de la République... *
* Garde ton calme. Les Kaminoans n'ont fait que suivre les demandes pour la création de cette armée de Clones *
* Je ne peux pas croire que nous cautionnons cela, Kit. C'est presque... *
* Inconcevable ? Ça l'est en effet. Mais ces Clones sont bel et bien là aujourd'hui et notre mission est d'empêcher leur mort imminente, qu'elle soit provoquée par le nanovirus ou par le Protocole Soixante-Cinq. Le reste n'a aucune importance pour l'instant *
Les Chevaliers de la Force longèrent ensuite plusieurs salles d'apprentissage où de plus jeunes clones avaient été confinés.
Leurs petits visages halés, parfaitement identiques, se tournaient vers les deux Jedi à l’exact même instant lorsque ceux-ci passaient à leur niveau.
Le mouvement parfaitement synchronisé, comme appartenant à un seul et même être, glaça Aayla.
Mais ce n'étaient après tout que des enfants, ou presque.
Les centaines de regards bruns, semblables à celui d’Aby, les observaient dans un silence total. La voix du médecin Kaminoan résonna alors dans l'esprit de la Twi’lek : "ils tiendraient debout des jours entiers sans boire ni manger si vous le leur ordonniez."
* J’espère que Sayn Ta ne changera pas d’avis sur le Protocole Soixante-Cinq, si seulement nous avions plus de temps... *
* Nous ne la laisserons pas faire, nous ne le permettrons pas. Mais nous devons poursuivre nos recherches, nous devons trouver la faille qui a permis à ce virus d'entrer sur Kamino *
Aayla se tourna vers son frère du Temple. Ce dernier marchait sereinement à côté d'elle, ses tentacules céphaliques se balançant avec légèreté à chacun de ses pas. La tunique ivoire offerte par les Kaminoans mettait son teint olive en valeur et soulignait chacun de ses muscles, élégamment dessinés sous le fin tissus irisé.
La Twi'lek croisa finalement le regard noir sans pupille de Kit, à la fois semblable et pourtant si différent de celui des Cloneurs : là où il n'y avait que froideur et logique scientifique chez leurs hôtes, les yeux du Nautolan irradiaient de bienveillance, de bonté et d'empathie.
* Et si le virus provenait des murs même de la cité, Kit ? Et si cet agent pathogène avait été créé ici ? *
* Tu penses à Sayn Ta, n'est-ce pas, Aayla ? *
* Il y a une certaine noirceur en elle, sa présence brouille mes pensées et bouleverse l'Équilibre dans la Force. Sans compter la peur qu'elle semble inspirer à ses semblables. Même Taun We semble avoir peur de nous parler *
* La peur est souvent l'arme des puissants pour conserver leur pouvoir. Ils affirment ainsi leur autorité sans risquer d'être suplanté... Mais quelle serait la logique pour Maître Ta de détruire sa propre création, pour laquelle elle a œuvré toute sa vie ? J'ai du mal à y croire *
* Je l'ignore, Kit. Peut être pour de l'argent, pour la promesse de moyens illimités pour financer de nouvelles recherches, pour un pouvoir et un prestige encore plus exceptionnels... *
* Je pense que toute cette histoire laisse plutôt transparaître un plan échaffaudé par les Séparatistes... Ils ont vu le potentiel de cette armée sur Géonosis, et qui d'autres désormais que le Comte Dooku et ses sbires pour vouloir la mort de cette puissante menace au service de la République ? *
Les deux Jedi s'arrêtèrent brusquement. Leur marche silencieuse plongée dans la bulle de la Force les avait finalement menés jusqu’au cœur même du Centre de Clonage.
Et juste devant eux, au-delà d’une vaste baie circulaire qui courait sur des dizaines de mètres, se dressait la matrice de gestation. Ils avaient déjà pu l'apercevoir de loin lors de leur arrivée, mais la vision qui s'offrait désormais à eux démontrait toute l'ampleur de cette exceptionnelle installation.
La structure était colossale, presque irréelle, faite de métal nacré et brillant, de verre opalescent et de fluides bleutés qui semblaient émettre une luminescence propre.
Cette incroyable architecture, composée d'innombrables colonnes qui s'élevaient du sol jusqu'au plafond vouté, s’étendait sur plusieurs niveaux et était animée par un lent mouvement circulaire perpétuel.
La matrice semblait ainsi vivante, pulsatile, respirante, tel un gigantesque organisme qui renfermait les milliers de capsules translucides où baignaient les embryons des Clones. Aayla et Kit pouvaient sentir les innombrables battements de leurs cœurs au sein de la Force et c'est comme si l'air entier palpitait autour des deux Jedi sous l'assaut des milliers de pouls synchronisés.
Ce lent balai de la création était hypnotisant, presque poétique, mais il cachait une mécanique dramatique terrifiante.
La symétrie parfaite de la structure n'évoquait pas une maternité naturelle, mais une chaîne de production. Il s'agissait ni plus ni moins d'une usine à vie, ou plutôt une usine à mort.
Ces êtres étaient fabriqués pour combattre, obéir et tomber sur des champs de batailles qui n’étaient pas les leurs.
-C'est tellement tragique, murmura Aayla dans souffle.
-Tant de vies créées avec une telle précisions, une si grande quête de la perfection… uniquement pour servir la guerre.
Le silence retomba entre les deux Chevaliers de la Force, uniquement troublé par le bourdonnement grave et régulier de la matrice de gestation, telle la lente et perpétuelle respiration d'un géant de verre et d'acier.
-Maîtres Jedi ?
Taun We approchait d'eux à pas feutrés, sa fine silhouette se découpant par dessus la blancheur immaculée du corridor.
-J'ai plusieurs nouvelles importantes à vous communiquer. Les dernières analyses ont révélé que le nanovirus se transmet directement par l'air ambiant, ce qui complique grandement nos essais pour endiguer la propagation.
La Twi'lek et le Nautolan échangèrent un regard sombre qui se passait de mots.
-Mais la synthèse du vaccin est sur le point d'aboutir, poursuivit la Kaminoan. Avec l'aide de Ven Si, la Première Assistante, Maître Ta a pu isoler le génome du virus et leurs recherches avancent à grande vitesse. Nous fondons tous nos espoirs sur cet antidote, désormais.
Un léger soupir de soulagement traversa les deux Jedi, et Aayla se sentit respirer plus librement. Son regard brun se tourna instinctivement vers la matrice et les milliers de vies qu'elle couvait. Il y avait peut être un réel espoir pour la survie des Clones, désormais.
Mais un nouveau frémissement dans la Force sortit la Twi'lek de ses pensées.
-Il y a autre chose, n'est-ce pas, questionna doucement Fisto qui avait lui aussi perçu le trouble de leur interlocutrice.
-En effet Maître Jedi, murmura Taun We en courbant gracieusement son cou. J'ignore si cette donnée à la moindre importance, mais une communication inhabituelle a été enregistrée il y a quelques minutes en provenance de nos systèmes informatiques. Deux autres échanges similaires avaient déjà eu lieu dans les dernières semaines, mais je n'y avais jusqu'alors pas prêté attention.
-Quel genre de communication, demanda vivement Aayla en fixant intensément la Kaminoan.
-Un échange crypté dont le contenu n'a pas pu être intercepté. Mais j'ai pu identifier la source de la transmission comme étant en provenance de l’une des lunes de Bogden, à l'intention d'un certain Seigneur Tyranus.
Une Ombre dense sembla un instant prendre possession du couloir pourtant inondé de lumière artificielle, telle une menace rampant insidieusement vers le cœur du Centre de Clonage. La Force elle-même parut se contracter brièvement et se teinter d'Obscurité autour des Jedi à l'évocation de ce mystérieux inconnu.
-Ce nom ne m'évoque rien, répondit enfin le Nautolan, néanmoins troublé. Mais cette transmission doit évidemment être considérée comme suspecte. C'est une piste que nous devons explorer.
-Avez-vous pu capter le point d'origine de cet échange au sein même de votre bâtiment, questionna précipitamment Aayla.
Taun We regarda successivement les deux émissaires de la République, en proie à la même vague d'hésitation et de doutes qui la malmenait depuis plusieurs heures maintenant. Mais la Kaminoan n'avait plus le choix, ce qu'elle n'avait fait que suspecter prenait sens désormais, et elle reprit la parole d'une voix ténue, presque tremblante :
-La transmission-source provient de l'ordinateur personnel de Maître Sayn Ta depuis son bureau privé, juste au dessus de nos laboratoires.
Une vague glacée s'abattit sur le trio tandis que les révélations de Taun We perçait enfin le voile Obscur qui recouvrait Tipoca City depuis le début de leur mission.
Puis le silence oppressant qui les entourait fut brusquement déchiré par une alarme stridente. Les vives lumières s’éteignirent d'un seul coup et des néons d'urgence prirent le relai, basculant le corridor dans une atmosphère écarlate, éclaboussant les murs et la matrice de gestation d'une funeste teinte de sang.
-L'alerte Générale, murmura Taun We en portant les mains à son visage. L'alerte d'urgence au laboratoire principal...
Les Jedi ne perdirent pas un instant de plus. Dégainant déjà le manche de leurs sabres laser, ils se mirent à courir dans les boyaux tortueux du Centre de Clonage tandis que la mort frappait déjà, inéluctable.
***
Dans la petite pièce Obscure, la Kaminoan soupira de soulagement.
Ça y est. C'est fait. Enfin, pensa-t-elle.
Et elle devait bien admettre que cela lui avait été bien plus facile qu'elle ne l'avait imaginé.
Penchée au dessus de l'ordinateur, elle venait d'envoyer le message final qui confirmait l'aboutissement de sa mission.
L'anéantissement des Clones était proche : elle venait de détruire les seuls échantillons du vaccin nouvellement synthétisé et le formidable pouvoir de contagion du micro-organisme ferait le reste. Elle s'était également assurée que nul ne pourrait recréer l'antidote en assassinant froidement sa Consœur.
La cruelle scientifique glissa une main à l'intérieur de sa tunique et ses longs doigts rencontrèrent le métal glacé de la seringue qui contenait la dernière souche pure du nanovirus qui, introduit directement dans l'organisme, pouvait tuer n'importe quel être vivant. Car si la contagion entre individus n'était possible qu'avec le génome des Clones, sa létalité en cas d'injection dans l'organisme n'était plus à prouver.
Un sourire mauvais se dessina alors sur le visage de la Kaminoan tandis qu'elle se remémora l'instant fatidique. Elle sentait presque encore, au bout de ses doigts, la légère résistance quand l'aiguille s'était enfoncée dans la peau pâle de son Homologue. Elle revoyait Son sursaut de surprise puis Ses grands yeux noirs écarquillés de douleur juste avant que la mort ne l'emporte.
La sonnerie stridente de l'alerte générale retentit soudain au loin, sortant la meurtrière de ses pensées.
Ils venaient sans doute de découvrir Son corps, mais qu'importe.
La mission était accomplie et le Seigneur Tyranus allait à son tour remplir sa part du contrat : un vaisseau devait déjà être en approche pour son extraction et elle serait bientôt loin de Kamino, riche et couverte de gloire.
Et comme pour répondre à sa réflexion, un voyant rouge et clignotant s'afficha sur l'écran de l'ordinateur. Une navette Séparatiste venait bel et bien d'atterrir sur la passerelle privée.
Le sort des Clones, du laboratoire et de la République ne sera jamais plus une préoccupation désormais.
Elle était enfin libre.