Ex-Chalydóry

Chapitre 3 : L'exploit de la Saintia

Chapitre final

3735 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 06/04/2026 07:13

Xiphogone ne rentra pas à Thémiscyre. La Mer des Tempêtes, celle dans laquelle se jetait le fleuve Thermodon bordant la cité amazone, n'était pas celle que le chevalier d’argent avait évoquée. La Saintia déchue partit donc vers le couchant, décidée à trouver cette île dont Cynouros avait pris la peine de lui parler, certainement sur les ordres de Ionia supposait-elle.

Elle ne progressa pas vite. La fièvre s'était emparée de son corps et, bien qu’elle tînt bon, elle dut souvent s'arrêter pour reposer son organisme exténué. Les maigres rations qu’elle avait emportées suffisaient à peine à la sustenter, mais son métabolisme de chevalier lui permettait d’en retirer jusqu’au dernier nutriment et de faire face aux privations. Certaines nuits, hyperthermie et asthénie se combinaient en un adversaire redoutable qui la faisait délirer et la laissait pantelante au petit matin, incapable d’aller plus avant. Elle rampait alors laborieusement jusqu'au ruisseau – elle prenait toujours soin d’en trouver un et de s’installer non loin – pour s'asperger de son eau fraîche, ou s'y immerger. Vaille que vaille, elle parvint jusqu'aux rives de la Grande Mer du Milieu.

En constatant l’immensité aqueuse qui s'étalait devant elle, Xiphogone se demanda comment elle allait atteindre son objectif, mais heureusement la fièvre l’avait quittée la veille et elle se sentait capable de continuer dans de meilleures conditions. Elle marcha le long du littoral en direction de l’Ouest, jusqu'à un petit village de pêcheurs où elle demanda sa route. L'île était connue… et inspirait la crainte.

— Comment la rejoindre ? s’enquit-elle auprès d’un vieillard.

Il fut le seul qui ne s’était pas effrayé de l’apparence singulière que son demi-masque conférait à Xiphogone et qui ne s'était pas enfui après l’avoir renseignée. Il la reconnut d’ailleurs pour ce qu’elle était : une chevaleresse.

— Une série d'étoiles t’montrera la direction, S’ntia. Mais elle n’est visible que quelq’ heures par nuit et très bas dans l’ciel, s’vent cachée par l’brume nocturne.

Sur un parchemin qu’elle lui tendit, il lui dessina trois étoiles qu’il relia entre elles. Elles formaient un V très évasé et asymétrique que Xiphogone identifia comme la constellation du Fourneau.

— Il t’faudra d’la patience et d’courage, S’ntia. L’première parce que t’pourras bénéficier d’ce guidage qu’la nuit tombée et pas longtemps, le s’cond car les conditions d’navigation sont dangereuses. T’sais voguer, d’ailleurs ? Personne t’y emmenera, t’comprends ?

Ainsi l'Amazone qui n’avait jamais reçu le moindre enseignement sur le pilotage d’un bateau, ni durant son enfance dans les plaines anatoliennes, ni durant son adolescence au Sanctuaire d’Athéna, se retrouva à diriger une petite barque à voile et à rames, généreusement apprêtée par le vieil homme. La météo lui fut favorable et les courants propices. Fût-ce la volonté des dieux ou un hasard fortuit, toujours était-il qu’elle atteignit l’île Kanon en quatre jours.

Dans la chape de brouillard qu’elle traversait alors, et qu’elle avait assimilée de loin à une simple brume de mer, elle sentit les effluves sulfuriques avant d’apercevoir l’imposant volcan qui se dressait au milieu des eaux. Les vents circum-insulaires en charriaient la fumée et l’emprisonnaient dans un voile permanent le cachant aux yeux des curieux. Mais il était bel et bien là.

La jeune femme prit pied sur la berge de sable noir et se dirigea immédiatement vers le cratère. L’atmosphère était sèche et saturée de gaz toxiques. La température s’élevait au fur et à mesure qu’elle se rapprochait du cône volcanique. Le sol caillouteux et poussiéreux crissait et s’effritait sous ses sandales. Son ascension fut pénible et harassante. Lorsqu’elle fut parvenue au sommet du volcan, elle avisa l’intérieur du cratère noyé dans la fumée et se résolut à y pénétrer. À l’aveugle, elle évolua dans le brouillard acre et irritant. Elle voyait à peine devant elle, mais suffisamment néanmoins pour ne pas se cogner dans les pitons de lave refroidie et indurée. D’innombrables ouvertures piquetaient les parois internes du cratère. Elles menaient très certainement vers un réseau souterrain d'anciennes galeries et cheminées magmatiques. Elle devina qu’elle allait devoir les explorer pour trouver ce qu’elle cherchait : le lac de lave dont lui avait parlé le chevalier d’argent de Persée.

Alors elle s’y engouffra.

Étonnamment, il n’y avait aucune fumée dans les couloirs volcaniques. Elle exsudait de la roche même du cratère qu'elle remplissait, mais pas du dédale qu'il abritait. Au début, Xiphogone n’y vit pas plus que dans les émanations gazeuses, puis son regard s’habitua à l’obscurité et elle distingua des coursives desquelles semblait provenir une lueur orangée. Elle les emprunta les unes après les autres, suivant le gradient lumineux… et thermique, par la même occasion.

Jusqu'au moment où elle sut qu’elle avait atteint son objectif.

Loin sous le cratère, à la verticale de son point le plus profond, elle déboucha sur une grotte. Au centre s'étalait un lac de lave incandescente. On aurait dit de l'or liquide dont la surface était animée d'épaisses cloques qui éclataient à tour de rôle. La chaleur aurait été insoutenable pour Xiphogone, si ce n'avait été pour le halo protecteur de son cosmos. Un îlot émergeait au milieu de l’étendue de roche en fusion. C'était là qu’elle devrait séjourner, cette certitude la tenaillait. 

D’un bond, elle s’y propulsa. L’onde de choc au moment de la réception lui arracha un rictus d’agonie, mais son corps tint bon. Elle dévêtit entièrement le haut de son corps et l'exposa à la température ambiante. Malgré le bouclier de cosmo-énergie qui l’enveloppait, sa peau ruisselait déjà de transpiration. Ses bandages étaient à présent souillés de sueur et de poussière. Elle n’avait rien eu pour les remplacer durant son trajet jusqu'à l'île Kanon et certains commençaient même à partir en lambeaux. 

La mort dans l’âme, la chevaleresse décida qu'il était temps de les retirer, d’enfin voir de ses propres yeux l'étendue de ses blessures. Elle dénoua donc les bandes de tissu fatiguées. Quand elle en arriva à devoir libérer son visage, elle retira son demi-masque. La Saintia hésita un instant avant de découvrir son œil. Elle eut le réflexe de le fermer, mais sa paupière absente ne le lui permit pas. La vue droite lui revint étonnamment vite, trouble et larmoyante, mais bien présente. La douleur de l'éblouissement fut si vive cependant que Xiphogone s’empressa de remettre la protection offerte par Délos, dont le voile oculaire la soulagea immédiatement.

À travers l’enveloppe de glace transparente, la vision du bras décharné, des muscles arrachés, des tendons déchirés, des ligaments dilacérés et des os fragmentés fit vaciller la Saintia. Elle manqua perdre connaissance.

Ionia avait eu raison. Sans la gangue au zéro absolu qui maintenait en place les éléments éparses de son membre, elle serait morte d’une hémorragie avant la moindre opération. Quant à annuler ce pansement de gel pour l’amputer, cela s'était avéré tout bonnement impossible, tant la technique du chevalier du Verseau était puissante. Elle baissa le regard et s’aperçut que son sein droit avait bel et bien disparu, remplacé par un pectoral à vif. Elle se doutait que son visage était dans le même état. Bien que sérieux, cela lui sembla moins grave. Peau et muscles se régénéreraient, si la glace venait à disparaître un jour et si l’on en croyait les dires à propos de cet endroit.

Il se disait que c'était là que Zeus lui-même était venu profiter d’une éruption pour bénéficier des bienfaits de ses émanations, afin de permettre à son crâne de se refermer, après qu'Athéna en fût sortie. On racontait également que Héphaïstos, constatant la guérison de la blessure qu'il avait infligée au Grand Dieu pour le soulager de sa grossesse crânienne, avait lui-même voulu jouir de ces capacités curatives afin de soigner son infirmité congénitale. Cela ne lui avait rien fait et, de colère, il avait maudit la montagne de feu pour qu'elle ne s’endorme jamais et ne puisse jamais être le berceau d’une civilisation. L'île, jusqu’alors engageante, était devenue inhospitalière, fétide, stérile. Seuls quelques fous, comme les chevaliers blessés, s’y rendaient encore en espérant en retirer quelques profits.

Xiphogone resta quelque temps en méditation. Elle ne ressentait bizarrement aucune faim, ni aucune soif. Son esprit dérivait sur le courant de ses pensées, bercé par le clapotis des bulles de magma qui éclataient autour d’elle et dont la pluie des gerbes retombantes résonnait dans la caverne volcanique. Parfois, elle reprenait davantage conscience de son environnement, ne constatait aucune amélioration de ses blessures et se laissait donc happer de nouveau par son état second.

Au bout de deux jours, son esprit acquit la certitude que son cosmos, qui la gardait des affres du volcan, en bloquait également les effets bénéfiques. Elle le relâcha alors, s’offrant à la terrible ambiance de ce cœur de la Terre. À sa grande surprise, le revêtement de glace éternelle, censé être indestructible, commença à fondre. Xiphogone fut prise d’une peur panique de voir son bras se désagréger qu’elle l'enroba de nouveau de sa cosmo-énergie, mais elle laissa sa poitrine et son visage exposés aux vapeurs palingénésiques.

Il fallut deux nouveaux jours aux tissus de ceux-ci pour se reconstituer. Dans l’état méditatif qu’elle reprit, elle ne ressentit que de manière lointaine les tiraillements, les picotements, les élongations, les démangeaisons, les douleurs et les raideurs qui accompagnèrent sa régénération. Sur son thorax, les cicatrices résultantes étaient immondes, parcheminées, veinées et cloquées, son sein n’avait pas repoussé bien sûr, mais du moins son corps était-il à nouveau couvert de peau à cet endroit-là. Au toucher, son visage ne valait guère mieux et elle se félicita du talent du chevalier d’argent du Sculpteur, capable d’obtenir des masques résistants aux circonstances les plus extrêmes. En plus de protéger du dessèchement son globe oculaire dénudé, il lui servirait à dissimuler cette défiguration partielle si elle quittait un jour cette île.

Au bout de deux autres jours dans cet enfer curatif, la fièvre de Xiphogone avait reparu et la jeune femme se remit à divaguer. Elle revécut l’explosion, sauf que, cette fois, elle n'en était pas l’artisane et Chalydóry n'en constituait pas la pièce à réparer. La Saintia était un corps délabré plaqué sur une enclume et le fer de lance s’abattait sur elle tel un marteau, sans savoir qu’elle allait l’achever au lieu de la rénover. Alors que la lame la percutait, l'une devint l’autre. L'espace d’un instant, Xiphogone fut Chalydóry et Chalydóry fut Xiphogone, la chair fut l’acier et l'acier fut la chair, l'être fut l'objet et l'objet fut l'être.

De cet épisode de delirium naquit une idée folle, un pur pari encouragé par l’incomplétude partagée de son bras et de sa lame, par la non-renouvelabilité de leur matière respective. Cette idée n'était autre que la seule solution encore envisageable : si en esprit la chevaleresse avait été l’arme et l'arme avait été la chevaleresse, alors il faudrait qu'elles le soient également de corps. Elles s'étaient détruites l’une l’autre, à présent, il leur fallait se combiner pour revivre.

Au sortir de cette transe particulière, Xiphogone déplia soigneusement le paquet de laine dans lequel les morceaux de la lance divine attendaient leur résurrection. Les paroles confiantes d’Athéna sur sa filiation lui revinrent alors en mémoire et la rassérénèrent. Elle était une Amazone, une adepte de la témérité. Elle était une Chalybe, une architecte de l’acier. Mais surtout, elle était une Saintia, une guerrière de l’espoir. C'était pour cet instant précis que la déesse de la Sagesse lui avait laissé les fragments de Chalydóry. Xiphogone en eut la certitude et elle se sentit bénie par leur foi mutuelle l’une en l'autre.

La chevaleresse inspira profondément et expira lentement pour se préparer à l'épreuve qui allait suivre, puis elle commanda à son cosmos de quitter son bras.

Les heures suivantes résonnèrent de ses hurlements de souffrance à mesure qu’elle reconnectait les esquilles de ses os rompus au moyen des éclats de la lame brisée. De proche en proche, elle reconstitua son membre supérieur, raccordant au passage les lambeaux de peau, de muscles, de vaisseaux sanguins et de nerfs qui avaient été épargnés par l’explosion et préservés par la congélation, soudant et suturant acier, chair et squelette au moyen de son cosmos d’or porté au septième sens. Elle ne cherchait pas la perfection, juste une reconstruction sommaire avec l’espoir que le volcan de l’île Kanon s’occupe du miracle dont on le disait capable.

Une fois l’ultime débris de métal olympien fusionné avec son corps humain, Xiphogone s’écroula, se laissant enfin vaincre par le tourment et l’épuisement.

Elle resta un jour et une nuit complets perdue dans les limbes de l’inconscience, entre vie et trépas, entre régénération et décomposition. Quand elle se réveilla, la première chose que la Saintia perçut fut une vibration maternante, presque joyeuse. Puis, elle se rendit compte qu’elle baignait dans un halo doré qui n’avait rien à voir avec la flavescence du lac de lave. Alors qu'elle se relevait, la vibration se fit bourdonnement et le halo se fit éclat. Cherchant autour d’elle la provenance de ce curieux phénomène, elle découvrit la Cloth du Capricorne, trônant sur le plus haut rocher de l’îlot qui l’avait hébergée ces quatre dernières semaines.

— Impossible, murmura-t-elle, n’osant croire aux raisons potentiellement funestes qui expliquaient la présence de la protection sacrée en ces lieux : son maître avait-il péri ? Mort dans une Guerre Sainte qu’il avait voulu éviter ? Par sa faute à elle ?

Elle tendit ses mains vers l’armure.

Ses mains…

Ses yeux s’agrandirent quand elle constata qu’elle pouvait bouger ses deux bras. Elle sentait ses muscles, certes encore raides, mais qui roulaient agréablement en suivant ses mouvements. La peau cicatricielle de son membre guéri était pâle, tendue et lisse, marque indélébile de ses terribles blessures, mais elle était saine et formait un continuum dépigmenté et aporeux avec son thorax idoine. Son sein était définitivement perdu, mais tout le reste s'était refermé, raccordé, ressoudé. Elle supposa qu’il en allait de même pour son visage, bien qu’elle ne puisse le vérifier dans l’immédiat. Une chose était certaine, sa paupière était toujours absente, ce qui l'obligerait à conserver son masque pour protéger son œil. 

À cet instant, l'armure d’or du Capricorne vint la recouvrir, la réintégrant officiellement comme sa porteuse légitime, et Xiphogone l’accueillit avec une joie ineffable, comme on retrouve une amie après une trop longue absence ou une douloureuse séparation. Aussitôt la puissance de la Cloth entra en résonance avec sa cosmo-énergie et elles ne formèrent plus qu’un tout à nouveau. La Saintia pouvait enfin retourner au Sanctuaire, venger Ionia, défendre Athéna et la Terre, retrouver sa raison d'être. Sa lame, son bras, sa vie… plus rien n'était brisé, bien que la réparation de la lance divine n’eût pas pris la direction escomptée. De fait, l’embout olympien, auparavant fièrement serti sur sa hampe athénienne, s’apparentait à présent davantage à une épée sainte enchâssée dans un fourreau humain. 

La chevaleresse regarda autour d’elle, contemplant une dernière fois et remerciant sincèrement le volcan pour ses bienfaits, puis elle quitta la caverne au lac de lave qui avait été son refuge pendant un bon mois.

— Ainsi il y avait bien un chevalier d’or en convalescence. Tu auras mis le temps ! Je commençais à croire que mes informations étaient erronées ou que tu avais succombé à ce qui t’a amenée ici, la reçut une voix lorsque Xiphogone émergea du cratère fumant. 

Une femme en armure – à sa Scale, la Saintia l’identifia immédiatement comme une Marina de Poséidon – lui barrait le chemin serpentant sur les pentes du cône magmatique. Xiphogone se para de son cosmos, l’aura du Capricorne apparaissant dans son dos, prête à en découdre. Visiblement, la Guerre Sainte contre le dieu des Mers avait bien débuté, ce qui accentua ses doutes quant au sort de Ionia et attisa sa colère.

— Ôte toi de ma route, menaça-t-elle, je n’ai que trop tardé à rejoindre Athéna, alors je ne te conseille pas d’essayer de me retenir.

— Qu'espères-tu contre moi ? répliqua l’inconnue. Tu as beau être une chevaleresse d’or, si tu es là, c'est que tu as été grièvement blessée. J’ai déjà eu la décence de te laisser guérir, car il ne sera pas dit que les Généraux de Poséidon sont des couards et s’attaquent à des adversaires sans défense, mais je ne te permettrai pas de rallier le Sanctuaire. Les Saints de ta caste sont des obstacles bien trop gênants envers les desseins de mon seigneur.

Elle aussi éleva sa cosmo-énergie et brandit une arme que la Saintia aurait reconnue entre mille, tant elle était célèbre depuis la toute première Guerre Sainte.

— Aujourd'hui, tu vas mourir sous les coups de Phaïa de Chrysaor.

Chrysaor. Xiphogone se rappela que, dans les mythes, il s’agissait d’un être né du sang de Méduse, après que Persée l’avait décapitée. D’aucuns le disaient un sanglier ailé, d'autres un géant armé d’une épée d’or. Poséidon avait visiblement choisi de changer l’épée en lance pour son Général associé. Quelle ironie que le processus inverse se fût produit pour Chalydóry ! La chevaleresse pouffa, ce qui agaça Phaïa.

— La perspective de la mort t’amuserait-elle ? railla la Marina.

— Elle ne m’amuse, ni ne m'effraie, rétorqua Xiphogone en se mettant en garde. Je me demandais simplement laquelle de ta lance qui fut épée ou de mon épée qui fut lance l’emportera.

— Je ne vois nulle épée, fit remarquer la Générale de Chrysaor.

— C’est parce qu’elle repose à présent dans mon bras, à moi, Xiphogone du Capricorne !

Piquée au vif par ce qu’elle considérait comme un mensonge éhonté, une moquerie provocatrice, Phaïa rugit :

Kapraornygmē [Estoc de la pointe du sanglier] !

La Saintia se concentra. Dans son bras droit, cosmos, os et xiphos ne faisaient qu’un et un nom s’imposa à son esprit :

Ékkhálybrakmḗ [Bras tranchant issu de l'acier] ! clama-t-elle.


**


Le nom de l’épée sacrée résonne dans le silence qui accueille la révélation de Xiphogone. Il se réverbère entre les colonnades et les soffites du Palais de marbre, comme une rumeur qui circule sans jamais devenir soupir. Puis il déclenche une liesse immédiate et totale. Contre toute attente, la Saintia d’or que tous pensaient vouée à la déchéance a finalement accompli la tâche qui lui avait été dévolue. Une prouesse à laquelle personne n’avait cru.

Non contente de cet exploit, Xiphogone a également fait la première victime de la nouvelle Guerre Sainte qui d’imminente est de fait passée à déclarée. Grâce à la chevaleresse du Capricorne, les armées de Poséidon vont l’aborder privées d’un de leurs meilleurs atouts.

Ionia vient féliciter son ancienne disciple qui se présente au Sanctuaire en héroïne à l’honneur lavé, apte et prête à défendre la paix et l’amour sur Terre, pour Athéna, aux côtés de ses sœurs et frères d’armes. Ce n'est pas tous les jours qu'une nouvelle arme sacrée est admise au Sanctuaire. Rares sont celles qu’Athéna accepte : celles de la Balance, arc et flèche du Sagittaire, disques du Cocher, boulets de Cerbère, chaînes d’Andromède, bouclier du Dragon et quelques autres accessoires intégrés à certaines armures sont des exceptions. Xiphogone a réussi le miracle d’apporter une lame invincible incrustée à son propre bras. Une arme physique devenue cosmique qui a le mérite de respecter le principe même de la chevalerie, dont les représentants ne doivent se battre normalement qu’à la force de leurs poings et de leurs pieds.

Cette arme est déjà une légende, un mythe que le temps déformera néanmoins sans en amoindrir la puissance. De nombreux termes la désigneront successivement, tels que Esosclavidurnu, Echcaledfwlch, Exchalyber ou Escalibor, mais elle sera finalement connue et redoutée sous le nom de… Excalibur.



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