Mechamon Iris

Chapitre 90 : Au-delà des cendres

Chapitre final

5671 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 09/04/2026 11:47


IX - Final


Chapitre 90 - Au-delà des cendres


17 Mai 162EH.


Argenta.


Un homme en costume quitte le bureau du directeur du musée, accompagné de deux associés. Le jeune vingtenaire a, en l'espace de quelques mois, gagné la confiance du PDG de la prestigieuse Sylphe SARL. Et cette mission diplomatique, avec pour objectif de confirmer l'état du partenariat de leur entreprise avec le musée, suite au rachat de ce dernier par des riches investisseurs d'Hoenn, est particulièrement importante pour lui. Car elle est le premier pas vers une potentielle montée en grade.


Le jeune homme ajuste ses lunettes, fièrement, alors qu'il se dirige en direction du hall principal du musée. Bien qu'il n'ait rien eu à faire de particulier, il ressortait de son entretien avec des excellentes nouvelles pour son patron.


Sa montre et son estomac indiquent midi. Bien. Ce sera l'occasion parfaite pour découvrir les spécialités culinaires d'Argenta. Cette pensée lui traversa l'esprit, avant qu'un vieux souvenir traumatique mettant en scène des brochettes de rattata dans la Forêt de Jade ne vienne tout ruiner.


"Hey mais... Tu ne serais pas le stagiaire du Prof Chen ?"


Un frisson d'horreur parcourt alors le corps du jeune homme. Qui est l'abruti qui a osé m'appeler « Stagiaire » ?! Se demande-t-il en tournant son visage en direction de la voix l'interpellant. Furieux.


"Yo," dit Pierre, le chef du département de paléontologie, en levant la main.



Malheureusement pour l'ancien assistant, ses rêves de mets culinaires typiques de la région, qui auraient fait une bonne anecdote à raconter à ses collègues, furent remplacés par un plat de pâtes revenues au beurre, servi par le frère le plus vieux du paléontologue.


Ses associés l'ayant abandonné à son sort, il n'a pas su refuser l'invitation du géant, Pierre.


"Je ne pensais pas te revoir un jour. Surtout, après le décès du professeur," affirme le paléontologue en servant de l'eau de la carafe, au centre de la table.


"J'ai quitté mon poste d'assistant peu de temps après notre arrivée à Carmin sur Mer, l'an dernier. La paie ne justifiait pas ma mise en danger."


"Alors il y avait bien un bail dangereux dans ce que vous faisiez, à l'époque..." Marmonne Pierre, serrant le poing sur la table. Ce qui ne manque pas d'effrayer le pauvre assistant, qui laisse tomber un fusilli de sa fourchette.


"Qu'en est-il de la gamine ? Elle va bien ? J'ai entendu dire qu'Azul n'est plus recherché maintenant que la Ligue a été dissoute," ajoute le paléontologue, bombardant son interlocuteur de questions.


"L.. La gamine...? Ouais... Elle va bien. Je crois..." Bégaie-t-il, ne sachant comment se sortir de cette situation. Pierre ne le croirait pas s'il lui disait que la petite Ember était une vingtenaire depuis le début, en plus d'être la pilote du légendaire Vyzard.


Pierre ne manque pas de remarquer le changement de comportement de son hôte. Une vague de suspicion montant inexorablement en lui.


"Je ne comprends toujours pas ce qu'il s'est passé, il y a un an. Vous êtes arrivés à Argenta avec une enfant dans votre coffre, puis tout un tas de choses étranges se sont produites ici, puis à Azuria..." Dit-il en posant lourdement ses coudes sur la table, ses doigts entrelacés entre eux devant son visage sévère. "Quel était votre rôle, à toi, au prof, à Azul et à la femme qui l'accompagnait ?"


Le visage du jeune homme se couvrit de sueur en quelques secondes à peine. Il allait falloir qu'il se sorte vite de cette situation. Sauf que Pierre est connu pour être une personne difficile de fuir.


Et cette fois, il n'y aura aucun monstre géant pour l'aider à convaincre l'humain, tout aussi géant, à l'autre bout de la table...











Ce même jour, à Bourg Palette, Daisy Chen quittait son domicile au son de la cloche du village, indiquant midi.


Les derniers mois furent particulièrement rudes pour elle, qui venait de perdre les derniers membres de sa famille proche. Mais Daisy est une fille forte, qui a toujours su se relever lorsque le destin s'acharnait sur elle.


Alors qu'elle referme la porte de sa maison, la jeune femme remarque qu'une personne aux traits familiers se tient seule, observant la ruine qui était, il y a fort longtemps, la maison voisine à la sienne.


"Ember ? C'est bien toi ?" Demande-t-elle en se rapprochant de la femme aux cheveux noirs. Malgré sa coupe courte, Daisy reconnaît son visage, et particulièrement ses yeux rouges qui l'avaient tant marqués, lors de sa dernière visite.


La personne en question détourne son regard des ruines pour faire face à celle qui l'interpelle. Son visage se changeant en une expression de surprise, alors qu'elle fixe Daisy, bouche bée.


"J'adore ce nouveau style ! Ça te donne à la fois un effet mignon et sauva— Attends... Pourquoi est-ce que j'ai un sentiment de déjà-vu...?" Dit Daisy en cherchant dans sa mémoire. "Peu importe. Si t'es là, ça veut dire qu'Azul aussi est dans le coin ?!"


"Azul...?" Répète la jeune femme, se ressaisissant enfin. "Ah... Oui. Il est au cimetière."


"Oh. Ok," réponds la jeune Chen en baissant les yeux. Bien qu'elle ait été forte jusqu'à présent, la mention du cimetière semble toujours avoir un effet négatif sur son moral. "Et... Tu n'es pas avec lui ?"


La jeune femme ne lui répond pas, se contentant de tourner la tête en direction de la ruine. Pour Daisy, le comportement d'Ember lui parait un peu étrange. Mais pour son interlocutrice, la situation est quelque peu délicate.


"Cette ruine est là depuis tellement longtemps, que je ne me souviens même plus de qui y a habité, autre fois," avoue la jeune femme blonde, essayant de changer de sujet. "Je ne pense pas pouvoir conseiller à qui que ce soit de l'acheter. Sauf si Azul et toi prévoyez de venir vivre à Bourg Palette ?!"


"Même pas en rêve," affirme un nouvel arrivant, mettant une petite claque à l'arrière du crâne de Daisy en passant à côté d'elle.


"AZUL !" S'exclame-t-elle en se jetant presque sur lui. Un geste qui échoue lamentablement, lorsque le jeune Leeves pose sa main sur le front de Daisy afin de la tenir éloignée.


"J'en ai profité pour nettoyer leurs tombes. Tu peux partir pour Jadielle la conscience tranquille," dit-il, nonchalamment.


Le regard de la jeune femme s'écarquille. Déjà, car elle ne pensait pas qu'Azul ferait une telle chose pour son frère, son grand-père, ou encore pour elle. Mais surtout...


"Comment est-ce que tu sais que je vais à Jadielle ?!"


"Tu t'es maquillée, parfumée et équipé d'un sac à main qui coûte trop cher pour une sortie au village," dit-il, chaque détail impressionnant un peu plus la jeune femme. "Tu n'as pris aucun bagage avec toi, il est donc impensable que tu partes plus loin que Jadielle."


"T.. Tu as déjà pensé à devenir détective un jour...?"


"Non. Et ton bus arrive dans cinq minutes. Le prochain sera à seize heures. Tu ferais mieux de te dépêcher."


Daisy hurle d'horreur en observant la montre à son poignet. Remerciant Azul une dernière fois, elle dira au revoir au duo, avant de courir en direction du seul arrêt de bus du village.


Enfin, Azul se tourne en direction de la jeune femme aux cheveux d'ébène, dont le visage traduit un inconfort qui a du mal à se dissiper.


"Tu regrettes ce que tu as fait ?" Demande-t-il.


Scarlett répond en secouant sa tête de gauche à droite, avant de reprendre doucement son souffle.


"Si c'était à refaire, je ne le referais pas. Mais je n'irais pas pleurer sur la tombe de Green pour autant."


Un soupir s'extrait des lèvres du jeune homme, qui tourne alors sa tête en direction du ciel. Son expression illisible.


"Il est facile de tuer quelqu'un. Mais il est plus dur d'endosser les conséquences qui suivent, hein ?"


La mine de Scarlett s'assombrit en entendant ces mots. Si elle était restée celle qu'elle était, sur le trône de la Ligue, elle ne se serait jamais souciée des conséquences. Tout comme Ember, c'est parce qu'elle souhaite se forger un chemin aux côtés des autres, qu'elle doit fatalement faire face aux fruits de ses erreurs.


Sentant qu'il est inutile de s'attarder davantage sur ce sujet, Azul se tourne à son tour en direction des ruines.


"Je suppose que tu n'as rien trouvé ici non plus."


"...Non. Il n'est pas ici."


"Dans ce cas, il ne te reste plus que la piste qu'Ember a découverte," affirme le jeune homme, observant Scarlett du coin de l'œil.


"Cette fille, à Johto..."


Azul lui tourne enfin le dos, marchant en direction de la sortie du village. Là où ils ont garé leur véhicule. Scarlett ne tarde pas à le suivre, d'un pas plus lent.


"Mon père ne sera pas content. Il voit en toi une disciple avec du potentiel," dit-il en glissant ses mains dans ses poches. "Mais j'imagine que tu n'as pas prévu de rester à moisir dans un dojo pendant des années, si ?"


Soufflant du nez, un sourire se dessine enfin sur les lèvres de Scarlett, tandis qu'elle observe l'océan, plus loin.


"En effet."











À la même heure, dans l'université de Céladopole, deux jeunes femmes sortent de leur dernier cours de la matinée. Prêtes à se revigorer avec un déjeuner bien mérité.


Un plein d'énergie dont Morgane aurait cruellement besoin, en vue de son apparence.


"Et dire qu'on pourrait suivre tous ces cours en distanciel au lieu de circuler au milieu de tout ces gens..."


"Ne dis pas ça... C'est important que tu saches te sociabiliser..." Lui réponds son amie aux courts cheveux blancs, elle-même fatiguée de devoir répéter cette phrase tous les jours.


"Elle a raison. Ce n'est pas en te cachant derrière un écran que tu deviendras un modèle pour les enfants qui sont sur ces îles," la voix d'une de leurs vieilles connaissances, qui les attendaient, adossée à un pilier, à l'entrée du bâtiment, retentit plus loin.


"O.. Ol...!" Morgane se met à trembler, soudainement, se cachant derrière son amie qui, pour sa part, offre un grand sourire à leur visiteur.


"Olga !"


"Je passais par la capitale. J'ai donc décidé de venir voir comment se porte ma disciple préférée," affirme-t-elle en s'approchant d'Ember, avant de lui caresser la chevelure d'un geste affectif.


"Je me demandais ce que tu étais devenue depuis que la Ligue a été dissoute," avoue la jeune femme, d'un air inquiet.


Surprise par la préoccupation de celle qui était son ennemie il y a encore quelques mois, Olga ne peux s'empêcher de rire aux éclats.


"La Ligue n'était qu'un point de passage pour moi. J'ai déjà trouvée une autre activité."


"Voilà qui est rassurant..." Marmonne Morgane, toujours cachée derrière son amie.


L'œil de verre de l'ancienne membre du Conseil se pose alors sur celle que l'on nommait autrefois « La Sorcière ». Comme si elle pouvait la voir à travers ce dernier.


"Si mes intentions te préoccupent tant, reste tranquille, tu seras aux premières loges pour veiller à ce que mes services ne profitent à aucune organisation malveillante."


"H.. Hein... ?" Le visage de Morgane se décompose dans une couleur encore plus pâle que celle qui peignait déjà ses traits.


Un sourire malicieux se dessine alors sur les lèvres rouges d'Olga, qui sort un billet de ferry de sa poche.


"Départ : Parmanie. Direction : l'île Un," lit Ember, à voix haute, en se rapprochant du ticket.


"Je pars dès ce soir, pour rejoindre votre amie l'ex militaire sur les îles Sevii."


"POURQUOI ?!!" S'exclame Morgane, absolument outrée par cette dernière information.


Il y a quelques mois, après les événements du Plateau Indigo et du Mont Sélénite, la Sorcière s'est vue obligée de faire un certain nombre de choix, pour son avenir.


Voyant que tout le monde autour d'elle, dont sa meilleure amie, Ember, avançaient vers de nouveaux objectifs, la peur de se retrouver seule à nouveau servit de moteur pour la convaincre d'accepter la proposition de Farida. Cette dernière consistant à la rejoindre sur les Cramois'îles.


Cependant, la jeune Safranienne s'est vite retrouvée face à un problème de taille. Personne n'avait besoin d'une hackeuse sur un archipel en développement.


De plus, en voyant Farida et les autres habitants travailler durement dans un quotidien honnête, malgré leur passé sombre, Morgane perdait peu à peu l'envie de pirater qui que ce soit depuis son ordinateur.


Une pirate informatique souhaitant vivre une vie paisible sur une île anciennement habitée par des vrais pirates. L'ironie était absurde.


Puisque les enfants sur place avaient besoin d'une éducation, mais que le gouvernement provisoire ne pouvait se permettre de lancer un programme lié au développement de l'archipel pour le moment, Morgane a décidé de suivre l'exemple d'Ember en reprenant ses études.


Sauf que, contrairement à elle, son objectif ne se trouve pas au-delà des frontière kantonniennes.


Soudain, le téléphone de la femme aux cheveux blancs se met à vibrer. Ce qui calme temporairement les deux ex collègues.


En voyant le message qu'elle vient de recevoir, le sourire sur les lèvres d'Ember se dissipe instantanément.


"Excusez-moi," dit-elle, ajustant son sac avant de courir en direction de la sortie. Laissant Morgane seule avec son pire cauchemar.











En un quart d'heure, Ember était enfin arrivée au point de rendez-vous. Un petit parc pour enfant, non loin de l'École Marguerite.


A-t-elle choisi cet endroit volontairement ? Se demanda-t-elle alors qu'elle s'approchât du portillon donnant accès à l'intérieur du parc.


Ce dernier est vide. Pourtant, à cette heure-ci, il n'était pas rare d'y voir des collégiens, à l'époque.


La raison à la dépopulation des lieux lui saute rapidement aux yeux, lorsqu'une personne en combinaison intégralement noire, portant un masque de moto s'approche d'elle.


Il s'agit d'Ursula. L'adversaire qu'Azul a eu à affronter lors du Rocket Grand Prix, il y a plusieurs mois maintenant.


D'un signe de la tête, la femme de la mafia indique à Ember qu'elle peut passer le portillon. Chose qu'elle fait, d'un air beaucoup plus tendu.


À l'intérieur, la première chose qui alerte la jeune femme est le grincement incessant de la balançoire, au centre du cercle de sable.


Assise sur un des deux sièges, une autre jeune femme, vêtue d'un kimono noir aux patterns rappelant des ronces, reçoit Ember avec un grand sourire.


"Tu as fait vite."


L'expression de la fille aux cheveux blancs se durcit. Ses pas écrasant le sable sous ses chaussures alors qu'elle se rapproche de la femme aux yeux verts.


"Qu'est-ce que tu me veux ?"


"Tu n'as pas l'air heureuse de me voir. Je me trompe ?"


"Je n'approuve pas tes méthodes, Erika," affirme Ember, visiblement mieux informée sur les derniers agissements de la nouvelle madone de la Team Rocket.


Son interlocutrice éclate de rire. Un son mélodieux et harmonieux, bien trop contrôlé pour qu'il puisse être naturel.


"Je me fiche de ce que tu penses. Ton existence est sans importance pour moi. Cependant, tu as quelque chose que je veux..." Dit-elle, le pattern dans ses yeux brillants vivement.


"Azul...?"


Plantant ses pieds dans le sable, Erika stop le mouvement de la balançoire. Toujours en souriant, elle prononce ses prochains mots sur un ton plus grave.


"Appelle-le. J'ai à lui parler."


"Pourquoi est-ce que je ferais ça ?" Demande Ember, pensant extraire des informations, mais ne recevant que des menaces en réponses.


"Parce qu'il serait dommage que la presse apprenne que le Chevalier Dragon étudie actuellement à l'université de Céladopole. Je me demande quel impact ça aurait sur ta petite vie paisible."


Les poings d'Ember se serrent en réaction, son regard se remplissant d'un profond sentiment de mépris.


"Je refuse."


"Hm ?" Le sourire d'Erika disparaît, peu à peu. Appliquer ses menaces ne l'arrangerait pas non plus, et elle espérait que la personne en face d'elle fasse preuve de plus de sagesse.


"Peu importe les raisons qui t'ont poussé à devenir la personne que tu es aujourd'hui, je n'accepterais jamais l'Erika qui se tient en face de moi," affirme la jeune femme, la fixant droit dans les yeux. "Menace-moi autant que tu le souhaites. Je ne te servirais pas d'intermédiaire pour contacter Azul."


Un silence pesant s'installe dans le petit parc, perdu dans le District Académique de Céladopole. Les deux femmes se lançant respectivement des regards noirs.


La main d'Erika se serre, jusqu'à ce que ses poings deviennent blancs. Du sang coulant doucement le long de ses doigts lorsque ses longs ongles percent sa paume.


Sans dire un mot, la jeune Kimono ouvre de nouveau sa main. Une ronce de sang cristallisé sortant de ses plaies pour se lancer en direction du cou d'Ember.


Une attaque qui, de par sa nature surprenante, n'avait encore jamais raté sa cible, jusqu'à présent. Mais aujourd'hui, son adversaire n'était pas une personne ordinaire.


Celle qui se tient en face d'elle, la seule et unique pixie-humaine de cet univers, attrape la ronce avec une main mécanique, générée autour de son bras au moment où Erika a ouvert la paume de sa main.



"...?"


Le vent se lève, emportant un peu de sable sur son passage. L'instinct d'Ursula, à l'entrée du parc, lui indiquant que quelque chose a changé, dans l'atmosphère. Mais, en se tournant pour confirmer l'état de santé de sa patronne, rien ne lui saute aux yeux.


L'angle de vue, depuis sa position, ne lui permettant de voir ni la ronce, ni le bras mécanique.



Les deux jeunes femmes continuent de se fixer sans rien dire. S'imaginant déjà plusieurs scénarios possibles, mais dans aucun d'entre eux la résolution serait favorable à Erika.


La madone décide donc de minimiser les dégâts, changeant sa ronce en sang, de nouveau.


"Tant pis. Je trouverais un autre moyen de le contacter," dit-elle en se levant de son siège, ajustant son kimono.


"Ne penses pas qu'Azul acceptera d'aider ton organisation."


"Oh. Loin de moi l'idée de lui demander de se battre. Le pauvre a déjà assez donné sur ce plan," répond Erika en souriant de nouveau. Un air plus sadique envahissant ses traits, cette fois-ci. "Tu sais, il m'arrive aussi de vouloir entendre le son de sa voix. Plus souvent que tu ne le penses."


Ember liquéfie son bras mécanique. Sa mâchoire se serrant tandis que son regard suit les mouvements de sa rivale, qui quitte enfin les lieux, sans daigner lui dire « au revoir ».


Ursula lui ouvre la portière de la voiture noire garée face au portillon, puis s'empresse de rejoindre le siège conducteur.


"J'en déduis que vous n'avez toujours pas réussi à contacter Azul Leeves," dit-elle en voyant sa patronne enrouler un bandage autour de sa main.


"C'est absurde... Je suis à la tête de l'organisation criminelle la plus puissante de ce pays, et je n'arrive même pas à le joindre."


"Je me demande où il a pu trouver un tel plan de structure... Il n'a eu aucun contact avec la Sylphe. Et je n'ai pas l'impression que ce soit son genre de s'engager sur de tels projets..."


Une base cachée au Mont Argenté, exploitant l'énergie d'Electhor encore présente dans le dieu mécanique pour défendre Kanto et Johto en cas de menace de grande envergure.


Le regard d'Erika devint soudainement plus mélancolique. En voyant les papiers envoyés par Azul, elle a su instantanément qu'il était celui qui avait pris ces notes, et dessiné ces plans.


Mais comme l'a souligné Ursula, ce n'est pas cohérent avec l'Azul Leeves que tout le monde connaît.


Il s'est passé quelque chose, lors de sa bataille au Mont Sélénite. Quelque chose qui l'a changé. Il y a obtenu un savoir qu'il n'avait pas, autrefois. Et peut-être même plus, encore...



Voyant la voiture noire s'éloigner du parc, un groupe d'enfants s'approche enfin. Ballon sous le bras, soulignant que la femme qui conduisait avait l'air d'une assassin. Et que, selon leurs dires, elle était extrêmement cool.


Ember reconnaît certaines têtes dans le lot, dont un certain Franck, qui semble s'être refait des amis depuis le départ d'Emily et de Sabrina. Une nouvelle qui lui rend le sourire.


"Je ferais mieux de retrouver Morgane avant qu'elle ne s'enferme dans sa chambre à nouveau."











Le monde avance. Et les personnes qui se sont battues pour leurs choix, avancent avec lui. Une page de l'histoire se tournant, doucement, alors qu'une jeune adolescente refuse encore d'accepter la conclusion qui lui était offerte.


Anzu Fuschia était allongée sur le canapé du salon, dans l'appartement qu'Ember utilise le temps de ses études. Les volets fermés, avec pour seule lumière celle d'une vieille télé au son grésillant.


La première chaîne qui apparut, lorsqu'elle appuya sur le bouton rouge de la télécommande, rediffusait le dernier spectacle d'Ondine, dans l'arène aquatique d'Azuria.


Vite ennuyée, Anzu changea de chaîne, tombant cette fois-ci sur un canal d'information.


"Le Général Bob Ray a conclu, jeudi dernier, un accord avec la nouvelle impératrice johtonnaise. Rendant à Johto sa souveraineté et son indépendance. Nous vous rappelons également que vous avez jusqu'au vingt-deux mai pour vous rendre aux bureaux de vote, afin d'élire notre prochain dirigeant. Les parties—"



Zap.



"Léo Roy. Vous aviez participé activement à l'armement de Johto, lors de la guerre. Au point d'être perçu comme un traître de la nation."


"J'ai été acquitté, vous savez."


"O.. Oui. Pardonnez-moi."


"Ce n'est rien. Vous m'avez invités pour connaître mon avis sur le nouvel armement adopté par les johtonnais, n'est-ce pas ?"


"C.. C'est exact. Mais avant ça—"



Zap.



"Une lumière blanche a envahi le ciel ! Puis juste après, il y a eu une autre explosion, au sommet de la montagne !! Je vous le dis, si ce n'est pas Johto, alors c'est certainement l'œuvre d'une race extraterrestre venue nous—"


Soupirant longuement, Anzu éteint la télévision, avant de se tourner sur elle-même, encore allongée sur le canapé.


"On ne peut même plus allumer la télé sans voir leurs têtes..." marmonne-t-elle en frappant le dossier du sofa avec son pied, à répétition.


Le silence et l'obscurité qui lui avaient donné un refuge devenaient, peu à peu, de plus en plus étouffants.


Mais le pire, dans tout ça, c'est qu'aujourd'hui, Anzu n'a même pas le luxe d'être seule dans sa misère.


"Je sais que vous êtes là !" Dit-elle sur un ton agacé. "Vous venez pour me ramener au village, c'est ça ?!"


...


..


.


"Non."


La voix qui lui répondit n'était pas celle d'un ninja, comme elle s'y attendait. Le timbre appartenait à une femme qu'elle connaissait bien, et qui, après un long moment, se décide finalement à sortir de l'obscurité.


"Maman..." S'étonne la jeune adolescente. "Q.. Que fais-tu ici ? Le village... Ils ont besoin de toi—"


La voix d'Anzu, déjà enrouée par ses émotions, disparut soudainement en voyant Madoka lui offrir un sourire.


"Est-ce que je peux m'asseoir ?" Demande la femme en kimono, sur un ton aussi doux que bienveillant.


Anzu ne répond pas. Elle se contente de replier ses jambes, libérant une place pour sa mère.


Faisant signe aux deux ninjas qui l'ont accompagnée jusqu'ici, ces derniers quittent l'appartement alors que Madoka s'assoit, avec élégance, sur le vieux canapé.


"Le village a également besoin de toi," dit-elle, son sourire s'adoucissant encore plus en voyant que sa fille détourne le regard. "Mais il y a plus important que ça. Tu as besoin de moi. Et moi aussi... J'ai besoin de toi, Anzu."


Le regard de la jeune ninja s'écarquille, doucement. Puis, il se pose de nouveau sur sa mère. L'adolescente semble perdue. Vulnérable. Ses lèvres tremblotant, comme si elle avait un milliard de choses à dire, mais aucun mot correspondant à ce qu'elle ressent actuellement.


Madoka se penche plus près, caressant la longue chevelure violette de sa fille avec tendresse. Puis, voyant que cette dernière ne semble pas protester, elle glisse sa main derrière sa tête, pour la tirer contre sa poitrine.


"Tu as toujours été forte. Et je suis très fière de toi. Mais tu es jeune, Anzu. Et il n'y a pas de honte à avoir mal. Tu as le droit de te sentir blessée."


Les larmes commencent, peu à peu, à couler le long des joues d'Anzu. Des larmes qu'elle s'efforçait de retenir, depuis des mois maintenant.


"Ce n'est pas une faiblesse de pleurer la mort de son propre père..." Lui chuchote Madoka, sa propre voix se brisant sur le dernier mot.


Des spasmes envahissent le buste de la jeune fille, qui s'empresse de serrer ses bras autour de sa mère.


Elle venait de pointer le problème du doigt. Perçant un abcès plus douloureux que tout ce qu'Anzu a pus ressentir dans sa vie.


Enfonçant son visage dans la poitrine de sa mère, la petite ninja hurla. Un cri qui sortit de son âme. Les larmes coulant à flots désormais.



Après plusieurs longues minutes à coiffer, silencieusement, sa fille tout en écoutant ses pleurs, la main de Madoka s'arrête de bouger. Anzu s'est enfin calmée. Trop fatiguée pour continuer de crier.


La Kimono pose donc ses lèvres sur le front de la jeune fille, avant de murmurer.


"J'ai demandé à Haru de s'occuper des affaires internes pendant un petit moment. Est-ce que ça te dirait d'aller à Johto, avec moi ?"


Johto.


Ce mot représente bien plus qu'un pays pour Anzu. Après tout, c'est là-bas que se situe le cœur du clan Kimono. Le clan que Koga souhaitait détruire par-dessus tout.


Sa réponse met du temps à arriver. La jeune fille étant indécise. Une part d'elle est curieuse. À propos de Johto. Des amis qu'elle a rencontrée avant la bataille du Plateau Indigo. Du clan de sa mère.


Mais une autre part est terrifiée de ce qui pourrait l'attendre là-bas. De ce clan étrange, dont elle ne connaît que la haine qu'éprouvait son père à son égard.


Son incertitude n'échappe pas à Madoka, qui pose doucement sa main sous le menton de sa fille pour la forcer à lever la tête et à lui faire face.


"Nous n'irons pas à Enju City," dit-elle, sur un ton plus sûr. Plus protecteur. "Il y a plein d'autres endroits magnifiques que j'aimerais te montrer."


"...Pourquoi est-ce que tu fais tout ça...?" Demande Anzu, d'une voix tremblante.


La question surprend Madoka. Elle savait que les avis la concernant, au village, fluctuaient selon la personne.


Certains l'adorent. D'autres la détestent. Mais beaucoup de gens savent que, dans le fond, Madoka Fuschia n'a jamais cessé d'être Madoka Kimono.


Une méfiance de la part des autres qui ne l'a jamais dérangé. Mais qu'elle ne pensait jamais rencontrer dans le regard de sa propre fille.


"Parce que je t'aime, Anzu..." Répond-elle, sa voix tremblante alors que son visage fond en larmes. "Tu es ce que j'ai de plus précieux. Je t'aime plus que tout ce que j'ai pu aimer dans ma vie."


Le regard d'Anzu s'écarquille. Personne ne lui avait jamais montré autant d'amour, avec autant d'intensité. Pourtant, les gens du village n'ont jamais cessé de lui offrir de l'affection.


Mais l'amour d'une mère, ou d'un père, était ce qu'elle avait toujours voulu, au fond d'elle.


Un sourire, aussi pur que paisible, apparaît enfin sur ses lèvres.


"D'accord. J'irai à Johto avec toi."











Le temps passe et s'écoule, inexorablement. Les fleurs printanières, fragiles mais pleines d'espoir, laissant leur place aux fruits d'un été qui, contrairement à celui de l'année précédente, laisse présager des températures chaudes et un ciel parfaitement dégagé.


Kanto brille d'une splendeur autrefois oubliée. Un éclat renforcé par le sourire de ses habitants. Et ce, malgré les « au revoir » déchirants qui ont lieu, à la gare de la seconde plus grande ville du pays.


"Votre train, avec pour départ « Safrania », en direction de « Kogane City », entrera dans le quai numéro quatre dans dix minutes. Nous vous souhaitons un agréable voyage."


"Je n'arrive pas à croire que ton père ait pleuré comme un bébé, du haut de ses quatre-vingts ans..." Soupire Scarlett, d'un air exaspéré.


"Je suis à peu près sûr qu'il a, au moins, trente ans de moins que ce que tu lui donnes..."


"T.. Tu n'as rien oublié ?" Demande Ember, clairement nerveuse.


Au-delà du fait que ceci soit un grand jour pour Scarlett, il faut également souligner que la pixie-humaine est encore dans une phase d'efforts avec celle qui lui a coupé la tête, il y a quelques mois.


Non pas qu'elle ne lui ait pas pardonné. Mais une part d'elle, probablement encore traumatisée par ce qu'elle a vécu, a du mal à assimiler le fait que Scarlett est inoffensive, désormais.


"Ce n'est pas comme si j'avais beaucoup d'affaires à oublier en premier lieu..."


"Ta brosse à dents ? Ton portefeuille ? Ah ! Ton téléphone !" S'exclame Ember, oubliant presque de respirer. "N.. Ne deviens pas impossible à contacter comme lui !"


"Hey..." Proteste Azul, n'appréciant guère d'être mentionné de la sorte.


"Tu n'avais qu'à ne pas jeter ta carte SIM par-dessus le Pont Pépite," lui renvoie Ember, sur un ton plus stricte.


"J'avais une très bonne raison de le faire," répond le jeune homme en détournant le regard.


"Car tu recevais des appels de journalistes...?"


"N'empêche que c'est efficace."


"Parce que tu n'as donné ton nouveau numéro qu'aux deux personnes ici présentes..." Affirme Scarlett en se greffant à la conversation.


Un rire incontrôlé s'échappe de la bouche d'Ember, qui se rend compte de l'absurdité de la situation. Sa prise de conscience se rependant à travers les deux autres, également.


"Tu m'appelles si tu trouves une piste ?" Demande-t-elle à Scarlett, un sourire plus calme sur son visage, désormais.


"Je t'appellerai même si je ne trouve pas de piste," répond la femme aux cheveux noirs, presque gênée par ce qu'elle venait de dire.


Mais, malgré ce moment émotionnellement embarrassant, Ember ne peut s'empêcher d'être rassurée.


Mew lui avait demandé de s'assurer que Scarlett priorise son propre bonheur, juste avant qu'elle ne sorte de l'espace mental. Et, au dépit de ses recherches, la jeune femme ne semblait pas obnubilée par le fait de retrouver l'alien.


"Bref. Je ferais mieux d'y aller avant que quelqu'un ne me vole ma place," affirme-t-elle en attrapant son sac, à ses pieds. "Ne détruisez pas une montagne en mon absence. Et pensez à m'appeler si je deviens tata—"


"AAAAAAAAH !!! TAIS-TOI ET MONTE DANS TON TRAIN !!!" Hurle Ember, le visage brûlant, attirant, au passage, l'attention de tout le monde, autour d'eux.


Scarlett, fière de sa blague, ricane en rejoignant son train, qui venait d'arriver à quai. Ne manquant pas de leur faire un dernier signe de la main en partant.


"Bon sang..." Soupire Ember, essayant de reprendre son souffle.


"Tata, hein..." Marmonne Azul en soufflant du nez.


"A.. AZUL ?!! S'exclame la femme aux cheveux blancs, redevenant rouge comme une tomate."


"En attendant le jour où elle deviendra « Tata », il semblerait que tu aies une sœur, désormais," explique Azul, un sourire aux lèvres.


Ember le fixe longuement. Son cerveau assimilant l'information avant qu'elle ne se tourne de nouveau en direction du train, dans lequel Scarlett cherche maintenant sa place.


"Une sœur..."



Le couple observe la locomotive jusqu'à ce que l'heure du départ ne sonne. Leurs regards suivant le mouvement du train, se dirigeant vers un autre horizon.


Enfin, étirant ses membres, le jeune Leeves tourne sur ses talons pour quitter la gare.


"Tu ne vois pas d'inconvénient à ce qu'on dîne chez mon père, ce soir ? Si on ne l'en empêche pas, il serait capable de prendre le prochain train pour Johto juste pour être sûr que Scarlett soit bien arrivée."


"Je commence à me demander de qui elle est la sœur, parmi nous deux..." Dit Ember en soufflant du nez, suivant Azul vers la sortie. "Au fait. Maintenant qu'elle n'est plus ici, qu'est-ce que tu comptes faire ?"


Une bonne question. Ces derniers mois, Azul a passé son temps à parcourir Kanto en compagnie de Scarlett, à la recherche de Mew. Le jeune homme tenant à lui apprendre comment se faire des contacts afin de travailler sans contrats. Un must, si elle souhaite financer ses aventures.


"Hm... Je vais rester à Céladopole, le temps de tes études."


"C'est tout ?"


"C'est tout."


"Pas de grands projets ? Aucune grande ambition ?"


"J'ai eu assez de grands projets et de grandes ambitions en une année," répond-il en soupirant.


Un sourire se dessine sur les lèvres d'Ember, qui accélère le pas pour marcher à ses côtés. Sa main se glissant dans celle de son partenaire.



Nul ne sait de quoi l'avenir sera fait. Mais, pour le moment, Azul Leeves peut enfin affirmer, après de nombreuses batailles...


"J'ai enfin trouvé le bonheur. Et maintenant que je le tiens..." Sa main se serre doucement autour de celle d'Ember. "Je ne le lâcherais plus jamais."

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