Pérégrinations

Chapitre 2 : Sous les arcades du château

665 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 25/07/2026 13:25

Être libre, est-ce nécessairement être égoïste ?

Questionnez-vous mon indignité, mon amie ?

La rage fait trembler vos lèvres et pulser votre joue,

Bouillonner mon sang. Sous les arcades du château, Virginie,

Je me rêve indélicat, maltraitant votre grâce, désobligeant.


Vous êtes mal née ! sifflai-je et voilà que vous blêmissez

Et blâmez et maudissez mon irrévérencieuse

Fatuité.

Indifférent je suis à la noblesse acquise en héritage

Mais vous heurter, Ingénue, est un juste hommage

Au fiel de votre question. Vous méritez mon acrimonie

Tandis que vous espérez mon cœur, ne niez pas.

Fustiger mon égoïsme est un moyen peu efficace

Pour me plaire, Virginie.

Certes, votre esprit est vif, vous ne manquez pas d’audace,

Mais votre ventre neuf et le sourire rose de vos lèvres

N’inspirent que les béats, les coureurs de vertu.

Je n’en suis pas.

Vous savez mon vit attaché à ces viles pratiques

Que vous méprisez. Le souci accroché à votre frange brune, pourpre

Aux feuilles aromatiques,

les sourcils mobiles, élastiques –

dont je flattais le dessin délicat, tantôt, ce qui éveilla en vous

le feu d’une passion stérile –

Sont signes comme vous êtes fébrile.


Renoncez, je vous prie, au dessein inutile

De séduire un homme aux désirs imbéciles,

Certes, comme il vous plaît de les juger.

Libres et égoïstes.

À la Bastille, mon ami Donatien croupit pour ces mêmes raisons

Qui vous font me condamner.

Je ne possède du marquis, ni l’esprit, ni le talent, ni le courage,

Mais son goût pour l’outrance en licence, je partage.

Vous ne possédez rien d’une Justine, Virginie !


Que dites-vous ? Vous avez lu ?


Entre mes mains expertes, fidèles aux courtisanes, qui vous aviliront

Souhaitez-vous comme cette pauvre enfant perdre âme et vertu ?


Parlez, je vous implore ! Cessez cette grossière tourmente !

Le goût de l’enfer, vicié, vous déplairait. Les plumes opalescentes

Mêlées à votre chevelure, le rai qui rend grâce, dans votre cou chemine,

au teint lisse, pâle, dont Aphrodite vous fait jouir, abominent

L’idée qui jaillit comme une source dans le pré de l’Asphodèle.


Taisez-vous ! Renoncez !


Sous les arcades du château, Virginie, vous êtes si belle.


Égoïsme, dois-je m’y reconnaître, tandis qu’à vos lèvres je m’abreuve ?

Au Diable mes scrupules puisque vous vous offrez, innocente et fiévreuse,

Sans conscience des errances miennes qu’il vous faudra satisfaire.

La liberté ne se disserte pas, comme la philosophie, dans le boudoir.

Sodome ! Cité maudite aux mœurs perverses, accueillez très bientôt ma nouvelle égérie,

Mais protégez son cœur de mes basseries, modérez mes ardeurs, apaisez mes folies.


Me sauver, quelle idée ! Virginie, mes vices prospèrent et autour de vos épaules s’enroulent

Déjà. L’évocation même de votre nudité au creux de votre oreille vous trouble.

Me trouble.

Il n’est de rédemption que dans les contes de votre enfance. À la vindicte, Virginie, vous n’échapperez.

Cédant aux envies déviantes de l’homme que vous élisez, de larges sangles vous enroulez

autour de vos chevilles graciles. Adieu, l’ami aux moustaches frivoles et charmantes ; il vous reniera.

Où êtes-vous chères amies blondes aux robes blanches et aux ombrelles dentelées ?

Yeux détournés, lippes amères. Leurs mots gausseront les crimes d’amour.


Coupable !


Ainsi vous serez bannie et, moi, de vous honni. Nos nuits nuiront à vos jours ;

Car ce qu’on tolère pour l’homme, à la femme on le refuse.

Neuve inclination, tendre sacrifice, fi ! seuls les excès seront retenus.

En place publique, votre sein flagellé expirera. Comment m’y résoudre ?

Adorée, je plie échine, accède à vos vœux, abuse

De vos baisers, de vos serments. Le destin se joue foudre,

Foudroie.

Sous les arcades du château, ô belle amante, feu Ingénue,

Libres et égoïstes.

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