Noriko
— TROUVEZ-MOI LE RÉVOLUTIONNAIRE !
Agenouillé, les bras tendus, Marco écrasait sans relâche le thorax de Noriko à un rythme régulier.
Haruta et Joz foncèrent chacun de leur côté arpenter la Grande Place et les quais, tout en passant le message à leurs subordonnés, alliés et aux autres commandants. Les pirates avaient presque tous quitté la Grande Place pour atteindre les quais, mais rebroussaient chemin d’un seul mouvement pour reprendre le combat sitôt le nouvel ordre tombé.
— Allez Noriko, respire… Respire !
Vista, qui assurait leurs arrières, atterrit près d’eux après avoir terrassé un Pacifista.
— Ils la cherchent…
Le colosse d’eau vaincu, Kizaru et Aokiji s’étaient déployés pour mettre la main sur Luffy et Noriko. La baie avait été de nouveau gelée, empêchant les pirates de prendre le large et permettant ainsi aux Marines de les piéger. Pour compléter ce massacre, des lasers tombaient du ciel et embrasaient les navires les plus proches.
Caché de la vue de tous grâce à l’abri de fortune créé par Mihawk, Marco continuait de s’acharner.
— Je t’interdis de mourir, t’entends !? Je t’interdis de mourir !
Le visage d’Ace passa dans son esprit. Il l’imagina un bref instant, souriant aux côtés de Noriko, tous deux inconscients de ce qui les attendait.
« Son pouvoir sera soit bénéfique, soit destructeur… »
Tu avais presque raison, père : bénéfique pour nous, mais destructeur pour elle.
La sueur perla sur les tempes de Marco. Il n’avait rien pu faire pour Ace qui était mort sous ses yeux, il était donc hors de question qu’il laisse Noriko se sacrifier simplement parce qu’elle avait perdu le contrôle.
Elle doit vivre.
Pour Ace. Pour elle. Pour son équipage.
Marco se pencha en avant, posa sa bouche sur la sienne pour insuffler de l’air dans ses poumons, puis se redressa pour reprendre le massage cardiaque.
Il s’était méfié d’elle, l’avait soupçonnée de mentir, l’avait protégée malgré lui sur les ordres de son capitaine, pour finalement faire tout ce qui était en son pouvoir pour aller la chercher sur le champ de bataille.
Noriko, quant à elle, n’avait pas hésité à risquer immédiatement sa vie lorsqu’il était sur le point de se faire achever par Kizaru. Rien ne l’avait obligée à agir. Elle aurait pu le laisser mourir, elle aurait pu continuer son chemin vers Ace, mais elle avait délibérément mis ses jours en danger pour le sauver.
Et il ne l’avait pas remerciée.
— Réveille-toi...
Sans faiblir, il continua.
— Ils l’ont trouvé ! avertit Vista avant de tuer plusieurs soldats d’un seul coup de lame.
Marco serra les dents. Si Noriko reprenait ses esprits ne serait-ce qu’une fraction de seconde, elle serait sauvée.
Accompagné de quelques commandants, Ivankov apparut rapidement devant lui. Voyant Noriko inanimée, il se laissa tomber à genoux, tendit une main tremblante vers son visage et resserra finalement son poing.
— Paille-boy ne se le pardonnera pas…
— Aide-la, implora Marco en ancrant son regard dans le sien.
— Mes pouvoirs ont leurs limites, se désola le révolutionnaire, je peux pas…
— Elle n’est pas encore morte ! cracha férocement le Phénix avant de se pencher de nouveau sur les lèvres de Noriko.
Ivankov soupira avant d’abdiquer.
— Si tu la réveilles, je pourrai toucher son système immunitaire et son potentiel de guérison, ça raccourcira son espérance de vie sur le long terme, mais lui permettra au moins de fuir. Mes hormones ne guérissent pas vraiment, elles font seulement croire au corps que c’est le cas. Le reste dépendra de sa volonté de vivre, ce qui veut dire…
— Que ce sera pas le cas si elle pense à Ace.
Ivankov hocha gravement la tête, puis fit apparaître cinq longues aiguilles au bout de ses doigts.
— Elle va souffrir… comme elle n’a jamais souffert.
Marco crispa la mâchoire et hocha la tête, indiquant qu’il se tiendrait prêt.
— Je peux pas rester longtemps, avertit le révolutionnaire en scrutant la moindre réaction de Noriko, mes hommes ont besoin de moi.
Regroupés, les commandants et plusieurs pirates repoussaient désormais les Marines qui tentaient de les atteindre. Dégoulinant de sueur, Marco fit abstraction de la lutte sanglante qui résonnait autour de lui et repoussa sa fatigue.
Si tu meurs dans mes bras, je te jure que…
Il retira ses mains lorsque Noriko respira enfin par elle-même. Un soulagement intense l’envahit. Ce fut bref, une inspiration rauque et étouffée, mais son cœur était bel et bien reparti.
Sans attendre, Marco se plaqua sur elle, tandis qu’Ivankov enfonçait profondément ses doigts entre ses côtes, transperçant ainsi sa peau et ses muscles.
Les yeux de Noriko s’écarquillèrent instantanément. Son corps se contracta lorsque son hurlement d’agonie s’éleva dans les airs et déchira les tympans.
Le Phénix la tenait avec force tandis qu’elle s’époumonait en se désarticulant de douleur.
Ivankov retira ses doigts ensanglantés.
Noriko fut relâchée. Elle inspira bruyamment autant d’air qu’elle put et se redressa soudainement. Les yeux injectés de sang, elle haletait bruyamment et ne cessait de regarder autour d’elle. Elle poussa un cri de terreur quand elle aperçut le trou bordé de lambeaux de chair sur son épaule et s’affola sous le coup de l’incompréhension.
Elle est en état de choc…
Marco avait réussi à arrêter le saignement, mais n’avait pas pu la soigner correctement. Il lui saisit les poignets quand elle commença à se marteler le crâne.
— C’est fini, Noriko, c’est fini…
— Le plus dur reste à venir, rectifia aussitôt Ivankov. Elle ne ressent plus aucune douleur, mais il faudra que tu surveilles son prochain réveil. Son corps risque de ne pas supporter le poids de toutes ses blessures.
Le Phénix le remercia dans un souffle. Le révolutionnaire inclina le menton et se propulsa au loin pour rejoindre ses hommes.
Une explosion ramena le commandant à la réalité : ses camarades luttaient toujours et le temps comptait. La douceur et la compassion devraient attendre.
— Marco…, gémit Noriko quand il la releva.
Les larmes roulaient sur ses joues noircies par le sang et la crasse. Elle posa quantité de questions sur ce qui venait de lui arriver, renifla bruyamment, puis explosa en sanglots.
Le Phénix dégagea les cheveux de son visage.
— Écoute-moi bien…
— Ace…, hoqueta-t-elle, Ace est…
Il la força à le regarder dans les yeux.
— Non, n’y pense pas. C’est trop tard pour lui, mais pas pour toi.
Le visage déformé par le chagrin, elle ferma les yeux et secoua la tête. Marco écrasa presque sa mâchoire pour l’immobiliser et se pencha pour mettre son visage à la hauteur du sien.
— Tu pleureras plus tard, gronda-t-il sévèrement, quand tu seras en sécurité.
Surprise par le haussement soudain de sa voix, elle se mordit la lèvre inférieure et une lueur craintive passa dans ses yeux.
Il se maudit intérieurement pour ses paroles et la secoua légèrement pour qu’elle se concentre.
— Je veux que tu cours, Noriko. Cours aussi vite que tu peux et embarque sur le premier navire que tu verras, chaque pirate que tu croiseras aura pour ordre de t’aider.
Elle avait ses chances. Tant qu’il serait aux commandes, ni lui ni ses hommes ne la laisseraient mourir.
Il sursauta lorsqu’elle posa ses mains poisseuses de sang sur les siennes.
— Ne m’abandonne pas toi aussi…, supplia-t-elle à travers ses larmes.
Marco s’humecta les lèvres. D’ici peu, les Amiraux débarqueraient et tenteraient de la tuer. Jinbe courait sur la baie gelée pour atteindre la mer, le Chapeau de Paille serait bientôt hors de danger, et toutes les puissances de Marineford se tourneraient vers elle. Les pirates et les alliés avaient tous traversé les quais et tentaient maintenant de dégager les navires prisonniers de la glace ; les commandants avaient donc décidé de rester en arrière pour empêcher à eux seuls leurs ennemis de les poursuivre. De ce fait, ils couvriraient également la fuite de Noriko qui n’aurait plus besoin de se battre.
— Marco, faut y aller, pressa Joz, c’est loin d’être terminé !
Les hauts gradés apparurent au loin, accompagnés de Kizaru et Aokiji.
Le Phénix sonda le regard de Noriko qui le troubla. Ce n’était plus une jeune femme déterminée à tenir tête à un Empereur pour obtenir gain de cause qui se trouvait face à lui, mais juste une gamine terrifiée par les horreurs de la guerre.
Il crispa la mâchoire. S’il admettait se sacrifier, elle ne partirait pas.
— Je dois les aider, mentit-il. Il en va de la sécurité de mon équipage, je peux pas les faire passer avant toi, je… je t’ai déjà dit que je pouvais pas me permettre de te protéger.
Elle étouffa un sanglot et resta interdite.
Il se força à la repousser brutalement.
— Fais ce que je te dis, Noriko. Et te retourne pas.
Elle tituba sur quelques pas sans pouvoir détacher son regard de lui. Sa bouche trembla quand elle prit conscience de la violence de son geste.
— Va-t-en ! tonna-t-il.
À contrecœur, elle obéit, ses jambes faussement rétablies lui permettant de détaler facilement vers les quais.
Marco souffla pour se concentrer. Les flammes bleues embrasèrent son corps quand il déploya ses ailes. Aux côtés des autres commandants, il s’éleva dans les airs et laissa exploser une colère trop longtemps contenue.
*****
Ace est mort.
Prostrée derrière d’immenses gravats, les mains plaquées sur ses oreilles, Noriko hurlait à travers ses larmes. Le corps transpercé d’Ace hantait son esprit. L’instant d’après, c’était son visage qui la regardait pour la dernière fois.
Elle ne comprenait plus rien et reconnaissait à peine l’endroit où elle se trouvait. Autour d’elle, tout était détruit, et des bruits de lutte et d’explosions tonnaient toujours plus fort dans le ciel. Elle ignorait combien de temps elle était restée évanouie et ce qui s’était passé depuis lors.
Mihawk l’avait empêchée de retrouver Ace qui agonisait. Elle l’avait vu fermer ses yeux. Elle l’avait vu s’effondrer. Ensuite, rien d’autre qu’un trou noir. Son oncle l’avait-il assommée ? Où était-il maintenant ? Comment s’était-elle retrouvée avec Marco alors qu’il l’emmenait de force ? S’étaient-ils battus ? Pourquoi Ivankov était-il présent ? Qui l’avait blessée à l’épaule ? Et pourquoi n’arrivait-elle plus à ressentir la moindre douleur alors qu’elle était dans un état déplorable ?
Elle serra les dents et avisa ses paumes brûlées par le froid ainsi que ses doigts coupés par la lame du Marine qu’elle avait repoussé. S’ils ne saignaient plus, il n’en était pas de même pour sa hanche. Les quelques fils de Doflamingo étaient toujours en place et lui permettaient de marcher et de courir sans aucune difficulté, mais le sang ne cessait de couler.
Elle tira un peu plus son vêtement vers le haut et aperçut une ligne de cinq fines et profondes perforations.
De l’adrénaline… ?
Voilà pourquoi Ivankov se trouvait à ses côtés. Il avait assuré de l’aider si elle en avait besoin et l’avait réveillée à l’aide de ses pouvoirs.
Luffy avait reçu une dose. Elle en avait reçu cinq. Elle s’était retrouvée dans un état pire que le sien.
Quelque chose la perturbait cependant : pourquoi ne pas avoir visé son cœur ? Quelle que soit la raison, son corps entier succomberait bientôt. Elle se força à rester concentrée et fouilla dans sa mémoire.
Où était Luffy ? Avait-il été arrêté ?
Son souffle se bloqua dans sa gorge quand elle songea au pire.
Ace est mort.
Elle laissa son chagrin la submerger. Ils étaient trois à fuir, elle se retrouvait seule. Sans Luffy, elle n’avait plus de raison d’être pirate, mais sans Ace, elle n’avait plus de raison de vivre.
Elle ferma les yeux. Tout devint presque silencieux et seuls les battements de son cœur continuèrent de résonner dans ses oreilles. Presque imperceptible, son rythme cardiaque ralentissait, la plongeant doucement dans un profond bien-être.
Elle oublia Grand Line, le Sunny, son propre équipage, et même sa volonté de retrouver son père. Seul un immense vide prenait place dans son esprit tandis qu’elle se laissait sombrer, gagnée par un sommeil éternel.
Deux mains l’empoignèrent violemment pour la soulever et la secouer. Elle tenta de se débattre, mais un homme passa son bras à travers sa poitrine pour la tenir contre lui et la força à faire face à deux autres.
— Calme-toi, on est de ton côté !
Noriko ouvrit de grands yeux en apercevant des pirates de Barbe Blanche.
— Qu’est-ce que tu foutais ? grogna l’un d’entre eux. Tu veux crever ici ou quoi !?
— On te laissera pas faire, avertit sèchement un autre, pas après ce que t’as fait pour nous.
Abasourdie, Noriko cilla plusieurs fois. Faisait-il allusion aux remparts qu’elle avait explosés ? Sans avoir le temps de protester, elle fut emmenée de force.
Tout en longeant le muret qui entourait la Grande Place à la recherche d’un reste d’escalier menant aux quais, Noriko ne pouvait détacher son regard des nombreux cadavres de Marines qui jonchaient le sol. Tous étaient trempés.
Des soldats donnèrent l’alerte et leur foncèrent dessus.
— Eh merde !
Noriko fut violemment poussée en avant et sommée de partir.
— Ne cherche pas à te battre et cours, intima l’un des pirates avant de s’élancer vers ses ennemis.
« — Je veux que tu cours, Noriko. »
La voix tranchante de Marco résonna en écho dans son esprit.
Elle avait conscience que la vie de ses hommes passait avant tout et elle avait voulu lui obéir sans rechigner, mais sa stupeur l’avait empêchée de comprendre ce qui se passait. Il avait fini par s’emporter, elle avait eu peur de lui et s’était enfuie sans réfléchir. Kizaru s’était ensuite matérialisé devant elle, mais Marco avait été tout aussi rapide et l’avait sauvée d’un tir de laser avant de forcer l’Amiral à le combattre. Si cela lui avait certainement coûté un temps précieux qu’il n’avait pas, il avait respecté son engagement : elle avait dit la vérité concernant sa relation avec Ace, elle pourrait donc compter sur l’équipage de Barbe Blanche pour la protéger.
Mais à quoi bon… ?
— Reste pas là ! hurla un pirate.
Elle cilla pour reprendre contenance et descendit vers les quais.
« — Promets-moi de rester en vie. »
Courant à perdre haleine, les larmes brouillant inlassablement sa vision, Noriko chassa la promesse qu’elle n’avait pas eu le temps d’accepter et qu’elle refusait d’honorer. Ne réfléchissant plus et laissant ses pas la guider, elle se retrouva face à la baie gelée qu’elle était pourtant certaine d’avoir vue fondre.
Qu’est-ce que…
Devant ses yeux se déroulait l’horreur à l’état pur.
Des centaines de pirates abandonnaient derrière eux les embarcations piégées par la glace – dont certaines étaient en proie aux flammes – et se dirigeaient péniblement vers l’extérieur de la baie. Épuisés, ils fuyaient le combat qui continuait de faire rage, tandis que les Marines les poursuivaient sans relâche, fusils et sabres en main. Au milieu de ce spectacle sanglant, une chevelure rose se détachait : Kobby avait retrouvé ses esprits et participait activement à la lutte sans merci.
Par-delà la mer gelée, de rares navires alliés attendaient, une rampe posée sur la glace permettant à ceux qui le pouvaient de les rejoindre. Toujours plus loin, des dizaines de cuirassés les prenaient à revers, leurs tri-canons braqués sur eux. Les alliés ripostèrent aussitôt et une bataille navale assourdissante s’ensuivit.
Parmi ceux qui s’entretuaient se trouvaient les évadés d’Impel Down, portant toujours leurs uniformes de prisonniers et menés par Baggy le Clown. La dernière fois que Noriko l’avait vu, il se pavanait sur un écran géant avant que la transmission ne soit coupée. Nul doute qu’il avait trouvé le moyen de s’en sortir vivant.
Bien que moins nombreux, quelques Pacifistas assistaient les soldats, eux-mêmes accompagnés des Grands Corsaires. Seul Kuma manquait à l’appel – il n’avait pas dû se relever après son dernier affrontement contre Ivankov.
Le cœur de Noriko se serra quand elle aperçut Mihawk. Elle était certaine qu’il déployait son Haki de l’Observation – et qu’il était donc parfaitement conscient de sa présence – mais il ne tourna pas une seule fois la tête vers elle. Loin d’être exténué, il repoussait les pirates et créait d’immenses brèches pour les faire sombrer dans l’eau glaciale. Son menton trembla. Elle n’en revenait pas de pouvoir encore être déçue par son comportement. Il savait la raison de sa présence ici et qu’elle était affiliée aux hommes qu’il était en train de massacrer, mais il continuait d’obéir inlassablement aux ordres de la Marine.
« — COMMENT PEUX-TU ÊTRE AUSSI INCONSCIENTE !? »
Elle sentait encore sa fureur incompréhensible qui l’avait tétanisée, après s’être opposée à lui en refusant d’obéir. S’il ne l’avait ni livrée ni aidée en conséquence, il avait tout simplement cessé de se préoccuper d’elle. Compte tenu de leur passé, cela ne lui ressemblait pas, mais elle ne comprenait plus ses intentions depuis tellement longtemps qu’il était inutile de s’attarder sur ses raisons insensées.
Les mains de Noriko tremblèrent de colère.
Pourquoi la trahison de son oncle lui faisait-elle aussi mal ? Elle avait toujours su qu’il ne l’avait élevée que par devoir et pas par amour, alors pourquoi était-elle aussi déçue ? Des larmes roulèrent sur ses joues qu’elle essuya négligemment. Elle se détestait d’avoir brièvement été soulagée de le savoir en vie – même si elle n’avait pas pu rejoindre Ace par sa faute. Quelle que soit la situation, elle avait désormais la preuve irréfutable que Mihawk choisirait toujours son statut à ses dépens.
Une violente explosion la convainquit de ne pas s’attarder. Derrière elle, le combat des commandants s’approchait dangereusement. Ne souhaitant pas être ralentie par le sol froid et glissant qu’offrait la glace ou risquer de prendre un bain bouillant dans le pire des cas, elle longea les quais et se dirigea vers l’une des extrémités de la baie pour suivre les pirates à distance. Son chemin était jonché de cadavres et de débris. Les tourelles avaient toutes été détruites et plus aucun tri-canon n’était en état de fonctionner. Elle frissonna. Autour d’elle, tout était trempé et la sensation familière qu’elle ressentait lui assurait que ce n’était pas que de l’eau de mer.
Ace est mort.
Ces mots la frappèrent de nouveau. Pourquoi courir si elle comptait se laisser mourir ? Elle trébucha et tomba de tout son long sans ressentir la moindre douleur. Elle enfonça ses doigts dans son cuir chevelu, prête à contrer une migraine par habitude.
« — Noriko, résiste ! »
Ce fut cette fois la voix de Mihawk qui la ramena à la raison. Un cri rauque s’échappa de sa gorge.
Résister ? Résister à quoi !?
« — Noriko ! Arrête ! »
La même voix qu’elle ne souhaitait plus entendre, plus brisée cette fois, comme pressée par l’urgence d’une situation.
Elle se boucha les oreilles et se recroquevilla. Pourquoi avait-elle ce sentiment d’avoir fait quelque chose d’affreux ?
Elle regarda ses mains tremblantes. Avait-elle de nouveau perdu le contrôle ? Même si elle n’agissait pas d’elle-même, elle avait toujours été consciente de ses gestes. Si son pouvoir s’était manifesté, elle s’en souviendrait forcément.
Un grincement lui fit lever la tête. Elle eut tout juste le réflexe de rouler sur le côté pour éviter une bâtisse qui s’écroulait sous son propre poids.
Elle se releva, haletante. Non. Il était certain qu’elle s’en souviendrait si elle était à l’origine de ce carnage. Ce n’était que le résultat des terribles ondes de choc de Barbe Blanche qui avaient tout balayé sur leur passage. Les dégâts avaient même été retransmis en direct.
Les écrans géants !
Trop proche des murs d’enceinte, elle s’en éloigna suffisamment avant de faire volte-face. Deux des écrans diffusaient les ruines de l’échafaud, ainsi qu’une partie de la Grande Place. Sous sa forme de Bouddha géant, Sengoku luttait contre une fumée noire et opaque.
Elle ne remarqua qu’à cet instant l’absence évidente de quelqu’un et son cœur se serra quand elle le vit enfin. Barbe Blanche se tenait debout, parfaitement immobile. Pourquoi n’agissait-il pas ?
Son sang se glaça dans ses veines lorsque Barbe Noire apparut devant Sengoku, confirmant qu’il avait bel et bien répondu à l’appel. Elle laissa échapper un cri de stupeur et plaqua les mains sur sa bouche quand le Grand Corsaire imita la posture de Barbe Blanche. Ses doigts brisèrent le ciel. L’instant d’après, une onde de choc faisait trembler l’île. Furieux, l’Amiral-en-Chef l’écrasa d’un poing géant et l’envoya dans les profondeurs du gouffre qui scindait la Grande Place en deux.
Les yeux écarquillés d’horreur, Noriko avait parfaitement reconnu le Fruit du tremblement. De quelque manière que ce soit, Barbe Noire en était désormais l’utilisateur. Ses jambes se dérobèrent sous son propre poids et un sanglot se coinça dans sa gorge quand elle comprit : Barbe Blanche se tenait immobile parce qu’il était mort.
Elle frappa rageusement le sol de ses poings en pleurant à chaudes larmes. Ace était parti. Son père l’avait suivi. Les commandants qu’il considérait comme ses frères étaient en train de se sacrifier pour leur équipage. Les subordonnés et les alliés fuyaient désespérément, tout en obéissant à l’ordre de la protéger. La famille d’Ace était en train de se faire massacrer et elle ne pouvait rien faire.
À quoi bon posséder un pouvoir surpuissant si c’était pour être aussi faible ?
Ses sanglots se transformèrent en grognement de rage. Tous luttaient pour leur survie et elle n’avait rien trouvé de mieux à faire que de s’évanouir. Elle avait été inutile du début à la fin. Si elle continuait sa route, les pirates engageraient de nouveau le combat pour l’aider et se mettraient en danger. Valait-il la peine de fuir si c’était pour entraîner des centaines d’hommes vers une mort certaine ? Elle n’avait pas le droit de leur infliger ça. Si elle restait ici, les Marines finiraient par venir la cueillir – ou la retrouveraient morte – et l’équipage aurait de meilleures chances de s’en sortir.
Sous ses pieds, un grondement dangereux la sortit de ses pensées. Elle crut d’abord que c’était dû aux affrontements des commandants, mais fut brutalement projetée en arrière par un souffle brûlant.
Elle se redressa, les sens en alerte, et se pétrifia de terreur lorsqu’elle s’aperçut qu’un immense tunnel déformait les quais et s’enfonçait dans les entrailles de l’île. Les battements de son cœur s’accélérèrent, manquant de perforer ses côtes : les parois étaient enduites de magma.
Elle n’eut pas le temps d’émettre le moindre cri. Jusqu’à maintenant, elle n’avait même pas remarqué l’absence d’Akainu qui se matérialisait déjà au loin devant elle, le regard braqué sur la baie gelée. S’il était dans un sale état et couvert de sang, il restait néanmoins debout et dégageait une aura meurtrière. Il sembla apercevoir ce qu’il cherchait et fonça dessus.
Noriko s’étrangla avec sa salive et ses pupilles se contractèrent lorsqu’elle reconnut la silhouette de Jinbe qui portait quelqu’un.
— L... LUFFY !?
Un fol espoir l’envahit : Jinbe était un homme-poisson, s’il atteignait l’océan, plus personne ne pourrait les rattraper.
Elle se jeta sur la mer gelée, les paumes ouvertes pour faire apparaître un torrent qui la propulserait vers eux. Son pouvoir ne lui obéit cependant pas et sa respiration se coupa lorsqu’elle s’écrasa lamentablement contre la glace. Les pirates repoussèrent aussitôt les Marines qui braquaient déjà leurs armes vers elle. Noriko rampa sans leur prêter la moindre attention. La main tendue, ses doigts tremblèrent lorsqu’elle les arqua pour créer de l’eau. Elle rugit de frustration quand elle échoua une fois de plus.
À moitié changé en magma, Akainu s’approchait toujours plus de Jinbe.
Impuissante, Noriko hurla quand il abattit son poing.
Le souffle de l’explosion qui suivit la repoussa en arrière. Les yeux exorbités, elle laissa finalement son corps s’affaisser de soulagement.
Surgissant de nulle part, Ivankov avait détourné l’attaque au dernier moment. Sa tête démesurément agrandie, il fit un clin d’œil qui envoya violemment l’Amiral s’écraser à l’opposé de la baie.
Il est vivant, il est vivant, il est vivant.
Noriko essuya négligemment les larmes sur ses joues et renifla.
Concentre-toi.
Il est vivant, mais pas Ace…
Non ! Concentre-toi !
Elle ne pouvait pas se permettre d’être dévastée. Pas maintenant. Luffy était en vie et inconscient.
Comment avait-elle pu être aussi égoïste ? Si elle s’abandonnait, elle l’abandonnait aussi.
« — Un dernier ordre, Nori : reste en vie. »
Elle avait pour excuse de ne pas avoir accepté la promesse d’Ace, mais ne pouvait pas s’opposer à une demande de son capitaine. Elle lui avait juré allégeance. Il avait juré qu’il ne lui arriverait jamais rien. Si l’un ou l’autre manquait à sa parole, Luffy ne se le pardonnerait jamais. Rien n’indiquait qu’il se remettrait de la mort de son frère, elle n’avait certainement pas le droit de lui ajouter la sienne sur la conscience.
Ace était mort. Luffy était vivant.
Pour lui, elle allait survivre. Juste assez longtemps pour s’assurer qu’il serait sauf. Juste assez longtemps pour fuir à son tour.
Ensuite seulement, elle ferait ses adieux.
Elle se laisserait mourir, oui, mais pas ici. Pas à Marineford.
Furieuse contre elle-même, elle se releva en tremblant légèrement. Peu à peu, l’adrénaline quittait son corps, il fallait faire vite.
Pour Luffy.
Les Marines avaient également retrouvé leurs esprits et armaient leurs fusils. Un pirate se plaça devant Noriko, ordonnant à ses compagnons de la protéger. Parés à tirer, les soldats se changèrent subitement en pierre au moment d’appuyer sur la gâchette.
Boa Hancock fusa dans le ciel au-dessus de leurs têtes. Les pirates ne perdirent pas leur temps et réagirent aussitôt. L’un d’entre eux attrapa Noriko par le bras et l’aida à se hisser sur les quais.
— On couvre tes arrières, va-t-en !
Elle hocha la tête et s’élança vers les navires aussi vite qu’elle le put. Elle trébucha une nouvelle fois et vérifia sa hanche qui saignait abondamment. Si elle ne ressentait rien, ses blessures étaient toujours présentes et affaiblissaient dangereusement son corps.
Autour d’elle, les pirates empêchaient les Marines de se mettre sur sa route et très vite, un chemin dégagé permettant de rejoindre l’extrémité de la baie s’ouvrit devant elle.
Elle continua, ignorant les tirs de mortiers qui pulvérisaient les dalles sous ses pieds, ignorant les balles qui tranchaient les airs près de sa tête et ignorant les cris de ceux qui mouraient avant de pouvoir l’atteindre.
Elle ne remarqua qu’à ce moment-là la cruelle quantité manquante de soldats. Des renforts étaient sortis des innombrables trappes dissimulées sur la Grande Place, portant facilement le nombre d’ennemis à plusieurs milliers, la baie gelée aurait donc dû compter beaucoup plus de Marines.
Elle avisa les pirates qui remontaient la baie vers les navires. Tant que les Amiraux n’intervenaient pas, ils pourraient s’en sortir. Ils étaient peut-être épuisés, mais n’en restaient pas moins redoutables. Elle n’aurait pas dû les sous-estimer. Barbe Blanche était l’homme le plus fort du monde : il fallait en attendre tout autant de son équipage.
L’extrémité de la baie était proche désormais. Il lui resterait encore quelques dizaines de mètres à parcourir sur la glace et elle pourrait enfin rejoindre un navire allié.
Un brouillard s’éleva autour d’elle sans qu’elle n’y prête attention. C’est lorsqu’il s’épaissit soudainement qu’elle comprit son erreur. Désormais opaque, il s’enroula autour de ses poignets avant de s’attaquer à sa taille et de la soulever dans les airs.
Noriko tenta vainement de se débattre, mais la fumée se resserra et la comprima si fort qu’elle étouffa presque. Ses deux paumes croisées sur ses clavicules, elle tenta vainement de faire apparaître une bulle d’eau.
Des pirates lui portèrent immédiatement secours, mais tous furent violemment repoussés par la fumée qui s’étendait toujours.
Le bruit de ses chaussures claqua sur les dalles avant qu’elle ne l’aperçoive reprendre sa forme humaine. Du sang coulait de sa tempe et l’état de ses vêtements témoignait de l’intensité de ses combats. Les doigts de Smoker se posèrent sur le cigare qu’il retira de sa bouche. Un regard furieux planté dans celui affolé de Noriko, il expira lentement.
— Ta route s’achève ici, Nièce de Mihawk.
La poitrine de plus en plus comprimée, elle grimaça, tentant de faire fonctionner ses poumons.
Le Colonel ferma les yeux une seconde de trop, puis relâcha légèrement la pression, lui permettant d’inspirer une grande bouffée d’air enfumé qui la fit tousser.
— Notre combat n’a pas lieu d’être, gémit-elle aussitôt, nos pouvoirs… seraient inefficaces l’un contre l’autre…
— C’est curieux, j’ai plutôt l’impression d’avoir l’avantage.
Elle se tortilla, tentant de se dépêtrer de ses liens intangibles.
— Je suis plus en état de me battre, insista-t-elle.
Il remit son cigare en bouche.
— Si c’est trop déloyal pour toi, dis-toi que ce ne sera pas pire que ton odieux chantage.
Noriko ouvrit de grands yeux, les larmes inondèrent ses joues. Lorsque la fumée la rapprocha du Colonel, elle secoua la tête et tenta le tout pour le tout.
— Je t’en supplie, Smoker, je suis désolée… je voulais pas… je voulais pas la blesser ! J’ai pas eu le choix, je…
Sa voix se brisa sous le coup d’un sanglot incontrôlable.
Il la dévisagea sans la moindre compassion.
— Tu pourras pas m’attendrir, petite. Je suis navré pour ta perte tragique, mais tu es trop dangereuse pour que je te laisse filer. Outre ta menace envers Tashigi, tu es responsable de la mort de milliers de soldats et je ferai en sorte que tes crimes ne restent pas impunis.
Muette d’effroi, Noriko ne comprit pas à quoi il faisait allusion. Elle avait assurément pris beaucoup de vies durant sa lutte, mais ses victimes ne se comptaient certainement pas par centaines.
— Je ne suis pas partisan de la violence gratuite, continua Smoker. Malgré mon envie de te régler moi-même ton compte, j’ai des valeurs et des principes, alors je suivrai la voie de la justice et défendrai ce pour quoi je me bats.
Noriko flottait à ses côtés tandis qu’il tournait les talons pour se diriger vers la Grande Place. Elle avisa Luffy et se débattit de plus bel. Elle devait le voir repartir d’ici. Elle devait le voir de ses propres yeux. Elle implora donc le Colonel d’attendre que son capitaine soit sauf avant de l’emmener.
Sa hanche cogna lourdement le sol lorsque la fumée se dissipa. Face à elle, un genou à terre, Smoker comprimait son thorax. La respiration saccadée, du sang coulait de sa bouche et le cigare qu’il avait craché continuait à se consumer à ses pieds.
Noriko rampa à reculons quand il releva la tête et elle tressaillit lorsque du sable tourbillonna devant elle. L’instant d’après, la silhouette massive de Crocodile lui tournait le dos.
— Tu me déçois, tu sais ? Passer d’une puissance démoniaque à une fillette pleurnicharde qui supplie ses ennemis, t’as perdu ta dignité en même temps que ton esprit ou quoi ?
Elle resta tétanisée et avala difficilement sa salive. De quoi parlaient-ils tous ?
Tandis que Smoker se redressait déjà, Crocodile la lorgna par-dessus son épaule, la lèvre supérieure retroussée.
— Dire que je te respectais presque.
Une explosion attira leur attention à tous trois. Au loin, Ivankov s’écrasa lourdement dans la glace. Au même moment, Akainu enfonçait son poing dans le dos de Jinbe.
Toujours perturbée par les propos de son salvateur, Noriko fronça les sourcils et mit quelques secondes à comprendre que Luffy était sur le point de se faire tuer.
Elle laissa soudainement échapper un hoquet de stupeur et se traîna vers le rebord du quai.
Crocodile pesta à voix haute. Les mains de Noriko claquèrent sur les dalles lorsque du sable s’enroula fermement autour de sa cheville pour la tirer en arrière. Elle tenta de se débattre, mais se tétanisa d’effroi quand une tornade fusa à une vitesse folle vers Jinbe avant de l’emporter dans les airs – empêchant ainsi l’Amiral d’asséner un nouveau coup.
— Qu’est-ce qu’ils attendent pour les foutre sur un navire ? bougonna l’ancien Corsaire en refermant son poing.
Complètement paniquée, Noriko ne put prononcer le moindre mot et Smoker la devança en posant la question qui lui brûlait les lèvres.
— Pourquoi tu persistes à les aider ? grogna-t-il en changeant son poing en fumée. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de te rappeler ta défaite à Alabasta.
L’homme de sable se crispa.
— Je risque pas d’oublier que je leur dois mon séjour à Impel Down, grinça-t-il, mais je laisserai pas la Marine dicter sa loi.
Il coula un regard mauvais vers Noriko.
— Si ça peut te rassurer, que ces gosses vivent ou meurent, ils connaîtront l’enfer, et à choisir, je préférerais même avoir la possibilité de les voir souffrir.
Noriko serra les dents. Crocodile était définitivement loin d’être un allié et n’agissait pas par bonté d’âme. Nul doute qu’il l’aurait tuée depuis longtemps si la situation avait été toute autre. Elle cessa presque de respirer quand il se pencha vers elle pour l’empoigner par le col et crut un bref moment qu’il allait l’écorcher vive.
Sans croiser son regard, il la jeta brutalement en arrière.
— Dégage de là, tu me gênes.
Pantelante et n’ayant pas le temps de comprendre, elle ravala ses larmes, se releva et prit la fuite. De la fumée apparut au-dessus de sa tête, mais le crochet de Crocodile contra le poing de Smoker avant qu’il ne la touche.
— Elle a raison sur un point, souligna l’ancien Corsaire, ce combat n’a pas lieu d’être.
Le Colonel le repoussa avec hargne, bien décidé à ne pas se laisser faire.
Le fracas de leur combat résonna dans les oreilles de Noriko tandis qu’elle abandonnait les quais pour continuer sa course sur la glace.
À bord du plus proche navire, des alliés la remarquèrent et quelques-uns d’entre eux se dépêchèrent de venir à sa rencontre.
L’estomac contracté de terreur, elle chercha Jinbe du regard et l’aperçut volant toujours dans les airs. Il avait perdu connaissance mais tenait fermement Luffy dans ses bras. Elle tressaillit en constatant que le poing de magma avait brûlé le torse de son capitaine et manqua de tomber quand elle aperçut le haut du corps de Baggy qui les tenait tous deux.
Comment il… ?
En contrebas, Akainu les suivait du regard. Il leva un poing et fit pleuvoir des météorites.
Le sol glacé explosa par endroits et tangua à d’autres. Noriko perdit l’équilibre et glissa aux pieds des alliés. Elle fut relevée et poussée vers le navire, tandis que des Marines fonçaient toujours vers eux.
Avec désespoir, elle vit Baggy se tordre dans tous les sens en s’accrochant fermement à l’homme-poisson. Complètement paniqué, il évitait non sans peine les innombrables boules de magma qui lui tombaient dessus.
Noriko tendit une paume pour l’aider, mais fut incapable de créer la moindre bulle. Un pirate saisit son poignet et la tira vers lui en hurlant de se dépêcher. Elle se trouvait désormais devant la rampe d’accès menant au pont. Encore un pas et elle serait prête à prendre le large.
Non.
Elle s’immobilisa. Si Jinbe était inconscient, atteindre la mer ne lui serait plus d’aucune utilité : il devait lui aussi embarquer sur un navire.
— Je peux pas les abandonner !
— C’est pas notre but, rétorqua le pirate en la poussant, il reste d’autres navires et…
Le souffle incandescent d’une explosion emporta la fin de sa phrase.
Prostrée et hors d’haleine, Noriko releva fébrilement la tête. Ses yeux s’écarquillèrent.
Marco était en train de stopper une coulée de magma à l’aide de ses flammes bleues, la protégeant elle, tous les hommes à bord ainsi que Luffy qui se trouvait plus loin, sur la même trajectoire.
— Tu veux les tuer pour les menaces qu’ils représentent, cracha Marco à l’intention d’Akainu, on veut les protéger pour l’espoir immense qu’ils incarnent.
Il repoussa férocement l’Amiral et afficha un sourire sadique.
— Nos raisons se valent bien, non ?
Akainu grogna de frustration et fonça sur lui.
Aokiji et Kizaru apparurent au même moment, lançant simultanément une pluie diluvienne de glace et de lasers sur l’armada qui prenait le large.
Les commandants de Barbe Blanche surgirent tous de nulle part et contrèrent les attaques juste à temps.
Tout se déroulait trop vite pour Noriko qui ne savait plus où donner de la tête. N’ayant pas le temps de comprendre, elle profita de la confusion et s’enfuit vers Luffy. Quitte à en mourir, elle devait s’assurer que son capitaine était sauf.
Les combats reprirent et fracassèrent les tympans. Le cœur lourd de ne pas pouvoir les aider, Noriko longea la baie, prenant soin de rester suffisamment éloignée de la mer pour ne pas y sombrer si elle venait à glisser. Elle passa sans s’arrêter devant les rampes qui menaient vers les navires alliés – dont certains s’éloignaient déjà –, joua des coudes et repoussa les mains des pirates qui tentaient de s’emparer d’elle pour la forcer à fuir.
J’ai pas pu sauver Ace… Mais je te sauverai, Luffy.
Une bulle. C’est tout ce dont elle avait besoin pour engloutir Jinbe et l’envoyer sur le pont d’un navire déjà au large. Après ça, elle fuirait à son tour et cesserait de tourmenter les pirates qui devaient assurer sa protection. Les poumons en feu, elle ouvrit sa paume et tenta d’en faire apparaître une. Par instinct de survie, son corps refusa d’obéir. Il avait atteint ses limites et ne tenait debout que grâce à l’adrénaline qui s’estompait peu à peu.
Elle se focalisa sur son esprit qui s’était temporairement brisé, arrachant au passage une partie de sa mémoire, avant de revenir sans qu’elle ne comprenne comment. Elle accepta l’idée qu’elle ne le saurait peut-être jamais et qu’elle mourrait sans doute d’épuisement d’ici peu, mais ne renonça pas à le faire obéir à sa volonté et le força toujours plus à se concentrer.
Elle sauverait Luffy, coûte que coûte.
Son mental prit le dessus. Il y avait une chose que rien ni personne ne pouvait nier : elle était une utilisatrice de Fruit du Démon. Qu’elle le veuille ou non, son pouvoir faisait intégralement partie d’elle. Tant qu’elle vivait, il vivait également.
C’est moi qui te contrôle, pas l’inverse.
Une minuscule bulle se forma enfin dans sa main. Elle ne s’attendait cependant pas à ce que ce geste, d’ordinaire si anodin, lui arrache un spasme incontrôlable.
L’eau s’évapora quand elle tomba à genoux.
Incapable de ressentir les douleurs de ses blessures déjà présentes, son corps empêchait cependant son pouvoir de se manifester, tandis que son esprit forçait pour lui venir en aide. La lutte intérieure lui infligeait une terrible souffrance qui n’avait rien de réel.
Calme-toi… Concentre-toi !
La respiration saccadée et la sueur dégoulinant de son front, elle regarda Jinbe qui tenait Luffy, tous deux secoués au rythme de Baggy qui évitait maintenant les tirs des cuirassés.
Son cœur explosa dans sa poitrine lorsqu’elle aperçut un navire qui ne faisait pas partie de l’armada de Barbe Blanche émerger de la mer au milieu de la bataille navale.
Non protégé par un revêtement, il était tout simplement insubmersible, comme en témoignait l’énorme roue à rayons qui tournait sur elle-même pour ouvrir une porte blindée. Le Jolly Roger qu’il arborait ne lui était pas inconnu et elle n’en crut pas ses yeux lorsqu’elle aperçut le Supernovae Trafalgar Law se précipiter sur le pont – accompagné de Bepo, l’ours blanc qui était son second, et de plusieurs hommes.
Quelques tri-canons des navires de guerre les prirent pour cible, faisant ainsi pleuvoir d’innombrables boulets.
Le capitaine fit apparaître des sphères bleues autour de lui. Sitôt les boulets passés à l’intérieur, ils échangèrent leurs positions avec ceux d’en face et s’écrasèrent sur les cuirassés dans un terrible fracas.
Le souffle chaud des explosions atteignit Noriko qui protégea son visage de son bras.
Il a un contrôle absolu sur toute matière qui touche ses créations.
Elle s’élança si vite que le sol se brisa sous ses talons. Elle ignorait pourquoi il était là, mais ce n’était certainement pas pour rien. Luffy était son rival, il serait probablement déçu de le voir mourir avant d’avoir pu l’affronter. Elle passa en revue toutes les possibilités dans son esprit qui se soldaient toutes par la même conclusion : Law était son meilleur espoir de repartir vivant d’ici.
D’autres navires de guerre s’étaient rapprochés des quais, permettant à des renforts d’affluer sur la baie gelée. Les gravats de plusieurs bâtisses explosèrent de l’intérieur sous le coup de mortiers. Des entrées d’escaliers menant aux sous-sols furent dégagées et des soldats en émergèrent, toujours plus nombreux.
Ils attendaient depuis tout ce temps…
Noriko perdit l’équilibre lorsque le niveau de la mer s’éleva brusquement, faisant trembler la glace qui se brisa par endroits, et elle se jeta sur le côté pour éviter de sombrer dans les profondeurs de l’océan. Simultanément, le ciel se déchira sous le coup d’ondes de choc, chacune toujours plus forte que la précédente.
Fermement accrochée à la forme d’une vague figée par le froid, elle jeta un œil vers les écrans géants et comprit que Barbe Noire n’avait pas dit son dernier mot. Il était en train de détruire l’île.
Une confusion générale envahit Marineford. Pirates et Marines cessèrent temporairement leurs combats pour se sauver. La baie gelée était craquelée et de grandes portions de glace se détachaient les unes des autres, permettant aux plus chanceux de fuir, tout en condamnant les plus malheureux.
Les navires calcinés sombrèrent rapidement dans l’océan et ceux en bon état accélérèrent leur fuite pour se diriger vers le large.
Noriko déglutit. Tous les pirates n’avaient pas encore pu embarquer. Des cris de désespoir résonnaient dans les airs, tandis que beaucoup d’entre eux se jetaient à l’eau pour rejoindre les embarcations à la nage.
Imperturbables, les commandants et les Amiraux continuaient leur chasse, tandis que les Grands Corsaires achevaient ceux qu’ils croisaient.
Complètement paniqué et fidèle à lui-même, Baggy hurlait toujours sous la pluie de boulets de canon. Comprenant finalement ce qui attirait les foudres de la Marine, il se débarrassa de toutes ses forces de Jinbe et Luffy.
Le corps de Noriko se crispa quand une bulle se forma dans sa main.
Law fut cependant plus rapide qu’elle. Une sphère bleue apparut autour de l’homme-poisson qui disparut aussitôt. L’instant d’après, il était sur le pont, pris en charge par les hommes du capitaine qui l’emmenaient à l’intérieur du navire. Durant tout ce temps, même inconscient, il n’avait pas lâché Luffy.
Incapable de contrôler ses tremblements qui étaient de plus en plus violents, Noriko tomba à genoux, des larmes de joie ruisselant sur ses joues.
Il est sauvé.
Son ventre se dénoua instantanément. Law n’avait plus qu’à fermer la porte et plonger.
Une secousse souleva la plaque de glace sur laquelle elle se tenait et la fit glisser sur quelques mètres.
Ses bottes crissèrent quand elle se redressa. Le corps parcouru de spasmes incontrôlables, elle se frotta les yeux pour chasser en vain les points noirs qui obstruaient sa vue. Sa respiration saccadée manquait de la faire s’étouffer chaque fois qu’elle gonflait ses poumons et un vertige accéléra les battements de son cœur. Ses jambes vacillèrent quand elle tenta de se mettre debout et ses yeux s’écarquillèrent quand elle remarqua qu’elle pataugeait dans une flaque de sang.
Frigorifiée, la peau de ses mains brûlées l’empêcha de tendre correctement ses doigts lorsqu’elle voulut vérifier l’état de sa hanche. Sa chair s’était déchirée autour des points de suture et sa plaie était grande ouverte. Qu’elle ressente la douleur ou non, elle ne tiendrait plus très longtemps si elle continuait de se vider de son sang. Elle la comprima pour arrêter l’hémorragie et tenta de conserver son calme.
Autour d’elle, la bataille faisait rage : les pirates fuyaient, les Marines tentaient de les arrêter tout en se sauvant eux-mêmes, tandis que les ondes de choc balayaient inlassablement le ciel et secouaient l’océan.
Une vague passa par-dessus la glace où gisait Noriko et la repoussa en arrière. Elle toussa grassement et cracha de l’eau salée quand elle en émergea. Trempée et considérablement affaiblie, elle se tenait maintenant sur une fine couche de glace qui menaçait de céder à tout moment. Elle serra les dents et se traîna vers les quais. Elle devait survivre. Pour Luffy.
Son corps en décida autrement et se contracta. Sa joue claqua contre le sol quand elle s’effondra de nouveau, rattrapée par la gravité de ses blessures.
Une voix étouffée hurla son prénom. Deux fois, peut-être trois.
Elle tourna faiblement la tête. Son cœur bondit dans sa poitrine et sa respiration se coupa : le navire insubmersible fendait les flots et fonçait vers elle. Penché par-dessus bord, Law lui faisait de grands gestes.
Noriko trembla des pieds à la tête. Un élan de panique l’aida à se redresser.
Pourquoi… Pourquoi il est encore là !?
Law fit apparaître une sphère bleue à ses côtés et une deuxième à une dizaine de mètres devant Noriko. Elle resta un bref instant interdite. Si elle l’atteignait, elle serait téléportée aux côtés du capitaine. Un sanglot écrasa sa poitrine. Il l’avait attendue.
Mue par son instinct de survie, elle puisa dans sa force surhumaine et se releva pour ce qu’elle savait être la dernière fois.
Elle se protégea le visage lorsqu’un boulet de canon explosa non loin d’elle. Claudiquant, une main tendue et l’autre sur sa hanche, elle n’était plus qu’à deux pas de la sphère. Elle put seulement la frôler lorsque le sol explosa sous ses pieds et la repoussa en arrière.
Les sens en alerte, elle eut tout juste le temps de ramper à reculons au moment où la glace se craquelait et menaçait de l’engloutir.
Au loin, les navires alliés continuaient leur terrible affrontement contre les cuirassés.
Noriko gémit de terreur en voyant la traînée de sang qu’elle laissait sur son passage. Lorsqu’elle retrouva la stabilité d’un sol dur et froid, elle observa son corps et constata avec horreur que son épaule saignait de nouveau.
Son bras plaqué contre elle, elle remarqua que la sphère avait disparu.
Au loin, Law repoussa ses hommes lorsqu’ils tentèrent de le tirer vers l’intérieur.
L’embarcation tangua dangereusement quand elle fut touchée par un boulet de canon, mais l’alliage résista. Elle s’éloigna de Noriko qui ne pouvait détacher son regard du capitaine. Son cœur se serra quand il pointa un doigt vers sa gauche. Une sphère bleue apparut brièvement au-dessus de l’eau, près d’un épais rebord glacé qui se trouvait non loin d’elle. Elle comprit : le pouvoir de Law était limité dans l’espace et il lui indiquait où se rendre le temps qu’il se rapproche.
Elle chassa un nouveau vertige et, incapable de se lever sans retomber, rampa en grognant de frustration.
Un hurlement strident parvint jusqu’à ses oreilles. Face à Akainu, Kobby se tenait debout, les bras écartés, et implorait son supérieur, hurlant d’arrêter le massacre, prétendant que le carnage avait suffisamment duré, que les soldats avaient une famille qui les attendait et qu’il était donc inutile de sacrifier davantage de vies.
Noriko ouvrit grand la bouche, abasourdie par ses propos.
— Il est devenu fou…
Un hoquet de stupeur lui échappa lorsqu’Akainu leva un poing de magma au-dessus de la tête de Kobby pour le faire définitivement taire.
Au dernier moment, l’attaque fut interceptée par la simple lame d’un sabre et Noriko se figea en apercevant celui qui tenait l’arme. Elle cilla plusieurs fois pour être certaine de ne pas rêver. L’ancien rival de Mihawk et celui qui avait donné à Luffy l’envie de devenir pirate était en train de repousser l’Amiral.
L’Empereur Shanks le Roux.
— Bien parlé, jeune soldat, lâcha-t-il, tandis que Kobby s’évanouissait à ses pieds.
Le cœur battant à tout rompre, Noriko déglutit avec difficulté. La seule présence de ce pirate de renom venait de réduire l’ensemble de Marineford au silence. Elle profita de son effet de surprise et reprit sa fuite. Le navire de l’Empereur avait dû être amarré derrière l’une des extrémités et quelles que soient ses motivations, elle n’avait pas le temps de s’attarder ici pour les découvrir.
— Je suis venu mettre fin à cette guerre, temporisa-t-il avec un calme déconcertant.
Ses mots parvenaient à ses tympans contre sa volonté. Malgré le froid qui contractait ses muscles et ralentissait son avancée, elle continua de traîner son corps qui ne lui répondait presque plus, ses doigts enfoncés dans la chair de sa hanche mutilée.
Une lumière bleue attira son attention. Au bord de l’épuisement, Marco atterrit près de l’Empereur et se crispa nerveusement lorsque ce dernier le toisa avec sérieux pour lui demander de cesser de répondre aux attaques afin de ne pas alourdir les pertes dans les deux camps. Shanks s’adressa ensuite à l’assemblée, prétendant que si quelqu’un voulait encore se défouler, son équipage et lui-même les attendraient de pied ferme.
À ces mots, ses hommes surgirent de nulle part pour se placer à ses côtés.
Le silence se fit plus pesant. Noriko ignorait qu’un Empereur pouvait imposer autant de respect à ses ennemis. Même Akainu recula, lassé de la situation. Sur les écrans géants, Barbe Noire en profita pour s’éclipser, tandis que Sengoku reprenait sa forme humaine.
Une boule se coinça dans sa gorge. La guerre pouvait-elle réellement s’arrêter aussi facilement ? Toute cette souffrance réduite à l’état d’horribles souvenirs par une simple apparition ? Pourquoi ne s’était-il pas manifesté plus tôt dans ce cas ?
Des larmes de colère coulaient sur les joues de Noriko. Elle se tétanisa lorsque les écrans géants se coupèrent. Son corps réagit avant elle, son ventre se contracta et son cœur rata un battement quand elle comprit.
Aokiji et Kizaru s’étaient élevés dans les airs, leurs yeux braqués vers le navire insubmersible qui fonçait toujours sous les ordres de Law.
— Non…, s’étrangla-t-elle à travers ses sanglots. Non, pas si près du but…
Elle plaqua ses deux paumes sous sa poitrine et fit exploser deux bulles pour se relever. La vision brouillée, elle tituba aussitôt, mais réussit à planter ses talons dans le sol, au prix d’une toux grasse et sanglante. Elle essuya son menton du revers de sa main et fit face au navire.
— Tu vivras, Luffy, haleta-t-elle, même si je dois mourir pour ça.
La voix lointaine de Law lui parvint faiblement. Il fit de nouveau apparaître une sphère au-dessus de l’eau. Noriko pouvait presque la toucher.
Quelques pas et elle serait sauvée.
Elle inspira profondément.
Ces quelques pas condamneraient Luffy.
Ils n’auraient plus le temps de manœuvrer et de plonger.
Elle tendit ses deux paumes devant elle.
Law eut un bref mouvement de recul.
Passant outre son corps qui se brisa de l’intérieur lorsque son esprit le domina pour de bon, Noriko laissa échapper deux des plus immenses torrents d’eau qu’elle avait créés jusque-là. Elle leur fit longer la rive glacée, plongeant la baie gelée dans une obscurité inquiétante.
Derrière elle, un bruit sourd trahissait une panique générale qui s’élevait, tandis qu’elle sentait dans son dos la chaleur des lasers et le froid de la glace qui transperçaient le ciel.
Law fonça s’enfermer avec ses hommes à l’intérieur de son navire.
Noriko hurla d’agonie quand elle abaissa les torrents qu’elle fit exploser à l’instant où ils frôlèrent la surface de l’eau salée. L’énorme onde de choc qui en résulta souleva une vague immense qui fusa à une vitesse folle, retourna les cuirassés, écarta les navires alliés et emporta son capitaine au large.
Simultanément, Kizaru faisait pleuvoir une pluie torrentielle de lasers vers l’horizon tandis qu’une traînée de glace s’enfonçait toujours plus profondément dans la mer dans l’espoir de rattraper le sous-marin.
Le souffle des trois attaques combinées éjecta violemment Noriko en arrière.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle était couchée à plat ventre sur le rebord d’un morceau de glace, le bas de son corps transi de froid et immergé dans l’eau gelée. La respiration faible et la tête tournée vers le large, son regard se perdait sur la mer qui tentait de retrouver son calme. Il n’y avait plus la moindre trace de Luffy.
Soulagée, son souffle faiblit davantage.
Ignorant où elle se trouvait par rapport à la baie, elle voulut se redresser, mais ne put que bouger le bout de ses doigts. Sa vision floue était toujours parsemée de taches noires et malgré les frissons qui parcouraient son corps et la faisaient trembler de froid, elle avait une douce sensation de flotter dans les airs.
La voix forte de Sengoku tonna clairement derrière elle, annonçant officiellement que la guerre était terminée.
C’est fini.
Tout était fini.
Ace était mort. Luffy était vivant.
Noriko avait survécu suffisamment longtemps pour le sauver. C’était tout ce qui lui importait. Elle pouvait fermer les yeux, elle pouvait se laisser sombrer dans un sommeil sans fin et rejoindre son amant.
Des crissements de pas se rapprochèrent, accompagnés de voix qu’elle ne reconnut pas. Des voix qui menaçaient de la faire disparaître.
Le regard profondément ancré dans la mer qui éclaboussait son visage de plus en plus fort à chaque nouveau remous, Noriko réussit à bouger sa main.
D’ici peu, quelqu’un allait l’emmener pour l’assassiner en douce.
Mourir pour mourir…
Elle esquissa un faible sourire. Non, elle ne laisserait pas à ses ennemis la satisfaction de jouir d’une telle victoire. Elle ne les laisserait pas la prendre vivante.
Lorsqu’une autre vague la secoua légèrement, Noriko planta ses doigts dans la glace et donna une faible impulsion, juste assez pour faire glisser son corps dans les tréfonds de l’océan.