Noriko

Chapitre 90 : Marineford (3)

8554 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/07/2026 19:34

    Une des tourelles explosa lorsque le torrent d'eau s'écrasa dessus. L'absence de réactions des Marines ne plut cependant pas à Noriko. Aucun d'entre eux ne riposta et les tri-canons restèrent inactifs alors que les hommes de Barbe Blanche fonçaient sans s'arrêter.


    Elle ralentit sa course quand elle sentit le sol trembler sous ses pas et se boucha les oreilles lorsqu'un grincement strident résonna. Aux pieds des quais, la glace se fissura pour laisser apparaître des murs en acier qui émergèrent des eaux gelées. Haut de plusieurs dizaines de mètres, ils s'érigèrent tout autour de la Grande Place, empêchant quiconque de l'atteindre.


    Haletante, Noriko posa ses mains sur ses genoux pour reprendre ses esprits. Elle cracha du sang pour chasser le goût métallique qui imprégnait sa bouche et inspira pour contrer la lourdeur de ses jambes qui soutenaient difficilement son poids. Devant elle, plusieurs pirates avaient atteint les murs et tentaient de passer au travers en s'y acharnant à coups de sabres et de mortiers. Perchés au-dessus de leurs têtes, les Marines faisaient feu sur eux, ne leur laissant aucune chance de survie.


    L'île toute entière bascula de nouveau lorsque Barbe Blanche envoya une onde contre l'un des remparts. Dans un grand bruit, celui-ci fut à peine tordu au moment où la fumée se dissipa.


    Fébrilement, Noriko se remit sur ses pieds. Elle suivit les cris des ralliements des pirates et constata avec espoir que le corps de Little Oz Junior était à moitié couché sur la grande place, empêchant un des murs d'acier de se relever. Elle n'hésita pas et s'élança vers lui.


    Une sirène de rassemblement se fit entendre. De leurs côtés, les Marines ne restèrent pas non plus en reste. Les ordres fusaient en tous sens et ils furent sommés de rejoindre la brèche pour repousser les ennemis.


    Des ouvertures apparurent le long des nouveaux remparts et des extrémités de canons en sortirent. Les boulets furent tirés sans sommation, arrosant tous les malheureux qui se trouvaient encore dans la zone gelée.


    — Les remparts sont remplis de Marines, déglutit amèrement Noriko pour elle-même.


    Elle ne vit pas le laser qui explosa à ses pieds et fut projetée en arrière.


    Une main posée sur son crâne en sang, elle lutta contre un vertige quand elle se redressa sur ses genoux. Les battements de son cœur occultèrent jusqu'au moindre son et tout autour d'elle fonctionna au ralenti.


    Les murs d'acier entouraient la baie et l'intégralité de la Grande Place ; tous les alliés de Barbe Blanche qui s'en étaient rapprochés tombaient maintenant sous les balles et les boulets de canons. À l'arrière, les Pacifistas avançaient en ligne et empêchaient toute tentative de fuite. Tous ceux qu'elle apercevait avaient la bouche tordue par des cris d'agonie qu'elle n'entendait plus.


    Le chaos était total.


    L'odeur de sang s'immisça dans les sinus de Noriko et la poudre piqua ses yeux. Un ultrason chemina dans le creux de son oreille. Elle renifla avant d'être prise d'une quinte de toux grasse et le bruit de l'horrible carnage perça brutalement ses tympans.


    Elle cligna des paupières et tangua quand elle se releva. Épuisée, chaque pas était une lutte acharnée pour contenir son pouvoir qui ne demandait qu'à être libéré.


    « — Résiste, tu risques de tous nous tuer si tu cèdes à la douleur. »


    Sa vision fut brouillée par des larmes qu'elle essuya négligemment.


    Comment Marco pouvait-il être au courant de ses pertes de contrôle ? Avait-il eu vent des évènements d'Enies Lobby ou savait-il simplement quelque chose qu'elle ignorait ?


    Cette brève déconcentration la plongea dans une souffrance inattendue. Ses genoux et ses avant-bras claquèrent douloureusement quand elle tomba. Penchée en avant, elle écrasait son front bouillant contre la glace froide, tout en serrant les poings.


    — Sors de ma tête, siffla-t-elle en martelant son crâne. Sors de ma tête, sors de ma tête, sors de ma tête !


    Terrassée par un cisaillement aigu derrière ses yeux, elle dut redoubler d'efforts pour les garder ouverts.


    Un grondement résonna derrière les remparts. Une pluie de magma traversa le ciel et retomba en pluie de météorites. De toute part, les cris des pirates fusaient tandis que la glace fondait à vue d'œil. Les hommes qui tombèrent dans l'eau fumante hurlèrent d'agonie avant de mourir ébouillantés.


    Forcée de reprendre ses esprits, Noriko traîna son corps meurtri pour se plaquer contre le mur d'enceinte gelé. Un boulet de canon explosa à ses côtés, la forçant à se recroqueviller.


    Une épaisse fumée blanche s'éleva au-dessus de la baie. La vapeur d'eau opaque dégagée par le magma qui rencontrait l'eau de mer devint presque irrespirable.


    Profitant de cette couverture inattendue, Noriko se redressa et courut aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Une main glissant sur les parois en acier pour se repérer, foulant les innombrables flaques d'eau qui devenaient plus grosses et plus nombreuses à chaque minute écoulée, elle fonça vers la brèche créée par Oz, son seul point de fuite.


    L'odeur de chair cuite envahit ses narines et lui donna la nausée. Les poumons en feu, elle garda ses yeux rivés sur le sol blanc et irrégulier, n'ayant aucune envie de voir le spectacle atroce qui se déroulait à ses côtés. Des larmes roulèrent sur ses joues.


    Concentre-toi, concentre-toi, concentre-toi...


    Un souffle chaud balaya la vapeur d'eau et la repoussa contre le mur d'acier qu'elle heurta violemment.


    La vue brouillée par son propre sang, elle se mordit la lèvre pour ne pas céder aux souvenirs qui prirent possession de son esprit : au centre de la baie, le Moby Dick était en proie aux flammes. En un clin d'œil, l'incendie se propagea au dernier bâtiment et une colonne de fumée noire s'éleva dans les airs. De nombreux pirates tentèrent d'intervenir, mais les deux navires fendirent la glace sur laquelle ils se trouvaient et sombrèrent dans un terrible fracas.


    Les hommes furent tétanisés d'horreur et certains laissèrent exploser leur chagrin en hurlant.


    Noriko essuya son visage. À cet instant, Luffy apparut dans son champ de vision. Ivankov n'était plus à ses côtés, mais Jinbe l'épaulait toujours. Son capitaine semblait en état de choc et l'homme-poisson le secouait pour le forcer à bouger.


    Le cœur de la manieuse d'eau se serra, mais le fait de le voir en vie la revigora. Elle se releva et reprit sa route.


    Une foule de pirates s'affairait autour du corps d'Oz. Tous l'escaladaient, tandis que les Marines s'évertuaient à les repousser.


    — Son sang s'est infiltré dans les mécanismes et a coupé l'alimentation ! hurla une voix.


    L'esprit de Noriko s'illumina.


    Elle recula, avisa une fenêtre d'où sortait un canon et y envoya un torrent. Les yeux fermés, elle fit danser l'eau en écoutant les sons que cette dernière provoquait. Elle pouvait la sentir, la visualiser, et ressentir le moindre de ses déplacements tandis qu'elle s'insinuait toujours plus dans les profondeurs des forteresses.


    Les cris des Marines parvinrent à ses oreilles. Elle souffla, puis arqua ses doigts pour faire grossir le torrent, forçant pour qu'il atteigne l'épaisseur d'un cuirassé. Le rempart trembla dangereusement.


    Elle ouvrit les yeux au moment où du sang chaud coula de son nez et laissa ses yeux la brûler.


    Son pouvoir ne se manifesta pas plus que de raison et son corps faiblit sans prévenir. Elle baissa le regard et constata avec horreur que son support s'était enfoncé, laissant l'eau redevenue froide monter jusqu'à ses chevilles.


    Une panique s'installa parmi les pirates qui intensifièrent leurs efforts pour forcer le passage vers la Grande Place.


    Le souffle de Noriko se coupa et elle eut tout juste le temps de se jeter sur le côté lorsque son torrent se changea en glace. Les paumes brûlées par le froid, elle mugit de douleur et aperçut Aokiji planté au sommet du rempart qu'elle essayait de faire s'écrouler.


    L'intervention de l'Amiral fut cependant vaine. Dans un grincement strident, le mur d'acier retomba de moitié dans les tréfonds de la mer. Les soldats s'activèrent aussitôt et tentèrent de le faire remonter.


    Dépassée par la situation, Noriko écarquilla les yeux, tandis que les pirates poussèrent des cris victorieux.


    Aokiji la darda d'un regard courroucé et tendit une main. Une salve de piques de glace fonça aussitôt sur elle. Leur vitesse était telle qu'elle n'eut même pas le temps d'avoir peur. Une fraction de seconde avant qu'elle ne meurt, l'attaque fut repoussée par une force invisible qui dégagea également Aokiji de son perchoir.


    Stupéfaite, Noriko tituba sous son propre poids lorsque Barbe Blanche apparut à ses côtés.


    — Ne baisse pas ta garde, aboya-t-il, le combat est loin d'être terminé !


    Le thorax perforé, il agrippa l'air de ses doigts arqués et le brisa dans sa main. Une onde repoussa tous les Marines et le mur d'acier s'affaissa totalement.


    Sans attendre, les pirates se ruèrent vers la brèche et envahirent la Grande Place. Barbe Blanche toussa avant de cracher du sang. Marco atterrit immédiatement à ses côtés.


    — Père !


    — Je vais bien, c'est pas un coup de canif qui aura raison de moi.


    — C'est toute ta santé qui décline, rétorqua le Phénix avec colère. C'est ce que je craignais le plus, t'es en train d'atteindre tes limites, t'as même pas pu éviter une simple attaque !


    — Occupe-toi des autres, le rabroua vivement l'Empereur, ma vie s'arrêtera quand je le déciderai.


    Noriko assistait à leur dispute, totalement impuissante. La frustration se lisait sur le visage de Marco et il marmonnait encore dans sa barbe quand il déploya ses ailes pour disparaître dans les airs.


    Barbe Blanche coula un regard vers elle.


    — Ne laisse pas ta douleur te contrôler, morveuse. On n'a pas besoin d'un problème supplémentaire.


    La gorge sèche et une multitude de questions en tête, Noriko le regarda diriger ses attaques vers les extrémités de la baie pour venir en aide à ses alliés.


    Des images passèrent dans son esprit. Le sourire mystérieux de l'Empereur, ses yeux brillants de curiosité, sa conversation inaudible avec son second qui la foudroyait du regard.


    Son souffle irrégulier devint de plus en plus court. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes et ses dents se serrèrent tant qu'elles grincèrent douloureusement entre elles. Barbe Blanche et Marco lui cachaient quelque chose et elle était bien décidée à leur faire cracher la vérité.


    Concentre-toi.


    Elle claqua sa langue sur son palais et s'élança vers la Grande Place. Sauver Ace restait sa priorité.


    Elle se propulsa par-dessus le corps d'Oz, foula enfin le sol pavé et retrouva un appui stable. L'absence de glace réchauffa l'atmosphère et le changement de température tirailla ses mains en proie aux engelures. Elle les secoua, et agita ses doigts pour faire passer la douleur.


    Autour d'elle, un chaos sans nom régnait. Le champ de bataille drastiquement réduit, les nombreux combats qui y avaient lieu étaient beaucoup plus violents que sur la glace. Des cris fusaient, des détonations de fusils et de mortiers fracassaient les oreilles et l'odeur abondante de poudre brûlait la gorge.


    Les Grands Corsaires étaient tous présents : Mihawk tranchait les pirates qu'il voyait sans démontrer le moindre signe de fatigue ; Hancock changeait tous les Marines qu'elle touchait en pierre ; Doflamingo se tenait sur le crâne d'Oz et observait le spectacle avec un sourire aux lèvres ; Moria faisait danser des ombres et transformait les morts en hordes de zombies, et Kuma était de nouveau plongé dans un violent duel avec Ivankov qui tentait de le raisonner.


    De leurs côtés, Marco et les autres commandants étaient occupés à détruire les tri-canons qui tiraient de toutes parts, tandis que les Vice-Amiraux et les Colonels leur fonçaient dessus.


    Les yeux plissés, Noriko toussait, tout en cherchant l'échafaud du regard. L'imaginant beaucoup plus près, elle se rendit désespérément compte de la distance qu'il lui restait à parcourir. Sa poitrine se compressa quand elle aperçut Ace perché au sommet. Agenouillé, ses mains toujours menottées, son visage était brisé par l'effroi.


    Près de lui, Garp gardait la tête baissée, les bras croisés.


    En contrebas, Sengoku avait une main levée et parlait aux bourreaux se tenant à ses côtés.


    Plus bas encore, Aokiji, Akainu et Kizaru montaient la garde, repoussant tous ceux tentant de s'approcher de trop près.


    Noriko rata une respiration lorsque les bourreaux remontèrent l'escalier menant à Ace. L'exécution était imminente.


    — Nori !


    La voix déchirée de Luffy la fit trembler des pieds à la tête. Elle manqua de trébucher sur le corps d'un pirate quand elle fit volte-face, prête à lui faire un signe rassurant. Son estomac se retourna cependant lorsqu'elle eut tout juste le temps d'apercevoir Kizaru se matérialiser devant son capitaine pour lui flanquer un coup de pied qui l'expulsa hors des remparts – puis Jinbe qui s'élança aussitôt pour lui venir en aide.


    Pantelante, Noriko inspira en fermant les yeux de toutes ses forces. De l'autre côté des murs d'acier, la mer avait repris son apparence d'origine. Luffy était certainement déjà en train de couler et elle ne pourrait rien faire pour lui. Ne pouvant que compter sur l'homme-poisson, elle s'obligea à détourner le regard pour reprendre son chemin.


    Des cris de joie s'élevèrent, les alliés qui avaient pris d'assaut les extrémités de la baie venaient de franchir les lignes ennemies, renforçant ainsi les troupes de Barbe Blanche.


    Profitant de la confusion, Noriko balaya d'une vague les Marines devant elle, créant ainsi une percée que les pirates s'empressèrent de combler en s'y précipitant. Elle se figea quand elle croisa le regard noir de Mihawk qui repoussait une dizaine d'hommes d'un coup de lame. Ivankov atterrit lourdement à ses côtés, l'empêchant de s'encombrer l'esprit avec des pensées inutiles.


    — Paille-boy s'inquiétait pour toi ! brailla-t-il.


    Noriko le sauva d'un soldat qui armait un fusil pointé vers lui à l'aide d'une bulle, puis ancra un regard déterminé dans le sien.


    — Je dois aller sur l'échafaud ! hurla-t-elle.


    Le révolutionnaire la regarda avec de grands yeux, puis inclina la tête. Sans mot supplémentaire, il éclata son talon sur le sol, soulevant ainsi les dalles de pierre sur lesquelles se trouvait Noriko. Il cligna ensuite de l'œil et l'onde de choc la propulsa dans les airs.


    Elle franchit plus de la moitié de la Grande Place. Ivankov lui ayant fait gagner un précieux temps, elle ne se trouvait plus qu'à une vingtaine de mètres des trois Amiraux.


    D'un seul mouvement, ils baissèrent simultanément la tête vers elle.


    Noriko n'eut pas le temps de penser à son prochain geste. Une violente bourrasque l'éjecta en arrière.


    Elle roula sur le sol et grogna de douleur quand elle se redressa. Au loin, tout en reposant son épée sur son épaule, Mihawk secouait la tête de droite à gauche en la fixant.


    Folle de rage, elle repartit vers l'échafaud en hurlant le nom de son oncle à voix haute. Elle s'en fit la promesse : s'il se mettait de nouveau en travers de son chemin, elle ne retiendrait plus ses coups.


    Des lasers explosèrent aux pieds des remparts. Quelle que soit la manière dont ils avaient procédé, les Pacifistas avaient outrepassé la mer et s'avançaient désormais sur la Grande Place, provoquant une panique générale.


    Une ombre passa au-dessus de la tête de Noriko. Sans qu'elle en soit à l'origine, un courant marin gigantesque traversa le ciel. Elle ouvrit la bouche et dérapa de tout son long quand elle arrêta brusquement sa course.


    Dans un terrible fracas, l'eau s'écrasa devant les trois Amiraux, laissant apparaître Luffy. Trempé, un mât de navire sous le bras, il hurla le nom de son frère quand il se redressa.


    D'une vague, Noriko détourna l'eau qui fonçait sur elle, la repoussant vers les soldats qui l'encerclaient déjà.


    Son capitaine envoya le mât sur les Amiraux et les attaqua de front. Ses poings s'abattirent sans s'arrêter sur un mur de glace qui se reformait inlassablement malgré les coups reçus. Loin d'être impressionné, Aokiji gardait sa main tendue devant lui, tandis qu'Akainu en profita pour s'éclipser.


    Kizaru écrasa un bâillement et disparut dans un rayon lumineux. Une fraction de seconde plus tard, il se trouvait devant Luffy et lui assénait un puissant coup dans l'estomac.


    Noriko envoya une bulle pour le réceptionner, mais ne fut pas assez rapide. Son capitaine s'écrasa contre un rempart et s'y enfonça à cause du choc.


    Au même moment, Sengoku cria un ordre : les bourreaux qui avaient rejoint Ace levèrent leurs armes au-dessus de sa nuque.


    — NON !


    Noriko rouvrit sa paume, un torrent puissant s'en échappa et fonça vers l'échafaud avant d'être gelé par Aokiji. L'énorme bloc de glace se détacha de sa main et explosa en morceaux.


    Un Capitaine profita de son bref moment de surprise pour se jeter sur elle. Ils roulèrent tous deux quelques secondes et le soldat prit le dessus. La joue écrasée dans le sol, ses mains retournées dans son dos, elle hurla en se débattant de toutes ses forces. Ses yeux brûlants se posèrent sur son amant et son cœur explosa.


    Au même moment, Luffy sortit du rempart d'acier en hurlant de désespoir.


    Lorsque les lames se rapprochèrent dangereusement du cou d'Ace, deux tornades de sable fusèrent à une vitesse folle vers les bourreaux. Les mains toujours au-dessus de la tête, leurs corps convulsèrent quelques secondes avant de s'écrouler.


    Le souffle coupé par le genou pressant ses poumons, Noriko chercha des yeux le seul homme capable d'une telle prouesse.


    La main tendue vers l'échafaud, Crocodile se tenait debout parmi les soldats en les surplombant de ses trois mètres de haut, ses yeux furieux ancrés dans ceux de Sengoku.


    — Quel bonheur de voir vos mines réjouies disparaître de vos sales gueules.


    Sa tête se détacha soudainement de son corps, survola l'assemblée, puis se transforma en sable au moment où elle toucha le sol. Son corps se reforma rapidement, tandis que Doflamingo s'avançait vers lui, une main tendue et les doigts arqués.


    — Tu refuses mon alliance pour aider Barbe Blanche ? nargua-t-il. Tu vas me rendre jaloux.


    — Je fais équipe avec personne, maugréa Crocodile qui n'avait aucune égratignure.


    Il leva son crochet au moment où Doflamingo abattait son pied sur lui et l'onde de choc qui s'en dégagea repoussa les Marines qui se trouvaient près d'eux.


    Ace est vivant. Il est vivant...


    Noriko reprit ses esprits et profita de la confusion pour ouvrir ses paumes. Les deux bulles d'eau qui s'en échappèrent repoussèrent son assaillant en arrière. Libérée, elle se redressa en hâte.


    — Ace ! hurla-t-elle en se ruant vers l'échafaud.


    Le jeune homme haletait, prenant certainement conscience qu'il venait d'échapper à la mort.


    Un laser fit trembler les dalles de pierre qui s'élevèrent avant de s'écrouler sous leurs propres poids. Noriko tangua avant de glisser. Elle planta ce qui lui restait d'ongles dans le sol et ralentit sa course en grognant de douleur. L'équivalent d'un coup de lame trancha l'arrière de son crâne, l'obligeant à se recroqueviller pour faire taire la souffrance qui s'emparait de son corps.


    Le corps fumant et rougi de Luffy traversa le ciel. Il avait atteint ses limites et puisait dans ses dernières ressources. Son poing géant brandit au-dessus de sa tête, il poussa un cri de hargne en le laissant retomber sur l'échafaud.


    Aokiji se matérialisa devant lui et lança une dizaine de pics de glace. L'un d'eux se planta dans le bras du jeune homme qui rugit de douleur.


    Hancock laissa exploser sa fureur et changea en pierres toutes les personnes se trouvant dans un rayon d'une dizaine de mètres. Elle se précipita ensuite vers le Vice-Amiral.


    Marco la devança cependant. Filant à travers les airs, il repoussa l'homme de glace d'un puissant coup de pied et l'envoya s'écraser dans la bâtisse principale du Quartier Général. La Grande Place trembla lorsqu'un morceau de toit s'en détacha.


    Simultanément, un bruit sourd s'éleva de derrière les remparts, suivi d'une explosion d'écume qui arrosa les combattants.


    Les joues noircies de sang, Noriko se releva en tremblant après avoir fait taire sa migraine. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'un ultime navire de Barbe Blanche fonça à travers la baie. Flanqué de deux roues à eau, il avançait sans s'arrêter au moment où le revêtement éclata sous la pression atmosphérique. Les pirates se dépêchèrent de se hisser à bord à l'aide de nombreuses chaînes et cordages qui en dépassaient, tandis que les Marines fuyaient pour ne pas finir broyés.


    Perché sur la proue, Barbe Blanche se tenait debout, un sourire conquérant décorant son visage. Le navire passa sur le corps d'Oz et vint terminer sa course au-delà des remparts avant de s'écraser au centre de la Grande Place.


    — Allez, les enfants, tonna l'Empereur, sauvons Ace et anéantissons la Marine une bonne fois pour toutes !


    Les pirates hurlèrent tous en chœur en levant des bras victorieux. Ceux à bord débarquèrent et un terrible combat s'ensuivit.


    Barbe Blanche tendit son poing vers le haut.


    — Restez pas sur sa trajectoire ! hurla une Marine qui détala près de Noriko.


    Un hoquet de stupeur se bloqua dans la gorge de celle-ci lorsque le ciel se fissura en milliers de fragments. Dans un réflexe ultime, ses jambes la projetèrent en avant et elle dérapa douloureusement sur ses hanches lorsqu'elle atterrit dans une cavité formée par les dalles déplacées.


    Recroquevillée, elle eut tout juste le temps de plaquer ses paumes sur les oreilles au moment où l'onde de choc explosa au-dessus d'elle. Tel un puissant coup de tonnerre, le bruit fracassant éclata ses tympans. Le souffle qui suivit fut si violent que la pierre au-dessus de sa tête décolla, manquant de l'emporter à son tour.


    Lorsque le martèlement de pas fonçant vers l'échafaud se fit entendre, elle se hissa sur le rebord de la crevasse et rampa avant de se relever. Elle déglutit en apercevant la Grande Place quasiment vide. Les canons, les tri-canons, les mortiers et les soldats les plus faibles avaient été balayés comme s'ils n'avaient jamais existé. Seuls restaient les Vice-Amiraux, les Colonels, les Grands Corsaires et tous ceux présents sur l'échafaud.


    Les pirates passèrent en trombes près d'elle, prenant soin de ne pas la bousculer, et se ruèrent sur leurs ennemis.


    Des trappes s'ouvrirent au niveau du sol, des renforts ennemis en pleine forme et armés de fusils en sortirent.


    Noriko ne savait plus où donner de la tête. Luffy apparut au loin. Sans réfléchir, elle fit tourner un torrent à ses pieds et se propulsa à ses côtés.


    De nouveau, elle inspecta le champ de bataille.


    Aokiji avait pris Barbe Blanche pour cible, mais Joz s'était interposé et un combat féroce opposait maintenant l'homme-diamant à l'homme-glace ; Ivankov avait fini par repousser Kuma dont le corps laissait apparaître des câbles électriques ; et une épaisse fumée blanche manipulée à la perfection par Smoker emprisonnait une cinquantaine de soldats.


    Elle chercha Kizaru qui demeura introuvable.


    Luffy titubait et Noriko atterrit devant lui juste à temps pour déraper douloureusement sur ses genoux et le rattraper.


    — Nori... Ace est mon frère... je dois le... sauver.


    Elle serra les dents, supportant avec peine le poids de son capitaine qui n'en pouvait plus. Elle ignorait ce qu'il avait traversé à Impel Down, mais la fatigue trahissait sa détermination.


    Les jambes ensanglantées et poussiéreuses de Noriko piquèrent à travers son pantalon déchiré. Elle aussi avait presque atteint ses limites. Elle ferma les paupières lorsque ses pupilles se mirent à brûler, son pouvoir torturant son corps et son esprit pour qu'elle le laisse sortir. Elle lâcha un râle de colère et le repoussa une nouvelle fois.


    — Tiens bon, Luffy, tiens bon, implora-t-elle à travers ses larmes.


    Le bras de son capitaine saignait abondamment. Elle porta son avant-bras à ses dents et arracha le bandage qui masquait son tatouage. Elle se dépêcha d'enrouler le tissu sale et imbibé de sang séché sur la plaie, espérant que cela aiderait à arrêter l'hémorragie.


    Elle écarquilla les yeux quand Kizaru apparut, un doigt lumineux pointé vers eux.


    Noriko agrippa Luffy et bloqua sa respiration en faisant exploser un torrent d'eau qui les éjecta tous deux dans les airs. Elle poussa le torse du jeune homme de toutes ses forces et l'enveloppa dans une bulle juste avant que le pied de l'Amiral ne l'atteigne.


    Elle s'éclata le dos lorsqu'elle heurta le sol et une giclée de sang s'échappa de sa bouche quand elle roula sur elle-même. Pantelante, elle vit la bulle protégeant Luffy être rattrapée par la main de Barbe Blanche.


    L'Empereur observa le jeune homme qui émergea de l'eau et qui s'agitait déjà pour qu'on le relâche, avant de finalement perdre connaissance. Loin d'être attendri, Barbe Blanche le jeta vers ses hommes, prétextant qu'il en avait assez fait et qu'il devait se reposer. Il avisa ensuite la foule de Marines et s'élança.


    — Que ceux qui en ont marre de vivre viennent m'affronter !


    Les soldats reculèrent de peur, mais Akainu les invectiva en leur ordonnant d'accomplir leur devoir. Furieux, il arma un poing de magma et s'avança vers l'Empereur.


    — Si tu continues à piquer ta crise comme ça, c'est l'île entière qui va disparaître !


    Barbe Blanche afficha un sourire sadique.


    — Alors essaie un peu de la protéger !


    Le magma rencontra la lame du bisento, le choc dégagea un puissant souffle d'une chaleur insoutenable.


    Sur le navire, les pirates reculèrent et disparurent sur le pont, emmenant Luffy avec eux.


    Voyant son capitaine être pris en charge, Noriko souffla de soulagement avant de se souvenir avec effroi que c'est lui qui possédait la clé permettant de libérer Ace. Elle se redressa pour le rejoindre, mais retomba instantanément sur les genoux.


    Les paumes de mains plantées dans le sol, elle vomit une bile rougeâtre, luttant contre son propre corps d'une respiration rauque et saccadée. Son sang pulsa dans ses tempes et elle enfonça son menton dans son torse lorsque des aiguilles transpercèrent son crâne.


    Elle se tordait encore de douleur quand des bruits de pas s'approchèrent.


    — Toujours aussi chevaleresque, annonça la voix de Kizaru. D'abord le second, maintenant le capitaine.


    Le visage crispé par la douleur, Noriko leva un regard affolé vers le doigt lumineux pointé dans sa direction.


    — Mais toi, demanda l'Amiral d'un air nonchalant, qui viendra te sauver ?


    Elle cessa de respirer quand le laser apparut et baissa la tête lorsque celui-ci trancha le ciel avant d'aller s'écraser contre un des remparts d'acier qui se tordit sous l'impact. Abasourdie, elle constata avec stupéfaction que Marco se tenait devant elle, son tibia repoussant le bras de Kizaru.


    — Ne la touche pas, asséna-t-il.


    — Un autre chevalier servant, s'étonna l'Amiral.


    Les lèvres tremblantes, la manieuse d'eau ouvrit de grands yeux.


    — Reste pas là, pesta le phénix sans se retourner, je t'ai dit que je pouvais pas me permettre de te protéger !


    Retrouvant brusquement son souffle, Noriko inclina le menton et détala sans demander son reste. Elle ignorait comment ses jambes pouvaient encore supporter son poids, mais ne s'attarda pas sur les muscles de ses cuisses qui brûlaient à chaque pas.


    Le rire de Moria parvint jusqu'à ses oreilles. Heureux d'avoir une quantité folle de cadavres à ses pieds, il riait avec cruauté, tandis que des zombies se redressaient à ses côtés.


    Avec colère, Jinbe s'évertuait à les retransformer en cadavres grâce au sel de la mer. Lorsqu'il aperçut Noriko, il se précipita vers elle, l'attrapa par le bras, et fit apparaître un dôme d'eau au-dessus de leurs têtes. Occultés de l'extérieur, un silence pesant les assomma presque et seule la lumière du jour filtra à travers le liquide transparent.


    Subjuguée, Noriko ouvrit la bouche. Pouvait-elle faire la même chose ? Des Marines tapèrent sur la paroi, tentant de la trancher et de la faire éclater à coup de balles de fusil qui rebondissaient dessus.


    — Ça tiendra pas longtemps, prévint l'homme-poisson en posant ses mains palmées sur ses épaules pour la forcer à lui faire face. Où est Luffy ? Il était avec toi !


    Elle avait du mal à se concentrer.


    — Ils... Barbe Blanche l'a fait monter à bord, déglutit-elle en cillant plusieurs fois. Il veut le faire soigner, mais il... Luffy a la clé des menottes d'Ace.


    Un soulagement intense envahit le visage de Jinbe.


    — C'est bien le paternel, ça. Il a toujours eu un faible pour les avortons qui parlent trop avant d'agir.


    Il détailla Noriko des pieds à la tête et fronça les sourcils.


    — T'es vraiment dans un sale état, marmonna-t-il pour lui-même avant de s'éclaircir la gorge. Tu vas rester avec moi, tu pourras pas continuer comme ça.


    La bulle se fissura, laissant entrer le vacarme de la bataille qui faisait toujours rage autour d'eux.


    L'esprit embrouillé, Noriko secoua la tête en signe de négation.


    — J'ai promis à Luffy de t'aider si tu avais besoin, insista Jinbe en pressant ses épaules.


    — C'est lui qui a besoin d'aide, argua-t-elle en ancrant son regard dans le sien.


    L'ancien Corsaire fronça les sourcils et eut un léger mouvement de recul.


    Noriko baissa la tête et se frotta les paupières. Les yeux en feu, elle craignait de blesser son interlocuteur à tout moment.


    — Je tiens debout. Lui, non. Je m'en sortirai, mentit-elle, j'ai... Mihawk me surveille de loin, je risque rien.


    Elle souhaitait du fond du cœur que sa théorie soit vraie. Non pas pour sa propre survie, mais pour ne pas être un fardeau pour Luffy. Jinbe était puissant, sa place était aux côtés du jeune homme.


    Elle capta l'attention de l'homme-poisson et esquissa un faible sourire qui se voulait rassurant.


    Il hocha la tête.


    — Laisse-moi au moins te donner un coup de main. Cet endroit sera ma tombe s'il le faut, mais je vous laisserai pas tomber.


    Le dôme servant de bouclier disparut. Jinbe écarta les bras et fit un tour sur lui-même. Les Marines qui affluaient vers eux furent repoussés par une onde invisible.


    — Rejoins Ace, ordonna-t-il en s'éloignant, je m'occupe de Luffy et de la clé.


    Un poids en moins dans le creux de son estomac, Noriko obéit et se dirigea vers l'échafaud. Luffy avait placé sa confiance en Jinbe, elle en ferait de même.


    Des soldats tentèrent de lui barrer la route. Elle laissa parler sa fureur et une vague les emporta aussitôt. L'odeur reconnaissable du sang se mêla à la fumée âcre de la poudre qui piquait ses sinus. Elle toussa et se força à avaler sa salive.


    Des éclairs lumineux apparurent à intervalle irréguliers : sur ordre de Sentomaru, les Pacifistas bombardaient aléatoirement la Grande Place.


    Noriko retint un haut-le-cœur quand elle marcha dans des entrailles déroulées et concentra son regard sur l'échafaud qui était tout près. Les morts se comptaient par centaines, cette guerre était un véritable désastre pour les deux camps.


    Sa poitrine se gonfla d'espoir quand elle aperçut Marco, fonçant vers Ace sous sa forme de Phénix. Elle ne put empêcher un sourire de se dessiner sur ses lèvres, tandis que des larmes de joie inondaient son visage.


    Son bonheur fut de courte durée et son cœur s'arrêta lorsqu'elle aperçut Garp s'élever à la hauteur du commandant.


    Non...


    Le bruit du poing du Vice-Amiral s'écrasant sur le visage de Marco tonna dans les airs, la force phénoménale qui s'en dégagea laissa apparaître un nuage de flammes bleues qui s'évanouirent quelques secondes après.


    — NON ! hurla Noriko.


    Son corps ne supporta pas la situation. Elle se tordit une cheville et s'écrasa de tout son long. Les mains éraflées, elle se redressa vivement pour apercevoir Garp reprendre tranquillement sa place, tandis que le Phénix n'était déjà plus dans le ciel.


    Ace, quant à lui, était tétanisé.


    — Comment... Comment..., hoqueta-t-elle.


    Elle essuya ses joues pour chasser les larmes qui ruisselaient sur son visage. L'image de Garp lui faisant de grands signes en riant passa dans son esprit.


    — CELUI QUI DEVRA PASSER DEVRA D'ABORD ME TUER ! vociféra le Héros de la Marine.


    L'horrible vérité s'imposa d'elle-même : Garp choisirait son travail. Il ne sauverait pas son petit-fils.


    Noriko frappa des poings sur le sol dallé qui se brisa sous le coup de l'impact, puis poussa un grognement guttural. Sa migraine explosa et ses yeux s'enflammèrent.


    — Non ! s'enragea-t-elle en regrettant aussitôt d'avoir cédé à ses émotions. Pas maintenant, tu m'entends !? Si tu te manifestes, je...


    Elle frappa plusieurs fois son crâne pour faire taire la douleur interne qui martelait son cerveau.


    Si elle laissait son pouvoir s'emparer d'elle, elle risquerait de provoquer une catastrophe sans nom. Des milliers de pirates seraient en danger. Luffy qui était inconscient ne verrait rien venir. Ace qui était menotté ne pourrait pas se défendre. Sitôt hors de contrôle, elle serait abattue, entraînerait la fureur de Mihawk et tout ce pour quoi elle s'était battue jusque-là n'aurait servi à rien.


    Concentre-toi !


    Prostrée au sol, les ongles enfoncés dans son cuir chevelu jusqu'à s'en faire saigner, elle lutta pour retrouver son calme et supplia son Fruit du Démon de la laisser tranquille.


    Garp n'était qu'un ennemi de plus à abattre. Elle ne devait pas se décourager pour autant. Ace était toujours en vie et attendait d'être libéré.


    Elle leva la tête vers son amant. Ses yeux étaient rivés sur elle, mais elle ignorait s'il la voyait réellement parmi les milliers de personnes combattant autour d'elle.


    — Tiens bon, Ace, souffla-t-elle.


    Elle puisa dans sa force surhumaine, claudiqua sur quelques pas, puis avança d'un rythme plus déterminé. Une frustration de plus et elle perdrait le contrôle. Elle le savait. Si elle voulait continuer, elle devrait d'abord dominer son pouvoir.


    Reste calme, respire.


    Autour d'elle, les pirates luttaient contre les Marines, les commandants se démenaient contre les Vice-Amiraux et les Colonels, Barbe Blanche combattait seul les Amiraux, et les Grands Corsaires vaquaient à leurs occupations, s'en prenant tantôt à un camp, tantôt à l'autre.


    Noriko souffla longuement pour vider son esprit. Elle visualisa une sphère invisible qu'elle imagina représenter son Fruit du Démon et ferma les yeux pour se concentrer. Son ventre se contracta et ses talons s'enfoncèrent dans le sol.


    — C'est moi qui te contrôle, murmura-t-elle. Pas l'inverse.


    Un soldat arriva sur son flanc et abattit un sabre sur son épaule. La lame passa à travers le corps de Noriko et se planta entre deux dalles. De l'eau coula à la place du sang de son bras qui était à moitié détaché de son corps, balaya le Marine, puis reprit son apparence initiale.


    La manieuse d'eau ouvrit les paupières, ses paumes explosèrent, une bulle de la forme d'une torpille fusa vers l'horizon de la baie, tranchant la mer à son passage.


    Elle écarta les mains et arqua ses doigts.


    La sphère s'agita dans son esprit.


    Une vague s'éleva. Une vague immense.


    Dans un souffle, l'eau atteint l'envergure de l'Aqua Laguna en quelques secondes. Faisant la taille des remparts, elle s'infiltra par les extrémités de la baie et se lança dans une course folle pour rejoindre l'échafaud.


    Noriko fit un cercle au-dessus de sa tête. L'eau qu'elle ressentait jusqu'au tréfonds de son corps obéit et s'arrêta avant de toucher les premières personnes regroupées au centre de la Grande Place, évitant ainsi le risque de tuer un allié.


    Elle ouvrit les yeux et écarta les mains. Un grincement strident parcourut les remparts.


    Une salve de boulets de canon éclata à ses côtés. Une bulle décolla de sa paume et grossit juste à temps pour réceptionner d'autres boulets qui furent repoussés contre une bâtisse qui explosa l'instant d'après.


    — Abattez-la ! hurla une voix.


    Un éclair illumina le ciel, un laser fonça droit sur elle, aussitôt repoussé par Ivankov qui fit simultanément irruption à ses côtés.


    — Pas question d'interrompre son attaque, marmonna-t-il avec un grand sourire.


    Il se plaça face à Noriko et leva un pouce dans sa direction.


    — Reste concentrée, je m'occupe du reste.


    Il fit apparaître des aiguilles aux bouts de ses doigts et les planta dans son cou. Sa tête devint énorme. Il cligna de l'œil et créa un souffle dévastateur qui protégea Noriko de toute attaque extérieure.


    La chaleur écrasante d'un volcan se fit sentir avant de disparaître sous une onde de choc. Un pic de glace s'enfonça dans l'eau qui stagnait toujours le long des murs d'acier.


    Le temps comptait.


    Noriko força sur ses bras tremblants, s'imaginant vouloir abattre un dôme invisible qui la compressait. Du sang coula de son nez, la forçant à baisser la tête.


    La sphère éclata.


    Elle serra la mâchoire et poussa un hurlement qui déchira le ciel au moment où une onde invisible s'échappa de ses mains.


    Le souffle saccadé, elle protégea son visage de ses avant-bras lorsque l'eau explosa. L'intégralité des remparts d'acier fut emportée par le souffle. Tous tombèrent dans la baie, sombrant les uns après les autres en arrachant les mécanismes enfoncés dans les sous-sols de Marineford.


    Agenouillée, Noriko commençait à manquer d'air, tandis qu'une panique s'installait autour d'elle. Pris de court, les Marines restèrent immobiles quelques instants. Face à eux, loin d'être perturbés, les pirates ne perdirent pas de temps et reprirent les hostilités.


    Elle cligna plusieurs fois des yeux. La sphère avait disparu.


    Deux mains puissantes la saisirent pour la remettre sur pieds.


    — Tu te rends compte de ce que tu viens d'accomplir !? s'égosilla Ivankov qui était fou de joie. Tout le monde va pouvoir fuir grâce à toi !


    Hébétée, Noriko cligna plusieurs fois des yeux. Elle voulait reprendre le contrôle de son pouvoir et s'était découvert une force qu'elle ne connaissait pas.


    Trois Pacifistas s'enflammèrent sous les coups des pirates avant d'exploser en morceaux.


    — Faut pas rester là, assura le révolutionnaire en regardant autour de lui. Ils vont vouloir ta peau, mais t'en fais, tata Iva est là.


    Il passa son bras autour de sa taille et s'éleva dans les airs. Son envolée fracassa le sol sous leurs pieds et créa un souffle qui balaya les alentours.


    Ivankov atterrit au milieu de ses hommes et leur hurla de protéger Noriko coûte que coûte en la balançant sur eux.


    — Oubliez son lien avec l'autre fou de la lame et gardez-la en vie !


    Les bras de la manieuse d'eau furent empoignés et tirés vers la baie. Elle regarda par-dessus son épaule et avisa l'échafaud. Ace était incliné et plantait son front devant ses genoux. Elle enfonça ses bottes dans le sol pour s'arrêter et tenta de se dégager.


    — Tu t'es suffisamment battue, tenta de la raisonner l'un des hommes en resserrant son emprise. Si tu meurs là-bas, Iva se le pardonnera pas et le Chapeau de Paille non plus !


    — Je m'en moque, hurla-t-elle en se débattant, je préfère mourir plutôt que de fuir le combat !


    Plutôt mourir que de ne pas réussir à le sauver.


    Elle fit apparaître des courants d'eau, juste assez épais pour les repousser sans les blesser et les menaça de s'en servir.


    Plusieurs ondes de choc tonnèrent et les forcèrent à tous se baisser. Non loin, Barbe Blanche continuait de mener son combat contre Akainu et les répercussions de leurs coups étaient de plus en plus violents. À quelques mètres d'eux, Kizaru luttait contre Marco – ce dernier s'étant régénéré suite au coup de Garp –, et Aokiji avait repris son combat contre Joz.


    Les trois Amiraux étant occupés, Noriko avait une chance. Elle échappa aux hommes d'Ivankov et s'enfuit malgré leurs protestations.


    Des Marines affluaient de toutes parts, sortant encore des trappes cachées dans le sol. Les tirs de mortiers et de canons tonnaient toujours plus forts et les cris d'agonie accompagnaient l'horrible cacophonie.


    Noriko repoussa des soldats, esquiva des coups de lames et se baissa juste à temps pour éviter la balle d'un fusil. Elle roula sur le côté lorsqu'un boulet explosa non loin d'elle et continua son avancée.


    Ce n'est qu'à cet instant qu'elle remarqua l'absence de douleur à l'arrière de son crâne et dans ses yeux.


    Elle sursauta et tomba en arrière quand Mihawk se planta devant elle. Avec force, il l'attrapa par le bras.


    — Il a fallu que tu te fasses remarquer avec tes dégâts, gronda-t-il en la relevant.


    Hancock atterrit près d'eux et dévisagea Noriko. À contrecœur, celle-ci secoua la tête pour la dissuader d'intervenir. L'impératrice inclina le menton et disparut.


    Mihawk siffla de mépris en la suivant du regard, puis reporta son attention sur sa nièce. Il trancha l'air de son sabre noir. Un nuage opaque de poudre et de suie s'éleva.


    — J'ai pas beaucoup de temps, avertit-il. Reste loin de l'échafaud. Fais-toi discrète et débrouille-toi pour atteindre la ville, je t'y récupèrerai.


    Noriko fronça les sourcils et tenta de se dépêtrer de son emprise.


    — Je le laisserai jamais tomber, argua-t-il fermement.


    — Ça suffit ! s'emporta-t-il en la forçant à lui faire face. Je me fiche de ton capitaine, je me fiche de la cause pour laquelle tu te bats et je me fiche de tous ceux à qui tu tiens. Je te laisserai pas mourir ici, tu m'entends ?


    Une boule se forma dans sa gorge.


    — Ma... Ma cause vaut bien ma mort, souffla-t-elle d'une voix brisée, et tu ne pourras rien faire contre ça.


    Le Corsaire sonda furieusement son regard. Tremblant de tout son long, elle ne lui laissa pas le temps de répondre.


    — Tu vas devoir m'arrêter ou m'aider, Mihawk, parce que je ne partirai pas d'ici sans lui.


    Il regarda autour d'eux, le nuage de poussière retombait lentement, rendant visible le champ de bataille.


    — Livre-moi si tu l'oses, murmura-t-elle en retenant ses larmes, parce que tu... tu perdras ta place de Grand Corsaire si tu ne le fais pas.


    Une lueur passa dans les yeux de son oncle. Jamais elle ne lui avait tenu tête de la sorte et pour la première fois de sa vie, il ne trouva rien à redire. Ses doigts se desserrèrent légèrement. Noriko en profita pour dégager son bras. Elle recula et fit apparaître de l'eau dans sa paume.


    Armé de son légendaire sang-froid, Mihawk trancha le sol à leurs pieds au moment où elle y abattit un torrent.


    La secousse l'éjecta en arrière. Quand elle se redressa, le Corsaire avait disparu.

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