Noriko
— PX-1 ! cria la voix de Sentomaru.
Une explosion attira l’attention de Noriko vers le groupe de Nami.
— Mais pourquoi nous !? hurla la navigatrice en prenant Franky comme bouclier.
— Arrête de me pousser, fillette ! se débattait le cyborg.
— Il est parti après eux ! s’affola la manieuse d’eau en voyant Sanji enflammer sa jambe face au Pacifista.
— Le gars à la hache a pris en chasse Luffy et les autres, constata Ussop en regardant par-dessus son épaule.
— Bon sang, maugréa Brook, on peut pas les abandonner.
— Concentrez-vous sur vous ! aboya Zoro. Les ordres de Luffy sont clairs : on doit éviter le combat.
Noriko risqua un œil vers son capitaine. Il semblait lutter de toutes ses forces alors que Sentomaru déviait ses attaques avec une facilité déconcertante.
— C’est quoi cette puissance ? s’inquiéta-t-elle. Comment peut-il être aussi fort ? Il n’a…
Un souffle invisible la fit décoller du sol au moment où, dans un terrible fracas, une explosion lumineuse détruisait le sol qui se trouvait sous ses pieds l’instant d’avant. Sonnée, elle retomba lourdement sur son épaule en laissant échapper un cri douloureux.
Les cils emplis de terre, elle passa une bulle d’eau sur son visage et tenta de se redresser fébrilement. À travers la poussière, elle distinguait Ussop et Brook à ses côtés. Comme elle, tous deux avaient été secoués, mais ne semblaient pas blessés.
— Un laser, indiqua Ussop à travers une toux grasse.
— Ça va !? hurla Zoro qui se tenait debout à quelques mètres d’eux.
Il rengaina deux de ses sabres après s’être servi du plat des lames pour repousser ses camarades, juste à temps pour les sauver d’une mort certaine.
Ussop le remercia en pleurant quand il comprit.
— Faut pas rester là, pesta le sabreur, je sais pas d’où venait l’attaque !
Un nouveau laser sortit de nulle part. Plus petit cette fois, mais surtout plus précis. Le faisceau traversa l’épaule de Zoro et passa en trombe entre Ussop et Brook qui manquèrent de se le prendre en pleine tête.
Le sabreur rugit de douleur et s’écroula.
— ZORO ! hurla le tireur d’élite en se précipitant vers lui.
Simultanément, le contour lumineux d’une silhouette se dessina à deux pas de son corps.
— Ussop, non ! intervint Noriko en le ramenant vers elle à l’aide d’une bulle d’eau.
Son ami retomba à ses pieds en grimaçant. Quand il ouvrit les yeux, il se crispa de terreur.
— D’où il sort celui-là !?
Les jambes de Noriko flageolèrent lorsque la lumière s’atténua pour laisser place à un homme immense vêtu d’un costume trois pièces à rayures jaunes.
— L’Amiral Kizaru, lâcha-t-elle d’une voix blanche.
Des trois Amiraux, il avait fallu que ce soit lui qui vienne.
— Dis-donc, quel raffut, commenta le Marine.
Son expression, tout comme son ton, laissait croire qu’il était déjà fatigué de la situation.
La manieuse d’eau déglutit. Même s’il semblait mou, il était dit que Kizaru avait mangé le Fruit du Démon de la lumière, ce qui faisait de lui l’homme le plus rapide du monde.
— Ce… c’est les mêmes lasers que l’autre robot, constata fébrilement Brook avec un mouvement de recul, ils ont copié son pouvoir ou quoi ?
— Zoro, reprends-toi, ordonna Ussop en armant son grand lance-pierre face à l’Amiral. T’approche pas de lui, toi !
Le tireur d’élite tremblait de tout son long, mais la situation désespérée l’obligeait à surpasser sa peur.
De son côté, le regard fixé sur leur nouvel opposant, Noriko n’arrivait plus à bouger. Fuir était inutile, personne ne pouvait rivaliser avec la vitesse de la lumière. Combattre n’était pas non plus une option. Même avec toute la bonne volonté qu’elle pouvait avoir, il fallait admettre qu’aucun de ses amis n’était assez puissant pour rivaliser avec un tel ennemi.
— C’est sans espoir, souffla-t-elle pour elle-même en luttant contre ses propres larmes.
— Tonton Kizaru ! hurla la voix de Sentomaru. T’en as mis du temps !
— Ils sont de la même famille !? s’étrangla Ussop. Mais c’est quoi cette manie d’avoir des oncles surpuissants !?
Noriko ne releva pas la remarque acerbe qu’elle savait maladroite et activa son esprit pour trouver une solution. La lumière traversait l’eau, mais jusqu’à une certaine profondeur. Elle ne maîtrisait pas le Haki de l’Armement, ce qui voulait dire qu’elle devrait créer une eau suffisamment opaque pour espérer pouvoir contrer Kizaru. Elle observa ses paumes tremblantes. Elle avait été capable de soulever plusieurs tonnes, le principe était peut-être le même : rendre le liquide suffisamment dense pour qu’il devienne presque solide.
Les mains dans les poches, l’Amiral se pencha nonchalamment vers Zoro qui gisait toujours à ses pieds. Il le retourna du bout de sa chaussure comme s’il s’agissait d’un vulgaire déchet.
— Oh, voici donc Roronoa. L’ancien chasseur de primes dont la tête vaut 120 millions. On m’a pourtant dit que tu te débrouillais plutôt bien avec un sabre. Pour qu’un seul de mes coups ait suffi à te mettre à terre, c’est que tu as bien dû morfler.
À peine conscient, l’escrimeur respirait difficilement.
— Peut-être qu’un deuxième aura raison de toi.
Il pointa vers lui un index qui s’illumina.
— ZORO ! hurla au loin Luffy, dont le chemin était barré par Sentomaru.
— Cette andouille est à bout de force, il va y passer ! injuria Sanji avant de se jeter sur Nami pour éviter un laser.
— Il va mourir… Il va mourir ! hurla Ussop en s’élançant à toutes jambes.
Il n’en fallut pas plus pour activer l’instinct protecteur de Noriko, dont le corps fut parcouru d’un électrochoc.
À quoi jouait-elle ? Elle n’avait pas le temps d’avoir peur. Quand bien même, ils étaient tous impuissants, il était hors de question qu’ils se laissent abattre aussi facilement !
Un martèlement à l’arrière de son crâne la propulsa en avant à une vitesse folle. Une énorme bulle d’eau attrapa Zoro et roula dans l’herbe sur une dizaine de mètres avant de s’encastrer violemment dans un reste de ruines. L’eau se matérialisa rapidement et reprit finalement la forme de Noriko. Sans savoir comment, elle avait de nouveau réussi à se transformer.
Haletante, fermement accrochée au bretteur et à moitié coincée sous des décombres qui menaçaient de les écraser, elle tentait de se dégager. Si elle n’avait pas contrôlé la fin de parcours, elle avait au moins fait en sorte de protéger Zoro des gravats à l’aide de son propre corps.
Ussop et Brook s’approchèrent en courant tout en hurlant leurs prénoms.
— Comme c’est touchant.
La manieuse d’eau leva les yeux et serra les dents. Au-dessus d’elle, se tenait déjà Kizaru.
— Et voilà Noriko, la nièce d’un des Sept Grands Corsaires. Mihawk a pourtant assuré que tu étais inoffensive, je croyais que tu ne pouvais pas te transformer en eau ?
Les jambes douloureusement ensevelies sous les ruines, elle ne pouvait pas reculer et il lui barrait l’unique issue – si tant est qu’elle arrivait à se lever. D’un geste protecteur, elle se coucha sur le torse de Zoro et redoubla d’efforts pour le déplacer sans lui faire de mal. Ses mains couvertes de sang tremblaient, la blessure du bretteur saignait abondamment sur elle.
— Réveille-toi, réveille-toi, implora-t-elle faiblement en le secouant.
— On dirait que nos informations ne sont pas à jour, soupira Kizaru. Ma foi, au moins, je n’ai pas besoin de te garder en vie.
— Laisse-les ! hurla le tireur d’élite en se postant derrière lui, arme brandie.
— Ne t’avise pas de toucher à un seul de leurs cheveux ! ajouta le squelette en dégainant son sabre.
— Non, arrêtez, s’affola Noriko en gesticulant, c’est…
Elle fit glisser une pierre qui s’écrasa près de Zoro et s’immobilisa. Il fallait qu’elle le sorte de là avant de se sauver elle-même, mais son ami était trop affaibli. Si elle dégageait le tout à l’aide d’une vague, elle prenait le risque de le blesser davantage.
Kizaru haussa les sourcils, puis se retourna vers les deux hommes.
— Je suppose que vous comptez m’arrêter ?
Sans répondre, Ussop tira à bout portant et Brook le transperça de sa lame. Aucune des deux attaques n’eut l’effet attendu : elles traversèrent l’Amiral comme s’il n’était qu’une illusion.
— C’est quoi ça, encore ? Pourquoi on peut pas le toucher !?
— C’est un Logia, vous ne pourrez rien contre lui ! s’égosilla Noriko en soulevant délicatement un premier débris à l’aide d’une bulle.
Avec désespoir, ses deux amis s’acharnèrent sur leur ennemi commun qui affichait un air blasé.
— Vous vous escrimez pour rien, je suis un homme-luminescent.
— Dégage de là ! vociféra le tireur d’élite.
Des cris attirèrent l’attention de la manieuse d’eau. À l’autre bout de la vaste étendue d’herbe et de ruines, Luffy combattait toujours Sentomaru, tout en protégeant Chopper. De leurs côtés, Franky et Sanji faisaient de même avec Nami en luttant contre le Pacifista PX-1.
Elle grogna de frustration, sentant ses yeux la piquer. De nouveau, elle secoua Zoro. Des mains apparurent subitement à ses côtés, puis formèrent une ligne jusqu’à leur propriétaire. De loin, ses bras croisés sur son torse, Robin s’était isolée et tentait de lui venir en aide.
Ignorant la douleur qui parcourait ses jambes, Noriko poussa le corps du bretteur pour lui donner de l’élan afin qu’il roule jusqu’à l’archéologue.
Constatant que Zoro allait être sauvé, l’Amiral abandonna ses assaillants et disparut. Une fraction de seconde plus tard, il se trouva de nouveau au-dessus du sabreur et enfonça son talon entre ses omoplates pour arrêter sa course.
— Il n’ira nulle part, c’est inutile de résister. Mais ne vous en faites pas, votre ami va pouvoir se reposer tranquillement.
De part et d’autre, les Chapeaux de Paille crièrent de protestation, tentant d’intervenir avant d’être repoussés par leurs ennemis.
Kizaru ne leva pas cette fois son index, mais son pied, qui s’illumina entièrement jusqu’à son mollet.
Ussop courut vers Zoro, suivi de Brook, mais un laser lancé par PX-1 de l’autre bout du terrain les empêchèrent de continuer leur route.
Le cœur de Noriko tomba dans ses talons. Avec hargne, elle fit exploser les ruines sur elle et fut éjectée en arrière. Elle trébucha quand elle voulut se relever et un hurlement resta bloqué dans sa gorge, tandis que Kizaru levait son pied toujours plus haut.
Une bourrasque de vent força la manieuse d’eau à se protéger le visage lorsqu’une personne passa à ses côtés à toute vitesse.
À l’instant fatidique, le faisceau lumineux fut dévié vers un des arbres numérotés qui explosa suite à l’impact dans un terrible fracas.
Le souffle court après avoir été projetée au sol par l’onde de choc, Noriko se redressa avec difficulté pour comprendre ce qui s’était passé. À moitié dévoré par les flammes, l’arbre s’écroulait mollement tandis qu’une fumée âcre et opaque s’en dégageait.
— Noriko ! l’interpellèrent Brook et Ussop.
Hors d’haleine, ils se rapprochaient avec peine après s’être remis de la dernière attaque.
— Il… Il l’a sauvé, bredouilla-t-elle en s’agenouillant.
Celui à l’origine de ce grabuge n’était autre que Rayleigh. Un immense fourreau accroché à sa taille, il se tenait devant Kizaru, son pied collé à son mollet.
— Rayleigh, le Seigneur des Ténèbres, soupira l’Amiral avec grande lassitude, tu n’as rien à faire ici.
— Ne crois-tu pas qu’il faut d’abord laisser les bourgeons fleurir avant de les couper ? sourit l’artisan en le repoussant. Leur ère commence à peine, ce serait dommage de l’arrêter en si bon chemin.
— J’ai plusieurs fois entendu dire que tu traînais sur cette île… c’était donc vrai. Si tu prends la défense de ces morveux, c’est que tu es toujours pirate, même si tu es devenu vieux.
— Puisqu’on en parle…, s’amusa Rayleigh, toujours planté devant Zoro. Pourriez-vous avoir l’amabilité de supprimer mon avis de recherche ? J’aimerais profiter tranquillement de ma retraite.
Contrairement au revêteur, l’Amiral ne s’amusait pas du tout et semblait irrité de ce contretemps.
— Les crimes de piraterie sont imprescriptibles, surtout pour les anciens compagnons de Roger. Pour te capturer, il aurait fallu qu’on soit mieux préparés, regretta-t-il. Je suppose que tu vas rester en travers de ma route ?
— Tu supposes bien, rétorqua fièrement Rayleigh.
— VIEUX PAPY ! hurla désespérément Luffy en sautant dans les airs pour éviter un coup de Sentomaru.
— C’était moins une, commenta Ussop qui reprenait son souffle.
Noriko n’arrivait pas à calmer son rythme cardiaque. Jusqu’au bout, elle avait cru que Zoro allait mourir sous leurs yeux. Elle s’aida de la main de Brook et força sur ses jambes douloureuses pour se mettre debout.
— Je pouvais pas le transpercer, songea le squelette, mais il a dévié l’attaque avec son pied, comment ?
— Avec le Haki, grimaça Noriko en titubant.
— C’est quoi ça ? s’étonna Ussop.
La manieuse d’eau avisa son ami, dont l’arcade sourcilière était explosée, et promit de lui expliquer plus tard.
Devant eux, Rayleigh et Kizaru se faisaient face, comme de vieux ennemis qui se connaissaient depuis toujours.
Zoro gisait au sol, mais était hors de danger pour le moment.
Noriko ne savait pas quoi faire. S’ils tentaient quoi que ce soit, cela pourrait rapidement tourner au désastre. Elle souffla pour contrer le mal qui parcourait les muscles de ses jambes et s’efforça de l’oublier temporairement.
— Tu pourrais pas fermer les yeux et les laisser filer ? s’enquit l’artisan avec un sourire malicieux.
— Essaie un peu de nous comprendre enfin, se désola l’Amiral, si on capture pas ces gosses, on aura l’air de quoi à Marie-Joie, hein ? Tu connais la règle quand on s’en prend à un Dragon Céleste.
Il recula de deux pas et écarta ses bras pour faire apparaître des lasers dans ses paumes.
— Ne te mêle pas de ça, avertit-il.
— Ça m’a tout l’air d’être trop tard, répliqua Rayleigh en dégainant une immense lame.
Il se jeta sur lui, le forçant ainsi à reculer.
— USSOP, BROOK, NORI ! PRENEZ ZORO ET TAILLEZ-VOUS !
La voix de Luffy perça de nouveau le ciel. Perché en hauteur sur la branche d’un arbre, il était à bout de souffle et s’arrachait la gorge pour que tout le monde puisse l’entendre.
— Notre priorité est la fuite ! Dans notre état, on n’a aucune chance face à ces types !
Une attaque de Sentomaru le força à quitter prématurément son promontoire.
— On fonce ! hurla Brook en attrapant de part et d’autre Noriko et Ussop par le bras.
Ils récupérèrent Zoro et le menteur invétéré le hissa habilement sur son dos. Tous s’enfuirent en courant en passant à côté des deux hommes qui avaient entamé un duel.
— Ils manquent pas de panache et je dois avouer que ça m’énerve, bougonna Kizaru en esquivant une violente attaque de Rayleigh.
Dans la direction opposée, Franky dégageait PX-1 d’un coup de Burst, puis invita Sanji et Nami à courir.
— Papy, cria Luffy avant de disparaître avec Robin et Chopper, merci pour tout !
Noriko se figea et Ussop hurla lorsque Kizaru apparut une nouvelle fois devant eux.
— Je ne vous laisserai pas vous en sortir aussi facilement.
Rayleigh s’interposa aussitôt pour le repousser avec une force monstrueuse.
— Tu restes avec moi ! J’avais pas dégainé ce sabre depuis longtemps et il est hors de question que ce soit pour rien.
— Voilà qui est embêtant, je pensais que cette mission serait rondement menée.
— La vie est pleine de surprises, mon petit Kizaru, lança Rayleigh avant de foncer vers lui.
— Il nous a encore sauvés, balbutia Ussop. Vous croyez que ça va aller ?
— Vu son niveau, aucun doute. Reste pas planté là, le pressa Noriko avant de détaler.
Elle jeta un œil par-dessus son épaule et adressa un signe à l’artisan en guise de remerciement. Prenant enfin au sérieux le duel, Kizaru fit apparaître un laser en forme d’épée. L’instant d’après, le fracas des deux lames s’entrechoquant résonna dans les airs.
— PX-1 ! tonna la voix de Sentomaru. Roronoa est à moitié mort, commence par lui !
L’énorme cyborg, qui avait été envoyé valser dans les ruines par Franky, se redressa et chercha sa cible des yeux.
Un tir de laser explosa non loin des quatre compagnons.
— C’est pas vrai ! hurla de terreur Ussop en accélérant sa course. Il va nous poursuivre !
Noriko vit Sanji abandonner Nami et Franky pour venir dans leur direction afin de les aider.
— Pose-moi, souffla soudainement Zoro qui avait repris connaissance.
— Hein !?
— Je vais… faire diversion.
— Arrête tes conneries, gronda le tireur d’élite, t’es encore moins utile que moi à ce stade ! On s’enfuit tous ensemble, comme l’a ordonné Luffy !
Un laser explosa à leurs pieds. Tous crièrent de douleur et roulèrent sur le sol. Des martèlements incessants se rapprochant de plus en plus leur firent lever les yeux : PX-1 courait dans leur direction à toute vitesse.
Ussop rampa vers Zoro pour le relever, tandis que Brook tendit une main secourable à la manieuse d’eau.
— Noriko.
Il la regardait d’un air entendu. Elle hocha la tête et se releva. Ensemble, ils firent face à l’immense cyborg.
— Pars devant, Ussop, ordonna Noriko en faisant apparaître deux bulles d’eau, on va le retenir.
— Vous êtes malades !? Vous avez vu ce truc en action, vous avez aucune chance !
— Parfois, un homme doit faire front, lâcha Brook en dégainant son sabre. Et Noriko est bien trop têtue pour que je lui dise de partir.
Elle esquissa un sourire et fit apparaître un immense mur d’eau qui s’érigea vers les airs.
Elle inspira longuement, les bras tendus au-dessus de sa tête. Dans un râle d’effort, elle les abaissa d’un seul geste en s’accroupissant : le mur d’eau obéit et fila à toute allure vers le cyborg qui courait toujours vers eux.
Malheureusement, l’eau ne fut pas assez compacte et le repoussa seulement de plusieurs mètres, sans toutefois le mettre à terre, ni l’arrêter complètement.
— Tu l’as ralenti ! s’enthousiasma Brook.
Noriko écarquilla les yeux.
— Attention ! hurla-t-elle.
Elle balaya ses compagnons d’une vague pour les dégager, mais ne put se sauver elle-même. Un revers de main la projeta en arrière, tandis que ses amis hurlaient son prénom.
L’atterrissage fut d’une violence et douleur sans nom. Allongée sur le dos après avoir roulé sur plusieurs mètres, le souffle coupé et un horrible son strident cisaillant ses oreilles, Noriko tourna la tête. PX-1 s’était déjà rapproché des garçons. D’un geste, il avait repoussé Brook – qui tentait déjà de revenir à la charge – et s’approchait désormais d’Ussop qui protégeait toujours Zoro.
Elle tendit mollement ses doigts.
Non…
Une odeur de terre emplissait ses narines. Elle bascula sur le ventre et se traîna, le corps empli de spasmes et cherchant désespérément de l’air. À l’arrière de sa tête, une migraine endormie se réveillait doucement.
— T’approche pas ! hurla le tireur d’élite en épuisant le reste des munitions sur son assaillant.
— Tiens bon, brave Ussop ! encouragea le squelette en le rejoignant aussi vite que lui permettaient ses blessures.
Ses poumons refusant toujours de lui obéir, Noriko força sur ses membres qui menaçaient de la lâcher à chaque mouvement et se mit péniblement sur ses pieds. Du sang coulait de son nez et de sa bouche et peut-être même de son crâne. D’ici peu, elle s’évanouirait. Elle claudiqua vers ses amis, une main tendue.
Non… Non, non, NON !
Au moment où le cyborg fit apparaître un laser dans sa paume, une frappe phénoménale le repoussa en arrière.
Simultanément, Noriko reprit douloureusement sa respiration et des larmes coulèrent sur ses joues encrassées.
Sanji venait de sauver Ussop.
Il atterrit près de lui et lui ordonna de partir.
— Non, protesta le concerné, il va t’attaquer !
— Pas si je le crève avant, fulmina le cuisinier.
D’un bond, il sauta au niveau de la tête du robot et asséna un magnifique coup de pied enflammé. Le cyborg fut éjecté en arrière et un hurlement de douleur déchira le ciel.
Noriko laissa échapper un cri de stupeur mélangé à de l’angoisse lorsqu’elle envoya une bulle réceptionner Sanji.
Celui-ci fut déposé près de Brook et d’Ussop qui se dépêchèrent de vérifier son état.
Oubliant toute fatigue, la manieuse d’eau fit instinctivement apparaître un tourbillon à ses pieds et se propulsa à leurs côtés.
— Sanji ! réussit-elle à articuler en dérapant près de lui.
Plié en deux, tenant sa jambe contre lui, leur ami transpirait à grosses gouttes, luttant contre la douleur qui s’emparait de son corps.
— Elle… elle est cassée, blêmit Ussop. Qu’est… qu’est-ce qu’on va faire !?
Noriko fronça les sourcils lorsque la migraine perça sa boîte crânienne d’une manière fulgurante. Elle fit apparaître de l’eau pour envelopper le corps du cuisinier et le souleva.
— On dégage, cracha-t-elle.
Un fracas les fit sursauter. De nouveau, PX-1 se trouvait près d’eux. Il n’eut pas le temps de faire le moindre geste, cependant.
Un cri de colère fusa dans les airs et tous levèrent la tête.
Hors de lui, les yeux écarquillés et injectés de sang ainsi qu’un poing géant près de sa tête, Luffy hurlait de rage.
PX-1 bondit en arrière au moment où le poing s’enfonça violemment à l’endroit où il se trouvait.
La secousse fut telle que Noriko usa de toute son énergie pour rattraper ses amis avant qu’ils ne tombent dans d’immenses crevasses – apparues après que la terre ne se soit brisée à cause du choc.
Les sens en alerte et les yeux en feu du fait de son mal de tête, elle repoussa la douleur en s’assurant que tous allaient bien.
Lorsque Luffy émergea du sol, il fut malheureusement emporté par l’élan de Sentomaru qui devait considérer que leur duel n’était pas terminé.
— Luffy ! cria Ussop.
À peine soufflèrent-ils que PX-1 réapparut près d’eux. Il leva sa paume, mais fut éjecté à plusieurs dizaines de mètres avant de s’écraser contre un bâtiment abandonné.
Cette fois, grâce à un coup de Burst, c’était Franky qui les avait sauvés.
— Allez, on dégage ! hurla-t-il en hissant Sanji sur son dos.
— Mais qu’est-ce que tu fais là ? pleura Ussop à chaudes larmes en s’occupant de Zoro.
— Vous étiez en mauvaise posture, j’allais pas vous laisser seuls !
— Où sont les autres !? demanda Noriko en s’élançant à leur suite.
— J’ai envoyé Nami devant, mais je sais pas où sont le renne et Robin !
— Bon sang, haleta Brook dont les os du visage étaient brisés, on va tous y passer si ça continue.
Avec peine, ils coururent aussi vite que leur permettait leur état et furent soulagés d’apercevoir la navigatrice leur faire signe. Cependant, une expression d’horreur envahit son visage et elle se précipita vers eux lorsqu’un cri animal résonna.
— Mais c’est pas vrai, c’est une blague ! se plaignit Ussop sans s’arrêter. Qu’est-ce qui se passe, encore !?
Ils regardèrent autour d’eux. Des bruits de lutte se faisaient entendre, suivis d’énormes secousses.
À distance, le duel opposant Kizaru à Rayleigh avait toujours lieu. Les deux hommes semblaient de force égale et leur combat n’en finissait pas. Ils ne prenaient même pas la peine d’user de toutes leurs forces, se contentant de parer l’attaque de l’autre à coups d’épée.
À l’opposé, considérablement affaibli, Luffy luttait toujours contre Sentomaru.
Le cri animal résonna de nouveau. Plus loin, un fracas assourdissant se fit entendre et un énorme nuage de poussière s’éleva à travers les arbres.
Robin émergea de celui-ci en se jetant au sol.
Elle roula sur le dos, puis rampa à reculons en hurlant.
— CHOPPER, ARRÊTE !
Un énorme colosse de plus de quinze mètres de haut apparut, grognant de toutes ses forces sur l’archéologue.
Noriko se décomposa.
— Qu’est-ce que c’est que ça !? s’étrangla Ussop.
— La grosse bête de l’autre fois, déglutit Franky.
— Ce fou de Chopper a remis ça, murmura Sanji en se redressant.
— Cette chose est Chopper !? balbutia Brook.
— Il a… il a dû penser que c’était l’ultime recours pour combattre, supposa Noriko en songeant aux trois Rumble Balls.
Nami arriva à ce moment-là, essoufflée. Ses lèvres tremblèrent et elle porta une main à sa bouche après avoir pris connaissance de la situation.
— Franky, blêmit-elle, tu peux lui faire le coup de la dernière fois ?
Il secoua négativement la tête sans détacher son regard du renne.
— J’ai usé ma dernière réserve d’énergie pour dégager l’autre crevure. Faudrait le jeter à la flotte.
Sans réfléchir, Noriko tituba vers lui. De l’eau, elle en avait à revendre.
— Arrête, la fille, t’es plus en état ! siffla Franky en la retenant par le bras.
Elle, non. Mais son pouvoir, si.
— Faites-moi confiance, souffla-t-elle en tentant de se dégager.
Elle laissa la migraine s’enfoncer dans son esprit, jusqu’à la sentir dans ses dents.
— Noriko, marmonna Sanji en descendant du dos du cyborg.
Il fit à peine un pas qu’il s’écroula, rattrapé de peu par Brook.
— T’es plus en état non plus, le cuisinier ! pesta Franky qui avait également mauvaise mine. Je vais aller chercher Robin, vous, vous en profitez pour partir !
L’archéologue esquiva une nouvelle attaque, implorant Chopper de reprendre ses esprits.
Un nouvel impact explosa le sol près d’elle. Avec une rage de vaincre, Luffy émergea du cratère formé, Sentomaru le suivant de près.
Cependant, tous deux n’échappèrent pas à la vigilance du renne géant. Ne distinguant plus les amis des ennemis, il abaissa sa main et balaya le sol avec un cri rauque.
Sentomaru fut envoyé se fracasser dans un arbre. Cela ne devait pas être assez pour Chopper, car celui-ci le suivit sans attendre, prêt à réitérer ses attaques.
— Luffy ! Robin ! hurla la manieuse d’eau en repoussant Franky.
— N’approchez pas ! hurla le capitaine.
Perché en hauteur, il portait l’archéologue sur son épaule. Tous deux avaient esquivé l’attaque.
— Je m’occupe de Chopper et Robin, fuyez !
Noriko se paralysa, déchirée entre le besoin d’aider et l’obligation d’obéir aux ordres de son capitaine.
Les cris de ses amis la ramenèrent à la réalité. Elle fit volte-face : PX-1 se tenait devant eux.
Un laser explosa le sol à leurs pieds et tous se retrouvèrent éparpillés.
Le nez dans la terre, Noriko inspirait une odeur humide, luttant pour ouvrir les yeux. Autour d’elle, des cris résonnaient. Malgré une vision brouillée, elle aperçut les silhouettes de ses amis ramper, tentant toujours de prendre la fuite en s’entraidant.
Franky relevait Nami qui semblait sur le point de s’évanouir et Brook s’approchait de Sanji pour le relever.
De part et d’autre, des bruits de lames s’entrechoquaient, indiquant que le duel avait toujours lieu.
Plus loin, les grognements de Chopper déchiraient davantage le ciel.
Quelqu’un la secouait. Ussop. De son autre main, il tentait de retenir Zoro qui se tenait fébrilement debout.
Face à eux, se trouvait un Pacifista.
Le tireur d’élite s’arracha les cheveux.
— Bordel, mais ils sont combien ces enfoirés !?
Noriko remua ses membres. Elle n’avait pas l’air d’être gravement blessée malgré le goût métallique qui imprégnait sa bouche.
— Celui-là est le vrai, haleta Zoro en s’approchant de lui.
La manieuse d’eau tourna la tête. Le Pacifista tenait un livre et portait des gants.
Son sang ne fit qu’un tour et son esprit hurla dans sa tête.
Les coussinets.
Une montée d’adrénaline réveilla ses muscles, dont son cœur qui menaça de faire exploser sa cage thoracique. Elle posa le plat de ses mains et força pour se redresser.
— Tu as donc survécu, Roronoa, murmura Kuma.
Noriko supplia Ussop de rattraper leur ami. Malheureusement, le tireur d’élite devait être blessé, car il trébucha et se traîna au sol.
— Garde tes remarques, vociféra le bretteur en essayant de dégainer un sabre.
— Arrête, Zoro ! C’est pas le moment, faut qu’on se taille !
Kuma retira un gant.
— Où aimerais-tu aller pour un voyage d’agrément ?
NON, NON, NON !
Noriko tendit une paume tremblante vers Zoro. Elle devait le sortir de là.
— Zoro, réagis ! implora Ussop qui était enfin à portée de main du bretteur. Si on ne s’enfuit pas vite d’ici, il…
Les doigts du menteur invétéré se refermèrent dans le vide et le cœur de Noriko s’arrêta : Zoro avait disparu.
— ZOROOOOO ! hurla de désespoir la voix de Luffy à l’autre bout du terrain.
Un terrible fracas laissa deviner qu’il était toujours aux prises avec Chopper.
Ussop resta interloqué, appelant son ami, comme s’il était toujours présent quelque part. Comprenant finalement que Kuma y était pour quelque chose, il l’invectiva.
— Qu’est-ce… Où est-il !? Il était devant moi à l’instant !
L’esprit en ébullition, les mains enfoncées dans le sol sans pouvoir s’empêcher de diffuser de l’eau, Noriko n’arrivait plus à contrôler ses tremblements.
Des larmes brouillèrent sa vision. Zoro avait disparu. Il avait disparu devant ses yeux et elle n’avait rien fait.
Elle avait déjà vu ce pouvoir en action sur Perona – une fille aux cheveux roses qu’ils avaient combattu à Thriller Bark. Lorsque Kuma touchait quelqu’un avec les coussinets implantés dans ses paumes, la personne disparaissait et on ne la revoyait plus.
Un cri s’échappa du fond de sa gorge quand elle se redressa. Un énorme bloc de terre emprisonné dans une bulle d’eau se détacha du sol lorsqu’elle leva les mains. D’un geste, elle l’abattit furieusement sur le Grand Corsaire, tandis qu’une bulle plus petite dégageait Ussop de son chemin.
Le fracas assourdissant secoua le grove lui-même.
Lorsque le silence retomba, Kuma avait disparu et Noriko se tenait debout, pantelante, les yeux exorbités de haine et cherchant son ennemi autour d’elle.
Un cri de colère explosa et Luffy interrogea Sentomaru quant à la position de Zoro.
— Celui qui est touché par les coussinets fend les cieux pendant trois jours et trois nuits, rétorqua le capitaine de la brigade scientifique avec un agacement non dissimulé. Seul Bartholomew Kuma sait où atterrissent ses victimes. Ton ami n’est certainement plus sur cette île, ni dans un quelconque endroit à proximité. Il est même bien au-delà de l’océan.
Luffy tomba à genoux, décomposé.
Traînant sa jambe cassée, Sanji apostropha Noriko et la tira vers lui en criant qu’ils devaient fuir.
Elle refusa et hoqueta un semblant de réponse concernant Zoro.
— On peut rien faire pour le moment, la pressa-t-il vivement, dépêche-toi !
Elle voulut le repousser, mais s’immobilisa lorsqu’elle le détailla.
Le visage tuméfié, il était dans un piteux état et ne tiendrait plus très longtemps. Il fallait se rendre à l’évidence, elle-même titubait et son corps menaçait de céder à chaque pas. Au bord de l’évanouissement, elle souffrait. Ses amis souffraient et plus aucun d’entre eux n’était en mesure de combattre.
Elle ravala ses larmes et hocha nerveusement la tête en signe d’accord. Sanji avait raison, il fallait fuir. Elle l’aida à prendre appui sur son épaule et ensemble, ils rejoignirent péniblement Brook et Ussop qui venaient à leur rencontre.
— Je vais le porter, assura le tireur d’élite en joignant le geste à la parole.
Noriko perdit sa voix et se tétanisa d’effroi lorsque PX-1 leur barra la route. Aucun des amis n’eut le temps de réagir. Kuma apparut à son tour à côté de ce qui était inévitablement l’un de ses clones. Un faible éclair s’abattit immédiatement sur les deux cyborgs, mais ni l’un, ni l’autre ne fut affecté par l’attaque.
À l’écart, à peine consciente et soutenue par Franky, Nami était couverte de sang et tenait fébrilement son bâton devant elle.
— Tu me gênes, PX-1, murmura Kuma.
Contre toute attente, il fit disparaître l’arme humaine à l’aide de ses coussinets.
— Il… Il s’en prend à ses alliés ? tressaillit Sanji.
— KUMA ! vociféra aussitôt Sentomaru au loin. Qu’est-ce qui te prend !?
— C’est une affaire personnelle, rétorqua le Grand Corsaire avec un calme effrayant. Si le Gouvernement Mondial n’est pas impliqué, je n’ai pas de comptes à vous rendre.
Il disparut de nouveau.
— Je… Je comprends rien, admit Brook, il est de notre côté ?
— Peu importe, maugréa Ussop en tournant les talons, fichons le camp pendant qu’il regarde ailleurs.
Avec peine, Noriko força ses muscles à suivre ses amis. Elle entendit Sentomaru menacer Kuma qu’il ne s’en sortirait pas comme ça et qu’il espérait qu’il avait une bonne explication. Elle tourna la tête et eut juste le temps de l’apercevoir disparaître à son tour.
Enfin débarrassé de son ennemi, Luffy s’écroula de fatigue. Il fut cependant tiré par Robin et tous deux évitèrent une énième attaque de Chopper.
Le sol trembla, manquant de faire tomber ceux qui prenaient la fuite.
— Grouillez-vous ! les héla Franky.
Un cri animal percuta leurs tympans, mais cette fois, il fut coupé dans son élan et se tut aussitôt.
— CHOPPER ! tonna la voix brisée de Luffy.
Noriko s’arrêta, les jambes flageolantes. Au loin, Kuma était penché au-dessus de Robin et Luffy, une main tendue.
Le cœur battant à tout rompre, la manieuse d’eau balaya les alentours des yeux, mais l’endroit où se trouvait Chopper quelques secondes plus tôt était vide.
Elle ne put retenir des larmes de couler.
De rage, le corps de Luffy se mit à fumer. Il puisa dans ses forces pour faire face à Kuma et s’élança dans les airs, malgré les supplications de Robin.
Le Grand Corsaire se téléporta au moment fatidique et le capitaine s’écrasa au sol.
Leur ennemi – qui n’était définitivement pas de leur côté – réapparut près de Rayleigh, ignorant royalement Kizaru malgré ses remontrances concernant son comportement qui créerait des vagues en haut lieu.
La gorge de Noriko se serra quand Kuma se pencha vers l’artisan. Elle crut un instant qu’il allait s’en prendre à lui, mais fut surprise de voir qu’il n’en était rien. Elle ne pouvait pas entendre, mais jura que le Grand Corsaire marmonnait quelque chose à l’oreille de Rayleigh et l’expression que celui-ci afficha indiquait qu’il avait du mal à le croire. Le cyborg se redressa en soupirant comme s’il ne pouvait rien faire de plus pour le revêteur et se téléporta sans crier gare.
Il réapparut aux côtés de Sanji – soutenu par Ussop qui n’avait pas arrêté sa course – et présenta sa paume.
Noriko sursauta, et, bien que blessée, boitilla vers eux.
Brook poussa violemment les deux garçons pour se mettre à leur place. Face à Kuma, il écarta les bras en signe de protection.
— Non, Brook ! gronda le cuisinier en se redressant.
— Je vous protégerai, fulmina le squelette, même si je dois y laisser la vie !
Le coussinet l’effleura et le fit disparaître sans la moindre trace.
— Non… Non…. Non, non, non ! pleura le menteur invétéré en cognant rageusement ses poings dans l’herbe.
Noriko trébucha et tomba à genoux.
— Brook…
Les larmes inondaient désormais ses joues. Trois de ses compagnons avaient disparu. Et son pouvoir ne se manifestait toujours pas. Elle voulut se lever, mais ses jambes refusèrent de lui obéir. Dépassée par la situation, elle se recroquevilla et martela son crâne, s’ordonnant désespérément de faire quelque chose.
Ses yeux se posèrent sur ses vêtements couverts de sang et sa respiration se coupa. Plus de la moitié n’était pas le sien, mais celui de Zoro. Kuma l’avait envoyé à trois jours et trois nuits d’ici, tout comme Brook et Chopper. Sauf que contrairement au squelette et au petit renne, le bretteur était blessé. Il se vidait de son sang et rien n’indiquait qu’il allait survivre.
À ces pensées, une soif de vengeance éveilla de nouveau sa migraine.
— ARRÊTE ! LAISSE-LES !
Luffy revint à la charge, en larmes et plus puissant que jamais. Sa peau fumait plus qu’à l’accoutumée, la haine se lisait sur son visage, mais les tremblements de son corps trahissaient sa fatigue. Il balança un poing rageur vers Kuma qui se contenta de le laisser rebondir sur son coussinet pour le faire dévier. Emporté par son élan, le Chapeau de Paille ne put s’empêcher de suivre son propre bras et fut envoyé valser un peu plus loin.
— Putain, mais qu’est-ce que je fiche !? pesta Sanji à voix haute.
Il poussa Ussop qui essayait de l’aider et se mit debout, malgré sa jambe cassée.
— Sauve-toi, assena-t-il, emmène Noriko.
— T’es dingue ou quoi ? s’insurgea le tireur d’élite en le retenant. On part ensemble !
Kuma s’approcha d’eux d’un pas lent et assuré.
Noriko posa son regard sur lui et une aura meurtrière émana d’elle lorsqu’elle se redressa en puisant dans ses dernières forces. Des bulles d’eau lévitaient doucement autour de son corps, puis se mirent à danser de plus en plus vite.
Ses ongles étaient noirs et ses yeux la brûlaient. Elle n’était déjà plus que l’ombre d’elle-même.
Un grognement guttural s’éleva quand elle ouvrit sa paume droite et la puissance de sa bulle était telle que son bras tremblait sous la pression. Le sol se brisa sous ses pieds lorsqu’elle s’élança.
— N’y pense même pas ! explosa-t-elle en s’approchant dangereusement de Kuma.
Elle abaissa son bras. Fusant à une vitesse folle, le projectile fonça vers sa cible. Celle-ci l’esquiva sans effort en disparaissant et la bulle continua sa route jusqu’à aller se planter dans un autre des arbres géants. L’attaque fut dévastatrice. Une partie du tronc fut arrachée par le choc et l’explosion qui en résulta fit trembler les groves alentours.
Hors d’haleine, Noriko chercha le Grand Corsaire et crut sentir son cœur se broyer lorsqu’elle l’aperçut à côté de ses compagnons.
De nouveau, elle s’élança. Un énorme torrent jaillit de sa paume et ses deux amis furent emportés au loin malgré leurs cris de protestation.
Cette fois, elle ne put se réceptionner et s’écrasa par terre avant de rouler sur plusieurs mètres.
Le corps endolori, les yeux en feu et la tête cisaillée par une migraine infernale, Noriko rampa avec peine. Elle savait qu’elle ne se relèverait pas entièrement. Ses limites avaient été atteintes.
Devant son nez, les pieds de Kuma étaient en vue. Elle leva les yeux. La paume recouverte de coussinets en évidence, il se penchait vers elle.
— Tu t’es bien battue, assura-t-il.
Elle adressa un dernier regard à ses compagnons. Franky et Nami aidaient Sanji et Ussop à se relever : ils étaient saufs. Elle leur esquissa un faible sourire qui se voulait rassurant. À travers ses larmes, elle les vit afficher une expression d’horreur.
De l’autre côté, Luffy hurlait désespérément son prénom. Robin devait se tenir à ses côtés.
Elle aurait aimé les voir une dernière fois eux aussi.
Elle cracha du sang et, refusant de baisser la tête, se redressa sur ses genoux pour faire face à son ennemi.
Kuma la toucha et tout devint noir.