L'ombre du Camélia
Chapitre 32 : Le territoire du sang
953 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 30/09/2026 08:01
La limousine noire attendait devant le perron du domaine Uchiha, son moteur ronronnant dans le silence humide du petit matin.
Une brume légère enveloppait encore Konoha lorsque les imposantes grilles d'acier commencèrent à s'ouvrir dans un grondement mécanique.
Hinata demeura immobile quelques secondes.
Quelques semaines plus tôt, elle avait franchi ce portail en épouse livrée au clan Uchiha, prisonnière d'un accord conclu sans son consentement. Chaque pas l'avait alors rapprochée d'une cage dont elle ignorait encore les barreaux.
Aujourd'hui, personne ne la poussait.
Elle inspira lentement avant d'avancer d'elle-même.
Sans hésiter.
Le bruit des grilles qui s'écartaient ne ressemblait plus à celui d'une prison.
Il sonnait comme l'ouverture d'un champ de bataille.
Sasuke contourna la voiture et ouvrit lui-même la portière arrière.
Il attendit.
Sans un mot.
Hinata prit place à l'intérieur, suivie quelques instants plus tard par le chef du clan Uchiha.
Le cuir sombre absorbait les premiers rayons gris du matin. Derrière les vitres teintées, la ville semblait glisser lentement autour d'eux.
Pendant plusieurs minutes, seul le ronronnement du moteur accompagna leur progression.
Ce silence n'avait pourtant plus rien d'étouffant.
Il ressemblait désormais à celui de deux stratèges concentrés avant une opération.
Sans quitter la route des yeux, Sasuke rompit finalement le calme.
— Les docks sont le véritable cœur économique de Konoha.
Sa voix demeurait basse, parfaitement maîtrisée.
— Toutes les cargaisons importantes transitent par là. Les marchandises légales... comme celles qui ne le sont pas.
Il tourna légèrement la tête vers elle.
— C'est aussi là que Naruto a choisi de me tester.
Hinata acquiesça sans répondre.
Chaque information trouvait désormais sa place dans un puzzle qu'elle commençait enfin à comprendre.
Une vingtaine de minutes plus tard, la limousine pénétra dans la zone portuaire.
L'air salé s'engouffra dès l'ouverture des portières.
L'odeur mêlée de gasoil, de métal chauffé et d'eau de mer recouvrait les quais.
D'immenses grues découpaient leur silhouette dans le ciel gris tandis que des conteneurs multicolores formaient un véritable labyrinthe d'acier.
Au loin, des cargos faisaient retentir leurs cornes graves.
Des chariots élévateurs circulaient entre les entrepôts.
Des ouvriers interrompirent leur travail au passage du cortège noir.
Tous observaient.
Tous comprenaient qu'il se passait quelque chose.
Jûgo ouvrit la portière.
— Monsieur.
Sasuke descendit le premier.
Puis, sous les regards de plusieurs dizaines d'hommes armés disséminés entre les conteneurs, il tendit simplement la main vers Hinata.
Le geste était discret.
Mais, dans ce monde, il valait davantage qu'un discours.
Hinata posa doucement ses doigts dans les siens.
Un murmure parcourut aussitôt les rangs des hommes du clan.
La fille aînée des Hyûga marchait librement sur le territoire des Uchiha.
À la droite de leur chef.
Sans escorte.
Sans chaînes.
Plusieurs lieutenants échangèrent un regard.
D'autres détournèrent immédiatement les yeux, refusant de commenter la décision de Sasuke.
Même les caméras installées sur les immeubles voisins semblaient observer la scène.
Les autres syndicats ne manqueraient pas d'interpréter ce simple geste.
La prisonnière était devenue un symbole.
Ils avancèrent entre les rangées de conteneurs jusqu'à un vaste hangar dont la façade portait encore les stigmates des affrontements récents.
Des plaques métalliques avaient été arrachées.
Certaines vitres demeuraient brisées.
L'odeur persistante de fumée flottait encore dans l'air.
Jûgo les rejoignit, une tablette sécurisée entre les mains.
— Monsieur. Madame.
Il consulta brièvement les données qui défilaient à l'écran.
— Nos techniciens ont isolé les traceurs laissés par le numéro sept lors de son intrusion. Toutes ses recherches convergent vers les manifestes de cargaison liés au projet TERRA.
Sasuke observa quelques secondes les docks avant de reporter son attention sur Hinata.
Sa voix se fit plus basse.
Presque confidentielle.
— Pendant dix ans, ton père a utilisé ces quais pour blanchir les revenus du clan Hyûga.
Son regard noir demeurait parfaitement immobile.
— Naruto le sait.
Il veut intercepter la prochaine livraison.
Pas seulement pour l'argent.
Pour contraindre Hiashi à rompre notre alliance.
Le vent venu du large souleva quelques mèches sombres d'Hinata.
Elle contempla les alignements de conteneurs.
Les grues.
Les hommes.
Les navires.
Tout cet empire reposait sur un équilibre fragile.
Puis elle leva les yeux vers Sasuke.
— Alors ne cherchons pas à protéger cette cargaison.
Autour d'eux, plusieurs officiers tournèrent discrètement la tête.
Elle poursuivit d'une voix calme, mais suffisamment nette pour que chacun l'entende.
— Servons-nous-en.
Le silence s'abattit sur le quai.
— Faisons croire que cette livraison est essentielle.
Qu'il s'agit de notre priorité absolue.
Ainsi, Naruto ne pourra pas résister à l'attaquer.
Un très léger sourire traversa les lèvres de Jûgo avant de disparaître aussitôt.
Sasuke, lui, demeura impassible.
Seule une lueur presque imperceptible anima son regard.
Une lueur où se mêlaient fierté, surprise... et cette fascination silencieuse qu'il éprouvait désormais chaque fois qu'Hinata prenait l'initiative.
— Très bien, déclara-t-il finalement.
Il se tourna vers ses officiers.
— Vous l'avez entendue.
Nous ne protégerons pas la cargaison.
Nous protégerons celui qui viendra la voler.
Pendant une fraction de seconde, personne ne bougea.
Puis les lieutenants s'inclinèrent à l'unisson.
— À vos ordres, Monsieur.
Le piège venait d'être posé.
Et, pour la première fois depuis le début de cette guerre, ce n'était ni Sasuke... ni Naruto qui venait d'en écrire les règles.
C'était Hinata.