L'ombre du Camélia
Chapitre 11 : Les pièces du puzzle
1092 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 24/09/2026 09:15
Le grondement de la berline finit par disparaître au loin.
Puis le silence revint.
Un silence plus pesant encore que celui qui régnait d'ordinaire au domaine Uchiha.
Hinata demeura quelques instants immobile au milieu de la salle à manger.
Devant elle, la tasse de café de Sasuke reposait toujours sur la table.
La vapeur s'était dissipée.
Comme si son départ avait emporté la dernière trace de vie dans cette immense demeure.
"Nous l'avons retrouvé."
"Vivant ?
"Non."
Les mots tournaient en boucle dans son esprit.
Qui avaient-ils retrouvé ?
Pourquoi cette mort semblait-elle si importante ?
Et surtout...
Pourquoi Sasuke était-il parti sans la moindre hésitation ?
Les heures s'écoulèrent lentement.
Le domaine était d'un calme presque artificiel.
Hinata tenta de lire.
De marcher.
De contempler les jardins noyés sous la brume.
Rien n'apaisait l'impression diffuse qu'elle était enfermée dans une maison remplie de portes closes.
Finalement, elle quitta ses appartements.
Les longs couloirs étaient déserts.
Quelques caméras pivotaient silencieusement au plafond.
Leurs objectifs semblaient suivre chacun de ses pas.
Jûgo avait accompagné Sasuke.
Les gardes restants surveillaient essentiellement les extérieurs.
Pour la première fois depuis son arrivée...
Elle était presque seule.
Sans réellement s'en rendre compte, ses pas la conduisirent vers l'aile interdite de la demeure.
Le bureau privé du chef du clan.
Une imposante porte de cèdre noir.
Habituellement fermée.
Aujourd'hui...
Elle était entrouverte.
À peine.
Une mince ligne de lumière découpait le sol.
Hinata sentit son cœur accélérer.
Elle savait qu'elle n'avait rien à faire ici.
Sasuke ne lui avait jamais interdit d'entrer.
Il n'en avait jamais eu besoin.
Certaines portes semblaient simplement faites pour ne jamais être franchies.
Sa main hésita quelques secondes.
Puis elle poussa doucement le panneau.
L'odeur du cuir, du bois ciré et du tabac froid emplissait immédiatement la pièce.
Le bureau était vaste.
Épuré.
Chaque objet semblait soigneusement à sa place.
Presque.
Une chaise était légèrement reculée.
Un verre vide reposait près d'une bibliothèque.
Sur le parquet, un minuscule éclat de verre avait échappé au ménage.
À peine visible.
Comme le vestige discret d'une nuit agitée.
Au fond de la pièce, un immense mur d'écrans diffusait les images des caméras de surveillance réparties à travers Konoha.
Les rues.
Les quais.
Les quartiers industriels.
Les entrées de la ville.
Tout paraissait sous surveillance.
Au centre de l'un des écrans, un point rouge clignotait au-dessus d'un ancien entrepôt.
Celui où tout avait commencé.
Son regard glissa vers le bureau.
Un dossier en cuir noir y était resté ouvert.
Le blason des Uchiha était discrètement embossé sur la couverture.
Elle s'approcha.
Le silence devenait quasiment assourdissant.
Elle ouvrit lentement le dossier.
La première page contenait une photographie.
Un homme d'une quarantaine d'années.
Visage fermé.
Regard méfiant.
Sous la photo, quelques lignes seulement.
« Kanda Hiroshi.
Ancien lieutenant du clan Hyûga.
Localisation confirmée. »
La page suivante avait été arrachée.
Puis la suivante.
Et encore une autre.
Il ne restait qu'un simple feuillet glissé entre les reliures.
Une note manuscrite.
Quelques mots seulement.
"Il a parlé."
Aucune signature.
Aucune date.
Rien d'autre.
Hinata sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Parlé de quoi ?
À qui ?
Et pourquoi toutes les autres pages avaient-elles disparu ?
Un signal électronique retentit soudain.
Bip.
Les écrans changèrent tous simultanément.
Les images de la ville disparurent.
Remplacées par celles des caméras extérieures du domaine.
Une berline noire franchissait les grilles principales.
Son cœur manqua un battement.
Ils étaient déjà de retour.
Beaucoup trop tôt.
La voiture s'immobilisa devant le perron.
La portière arrière s'ouvrit.
Sasuke descendit le premier.
Son manteau noir flottait légèrement sous le vent.
Même à travers les écrans, quelque chose dans sa démarche semblait différent.
Plus raide.
Plus silencieux encore.
Derrière lui, Jûgo referma lentement la portière.
Le lieutenant leva brièvement les yeux.
Comme s'il avait senti une présence.
Son regard se fixa quelques secondes sur l'une des caméras.
Puis il reprit sa marche.
Le système de sécurité venait peut-être de trahir Hinata.
Ou peut-être...
L'avait-il déjà repérée depuis longtemps.
Le bruit d'une porte d'entrée qui s'ouvrait résonna quelque part dans la demeure.
Cette fois...
Le monstre rentrait chez lui.
Et elle se trouvait au cœur de son territoire.
Ses mains tremblaient lorsqu'elle replaça soigneusement le dossier en cuir noir exactement à l'endroit où elle l'avait trouvé.
Elle prit une lente inspiration.
Un pas en arrière.
Puis un autre.
Ses yeux quittèrent enfin le mur d'écrans où défilaient encore les images de la berline franchissant les grilles du domaine.
Il n'y avait plus une seconde à perdre.
Elle referma silencieusement la porte du bureau.
Puis accéléra.
Ses pas résonnaient à peine sur le parquet sombre tandis qu'elle traversait les longs couloirs de la demeure.
Son souffle devenait plus court.
Son cœur frappait contre sa poitrine avec une violence presque douloureuse.
Enfin, elle atteignit sa chambre.
La porte coulissa dans un souffle discret.
Elle la referma aussitôt derrière elle.
Adossée contre le bois, elle ferma les yeux quelques secondes.
Respirer.
Simplement respirer.
Tout semblait calme.
Le lit était resté parfaitement défait.
Les rideaux oscillaient doucement sous l'air conditionné.
Aucun bruit.
Elle se glissa rapidement sous les couvertures, tentant de ralentir sa respiration.
Les secondes passèrent.
Puis des pas résonnèrent au loin.
Lents.
Réguliers.
Ils traversèrent le couloir.
Puis le silence revint.
Hinata n'osa pas bouger.
Bip.
Le son électronique déchira brusquement le calme de la pièce.
Ses yeux s'ouvrirent aussitôt.
Face au lit, l'immense écran noir encastré dans le mur venait de s'allumer.
Aucune image.
Seulement quelques lettres blanches qui apparaissaient lentement, les unes après les autres.
Comme si quelqu'un les écrivait en temps réel.
« Tu as oublié ton camélia dans mon bureau. »
Le souffle d'Hinata se bloqua.
Ses yeux glissèrent instinctivement vers sa table de nuit.
Le camélia n'y était plus.
Le silence de la chambre devint soudain insupportable.
Elle comprit alors une chose.
Depuis le début...
Elle n'avait jamais été seule.
Quelque part dans le domaine, quelqu'un l'observait.
Et il venait de lui rappeler que chaque porte franchie, chaque pas, chaque hésitation lui appartenaient déjà.