L'ombre du Camélia
Chapitre 6 : Le jour des serments
634 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 23/09/2026 13:53
Le blanc.
Depuis toujours, cette couleur était censée annoncer un commencement.
La promesse d'une vie nouvelle.
Pour Hinata, elle ressemblait davantage à un linceul.
Elle demeurait immobile au centre de sa chambre, transformée pour l'occasion en un véritable salon d'apparat. Les couturières s'affairaient autour d'elle avec une précision presque cérémonielle. Personne ne parlait. Seul le froissement des étoffes et le cliquetis discret des épingles troublaient le silence.
Chaque geste semblait avoir été répété des centaines de fois.
Chaque pli de la robe devait être parfait.
La lourde étoffe blanche retombait jusqu'au sol, magnifique.
Étouffante.
Hinata inspira lentement.
Même respirer lui demandait un effort.
À chaque nouvelle épingle, elle avait l'impression que le tissu se refermait un peu plus autour d'elle.
Comme les derniers clous d'un cercueil.
Sur la coiffeuse en bois sombre reposaient deux objets.
Un masque blanc.
Et un unique camélia.
La fleur, fraîchement coupée, paraissait presque irréelle tant sa blancheur contrastait avec le bois sombre du meuble.
Une jeune couturière s'en approcha avec précaution.
— Il est magnifique… souffla-t-elle malgré elle.
Avant même qu'elle puisse le prendre, une femme plus âgée posa une main ferme sur son poignet.
— Pas celui-là.
Le silence retomba aussitôt.
Le camélia demeura sur la coiffeuse.
Seul.
Comme oublié.
Hinata leva doucement les yeux vers le grand miroir.
Son reflet lui semblait étranger.
La robe.
La coiffure.
Les bijoux.
Tout paraissait appartenir à une autre femme.
Elle chercha son propre regard.
Ses yeux lavande étaient toujours là.
Mais quelque chose s'était déjà éteint.
Elle les contempla quelques secondes de plus.
Essayant d'en mémoriser chaque détail.
Parce qu'au fond d'elle, une pensée aussi absurde qu'irrésistible venait de naître.
C'était peut-être la dernière fois qu'elle regardait le visage de Hinata Hyûga.
Une couturière s'approcha.
Le masque blanc reposait entre ses mains.
Lisse.
Immaculé.
Sans la moindre expression.
Selon les anciennes traditions des grandes familles, le visage de la mariée devait demeurer caché jusqu'à l'échange des serments.
On disait que cela protégeait l'union.
Hinata y voyait une toute autre signification.
On effaçait son identité.
On ne lui demandait pas d'aimer.
On lui demandait d'obéir.
— Êtes-vous prête, Mademoiselle ?
La question flotta quelques instants dans la pièce.
Personne n'attendait réellement sa réponse.
Hinata ferma doucement les yeux.
Une dernière respiration.
Puis elle acquiesça.
Le masque fut délicatement posé sur son visage.
Le monde changea aussitôt.
Les contours devinrent plus flous.
La lumière plus froide.
Comme si une fine paroi venait soudainement de la séparer du reste du monde.
La porte coulissa.
Toutes les couturières s'inclinèrent immédiatement.
Hiashi Hyûga venait d'entrer.
Son regard parcourut la pièce sans émotion.
Il s'arrêta un bref instant sur sa fille.
Puis, sur le camélia resté seul sur la coiffeuse.
Une seconde passa.
Sans un mot, il détourna les yeux.
— Ils attendent.
Sa voix était calme.
Définitive.
Hinata baissa lentement la tête.
Le mot résonna étrangement en elle.
Ils.
Comme si, à partir de cet instant, son avenir ne lui appartenait déjà plus.
Deux domestiques ouvrirent les portes.
Le long couloir du domaine s'étendait devant elle, silencieux, bordé d'employés inclinés sur son passage.
Au loin, derrière les immenses portes d'entrée, une berline noire attendait sous un ciel encore chargé de pluie.
Les vitres teintées empêchaient d'en distinguer l'intérieur.
Pourtant...
Hinata eut la certitude étrange que quelqu'un l'observait déjà.
Elle inspira profondément.
Puis fit son premier pas.
Sans savoir si elle avançait vers un mariage...
Ou vers sa propre disparition.