Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Note : Et on revient encore un peu en arrière pour assister cette fois au combat de Tōya, qui se déroule exactement en même temps que celui de Keigo du chapitre précédent. D'ailleurs, quand je mentionne Yumei, elle est en train de regarder les deux en même temps : c'est juste que je ne le répète pas à chaque fois. La pauvre, elle doit faire des infarctus en série vu ce à quoi elle assiste 😅
Vous vous en doutez vu le chapitre précédent, tout ne va pas se passer aussi bien pour Tōya que pour Keigo... Après tout, dans le manga original, une dizaine de héros dont une moitié de professionnels n'arrivent à rien face à Shigaraki. Mais je vous encourage quand même à croire en notre cher Todoroki, il fait vraiment de son mieux !
En guise d'ambiance musicale, je dois évidemment vous recommander d'écouter Phosphor qui est pour moi LA musique de combat associée à Tōya Todoroki (et ma musique préférée de l'animé ever), puis Kimi no Chikara quand vous arriverez à la dernière partie du chapitre qui commence par "Shigaraki et lui se dévisagent".
Bonne lecture ! Et courage d'avance, ça ne va pas être facile 😬
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[Retour au début de l'affrontement au Cercueil Volant]
« Eh ben, ça tombe bien que tu sois pas mon pote, trouduc ! Ça m'évitera de devoir retenir mes coups !! »
Au moment où il s'apprête à bondir, Tōya est surpris par une attaque inattendue de son adversaire, et il est tellement saisi que son cœur fait un bond dans sa poitrine. Une excroissance faite de doigts aux ongles mal entretenus se met soudain à pousser depuis le bras de Shigaraki, possédé par l'esprit d'All For One, et s'abat droit sur lui. Les yeux ronds, le jeune Todoroki n'a que quelques secondes pour réagir...
« Bouclier !! »
Il baisse la tête et protège son visage de ses bras, en même temps qu'il commande à son armure de le défendre. À sa grande surprise, cette dernière réagit vraiment. Sa cape se dresse entre l'attaque et lui pour parer le coup, et elle dévie la trajectoire de la "lance" faite de doigts qui s'apprêtait à l'empaler. Face à la violence de l'impact, Tōya est tout de même éjecté quelques mètres plus loin, mais il se relève aussitôt, encore secoué par ce coup inattendu.
« Bouclier ?!, s'offusque All Might dans sa radio. Je sais que tu n'es pas habitué à cet équipement, mais prends au moins la peine d'utiliser les noms corrects de tes attaques, Todoroki ! Tu es un héros maintenant !
— Vous êtes pas sérieux, y a vraiment que ça qui vous choque ?! Même pas le fait que je viens de manquer de me faire transpercer par des centaines de doigts ??
— Hem, si, bien sûr... ! Mmh. Mais tout de même... ta cape s'appelle Tsukuyomi...
— Peu importe. Votre Tsukuyomi, là, elle est déjà dans un sale état... »
Les dents serrées, il observe l'étendue des dégâts. Sa superbe cape hi-tech tient bon, mais la marque du coup qu'elle a encaissé est déjà clairement visible à sa surface. Bon sang... c'était quoi, cette attaque ? Pourtant, Eraser Head et l'étudiant bruyant sont toujours en train de supprimer les alters de son adversaire...
« Franchement, Shiggy... y a vraiment qu'un seul de nous deux qui pense à soigner son apparence et, indice : c'est pas toi. T'as vu la gueule que tu te tapes ?! »
Il tente de dédramatiser la situation, mais cette dernière lui fait froid dans le dos. Face à lui, son ancien camarade a le corps à moitié déformé, recouvert d'ignobles doigts de tailles variées qui ne cessent de s'étendre petit à petit et de prendre de la place dans le Cercueil.
« Tu ne peux pas comprendre, Tōya Todoroki. Toi qui te contentes d'un corps décharné depuis des années... sur lequel tu as rajouté quelques gadgets ridicules de héros. Tu crois vraiment être en position de te sentir supérieur ? Tu n'as jamais cherché à t'extraire de ta condition pathétique, alors que moi, j'ai laissé mon corps évoluer. Une nouvelle forme de l'organisme humain... adaptée à son environnement et à l'évolution des alters. Je suis l'avenir de notre espèce, et tu vas vite comprendre à quel point tu es insignifiant à côté de ça ! »
Pour souligner ses propos, Shigaraki repasse à l'attaque. Les doigts se multiplient toujours plus et fusent vers Tōya qui, heureusement, possède l'esprit assez vif pour ne pas se laisser dépasser. Puisque son armure est dotée d'une assistance motrice, il en profite pour se déplacer dans les airs et faire des bonds impressionnants qui lui permettent d'esquiver les attaques. En même temps qu'il évite les coups, son cerveau tourne à mille à l'heure. Il se remémore chaque compétence de son armure, et réfléchit à un plan pour en tirer le meilleur parti possible.
All Might m'a bien averti que je n'ai qu'une petite partie de son équipement... c'est sa voiture qui possède la majorité de son arsenal. En gros, j'ai surtout à ma disposition des outils pour fuir... mais pas vraiment de moyen de me débarrasser de ses doigts. Enfin, j'ai mon feu. Mais... je vais devoir garder cette carte pour plus tard. Donc, si les doigts doivent rester... il faut que je m'approche suffisamment pour attaquer le corps principal.
Heureusement pour Tōya, l'une de ses plus grandes qualités est sa capacité d'adaptation hors du commun. Il lui suffit généralement d'observer ou de tester quelque chose une fois pour se l'approprier, si bien qu'il devient déjà aisé pour lui de piloter son équipement. Alors, il bondit dans tous les sens. Son armure lui permet d'être agile, mais amplifie également la force de ses mouvements, et il parvient à couper quelques amas de doigts à l'aide de coups de poing et de coups de pied fulgurants. Shigaraki doit penser qu'il perd son temps... mais pas du tout. Son but est...
Maintenant !
Dès qu'il dégage enfin sa vue pour apercevoir clairement son adversaire, Tōya tend ses bras en avant.
« Grappin !
— C'est "fouet noir" ! », s'excite All Might dans ses oreilles.
Plusieurs lourds câbles sont soudain éjectés de ses gants, et s'accrochent directement dans le ventre de Shigaraki. Son adversaire n'a pas le temps de réagir que le manieur de flammes enclenche déjà le mécanisme suivant : les grappins se fixent fermement au corps de sa prise, puis se rembobinent pour l'attirer à lui à toute vitesse. Et quand son ancien ami arrive à sa hauteur, Tōya l'accueille avec un puissant coup de poing dans l'abdomen, chargé d'une telle force motrice qu'il devrait lui exploser une partie de ses os au passage.
Mais Tōya n'a pas le temps de se satisfaire de son initiative. Shigaraki lui adresse un petit sourire moqueur, puis l'attrape par le poignet pour l'empêcher de fuir. Il lui renvoie son coup en retour, à une puissance au moins cinq fois plus élevée, arrachant les grappins et éjectant Tōya avec une force hallucinante droit vers la barrière électrifiée du Cercueil. Même équipé d'une armure conçue pour créer et canaliser des décharges électriques, le jeune homme ne pourrait jamais survivre à un choc d'une ampleur aussi massive.
Heureusement pour lui, il est sauvé in extremis par sa cape, qui se décroche de son corps pour l'expulser plus loin juste avant de toucher le mur électrifié. Le pauvre Tōya fait quand même une chute de plusieurs mètres de haut, et tombe face contre terre dans la poussière et les débris, secoué par la brutalité du coup qu'il vient de subir.
« Todoroki ! Tiens bon... le système m'annonce que tu as plusieurs côtes cassées, mais l'assistance motrice de ton armure est encore fonctionnelle !
— Bo... Bordel... Et lui... ça lui a rien fait ?? »
Tōya se redresse péniblement, effaré de voir que Shigaraki ne semble pas du tout perturbé par le coup dévastateur qu'il vient de recevoir. Le vilain ne prend même pas le temps de s'inquiéter des trous que les grappins ont creusés dans son corps, qui de toute façon continue de muter pour encaisser le contrecoup des attaques qu'il reçoit.
« Tu me fais de la peine, Tōya... à croire si fort que tu peux t'opposer au changement. Je te préférais quand tu étais Dabi... Mais comme je t'aime bien, je vais t'expliquer pourquoi tu ne peux rien contre moi. Au fur et à mesure que le All For One se stabilise, mon corps se modifie, à la recherche de la forme la plus adaptée à son environnement. »
Tōya a une envie pressante de lui dire de se taire, mais il le laisse bavasser. Après tout... ce qu'il est en train de faire là, depuis le début de leur combat, c'est de gagner du temps. Les monologues de super-méchant d'All For One jouent donc à son avantage.
« Grâce à ce pouvoir... La Terre entière sera bientôt entre mes mains. Il n'y aura plus que deux catégories d'individus : moi, et les autres ! Ce monde où les humains n'ont plus aucune norme en matière d'apparence ou d'aptitudes est condamné à la division et à la ruine. De trop grandes différences font naître l'incompréhension... qui elle-même engendre la crainte et le rejet ! Je sais que tu es d'accord avec moi, Tōya Todoroki... »
Le manieur de flammes agrippe ses côtes douloureuses et en profite pour reprendre son souffle. Shigaraki, ou All For One... peu importe. Ils se trompent lourdement sur son compte. L'abomination face à lui continue :
« Avec moi, tous les hommes seront égaux... tous pliant sous ma domination ! Ça se rapproche un peu de ce monde de paix dont les héros rêvent tant, non ? Alors pourquoi t'opposer à moi, toi qui avais pourtant tout compris ?
— Shiggy connaît la réponse... Les membres de l'Alliance m'appelaient tout le temps comme ça, quand on était encore ensemble... »
Son adversaire perd un instant son sourire, pendant que Tōya fait de son mieux pour se tenir à nouveau droit sur ses jambes.
« L'insaisissable, ça te dit quelque chose... ? Même si j'étais de votre côté... J'en ai toujours fait qu'à ma tête, et j'ai jamais vraiment suivi vos plans. Et c'est ça qu'il manque à ton rêve de merde, enfoiré. Tous les hommes seront égaux ? Me fais pas rire. Égaux sous ton autorité, sans avoir notre mot à dire sur notre monde, j'appelle ça de l'esclavage. Peut-être que notre société est encore loin d'être égalitaire... C'est vrai, il faut que ça change. Mais au moins, elle nous permet un minimum de liberté... Et ça, je refuse que tu me l'enlèves ! »
Un sourire étire les lèvres de Tōya, en même temps qu'il enclenche l'un des mécanismes de son armure.
« All For One... si c'est toi qui m'écoute en ce moment, tu le sais mieux que quiconque. Même toi, le Roi du Mal, t'as renoncé à dompter mes obsessions et tu m'as jamais soumis à ton autorité ! Et ça, c'est pas près de changer !! »
Il s'élance, comptant sur l'assistance motrice de son armure pour ignorer comme il le peut ses os cassés. Il se sert à nouveau de ses grappins pour se rapprocher de Shigaraki à toute vitesse. Dans la rapidité de son mouvement, au lieu de l'attaquer au coup de poing comme son adversaire semble l'anticiper, Tōya brandit une autre des composantes de son armure : une grosse seringue chargée d'un produit extrêmement dangereux. Il plante l'aiguille dans le ventre de Shigaraki, qui ne prend même pas la peine d'esquiver, et lui injecte une bonne dose d'acide ultra-corrosif, qui est envoyée directement dans son organisme.
« Injection superacide, Pinky !! »
All Might n'ose plus faire de commentaires dans un moment aussi tendu, mais Tōya est certain que le vétéran est fier qu'il ait au moins retenu le nom de cette attaque-là. Avec un sourire narquois, le jeune Todoroki contemple Shigaraki se détruire de l'intérieur. Corps super évolué ou pas, si ses nouveaux organes se désagrègent les uns après les autres, il ne devrait pas...
Mais à sa stupéfaction, Tōya observe une bouche naître sur l'épaule de son ancien camarade et... vomir l'acide en dehors de son organisme ?
« Beurk ?! Mais y a vraiment aucune limite à l'aberration de ton corps, ma parole ?!
— Dis-moi, Tōya... Au lieu de faire de beaux discours, tu ferais bien de penser un peu mieux tes stratégies. Parce que chaque fois que tu t'approches de moi... »
Son ennemi recule son bras chargé de doigts aux longs ongles inégaux, prêt à frapper.
« Ça revient à t'exposer à une force égale à celle d'All Might !! »
La rafale provoquée par son coup est dévastatrice et rompt net les câbles de ses grappins. Tōya est frappé de plein fouet et projeté en l'air, en plein sur le bâtiment de UA dont il explose une vitre, freiné dans son vol par le mur d'une salle de classe dans lequel il vient se ficher. Tout son corps hurle de mal, mais heureusement, la technologie de l'armure le protège suffisamment pour que ses os ne soient pas encore intégralement brisés. Cela dit, ce n'est pas sa plus grande préoccupation actuelle. Merde... Ça ne fait pas assez longtemps qu'ils se battent. Midoriya n'est toujours pas là... Et Tōya n'est pas encore parvenu à faire entendre raison à son ancien ami.
À ce train-là, il est parti pour ne sauver personne... ni Shigaraki, ni lui-même.
Merde...
« Tōya ! Tu tiens le coup ?! »
La voix de Tsukauchi propage un frisson le long de sa colonne vertébrale. La présence du policier à ses côtés lui rappelle soudain ses propres objectifs. Son incarcération. Sa rédemption. Sa volonté de s'en sortir, pour Fuyumi, pour Yumei, pour...
Keigo...
Penser à Keigo lui redonne du courage. Oui... C'est pour lui qu'il fait tout ça... Pour lui offrir un avenir serein.
« On peut s'arrêter là si tu le veux ! continue l'inspecteur. Les autres héros sont prêts à intervenir pour...
— Non. Laissez-moi encore un peu de temps... Vous avez vu sa force... Faire venir d'autres héros, c'est prendre trop de risques inutiles ! Il faudra ouvrir la barrière plusieurs fois, pour eux, puis pour Midoriya... et avec des gêneurs, je ne pourrai plus utiliser mes flammes à leur pleine puissance. Vous l'avez dit vous-mêmes, Tsukauchi... »
Au même moment, Shigaraki bondit, prêt à ne lui laisser aucun instant de répit supplémentaire.
« C'est mon combat ! »
Tōya se débarrasse de ses gants et écarte un bras, projetant à ses côtés une grande flamme qui éclaire un instant toute la pièce d'une vive lumière bleue et embrase les meubles de la salle de classe. Aussitôt, le système anti-incendie s'active, et c'est une douche d'eau froide qui tombe sur les deux adversaires.
« Chargéclair. »
Au moment où Shigaraki arrive à son contact, l'armure de Tōya s'électrifie, et la combinaison des différents facteurs est immédiate. L'eau étant conductrice d'électricité, c'est la pièce entière qui est désormais chargée d'éclairs, foudroyant l'héritier du Roi du Mal d'une décharge au moins aussi puissante que la barrière du Cercueil. Quant à Tōya, il est protégé par son armure, équipée pour résister à ses propres attaques et dont la coque conductrice canalise le courant tout autour de son corps au lieu de le traverser. Mais ça ne l'empêche pas d'être secoué par la force du choc à cause de son absence de casque.
Une fois la vague passée, Shigaraki et lui chancellent tous les deux sur leurs jambes, le premier complètement sonné. Son corps a beau s'adapter à ses blessures, son système nerveux s'est tout de même pris la décharge de plein fouet, ce qui l'immobilise pendant un bref instant. Mais Tōya n'en reste pas là : c'est maintenant qu'il doit agir. Alors, il décide enfin d'attaquer avec son propre style. Avec son alter.
Il s'enveloppe d'un brasier à la chaleur inouïe, ce qui explose plusieurs éléments de son armure. Puis il le dirige en plein sur Shigaraki, anéantissant au passage les excroissances de doigts qui commençaient à prendre un peu trop de place dans le Cercueil, faisant trembler ses fondations. Son adversaire hurle de douleur, mais son corps tient bon malgré la fournaise, et de toute façon... le but n'est pas de le tuer. Tōya veut juste s'assurer qu'il soit suffisamment affaibli pour qu'il cesse de riposter.
Et quand tous les deux semblent être arrivés à leur limite, il arrête tout.
Tōya est épuisé. Son armure est pratiquement hors service, et elle s'effrite sur lui, révélant des bouts de son costume blanc par endroits. C'est maintenant. S'il veut encore sauver son ami... c'est la dernière opportunité qu'il lui reste. Mais son estomac se retourne quand il voit Shigaraki, au bord de la grande fenêtre brisée, remuer la tête pour craquer sa nuque, droit sur ses pieds malgré son corps entièrement carbonisé. Bordel, ça... Ça ne lui a toujours rien fait ?! La décharge, l'immolation... Rien n'est en mesure de le faire fléchir ? C'est... C'est impossible...
Son ancien camarade s'approche lentement de lui. Il l'attrape par le cou pour le redresser sur ses jambes, un air étrangement mélancolique sur les restes de son visage qui a fondu à moitié.
« Ça ne me fait pas plaisir de te tuer... Dabi. »
Étonné d'entendre son ancien nom de vilain, Tōya frissonne. Il comprend que la décharge a suffisamment secoué son cerveau pour permettre à Tomura de reprendre brièvement le contrôle de son esprit.
« Malgré qu'on pouvait pas se blairer, toi et moi... Je t'ai toujours considéré au même titre que les autres. Comme mon camarade. Pour qui j'étais prêt à épargner les quelques choses qui vous importent, dans ce monde que je veux détruire entièrement. Je crois que... Que je voulais juste être votre héros. Le héros des vilains... »
Tōya ne parvient pas à réagir, étranglé par la poigne de fer de son adversaire qui se resserre toujours plus sur sa gorge. Son corps lui fait si mal que même respirer est devenu douloureux. Et il a aussi mal au cœur : les confidences de son ami le secouent plus qu'il ne voudrait l'admettre.
« Merci de m'avoir permis de revenir.
— Shi... Shiggy... Écoute-m...
— C'est trop tard, Dabi. Désolé. »
Sans un mot de plus, Shigaraki fait jaillir de son corps une myriade de doigts aux ongles acérés, qui viennent se planter un peu partout dans le corps de Tōya. Ce dernier pousse un cri de douleur déchirant, mais il n'a pas le temps de se remettre de ses émotions, parce qu'il est violemment lancé par la fenêtre. Dans sa chute vertigineuse, il fait son possible pour compter encore sur l'assistance motrice de son armure, mais cette dernière ne répond plus que par bribes d'impulsions mécaniques. Heureusement pour lui, elle parvient quand même à amortir sa chute, mais cette dernière fait mal. Atrocement mal. Le jeune Todoroki roule dans la poussière, le corps percé à plusieurs endroits et la moitié de ses os brisés. Il lui faut de longues secondes pour se redresser sur ses genoux, vomissant du sang, sous le regard peiné de Shigaraki qui l'observe depuis les hauteurs du bâtiment de UA, encore hésitant à porter le coup de grâce.
Je... Je vais pas tenir. Je peux plus. Mais honnêtement... Putain... C'est déjà un exploit que je sois arrivé jusque-là...
Malgré son état déplorable, Tōya ne peut réprimer un sourire. Un exploit, ça il peut le dire... Cela fait des semaines qu'il en est conscient... Trop longtemps, il a nié sa situation, sa propre réalité...
L'inévitable...
Quand il a fui l'hôpital, il y a bientôt huit ans, on ne lui avait donné que quelques semaines à vivre avant de s'éteindre. Ses organes endommagés, sa peau nécrosée et son corps rafistolé n'auraient jamais dû survivre aussi longtemps. Tout ce qui l'a maintenu en vie pendant ces longues et nombreuses années... c'était sa colère.
Mais maintenant, elle a quitté son cœur. Depuis le jour du raid, Tōya a renoncé à sa vengeance envers son père, et indirectement, à son besoin tenace de rester en vie. Son corps ne s'est pas effondré d'un coup, bien sûr : il a continué à tenir bon. Pour Keigo, pour Yumei... pour Fuyumi. Mais, malgré toute la détermination du jeune homme à rester pour eux, à vouloir connaître un avenir heureux à leurs côtés... il a fini par devoir admettre que cela n'aurait pas suffi.
Cela fait déjà quelques semaines qu'il s'en doute. Mais ces derniers jours, son état de santé a fini par le rattraper.
Après l'arrivée du Vide et les épreuves intenses qu'il a infligées à son propre corps suite à sa fuite de la Villa, Tōya a dû se rendre à l'évidence : il est en phase de dégradation lente et progressive. Désormais, en plus des sensations, il fait face à la perte de ses aptitudes physiques. Ses forces. Sa capacité de concentration. Ses cinq sens... tout est en train de diminuer, de le lâcher, petit à petit. Et il a fini par comprendre : il ne tiendra pas jusqu'à son procès.
Voilà pourquoi il a accepté aussi rapidement d'affronter Shigaraki et d'y laisser la vie. Sa détermination à sauver le monde pour ses proches est son moteur premier, mais la vraie raison, celle qu'il a été incapable d'avouer à qui que ce soit... c'est qu'il serait mort prochainement, dans tous les cas.
Et la vérité... C'est qu'il a déjà laissé tomber tout espoir de s'en sortir.
C'est pour cette raison que plus personne ne pourra le faire changer d'avis. Il préfère mourir avec gloire et en ayant sauvé la population du Japon, plutôt que de voir son corps le lâcher progressivement en prison sans rien pouvoir y faire.
Dans ses oreilles, sa radio grésille. Elle doit avoir du mal à supporter d'avoir été à la fois électrocutée et carbonisée. Merde, pourvu qu'elle fonctionne toujours. Il a une communication à faire passer... et il veut être certain que tout le monde puisse l'entendre.
« A... Allo ? Pu... Putain... Vous me recevez... ?
— TŌYA !!! »
Il reconnaît la voix de Yumei. C'est vrai... cette dernière doit être en train d'observer son combat, aux côtés de Tsukauchi, d'All Might et des autres policiers. Putain de merde... Alors, elle a assisté à tout ce désastre... Quelle honte... Ça doit être tellement dur pour elle... de le voir se manger la poussière comme ça. Autant mettre un terme tout de suite à cette mascarade.
« Midoriya. On change les plans... Rejoins mon frère et tes amis et... pars affronter All... All For One... Ça ne sert à rien que tu me rejoignes... Je... Je vais le faire. Je vais tuer Shigaraki moi-même. Il est... il n'écoutera plus personne, et il est beaucoup trop puissant pour... pour ne pas en finir tout de suite.
— On te l'a dit, tu n'as pas besoin d'aller jusque-là, Tōya ! Il y a d'autres héros qui...
— Non, ça... Ça ne servira à rien ! Urgh... Si vous ouvrez cette barrière, ce sera la... la fin de notre pays. Je sais ce que je fais... Ce n'est pas grave si je meurs. Si... Si c'est pour sauver tout ce qui m'est cher... Je suis prêt à en payer le prix. »
* * *
Elle est tétanisée. Épouvantée. Les deux mains couvrant sa bouche, Yumei observe le combat de Tōya contre Shigaraki depuis plusieurs dizaines de minutes effroyablement dures à supporter. Elle voudrait pouvoir réagir... Pouvoir empêcher ce désastre de se produire. Mais elle est bien forcée d'admettre : il n'y a rien qu'elle puisse faire depuis sa position.
Elle a été laissée en retrait, parce qu'elle ne peut pas se battre. Aux côtés de la police, elle est là pour permettre à Tsukauchi d'interroger son alter une ultime fois en cas d'urgence, pour pouvoir réorienter la stratégie militaire en cours de bataille. Mais ce n'est pas ça qui sauvera la vie de Tōya. Interroger le destin ne servira à rien ici, parce qu'elle l'a déjà fait, et elle sait déjà ce qui les attend. Son ami va tous les sauver. Et il va mourir.
Elle se sent tellement impuissante. Inutile. On a beau lui avoir répété des dizaines de fois que son aide a été inestimable dans l'élaboration de leur stratégie, elle ne parvient qu'à se focaliser sur son incapacité à sauver Tōya. Sauver Tōya... c'était pourtant son unique objectif. Le seul but de sa vie depuis qu'elle s'est enfuie de chez elle. Elle a été tellement loin, elle a fait tellement pour lui... et elle a été tellement sûre d'y parvenir.
Elle a vu son avenir radieux... Celui où il aurait vieilli aux côtés de Keigo et elle...
Elle l'a vu... Cet avenir était pourtant possible...
Une larme coule le long de sa joue. Si toute cette histoire lui a bien appris une chose, c'est qu'elle a gâché ses chances en même temps que Keigo et Tōya, parce qu'ils ont échoué à communiquer. À se faire confiance... Aurait-elle pu éviter ce désastre ? Qu'aurait-elle dû faire pour que son ami accepte de se rendre à UA avec eux, et que ses visions se concrétisent... ? Non... il faut qu'elle arrête. Elle s'est déjà suffisamment posé la question ces dernières semaines. Ça ne sert plus à rien... Ce n'est pas le moment de se morfondre sur le passé. Ou sur le futur...
C'est le présent qui importe, maintenant.
Et dans le présent qu'elle est en train de vivre, elle n'a plus le choix. Elle doit faire confiance à Tōya... parce que même si son désir de lui sauver la vie est toujours intact, elle ne pourra jamais l'empêcher de prendre ses propres décisions. Quand elle a essayé de le faire, c'est ça qui a tout fait échouer...
Elle doit lui faire confiance. Et elle doit accepter.
Mais quand, sous ses yeux rivés sur le grand écran face à elle, son ami se débarrasse des derniers restes de son armure... et qu'il dévoile l'intégralité de son costume blanc maculé de sang à la caméra du drone. L'émotion la prend si violemment à la gorge qu'elle a du mal à tenir encore sur ses deux jambes.
Son costume blanc comme la mort. Inspiré d'un shinishōzoku, l'habit dont on revêt les défunts lors de leurs funérailles. Pour "Dabi", la Crémation.
Entièrement blanc, excepté à un seul endroit. Dans son dos, que les caméras sont en train de filmer pendant qu'il se relève difficilement, figure un motif que Tōya et elle ont spécialement commandé à la filière assistance. Ils ont voulu ajouter une touche personnalisée à son long manteau ignifuge : une broderie, qu'ils ont imaginée ensemble lors d'une entrevue au parloir, séparés par une vitre de plexiglas.
Une flamme bleue, une plume rouge et un œil mauve. Qui se chevauchent légèrement tous les trois, liés par leurs coutures. Et immortalisés à jamais par les caméras, qui retranscrivent le dernier combat de Tōya Todoroki au monde entier.
* * *
Shigaraki et lui se dévisagent pendant de longues secondes sans rien dire. Ni l'un ni l'autre n'est vraiment préparé à porter le coup final. Sans son alter de régénération, toujours bloqué par l'Effacement, le vilain a une allure horrifique : sa peau a brûlé, une partie de ses cheveux avec, et ses excroissances de doigts recommencent déjà à se multiplier. Tōya a longtemps eu peur de ne plus être humain, mais il comprend désormais ce que c'est, de perdre vraiment son humanité. Ce qui le conforte d'autant plus dans sa décision. Il ne peut plus sauver son ami.
L'ex-vilain ignore les voix qui commencent à se superposer dans ses écouteurs. Suite à son annonce via le canal audio général, tous les héros et les policiers sont désormais au courant du sacrifice qu'il s'apprête à faire, et nombreux sont ceux que cela semble faire réagir. C'est étrange... Il reconnaît quelques voix qui tentent de le faire changer d'avis. Celle d'All Might. Celle de Tsukauchi, de Shōto et même son propre père... mais surtout...
« Tōya... Je t'en supplie... Ne fais pas ça... »
La voix brisée de Keigo lui parvient, et il se mord la lèvre inférieure jusqu'au sang pour se retenir de lui répondre. Que pourrait-il lui dire, de toute façon ? Qu'il allait mourir dans tous les cas ? Qu'il lui souhaite d'être heureux sans lui ? Qu'il...
Finalement, c'est plus fort que lui. Il murmure, comme si le fait de baisser la voix pouvait permettre à ses mots d'être transmis uniquement à son petit ami, même s'il sait que ce n'est pas le cas :
« Je t'aime, Kei. Ne cesse jamais de faire sourire les autres. Je compte sur toi... mon héros. »
Et Shigaraki s'élance. Et Tōya est prêt à l'accueillir. Sa détermination est sans faille : après tout, il sait exactement comment ça va se passer, et comment tout cela va finir. Alors, il puise dans ses dernières forces pour balancer un puissant Jet Burn qui détruit les excroissances de doigts qui tentent de le frapper à distance. Il court, malgré la douleur atroce de ses os cassés, et quand il parvient à une distance suffisante de Shigaraki, il balance la sauce.
En l'espace de quelques secondes, c'est le Cercueil Volant entier qui est englouti dans un amas colossal de flammes bleues. La chaleur est si intense et le feu si dévastateur qu'il fait exploser toutes les vitres de l'école et que cette dernière commence à s'effondrer sur elle-même dans un vacarme assourdissant. Au centre de ce brasier, Tomura Shigaraki hurle de douleur : son corps ne parvient pas à suivre, parce que peu importe de quelle façon il tente de s'adapter, il n'y a rien qu'un organisme vivant puisse faire contre le pouvoir dévastateur des flammes.
All For One lui-même avait renoncé à l'alter de Tōya pour cette raison. Parce que la chaleur est une énergie née du mouvement. Et que le feu conduit inexorablement vers la mort.
Et puis, au milieu de ce chaos infernal, il y a Tōya. Il sourit. Il lui en aura fallu du temps... Mais il est fier de lui. Pendant que sa peau commence à se désagréger, il repense au petit garçon qu'il était, il y a une vingtaine d'années. Si enthousiaste... si impatient de montrer la puissance de ses flammes à son père. C'est cette fierté qui aura causé sa propre glissade en enfer : elle l'a rendu fou quand il a compris qu'elle était insuffisante pour contenter son géniteur. Qu'il devait faire toujours plus d'efforts. Toujours plus...
Mais aujourd'hui, cette fierté, c'est la sienne. C'est sa force. Et cette force, il la doit à lui-même et à ses proches, qui ont permis à "Tōya" de remonter à la surface pour clôturer son histoire de façon grandiose.
Regardez-moi...
Cette force ne sauvera peut-être pas sa propre existence.
Mais elle aidera à préserver celle de tous les autres.
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Note : 💔❤️🩹