Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Note : Ce chapitre est un bon gros morceau ! Il fait office d'introduction au tout dernier arc de cette histoire : la bataille finale. Je l'avais fait beaucoup plus court au début, mais je suis repassée dessus plusieurs fois pour l'étoffer, parce que je le trouve vraiment important. Ce triple point de vue, d'abord Keigo, puis Yumei et enfin Tōya, nous amène doucement vers la résolution de leurs différents parcours. Je suis si fière de leur évolution, vous ne pouvez pas savoir à quel point 🥹
En guise de rappel pour que tout soit clair : dans cette version de l'histoire, la bataille a lieu beaucoup plus tôt que dans l'œuvre originale. Tout l'arc Dark Deku n'existe pas, puisque sans la diffusion de la vidéo de Dabi, la société ne s'est pas effondrée. Même si la population est quand même en révolte et que la situation est instable, seuls les civils qui risquent d'être exposés aux combats sont en train d'être évacuée vers UA et Shiketsu. Puisque Shigaraki n'a pas été blessé par Endeavor le jour du raid, ni par Star and Stripe qui n'a pas le temps d'arriver pour retarder la guerre, il ne lui faut qu'un peu plus d'un mois pour parachever son corps (contrairement à 4 dans le manga, si je ne m'abuse). Les héros ont donc beaucoup moins de temps pour se préparer à l'offensive. L'aide de nos différents protagonistes devient alors inestimable !
Je n'en dit pas plus, et je vous laisse à votre lecture ~
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Le souffle du vent agite doucement ses cheveux blonds tandis qu'il observe le coucher de soleil depuis les hauteurs. De là où il se trouve, perché sur l'un des plus hauts buildings de Musutafu, la vue est imprenable. Cela ne fait pas très longtemps qu'il est arrivé dans cette ville, finalement : à peine trois mois, quand a commencé sa mission d'infiltration au Manoir. Mais depuis qu'il a découvert cet endroit, au sommet de cette imposante tour financière, il a l'impression d'y avoir trouvé un pied-à-terre.
Keigo s'efforce de ne pas trop laisser ses pensées vagabonder. Il vient de terminer l'une de ses dernières patrouilles dans la région, et penser à la suite l'angoisse. Alors, il se concentre sur ce qui se trouve sous ses yeux : les premières lueurs de la vie nocturne. Les voitures qui défilent sur le bitume en une myriade de petits points colorés. Les trains qui passent, les civils qui rentrent chez eux, les néons des échoppes qui commencent à s'allumer.
Il s'efforce aussi de sourire. Oui, il se sent bien ici, au-dessus du reste du monde et de ses problèmes. Personne ne viendra le trouver dans cet endroit. Ni les journalistes avides de détails sur sa vie privée, ni ses supérieurs de la Commission, ni les autres héros, et encore moins les vilains. Ici, il est en paix. En communion avec le vent qui agite son uniforme et avec les échos lointains de la ville autour de lui. Ici, il peut se relâcher un peu.
Même s'il sait très bien que le stress le regagnera aussitôt qu'il retournera à sa vie, en bas.
À cause de l'imminence de la guerre, il n'est toujours pas rentré chez lui, à Fukuoka. Ce qui n'est pas pour lui déplaire : à Musutafu, la proximité avec Yumei, Fuyumi et, indirectement, Tōya l'aide à tenir le coup. Même s'il n'a pas encore pu rendre visite à son partenaire, il espère que ce ne sera plus qu'une question de temps à présent, et ce maigre espoir lui permet de garder courage. Tōya... comme il aimerait juste pouvoir se réjouir de le revoir bientôt... Malheureusement, depuis sa fameuse interview (qu'il ne regrette pas du tout : oh, comme ce doigt d'honneur au système lui a fait un bien fou), il ne peut plus penser à Tōya sans se rappeler avec angoisse que le public a désormais son mot à dire sur leur relation.
Et dieu, que les mots peuvent parfois faire mal...
Keigo soupire. Une autre raison de sa présence ici, dans les hauteurs, c'est qu'il ne peut pas les entendre. Les critiques. Les insultes. Les attaques gratuites, parfois fondées sur de simples suppositions ou rumeurs qui l'accusent de tous les maux. De trahison. D'avoir menti à tout le monde sur sa personnalité. Parfois même, on l'accuse d'être en couple parce qu'il est une célébrité, et qu'une célébrité se doit de rester célibataire pour ses fans... D'autres fois, d'être en couple avec un homme. Et avec un vilain pour partenaire, tout prend évidemment des proportions démesurées.
Heureusement, il garde encore quelques alliés. Certains de ses fans continuent de le soutenir bec et ongles, clamant sa noblesse d'âme pour avoir cherché la beauté dans le cœur d'un criminel. D'autres ont tout de suite adhéré à son couple, qu'ils trouvent "esthétiquement plaisant", purement par fanservice. Enfin, une petite minorité essaie de défendre son droit à l'intimité et à choisir son partenaire comme n'importe quel autre être humain.
Parmi ses alliés, il compte surtout sur un atout inestimable : Yumei. Après l'interview et le doigt d'honneur, sa meilleure amie a repris du service. Depuis son petit appartement, elle occupe désormais ses journées à réparer comme elle le peut les morceaux de sa réputation brisée, à l'aide de ses compétences de journaliste people. De temps en temps, elle lui fait même faire quelques shootings photo pour contenter ses fans et mettre en scène ses qualités. Le reste du temps, elle agit en ligne comme une mystérieuse enquêtrice qui dissémine parfois des informations sur Tōya et lui. Juste assez peu pour ne rien compromettre de leurs vies privées, et juste assez pour animer la toile et provoquer de l'engouement autour de leur couple.
Même loin du Front, même dans un tout autre contexte, Yumei est redevenue leur gardienne, à Tōya et à lui, et il ne pourra jamais suffisamment l'en remercier. Mais malgré toute cette aide, les mots blessants que Keigo entend quotidiennement continuent de miner son moral. C'est peut-être bête : ils ont beau ne pas être beaucoup plus nombreux, ils ont bien plus de poids que les encouragements. Et quand ils proviennent non seulement de l'opinion publique, mais aussi de ses collègues et de ses supérieurs... tout ça est dur, très dur à supporter.
Si seulement tu étais là pour encaisser avec moi... Tōya. Qu'est-ce que tu dois vivre, toi, de ton côté ?
Keigo frissonne quand le vent se lève. Il reste encore là un long moment, à contempler les phares colorés des voitures dessiner des formes lumineuses le long des autoroutes. Et soudain, alors qu'il commençait à se résoudre à redescendre, ses ailes se mettent à frémir. Quelqu'un approche. Il jette un regard par-dessus son épaule, tendu mais pas alerte. Il fronce les sourcils aussitôt qu'il reconnaît cette petite silhouette aux cheveux bruns coupés en carré court, qui s'avance vers lui avec un léger sourire.
« Void ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Son ancienne camarade de formation tapote son casque en guise de réponse, pour lui rappeler que son alter permet de contrôler le volume du son et donc d'entendre le moindre de ses soupirs à une distance particulièrement élevée.
« Je me doutais que je te retrouverais perché sur un building. Déterminer lequel n'a pas été très difficile.
— Tu me cherchais, donc ? Qu'est-ce que tu me veux ? »
Face à son ton sec et à son visage fermé, elle ne peut s'empêcher d'afficher un petit air désolé.
« Je voulais juste discuter un peu avec "Keigo". Tu veux bien ? »
Il lève un sourcil, à présent intrigué. Même s'ils se sont toujours désignés par leurs noms de héros, et ce dès le début de leur formation, elle n'a jamais pu s'empêcher d'utiliser son prénom dans les moments où elle cherchait à s'adresser à lui en tant que personne, et pas en tant que collègue. Il comprend donc qu'elle n'a pas été envoyée par la Commission et se déraidit un peu. Il l'invite à venir prendre place à côté de lui, puis retourne à sa contemplation du soleil couchant, attendant qu'elle s'exprime la première.
Mais elle tarde à trouver ses mots. Du coin de l'œil, Keigo remarque qu'elle observe d'un air peiné la vilaine cicatrice qui traverse désormais sa joue gauche. Ce charmant cadeau que ses supérieurs lui ont offert quand ils ont ordonné de le rouer de coups, juste après sa fameuse interview... Depuis l'assassinat de la Présidente, ces enfoirés n'ont pas été fichus de gérer les procédures internationales pour réclamer de l'aide aux pays voisins afin de lutter contre All For One. Par contre, pour ce qui est de corriger sévèrement leurs pions, ils sont toujours les premiers disponibles... Gêné, l'oiseau relève le col de sa veste pour dissimuler la marque désormais indélébile sur son visage, et Void détourne les yeux pour masquer son embarras.
« C'est... C'est la merde, pas vrai ? commence-t-elle en ramenant un genou contre elle et en posant sa joue dessus, l'autre jambe dans le vide. Le système s'effondre, malgré toute l'énergie qu'on a mise à le préserver depuis qu'on est gosses... »
Keigo ne répond pas, mais le regard grave qu'il affiche face à l'horizon trahit qu'il n'en pense pas moins.
« Tout ça m'a fait prendre conscience d'un paquet de trucs. Pourquoi continuer sur cette voie, quand il suffit d'une bande de vilains et d'un Roi du Mal pour retourner le cerveau de la moitié de la population ? Alors, je voulais te dire... Je suis désolée, Keigo. »
Il se tourne enfin vers elle, un air sincèrement surpris sur le visage.
« En quel honneur ?
— Eh bien. Je m'en veux d'avoir été aussi aveugle. Je me suis tellement accrochée au sens que j'accordais à tout ça... Les infiltrations, les assassinats, l'espionnage. Je suis persuadée depuis mon enfance qu'on agit pour le bien des autres. Pour la paix. J'ai toujours été si fière de mes missions, tu sais ? Je me suis toujours sentie comme une véritable héroïne... Mais maintenant que tout s'écroule, je réalise que... mmh, qu'on m'a surtout appris à grandir avec des œillères. »
Un nouveau frisson parcourt l'échine de Keigo, qui regarde désormais au bas des cinquante étages de l'immeuble sans la moindre sensation de vertige.
« J'ai réalisé la même chose récemment...
— Je sais. »
Keigo relève des yeux étonnés vers elle.
« Et c'est pour ça que je voulais m'excuser. Ton comportement m'a fait vraiment peur, quand tu nous as parlé de... Dabi, pour la première fois. D'ailleurs, quelle affaire, si j'avais su que tu nous cachais une histoire d'amour !
— Eh, c'était loin d'être aussi facile. J'essayais vraiment de l'arrêter, au début...
— Vu tes joues rouges, je suppose que tu n'as pas essayé très longtemps, glousse-t-elle en s'amusant de l'air timide qu'il affiche soudain.
— Hum, bref. Mon comportement t'a fait peur ? »
Elle repose sa joue sur son genou.
« Je ne t'apprends rien, Keigo... C'était toi, le plus brillant de notre promotion. C'est toi que la Commission a poussé à ouvrir son agence dès la fin de notre formation, toi qu'ils ont propulsé si vite dans le Top 10. Tu étais un modèle pour beaucoup d'entre nous, tu sais ? Enfin, je veux dire... Pour ceux qui ne te détestaient pas par jalousie. »
Elle ricane alors qu'il la pousse doucement de son aile en protestant. Mais il ne peut pas vraiment contester ses paroles : il sait très bien que nombre de ses camarades ne supportent pas l'apparente perfection qui fait sa réputation depuis son recrutement. Void reprend son sérieux.
« Alors, quand tu as commencé à te rebeller et à agir comme un électron libre, juste avant le raid... J'ai... J'ai vraiment paniqué. J'ai commencé à imaginer le pire. Si toi, le modèle du héros parfait, devais nous trahir... que deviendrait notre système, notre paix ? Je ne voulais pas accepter que... Que tu puisses avoir un autre point de vue que le mien. Et que tu aies compris, avant tout le monde, que notre société est bien plus imparfaite qu'elle ne veut l'admettre. »
Ses excuses si sincères font naître une douce sensation de chaleur dans le corps du jeune blond. Pour la première fois depuis la destruction du Manoir de la Montagne Gunga, il a l'impression que quelqu'un comprend vraiment ce qu'il traverse, et ça lui fait un bien fou. Void relève la tête vers lui. Elle a soudainement l'air déterminée.
« Mais je ne suis pas venue ici pour me lamenter. Je voulais aussi te remercier ! Merci de m'avoir ouvert les yeux avec ton interview. J'ai tout de suite compris que ton geste était dirigé envers la Commission, que tu leur avais déclaré la guerre... Et j'ai réalisé qu'en fait, j'aimerais le faire aussi.
— Tu... Wow, tu n'es pas sérieuse ?! Ça a toujours été toi, la plus loyale d'entre nous !
— Et je le suis toujours... »
Elle lui sourit en même temps qu'une puissante bourrasque agite ses cheveux dans tous les sens.
« Je suis en train de faire bouger nos camarades. On a commencé à rassembler toutes les preuves, les documents, les photos compromettantes qu'on peut trouver, pour prouver que nos employeurs ont abusé de nous et du système dans l'ombre, depuis des années. Ensemble, on compte faire chuter la Commission et la réformer de l'intérieur. Et si on s'est enfin décidés à passer à l'action... C'est parce que tu nous as inspirés, Keigo. »
* * *
[Quelques jours plus tard, au commissariat de Musutafu]
« Oui, Mademoiselle ? Quel est l'objet de votre visite ? »
La jeune femme ôte la casquette qui dissimulait ses cheveux rouges et blonds et les laisse retomber le long de son dos. En même temps, elle se débarrasse du masque en tissu noir qui recouvrait son visage, dévoilant au monde une expression plus que déterminée.
« Je m'appelle Yumei Sasaki, et je viens me rendre aux autorités. »
L'homme en uniforme installé derrière son comptoir la dévisage d'un air éberlué. Il lui marmonne un « attendez une seconde », puis s'empare de sa radio pour appeler des renforts à l'accueil. Pendant qu'il s'exécute, elle laisse échapper un long souffle stressé, puis détaille son environnement pour se concentrer sur autre chose que sa peur.
Nous y voilà enfin. Cette fois, c'est son grand jour, à elle. Yumei se livre à la police, comme Tōya l'a fait une semaine avant elle. Depuis leur rencontre, l'ex-journaliste a toujours su que ce moment l'attendrait dans un futur proche, sans jamais oser l'imaginer comme une réalité concrète. Mais aujourd'hui, malgré ses blocages, ses craintes et son incertitude, malgré de nombreux jours d'hésitation... elle se sent enfin, réellement, prête à aller de l'avant.
Bien sûr, Yumei a d'abord discuté longuement de son arrestation avec Fuyumi et Keigo. Il devenait évident qu'elle tournait en rond, cachée dans son petit appartement minable, avec comme seule occupation sa mission de réparer la réputation de son ami héros sur les réseaux sociaux. Quel aurait été le sens de tout ça, sur le long terme ? Comment retrouver un sens à sa vie, en étant condamnée à une existence honteuse et secrète ? Aussi ironique que cela puisse être, son quotidien avait fini par ressembler davantage à une prison que la prison elle-même. Et désormais, Yumei se permet enfin, elle aussi, de rêver de liberté.
Alors elle a préparé son départ. Elle a enseigné à Fuyumi comment prendre sa relève en tant que défenseuse de Keigo sur les réseaux. Et maintenant la voilà, à son tour, au commissariat. Comme Tōya, on peut dire qu'elle a fait un sacré bout de chemin pour en arriver là... Elle a voulu mourir. Elle a baissé les bras plusieurs fois. En même temps, elle a réappris à vivre et elle a fait des rencontres inestimables. Finalement, elle s'est attachée à ce monde, qui pourtant la dégoûtait jusqu'à lui donner envie de disparaître. Et aujourd'hui, elle veut participer à le préserver à son tour. S'assurer que les épreuves que vit Tōya ne soient pas vaines. Que son ami, mais aussi Fuyumi et Keigo, puissent entrevoir un futur heureux, et qu'ils puissent un jour découvrir ce futur tous ensemble.
Elle vient donc proposer son aide à la police.
Et quand tout sera fini... peut-être qu'elle aussi pourra, enfin, se concentrer sur son propre avenir.
Plusieurs agents la prennent en charge. Ils lui passent des menottes, puis lui font subir une série de procédures administratives toutes plus barbantes les unes que les autres. Contrairement à Tōya, on ne lui injecte pas d'inhibiteur d'alter : sans une seconde personne pour toucher son Troisième Œil, son pouvoir ne lui est d'aucune utilité. Ensuite, elle est amenée dans une petite cellule... et on lui ordonne d'y patienter sans faire d'histoire, jusqu'à ce qu'on vienne la chercher pour un interrogatoire.
Alors, Yumei attend. Patiemment, docilement. Puisqu'elle n'a rien d'autre à faire dans cette minuscule pièce sans meuble, elle se reconcentre sur ses objectifs, sur sa détermination. Elle pense à Tōya, qui se trouve quelque part dans ce bâtiment lui aussi, ce qui fait trembler son cœur d'excitation. Peut-être pourra-t-elle enfin le revoir ? Qui sait...
Elle pense à Keigo, qui a essayé de la convaincre de ne pas se rendre avant la fin de la guerre, afin qu'elle puisse fuir en cas d'attaque sur la région. Mais il n'a pas été en mesure de faire changer d'avis son esprit un peu trop borné.
Et puis, elle pense à Fuyumi... Ah, Fuyumi. C'est fou... comme une simple image mentale de son amie parvient automatiquement à calmer ses angoisses, même si elle se demande avec un pincement au cœur quand elles pourront à nouveau se revoir. Quand Yumei lui a annoncé sa décision de se rendre, Fuyumi a sangloté longtemps dans ses bras. Ça lui a fait un peu plaisir, malgré tout... elle n'aurait jamais cru que quelqu'un pleurerait comme ça un jour pour elle.
Ils me manquent déjà... Ils me manquent, tous les trois. J'espère qu'on se reverra vite...
Après quelques interminables heures de garde à vue, Yumei est enfin sortie de sa cellule et amenée en salle d'interrogatoire. Malgré la situation stressante, elle ne se sent pourtant pas intimidée le moins du monde : au contraire. La simple pensée que Tōya soit passé par là avant elle lui fournit tout le courage nécessaire. À présent, elle se sent prête à affronter n'importe quelle épreuve, pour lui et pour ses autres amis. C'est donc avec plus d'impatience que d'appréhension qu'elle se retrouve enfin en tête à tête avec l'inspecteur Naomasa Tsukauchi.
« Yumei... Quel plaisir de te revoir.
— Le plaisir est partagé. »
Yumei n'a pas oublié sa première rencontre avec Tsukauchi, il y a environ un mois à UA. Ce dernier l'avait grandement rassurée quant à sa condamnation, raison pour laquelle elle se sent directement en confiance avec lui. Si bien qu'en cet instant, les deux interlocuteurs se sourient. Si elle n'était pas menottée et sous écoute, on aurait pu croire que la jeune femme est simplement venue discuter avec un vieil ami.
« Merci pour ta venue. Je dois admettre qu'elle est pour le moins inattendue... J'aimerais connaître les raisons de ta reddition aujourd'hui, mais je tiens d'abord à te rappeler la procédure afin que tu comprennes ce qui t'attend. Au terme de cet interrogatoire que nous sommes en train de mener, le procureur décidera si nous te gardons en détention ou si nous te laissons repartir avec un bracelet électronique. Les démarches qui concernent ton jugement seront entreprises à la suite de ce verdict. »
Yumei acquiesce silencieusement. Elle avait vaguement songé à la libération sous contrôle judiciaire, mais avait préféré ne pas trop rêver de cette possibilité afin d'éviter de déchanter en cas de détention prolongée.
« Je vais donc aller droit au but. Yumei Sasaki, pourrais-tu me dire ce qui t'a poussée à te rendre aujourd'hui ? Il aurait été plus logique que tu attendes la fin de la guerre pour ne pas être exposée aux conflits.
— Eh bien... justement. Je veux vous aider. Je veux participer à la guerre, moi aussi. »
Tsukauchi ne peut cacher son étonnement. Décidément, que ce soit avec Tōya ou avec elle, il n'est jamais au bout de ses surprises.
« Qu'est-ce que tu entends par "participer" ?
— Je veux vous offrir la possibilité d'utiliser mon alter. »
L'inspecteur pousse un petit soupir en s'enfonçant dans le dossier de sa chaise. À la surprise de Yumei, il affiche un sourire sur son visage fatigué.
« Cette nouvelle me ravit, jeune fille. Pour être honnête avec toi, j'espérais de tout cœur qu'on puisse arriver à ce genre d'arrangement.
— Je... Pourquoi ne pas m'avoir contactée alors... ? Vous auriez pu me joindre via Hawks. »
Il ne répond pas et se contente de plonger ses yeux noirs dans les siens. Ce silence semble confirmer la première supposition qui a traversé l'esprit de la jeune femme.
« Vous attendiez que je me rende de ma propre volonté, c'est ça ?
— Exactement. La loi de notre pays est très claire à ce propos. Il faut une reddition sincère et sans influence extérieure pour que cet argument serve à alléger ta peine.
— Oh, je... Je comprends ! »
Et c'est là qu'elle l'a enfin sentie. Forte et douce à la fois. Se propager, depuis le creux de son ventre, jusqu'à parcourir tout son corps. La sensation de liberté... la vraie. D'un coup, c'est comme si l'épée qui pendait dangereusement au-dessus de la tête de Yumei depuis la nuit de son crime venait de disparaître. Son soulagement est si grand qu'elle laisse son sourire dévoiler toutes ses dents, sans aucune retenue. Et sa réaction lui vaut un regard amusé de la part de l'inspecteur, qui n'a désormais plus aucune méfiance envers elle.
* * *
[Le lendemain]
« Comment tu te sens ? »
Sans laisser transparaître la moindre émotion sur son visage, Tōya soutient le regard de Tsukauchi, installé en face de lui. Il n'a aucune intention de répondre à cette question franchement débile. Comment pourrait-il se sentir autrement que : mal ? Horrible, abominable, atroce, détestable, sale, repoussant, sinistre... triste... plongé dans un profond désespoir... ? Putain... quel calvaire.
Puisqu'il n'est pas vraiment motivé à énumérer tout haut la liste de tous les synonymes du mot "misérable", il décide donc de s'abstenir, et renvoie simplement une expression blasée à son interlocuteur. En réaction à son silence, Tsukauchi passe une main sur son visage, embêté. Depuis sa confrontation avec son père il y a quelques jours, le comportement du jeune Todoroki a changé du tout au tout. Lui qui avait été si réceptif, si coopératif au début de son internement, s'est désormais muré dans une indifférence glaciale qui a fini par fermer la porte à toute tentative supplémentaire de collaboration. Pourtant, Tōya sait pertinemment qu'agir comme ça n'est pas à son avantage. Il sait bien qu'il doit se montrer réceptif aux demandes de la police pour alléger sa peine au maximum.
Mais c'est plus fort que lui. Il n'y arrive plus. Il n'a pas encore réussi à digérer la trahison de Tsukauchi. Il n'en peut plus des coups dans le dos que chaque putain de personne à qui il accorde sa confiance finit inévitablement par lui faire...
« Bon... Puisque cet échange ne nous amène à rien, je vais en venir directement au fait, continue l'inspecteur. J'ai fait venir quelqu'un pour te parler, aujourd'hui.
— Si c'est encore cet enfoiré, je vous jure que... !
— Non, Tōya. Ce n'est pas lui. »
L'inspecteur pousse un soupir fatigué, exaspéré par la réaction aussi prévisible du détenu. Il se lève ensuite pour aller ouvrir la porte à la personne qui attendait juste derrière, et il ne faut que quelques secondes à Tōya pour que son cœur s'emballe furieusement dans sa poitrine, le réveillant d'un coup de ce Vide dans lequel il était plongé depuis des jours.
« Yu... Yumei ?!
— Tōya !! »
Il est clair, à l'attitude corporelle de la jeune femme, qu'elle se retient de se jeter dans ses bras. Mais puisque le policier ne lui en donne pas l'autorisation, elle se ravise, réticente à l'idée de s'attirer les foudres des deux colosses armés qui se tiennent de part et d'autre de son ami. Alors, elle se contente de s'installer sur la chaise à côté de Tsukauchi, non sans parvenir à dissimuler l'excitation qui agite tout son corps.
Ce que Tōya remarque tout de suite en la dévisageant, c'est qu'elle est rayonnante. Yumei devrait pourtant être prisonnière, assise à côté d'un inspecteur de police alors qu'elle a commis un crime, mais la jeune femme a l'air plus libérée que jamais. Elle n'est pas menottée, et elle n'a rien de la détenue qu'elle devrait logiquement être. C'est... troublant.
Ce que Tsukauchi note, quant à lui, c'est que la présence de Yumei est parvenue à adoucir Tōya en un temps record. Ce qui est une très bonne nouvelle, et qu'il ne manquera pas de garder en tête pour la suite des opérations.
« Tōya, reprend le policier. Si j'ai décidé d'amener Yumei aujourd'hui, c'est parce que nous avons une proposition à te faire.
— Attendez. Je veux juste comprendre. Après, je vous écoute. »
Yumei adresse un regard prudent au grand homme brun, puis se tourne vers son ami quand il hoche la tête d'un air entendu.
« Tu t'en doutes, je me suis bien fait arrêter. Enfin, je me suis rendue, comme toi, il y a environ vingt-quatre heures. Mais j'ai été très vite libérée. En examinant mon cas, le procureur a estimé que je ne représentais aucun danger pour l'extérieur. Je dois quand même vivre avec ça... »
Elle lève le bas de son pantalon pour dévoiler sa cheville cerclée d'un bracelet électronique, qu'elle indique à Tōya par-dessous la table.
« Alors, puisque je suis libre jusqu'à mon procès, j'aide désormais la police et les héros !
— Tu... tu les aides ?
— Oui ! Malheureusement, je ne pouvais pas savoir que la guerre serait aussi proche... j'arrive un peu trop tard. Le conflit va éclater très bientôt, et il ne reste plus assez de temps pour que j'aie une vraie influence sur l'issue de la bataille. Mais mon alter aidera les dirigeants des opérations à prendre de meilleures décisions, c'est déjà ça de gagné. »
Elle marque une légère pause, puis laisse un petit sourire se dessiner sur son visage.
« J'ai enfin compris où j'allais avec ma vie, Tōya. Désormais, je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher Tomura Shigaraki et All For One de détruire notre monde... Ce monde dans lequel on commence seulement à trouver notre place, Keigo, toi et moi. C'est grâce à vous deux que je suis arrivée jusque là, et je veux absolument me battre pour nous offrir cet avenir heureux dont on rêve ensemble !
— Yumei... C'est... »
Tōya ne trouve aucun mot adéquat pour terminer sa phrase. Il est à la fois éberlué, déconcerté, déçu que Yumei travaille avec les héros, mais aussi heureux pour elle. Depuis qu'il la connaît, il sait à quel point l'utilisation de son alter l'a toujours profondément terrifiée. Le fait qu'elle soit aussi enthousiaste aujourd'hui est un contraste saisissant, qui s'explique très facilement : pour la première fois de sa vie, la jeune femme utilise son pouvoir dans un contexte légal et encadré, conseillée par des professionnels, sans porter seule sur ses épaules le poids de ses décisions. Et tout ça, elle le fait dans l'optique d'aider à préserver le monde auquel elle tient.
Même si Tōya déteste l'idée qu'elle ait rejoint le camp corrompu de son enfoiré de géniteur, il est forcé d'admettre qu'il admire sa détermination à retrouver un sens à sa vie. Et lui, à côté... ? Il a beau s'être rendu et avoir confié son destin aux héros, il est encore bien loin de leur faire confiance et de croire en leur système. Il est toujours enfermé dans sa propre tête, dans son petit monde égoïste : finalement, sa reddition, il l'a surtout choisie pour qu'on lui foute la paix, pour qu'on l'autorise à vivre un jour auprès de ses proches. Yumei, elle... Son regard porte désormais à des centaines de kilomètres plus loin que le sien.
Après réflexion, il trouve finalement le mot qu'il cherchait. Sur la table, il approche ses mains menottées de celles de son amie et, sous les regards inquisiteurs de ses gardiens, il se permet de les prendre dans les siennes, un sourire doux étirant ses lèvres.
« Je suis si fier de toi, Yumei. »
Cette simple phrase provoque une telle vague d'émotion chez la rouquine que ses yeux se gorgent aussitôt de larmes. Face à cette réaction aussi vive, ils laissent tous les deux échapper un petit rire plein de tendresse, chargé de tout le soulagement qu'ils ressentent à l'idée de se revoir enfin. Mais très vite, Yumei reprend son sérieux, quand elle remarque le regard insistant de Tsukauchi à côté d'elle.
« Excuse-moi, Tō. J'aurais rêvé que tu me parles un peu de toi à ton tour, mais je suis ici pour une raison précise... En vérité... on m'a chargée de te faire une demande. »
Le cœur de Tōya se serre. Bien entendu, il s'en doutait : s'il s'agissait d'une simple visite, son amie aurait été invitée à le trouver au parloir, comme c'est le cas de Fuyumi quand elle vient le voir. Il se doute que la police attend quelque chose de leur duo... Et tout ce qu'il espère en cet instant, c'est que cette chose ne pèse pas trop lourd sur les épaules de la rouquine.
« Me faire une demande ? Par rapport à la guerre... ?
— Oui.
— Pardon, mais je ne vois pas...
— Tōya. »
L'air soudain sérieux de Yumei lui enlève toute envie de protester davantage. Il se contente de la dévisager en même temps que les battements de son cœur s'accélèrent.
« Voilà ce qu'on m'a expliqué. Peu importe toutes les forces dont dispose notre pays, il est quasiment impossible de venir à bout de la puissance démesurée de Shigaraki. Sans un alter assez puissant pour le battre en un seul coup avant qu'il ait le temps de contre-attaquer, les héros ont trop peu de chances de succès. Et notre camp a estimé que seules deux personnes sont en mesure de parvenir à un tel exploit. Izuku Midoriya, avec son alter One For All... et toi.
— M... Moi... ? Attends... Vous voulez me demander d'affronter... ?
— On te laissera le choix, bien sûr. Mais si je suis là aujourd'hui, devant toi... C'est parce qu'on me demande de prédire tes chances de succès face à lui. Si mon alter montre que tu es capable de vaincre Shigaraki, Tōya... Tu pourrais bien devenir le vrai sauveur de notre monde. »
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Note : J'espère que ce chapitre vous a plu ! Vous devez maintenant voir venir la conclusion de cette histoire... S'ils décident de faire les bons choix, nos trois personnages ont la possibilité de changer le monde à leur échelle : Keigo en se rebellant enfin, Yumei en ayant enfin confiance en elle, et Tōya... en acceptant de voir enfin plus loin que le bout de son nez.
Mais bien sûr, vous vous en doutez que tout ne sera pas aussi simple 🫢 Sachant tout ça, quels sont vos prognostiques pour cette bataille finale ?
On se retrouve dimanche, probablement en fin de journée parce que je rentrerai de week-end. À très vite !