Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Note 1 : Petite "mauvaise" nouvelle... cela fait presque un mois que je n'ai presque plus le temps d'écrire de nouveaux chapitres à cause d'une période particulièrement chargée à mon travail. Le chapitre 51 a été terminé hier, ce qui signifie que je n'ai plus qu'une semaine et demi d'avance sur les publications. Puisqu'il me reste encore 3 chapitres à écrire + l'épilogue, ce sera probablement plus safe pour moi de ne pas publier mercredi prochain. J'aurais aimé éviter un creux, mais je préfère freiner maintenant que de disparaitre soudain d'un jour à l'autre sans pouvoir vous prévenir de la prochaine update.
Ceci dit, mes vacances approchent à grand pas, donc la fin de l'histoire arrivera de toute façon avant la fin de cette année 2026. Et si vous me voyez quand même publier mercredi, c'est que j'ai pu trouver un peu de temps pour moi ! N'hésitez pas à m'envoyer de la force pour m'aider à retrouver de l'énergie 💖
Sur une note plus positive, je suis en train de préparer un one-shot spécial Halloween à l'occasion d'un évènement sur un discord DabiHawks ! Ce dernier m'a aussi ralentie dans ma progression, mais je peux déjà vous assurer qu'il sortira d'office le soir d'Halloween 🎃
Note 2 : Je me dois aussi de vous dire que je suis très fière du jeu de mots dans le nom de ce chapitre. Voilà voilà 😂 Bonne lecture !
++++++++++++++++++++++
Le lendemain, les quatre amis ont quitté le ryokan à l'aube, après avoir remercié une dernière fois la tenancière pour tout le réconfort qu'elle leur a apporté. Ils ont ensuite repris leur route jusqu'à la ville la plus proche. Là, ils ont acheté une large veste noire à capuche ample pour aider Tōya à se dissimuler au mieux des regards, avant de prendre le train pour Musutafu. Puisqu'ils ont l'intention de se rendre aux autorités, ils ont jugé plus pertinent d'aller le faire à proximité de UA, dans le ressort de l'inspecteur Tsukauchi, qui est déjà au courant d'une partie de l'affaire.
Ils arrivent finalement en vue du commissariat de Musutafu peu avant midi. Entre le bâtiment et eux s'étend un large parking entouré de barrières de sécurité, flanqué de plusieurs fourgons et voitures de police. Devant le portique d'entrée, deux policiers de garde, lourdement équipés, sont postés sous l'œil de nombreuses caméras de surveillance. Cette seule vision suffit à leur tordre l'estomac à tous les quatre. Ils s'arrêtent un instant à l'écart, devant la grille donnant sur l'espace bétonné, encore dissimulés aux yeux des agents. Leurs cœurs sont lourds d'angoisse et de tristesse face à l'imminence de la séparation qui les attend.
Tōya ôte sa nouvelle veste, qu'il plie soigneusement avant de la confier à Fuyumi avec un petit sourire.
« Ils vont me la confisquer là-bas. Je préfère que tu la gardes de côté pour quand je sortirai, d'accord ? »
Trop secouée d'émotions pour articuler le moindre mot, sa sœur se contente de lui sauter au cou. Elle l'enlace avec force, presque brutalement, et il sent sa propre peau s'humidifier sous les larmes qu'elle verse contre sa nuque. Il lui rend son étreinte, le cœur serré. Il a conscience que ce n'est vraiment pas facile pour elle, qui vient à peine de retrouver son frère porté disparu depuis dix ans, d'être à nouveau séparée de lui. Mais tous deux savent qu'ils ne souhaitent pas d'une relation condamnée à l'illégalité, et que cette étape du long chemin qui attend Tōya vers sa rédemption est nécessaire.
Quand Fuyumi est enfin prête à le lâcher, Tōya se tourne vers Yumei, qui lui sourit malgré ses yeux embrumés.
« Tu n'imagines pas à quel point je suis fière de toi. Tu as tellement évolué depuis que je te connais... »
Il voit bien qu'elle a du mal à continuer à parler, il la prend donc lui-même dans ses bras.
« Tu parles comme une vieille dame, Yumei. Si j'avais une grand-mère, je suis sûr qu'elle serait comme toi », articule-t-il en contenant difficilement l'émotion qui le prend lui aussi à la gorge.
Yumei, surprise par la remarque, laisse échapper un petit rire entrecoupé de sanglots. Il ajoute :
« Merci d'avoir été toujours là pour moi. C'est grâce à toi que tout ça est possible. »
Ils restent comme ça un long moment, puis vient le tour des adieux à Keigo. Les deux amants ne parviennent même pas à échanger le moindre mot, et ils se contentent d'une étreinte qu'aucun n'est prêt à interrompre. Ils ont tant de choses à se dire, oh oui... Mais la douleur d'une nouvelle séparation est si difficile à vivre que rien ne sort. Rien, sauf ces quelques mots que Tōya finit par murmurer très bas, si bas que même Keigo doit se concentrer pour les entendre.
« Je t'aime, Keigo. »
Cette courte phrase semble foudroyer l'oiseau sur place. Il resserre encore plus son étreinte, si cela est possible, et Tōya l'entend commencer à sangloter à son tour. Oh, comme c'est dur... tellement dur de se dire qu'ils ne seront plus libres d'une telle proximité avant, sans doute, plusieurs années. La détention de Tōya sera indéniablement longue, et ils savent tous que cela ne sera une épreuve facile pour personne. Malgré tout, le jeune Todoroki garde le sourire. Il cherche à profiter comme il le peut de ce dernier instant de réconfort avant l'enfer. De ce dernier câlin en liberté avant des années de calvaire.
« Moi aussi. Moi aussi je t'aime, Tōya... »
Mais quand Keigo murmure ces mots à son oreille entre deux sanglots, Tōya réalise soudain l'étendue de tout ce qu'il s'apprête à perdre. Son cœur et sa gorge se serrent davantage, et il lui faut faire preuve d'un self-contrôle absolu pour ne pas succomber aux pleurs à son tour. Alors, il décide d'ignorer ses propres émotions, se détache de son partenaire et lui caresse les joues avec tendresse pour sécher ses larmes.
« Sois prudent, surtout. Je sais que la guerre est proche... et ça me bute de ne pas pouvoir être là pour vous protéger. T'as pas intérêt à crever sur le champ de bataille, c'est compris ? Je veux que tu sois là quand je sortirai. Tu me le promets ?
— Je te le promets, bien sûr. »
Ils scellent leur accord d'un long et tendre baiser. Puis Tōya comprend que le temps est venu. Il recule d'un pas, s'éloignant de Keigo avec un sourire et la boule au ventre, et fait face au commissariat.
« Tōya ?, demande prudemment Yumei.
— Mmh ?
— Ça va encore te donner l'impression que je te prends pour un gamin, mais... montre-toi coopératif avec eux, d'accord ? Le but est que tu sois le plus irréprochable pour sortir au plus vite...
— Eh, tu doutes de moi ?, ronchonne-t-il aussitôt.
— Un peu... »
Ils ne peuvent pas s'empêcher de rire à cette remarque. Tōya lui donne une dernière petite tape amicale sur l'épaule, puis s'engage enfin sur le parking, laissant les trois autres observer la scène de loin, prêts à intervenir seulement en cas de nécessité.
Tout est calme aux alentours. Étonnamment calme. Bien qu'il soit en t-shirt en plein hiver, le vent qui agite ses cheveux blancs et caresse ses bras cicatrisés ne le fait même pas frissonner. Tōya est presque... serein. Ces dernières secondes de liberté avant l'inévitable lui semblent étrangement légères. C'est donc ça : savoir enfin exactement ce que l'on veut, ce que l'on fait. Parce qu'il ne renoncera pas au dernier moment, cette fois. Il ne se laissera plus tenter de tout gâcher à nouveau.
Parce qu'il sait que ses proches comptent sur lui, et attendent son retour.
Cet instant est... bizarre. Tōya a l'étrange impression de redevenir "Dabi" pour la dernière fois de sa vie. À lui aussi, il est temps de dire "au revoir". À ce vieil ami, cette vieille version de lui-même qui s'est égarée mais qu'il n'a jamais pu complètement détester. Ce criminel qui a cherché un sens à son existence en rendant au centuple le mal qu'on lui a fait. Ce jeune homme en colère contre le monde entier, qui ne jurait que par la destruction, des autres et de lui-même. C'est cet homme que les policiers verront encore à travers lui, pendant de nombreuses semaines, mois, voire des années probablement. Mais lui, il sait maintenant qu'il restera toujours "Tōya".
Et c'est précisément pour ça qu'il est là aujourd'hui.
Pour dire définitivement "adieu" à Dabi.
Pour prendre un nouveau départ.
Il ne suffit que de quelques pas pour que les deux hommes armés postés devant l'entrée du commissariat le reconnaissent. La surprise les fige à peine quelques secondes, lors desquelles Tōya a le temps de sentir les battements de son cœur s'accélérer drastiquement. Il capte aussitôt la panique qui s'empare des deux policiers, qui n'attendent pas un instant de plus pour lever leurs armes dans sa direction.
L'un des deux active immédiatement sa radio pour alerter ses collègues d'une attaque imminente de "Dabi", tandis que l'autre s'excite :
« Stop !! Les mains en l'air ! Je n'hésiterai pas à tirer au moindre geste suspect ! »
Tōya soupire. Il comprend bien la crainte qu'il inspire, pourtant, il sait que leur état d'alerte est futile : il n'a l'intention d'opposer aucune résistance. Il se contente donc de lever ses deux mains au niveau de sa tête dans une attitude détachée, totalement indifférent au stress flagrant de ses interlocuteurs.
« Oh là, tout doux. Je viens me rendre. Au nom de Tōya Todoroki. »
Les deux agents s'échangent un regard incrédule, le temps d'être rejoints par le renfort d'une dizaine d'hommes qui encerclent aussitôt le criminel. Un peu en retrait, Keigo, Yumei et Fuyumi observent la scène, tétanisés. Tōya a beau être parfaitement détendu, la crainte qu'il inspire à ces hommes est non-négligeable et la situation pourrait rapidement déraper s'ils ne sont pas convaincus très vite que leur ennemi ne représente aucune menace.
Cependant, l'ex-vilain commence à se sentir nerveux. Même s'il n'est pas intimidé par la douzaine d'hommes en équipement blindé qui l'encerclent, prêts à lui trouer la peau à tout instant, il est clair qu'il préférerait se trouver dans une autre situation. Cela dit, il peut difficilement leur en vouloir. Ils ne doivent rien comprendre à ce qu'il se passe. Et puis, il faut admettre que "Dabi" serait capable de tous les tuer en un instant s'il le voulait, surtout qu'ils n'ont légalement pas le droit d'utiliser leurs alters.
« Je comprends votre méfiance. Mais j'ai pas l'intention de vous attaquer. Je veux juste parler à votre supérieur », tente Tōya pour dédramatiser la situation.
L'un des policiers baisse lentement son arme et commence à s'approcher de quelques pas, pendant qu'un autre rallume sa radio pour demander qu'on leur prépare de l'inhibiteur d'alter. Tōya lève les yeux au ciel en soupirant. Génial... Il va se faire droguer dès son arrivée. Lui qui aurait espéré qu'on lui accorde un véritable dialogue, visiblement, ce ne sera pas aussi faci...
Distrait une seconde de trop, il revient à lui quand il sent l'approche d'un danger. Mais il réagit trop tard : il n'a pas le temps d'esquiver la frappe du policier, celui qui s'était approché de lui. Sans crier gare, ce dernier lui administre un puissant coup de crosse sur la tempe avant de le plaquer violemment au sol. Le jeune Todoroki pousse un grognement étouffé en réaction au choc qui lui coupe le souffle, écrasé sous le poids de l'agent qui maintient ses bras dans son dos à l'aide d'une prise particulièrement douloureuse.
Comme Tōya se sent bête en cet instant. Dire qu'il a cru naïvement que le dialogue serait possible. Que sa sincérité pourrait être bienvenue... mais il se trompait. Il n'aurait pas dû baisser sa garde. Cette attaque injustifiée vient d'attiser à la fois sa colère et ses propres flammes, qui grouillent déjà sous sa peau.
Sonné par le coup, il ne parvient qu'à distinguer des bribes de conversation, des éclats de voix paniqués. Sa tête lui tourne, il a du mal à penser : il n'entend plus que les hurlements de son propre corps, qui n'attend que le feu vert de son cerveau pour se défendre face à cette injustice. Au-dessus de lui, le policier resserre encore un peu sa poigne et lui arrache un petit cri étouffé. Tōya se rend compte que sa peau commence à devenir particulièrement chaude. Peut-être que son alter est déjà en train d'en sortir... Il ne sait plus trop. Tout ce qu'il parvient à capter, c'est sa peur et sa rage qui lui font perdre ses moyens.
Putain. Pourquoi rien ne se passe-t-il jamais comme prévu... ?
Mais cette fois, les choses ne dérapent pas. Au milieu de toute cette panique croissante, Tōya entend une voix, une voix qu'il reconnaîtrait entre mille. Et d'un coup, c'est comme si le brasier dans sa poitrine venait d'être étouffé net.
« Arrêtez !! Vous ne voyez pas qu'il est vraiment en train de se rendre, bon sang ?! S'il était venu vous attaquer, vous seriez tous morts depuis longtemps ! »
Keigo ! La respiration de Tōya s'accélère davantage, mais au moins, sa colère redescend. L'agent qui pèse de tout son poids sur lui desserre légèrement sa prise et se détend à son tour. Ces connards de policiers doivent se sentir en sécurité en présence du Numéro 2. Quels imbéciles... La violence gratuite ne devrait pourtant pas être leur premier réflexe quand ils ont peur... En agissant comme ça, ils n'ont fait que mettre tout le monde en danger inutilement.
Il ne faut que quelques secondes de plus pour que Tōya soit enfin libéré de son entrave. Il se redresse péniblement, puisque personne ne l'aide à se relever, et prend de grandes inspirations pour récupérer son souffle. Autour, les flics ont toujours leurs armes pointées sur lui, mais ils semblent moins sur les nerfs. L'ex-vilain constate également qu'une foule de curieux s'est amassée autour du parking, et probablement parmi eux, quelques journalistes. Mais il ne leur prête aucune attention... pour lui, seule une personne compte. Alors qu'il se tourne vers Keigo pour lui sourire, il est attrapé brusquement par le bras et détourné de son partenaire pour se faire passer des menottes.
Alors voilà... on y est enfin.
« Tu vas nous suivre bien sagement. Pas d'alter, pas de résistance physique ou verbale. On va t'injecter l'inhibiteur le temps qu'on décide de ton sort.
— Tant que vous ne me frappez plus sans raison..., grommelle Tōya sans pouvoir s'en empêcher.
— Tu as quelque chose à redire sur ta situation, petit merdeux ?! »
Oh, comme Tōya commence à haïr cet homme. Oh, qu'il a envie de lui cracher mille insultes au visage et de lui cramer sa grande gueule. Mais les paroles de Yumei résonnent tel un écho particulièrement agaçant dans son esprit. « Montre-toi coopératif avec eux, d'accord ? » Fais chier... Et dire qu'il pourrait se sortir de là si facilement. Et dire qu'il lui suffirait de quelques flammes. Et dire qu'il ne suffirait que de ça pour ne pas être séparé de...
Oh putain.
Alors que le policier commence à le tirer vers le commissariat, Tōya se retourne vivement pour regarder par-dessus son épaule. Il croise le regard de Keigo, qui réalise en même temps que lui qu'ils ont réellement atteint le point de non-retour. Quand Tōya mettra un pied dans ce bâtiment et qu'on lui injectera l'inhibiteur, plus rien ne sera jamais comme avant. Ils ne pourront plus se voir librement. Le moindre de leurs échanges sera sur écoute. Ils n'auront plus droit à un contact physique quelconque. Le jeune Todoroki pensait y être préparé, mais il remarque en cet instant qu'il ne s'est jamais autant trompé : il n'est pas prêt à dire au revoir à Keigo.
« A... Attendez. Je vous promets de vous suivre sans faire d'histoire. Mais laissez-moi juste une seconde... S'il vous plaît. »
L'homme en combinaison blindée s'apprête à refuser, mais il semble comprendre quelque chose quand il capte l'échange de regards entre Tōya et Keigo. Personne ne sait trop ce qu'il se passe en ce moment : ni les policiers, ni les témoins de la scène, ni même Keigo et encore moins Tōya. Mais ce dernier fait volte-face et laisse son corps le guider vers le héros ailé, sans une once d'hésitation, le cœur battant.
Il ne peut pas le prendre dans ses bras à cause de ses menottes. Mais ce n'est pas grave : il lui reste son visage. Alors il se penche vers son partenaire.
Et il l'embrasse.
Devant tout le monde. Devant la douzaine de policiers. Devant les civils. Devant les quelques journalistes.
Et Keigo ne le repousse pas, au contraire. Malgré tout ce que cela implique pour sa carrière, pour sa crédibilité, pour sa réputation... Il choisit d'assumer leur relation jusqu'au bout.
Quand leurs lèvres se détachent, c'est comme si le monde entier retenait son souffle. Plus personne n'ose parler, ni même bouger. En retrait, toujours dissimulées près du portail grillagé, Yumei et Fuyumi ont les mains plaquées sur leurs bouches. Désormais, ce n'est plus qu'une question de jours, voire d'heures, avant que le Japon entier ne soit au courant que Hawks, le numéro deux du classement des héros, est tombé amoureux de Dabi, le deuxième membre le plus redouté de l'Alliance des super-vilains.
« Allez. Debout. »
Tōya est sorti de son demi-sommeil par la main d'un homme qui lui secoue vigoureusement l'épaule. Il a à peine le temps de se redresser sur sa couchette (qui semble faite de béton tellement elle a fait vivre une misère à son dos) qu'il est déjà tiré avec force pour être remis sur ses deux pieds. Il tangue un peu, toujours assommé par l'inhibiteur qui a engourdi autant ses membres que ses pensées, et grogne pour exprimer son inconfort.
S'exprimer, c'est désormais tout ce qu'il lui reste. Les menottes et son escorte entravent son corps et sa liberté, le produit bloque ses pouvoirs. Maintenant, il n'existe plus de feu sous sa peau. Plus de flammes grouillantes et prêtes à s'échapper, plus de brasier intérieur qui l'a animé et consumé depuis son plus jeune âge. Quelle étrange sensation... Après tout, son alter a toujours fait partie de lui. Il a occupé une place si centrale dans sa vie, il l'a tellement aimé et détesté à la fois. Ses flammes ont fait sa fierté quand son père lui rabâchait sans cesse qu'il deviendrait Numéro 1 grâce à elles. Elles ont été sa plus grande honte, quand on lui a dit qu'il y était inadapté. Elles ont été sa plus grande ennemie, quand il a failli mourir à cause d'elles. Il ne sait pas encore s'il regrette cette intense relation amour-haine... mais cette absence fait vide.
À son arrivée il y a quelques heures, on lui a injecté une dose bien trop concentrée d'inhibiteur : comme personne ne s'attendait à accueillir Dabi entre ces murs, il a été jugé préférable de l'assommer avec ce produit pour laisser le temps aux autorités de discuter de son cas. C'est pourquoi, après avoir vomi ses tripes en réaction à la surdose, puis dormi pendant un temps indéterminé, l'ex-vilain est maintenant emmené dans un petit bureau où l'attend un médecin. Ce dernier s'empresse de lui faire passer quelques tests afin de déterminer la dose exacte nécessaire pour bloquer son alter sans effets secondaires trop intenses, puis lui administre sa seconde injection.
Plus Tōya rencontre de nouvelles têtes dans ce commissariat, plus il remarque les désagréments qu'il cause depuis qu'il est là. Certaines personnes ont peur et n'osent pas croiser son regard. D'autres s'emportent au moindre geste ou au moindre commentaire qu'il fait. Réaliser à quel point il inspire dégoût et crainte lui pince férocement le cœur : pourtant, il ne s'est jamais soucié de ça un seul instant auparavant. C'est bête... alors qu'il lui a juste suffi d'un peu d'amour et de reconnaissance pour changer. C'est absurde, à quel point il a pu s'enfoncer aussi profondément alors qu'il avait juste besoin d'aide. Tout ce qu'il peut espérer désormais, c'est de parvenir à présenter correctement celui qu'il est devenu pour convaincre l'opinion publique de sa bonne foi... Et pouvoir entamer sereinement son véritable processus de réhabilitation.
Tōya est ensuite emmené dans une petite pièce sans fenêtre et truffée de caméras de surveillance et de micros pour subir son premier interrogatoire. Les seuls meubles à l'intérieur sont une table rectangulaire métallique et trois chaises, deux d'un côté et une de l'autre. On lui ordonne de s'asseoir sur la chaise seule, et il y reste pendant un moment, tapant nerveusement du pied au sol en essayant de se distraire comme il le peut de son stress croissant. Puis, après un temps interminable, il est enfin rejoint par un grand homme en chemise blanche, aux cheveux bruns courts un peu ébouriffés et à la barbe de trois jours. Ce dernier semble avoir cruellement besoin de sommeil, probablement parce qu'il est actuellement débordé de travail. Tōya comprend très vite qu'il doit être l'homme dont Keigo et Yumei lui ont déjà parlé.
L'inspecteur tire une chaise pour s'asseoir en face de lui, alors que deux hommes particulièrement baraqués et intimidants se positionnent derrière l'ex-vilain pour intervenir au moindre écart de comportement de sa part.
« Dabi. Merci de nous avoir fait honneur de ta présence. Je me présente : Naomasa Tsukauchi, en charge de ton dossier. Je suis là pour te poser quelques questions afin de clarifier ta situation. Tout d'abord, pourrais-tu me dire ce qui t'a décidé à venir te rendre ? »
Tōya se contente de le toiser d'un regard sombre. Sous la table, son pied s'agite encore plus furieusement, et le bruit de sa semelle résonne de manière un peu oppressante dans toute la pièce. L'inspecteur fronce les sourcils.
« Tu refuses de me parler ?
— Je ne me reconnais plus sous ce nom.
— Oh, je vois. Mes excuses. Laisse-moi recommencer, dans ce cas. Pourrais-tu me dire pourquoi tu es venu te rendre aujourd'hui, Tōya Todoroki ? »
Les tapotements de son pied s'interrompent un instant. La voix étonnamment douce de l'inspecteur aide Tōya à se détendre un peu. Pour la première fois depuis qu'il est au commissariat, il a enfin l'impression que quelqu'un essaie sincèrement de le comprendre.
« Je veux juste vivre.
— Vivre ? »
L'homme le dévisage d'un air insondable. Tōya réalise qu'il n'a aucune idée si ce dernier possède un alter, mais peu importe, puisqu'il ne peut de toute façon pas s'en servir. Plus important : il ne sait pas si Tsukauchi est son allié ou son ennemi. Après tout, ce dernier faisait partie du plan original, celui que l'ex-vilain a fait foirer en ne prenant pas le train le jour du Raid. Le policier était prêt à l'écouter parler de sa réinsertion. Alors... Peut-être qu'il n'y a pas tant besoin de se méfier de lui.
Par contre...
« Je suppose qu'on est sous écoute ? Que tout ce que je raconte est retransmis à d'autres connards qui n'ont pas le courage de venir me regarder en face ?
— Il s'agit de la procédure. Ce n'est pas une mesure qu'on prend contre toi. Écoute... sans ton alter, tu n'es plus qu'un jeune homme sous-alimenté dont le corps ne tient en un morceau qu'avec des agrafes. Alors ne joue pas les durs, Tōya, parce que tu n'es pas suffisamment crédible pour ça. Accepte juste que ta coopération pourrait profiter à tout le monde ici. »
Tōya serre les dents, soudain en colère, mais les paroles de Yumei se rejouent une fois de plus dans son esprit au bon moment. Bon sang... comme il rêverait qu'elle soit assise à côté de lui pour l'aider à surmonter cette épreuve. C'est peut-être bête, mais le jeune Todoroki ne sait pas comment faire face à des policiers. Après tout, il ne connaît rien au milieu carcéral. Il n'a jamais fait de prison avant, et il n'a jamais regardé une série policière de sa vie. À part les quelques explications que ses amis lui ont fournies ce matin, il n'a aucune fichtre idée de ce dans quoi il s'est engagé. Tout cela est si nouveau pour lui...
Alors, il décide de s'en tenir aux interactions courtes pour tâter le terrain. Et surtout... il va tout faire pour ne pas s'énerver, ouais. C'est le principal. Il faut absolument qu'il évite de faire un putain de pas de travers, au risque de glisser directement au fond du précipice.
« Que voulais-tu dire par "je veux vivre" ?
— Je veux faire partie de ce monde. Avoir un foyer, un travail, le droit de me promener dans la rue sans crainte de me faire arrêter. Je veux vivre comme les gens qui n'ont pas commis de crime.
— Tu ne cherches plus à tout détruire ?
— Non.
— Il y a des raisons à ce changement ?
— Je préfère pas en parler maintenant. Il y a... des choses dont je veux être sûr avant. »
Tsukauchi lève un sourcil mais ne l'interrompt pas.
« Vous attendez que je vous balance tout ce que je sais sur l'Alliance. Et je suis prêt à le faire, même si mes anciens camarades vont probablement changer leurs plans quand vos journalistes mêle-tout auront crié partout que je suis ici. Je pense que je peux vous aider quand même. Mais les membres de l'Alliance restent mes amis, et je ne suis pas prêt à les trahir si vous n'acceptez pas certaines de mes conditions en retour. »
Tōya fronce les sourcils quand il voit l'inspecteur laisser échapper un rire amusé. Il n'a cependant pas l'air de se moquer ouvertement de lui, il semble plutôt... surpris par sa naïveté ?
« Vous trouvez ça drôle ?
— Disons que ce n'est pas commun qu'un prisonnier commence à marchander les conditions de ses interrogatoires.
— J'aurais pu ne pas me rendre. Je vous ai bien facilité la tâche, alors écoutez-moi en retour !
— Certes... Mais je ne sais pas si tu réalises très bien la situation dans laquelle tu es, Tōya. Si on souhaite te faire parler, on a d'autres manières à notre disposition que de t'accorder des faveurs. »
Leurs quatre yeux se croisent. Malgré les mots durs de l'inspecteur, Tōya ne détecte aucune forme d'animosité chez lui. Son interlocuteur est plutôt en train de lui exposer calmement la réalité dans laquelle il se trouve, et l'absurdité de sa demande. C'est étrange... mais cet homme et sa voix douce parviennent à mettre le jeune Todoroki en confiance. Alors autant être docile pour le moment, faire profil bas, et entrer dans le jeu du policier pour ne pas faire tout foirer comme il le fait habituellement si bien.
« Vous voulez bien au moins écouter mes conditions ?
— Je t'en prie.
— En échange de ma collaboration, je veux que vous me laissiez voir mes proches autant que possible. Ma sœur Fuyumi Todoroki, Yumei Sasaki et Hawks.
— Yumei Sasaki est également sous mandat d'arrêt, mais à part ça, on peut examiner cette possibilité.
— Bien. Ensuite, je veux votre promesse qu'aucun membre de l'Alliance ne mourra pendant la guerre. Qu'ils soient tous envoyés en prison, comme moi, quand tout sera fini.
— Cela ne dépendra que d'eux, Tōya. En principe, les héros n'ont pas l'autorisation de tuer... mais ils ne nous en laisseront peut-être pas le choix. »
Tōya s'apprête à protester, mais il se ravise. Il commence à comprendre qu'il a plutôt intérêt à gagner la confiance de Tsukauchi et à le rassurer sur son changement de camp avant d'insister un peu trop au sujet de l'Alliance.
« D'autres conditions ?
— Ouais. Je veux que vous me fournissiez en clopes. »
Tsukauchi ne parvient pas à réprimer un nouveau sourire et, bizarrement, Tōya non plus. Probablement que l'inspecteur s'attendait à un interrogatoire musclé. À devoir traiter avec un infâme meurtrier psychopathe qui lui aurait balancé à la figure tout un tas d'horreurs sans le moindre remords. Se retrouver face à un jeune homme de 25 ans qui lui réclame des cigarettes est probablement très loin de ce qu'il avait imaginé.
Leur entrevue ne s'éternise pas beaucoup plus. Ils échangent encore quelques paroles au sujet des motivations de Tōya à se rendre, de ses envies, de sa rédemption. Tsukauchi essaie comme il peut de le piéger, de lire entre les lignes, mais il est forcé de constater que le jeune homme face à lui est on-ne-peut-plus sincère. Et puisque Tōya a exprimé clairement son refus de parler de l'Alliance tant qu'il n'aura pas au moins l'assurance de voir régulièrement ses proches, Tsukauchi a fini par lui annoncer qu'ils se reverront dans quelques heures, le temps qu'il règle certains détails.
L'ex-vilain n'a aucune assurance que ses conditions seront respectées, mais pour le moment, le mieux qu'il puisse faire est de faire profil bas... et espérer.
+++++++++++++++++
Note : On se retrouve donc dimanche prochain, ou mercredi si je parviens à avancer suffisamment pour m'assurer encore un peu d'avance sur l'écriture ! Dans tous les cas, préparez-vous, c'est un gros morceau bien riche en émotions qui arrive... 🫣