Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Chapitre 46 : Notre refuge loin du Mal
4922 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 04/10/2026 13:34
Note : Ce chapitre et le suivant servent de petite bulle d'oxygène avant que l'histoire ne s'accélère à nouveau vers sa conclusion. Profitez-bien de ces quelques instants de paix bien mérités aux côtés de Tōya, Keigo, Yumei et Fuyumi ! Ils méritent ces petits moments de bonheur tous ensemble <3
Et merci d'être toujours là après 46 chapitres, j'en suis vraiment honorée !
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« Alors... Il est parti ? Pour de bon... ? »
Assise sur un canapé miteux dans la salle commune de la villa, Toga baisse piteusement la tête, le manteau de Dabi posé sur ses genoux dont elle serre un bout de tissu entre ses doigts. Ses lèvres tremblent, de tristesse, de frustration, de colère. Elle ne comprend pas... aucun de ses camarades ne comprend actuellement ce qui se passe. Installés auprès d'elle, Mr. Compress et Spinner affichent le même air abattu, aucun des deux n'osant répondre directement à sa question.
Tout ça est injuste... terriblement injuste. L'adolescente avait déjà du mal à accepter leur nouvelle vie dans cette résidence glauque, presque vide de monde, à Hanbori. L'animation du Manoir lui manque cruellement. La bonne humeur, les repas tous ensemble, les soirées, ... ses proches. Après presque trois semaines, elle ne s'est pas encore remise de l'énorme vide que Twice a laissé dans son cœur. Du départ de Yumei, qui les a trahis avec Hawks. Et maintenant...
Alors qu'elle a perdu à jamais celui qu'elle considérait comme l'un de ses deux grands frères, elle vient de perdre l'autre. Car elle a beau aimer Compress et Spinner autant que Twice et Dabi, il n'y a qu'avec ces deux derniers qu'elle se permettait d'être complètement naturelle. C'est avec eux qu'elle avait développé une proximité presque familiale.
« Je m'excuse, mes amis... Je crois que c'est de ma faute. »
Toga et Spinner lèvent les yeux vers le magicien qui, même s'il a gardé son visage dissimulé derrière son masque, a l'air véritablement abattu.
« On s'est disputés, et... Oh là là. J'aurais dû mieux le surveiller.
— C'est pas à toi de t'en vouloir, Compress, enchaîne aussitôt l'homme-lézard. Dabi a toujours été insaisissable. Il ne nous a jamais vraiment fait confiance, alors... ça devait arriver tôt ou tard. »
Les deux autres baissent à nouveau les yeux, profondément déçus. Les paroles de Spinner font mal, et les mains de Toga commencent à trembler en serrant toujours le vêtement entre ses doigts.
« Vous croyez qu'il... qu'il est parti mourir ? »
Sa question jette un froid sur leur petit groupe, mais elle n'est pas complètement irréaliste. Tous se remémorent l'état de détresse mentale de leur camarade, qui était devenu si inquiétant que même Shigaraki, à moitié possédé par All For One, avait changé ses plans pour s'assurer que Dabi ne leur claque pas entre les pattes.
Le jour du Raid, quand Gigantomachia a ramené les membres de l'Alliance auprès de son maître, à Jaku, Shigaraki dominait largement les héros et les lycéens qui s'opposaient à lui. En l'absence d'Endeavor à leurs côtés, ces derniers ne possédaient aucun moyen de le blesser suffisamment pour le mettre hors d'état de nuire. Il était plus que déterminé à en finir tout de suite et à déchaîner ses nouveaux pouvoirs sur eux une fois débarrassé de l'alter d'Eraser Head. Mais contre toute attente... il a finalement décidé de battre en retraite, et ce ne sont pas ses blessures, dont il aurait pu se remettre rapidement, qui l'y ont décidé.
C'est l'état de Dabi.
Quand le manieur de flammes a rejoint ses coéquipiers sur le dos du géant, après avoir renoncé à tuer Shōto, son esprit a complètement vrillé. La mort de Twice et sa séparation de Hawks et de Yumei lui étaient insoutenables, abominables. De plus, renoncer au dernier moment à se venger de son père avait définitivement achevé de le plonger dans la plus grande crise existentielle qu'il ait jamais vécue. Ses camarades de l'Alliance ont été si inquiets de son état qu'ils sont parvenus à convaincre Shigaraki de faire une trêve. De toute façon, chacun d'entre eux avait plus que jamais besoin de repos, y compris le jeune héritier d'All For One, qui a fini par écouter la voix intérieure de son mentor. Après tout, lui aussi avait besoin de laisser du temps à son corps pour se parachever. Il s'agissait donc de la meilleure solution pour tout le monde.
Mais peut-être qu'au fond... dans ce qu'il lui restait encore de conscience... Tomura Shigaraki était lui aussi inquiet pour son coéquipier.
Ensuite, il y a eu ces semaines de calvaire. Pour tous les membres de l'Alliance... pour Toga aussi. Animée par un besoin crucial de comprendre pourquoi une héroïne avait été envoyée pour tuer Twice, elle s'est mise à chercher des réponses. Après tout, les héros ne sont-ils pas censés sauver tous les êtres humains ? Twice n'en était-il donc pas un... ? Elle a bien tenté d'interroger Ochaco, mais cette dernière n'a pas pu comprendre sa détresse.
Et aujourd'hui, Dabi est parti. Pour mourir ? Ou pour rejoindre les héros... malgré ce qu'ils ont fait à Twice ? Quelle logique tordue cela peut-il bien être ? Comme s'il lisait dans ses pensées, Spinner penche vers la même conclusion qu'elle.
« Je pense plutôt qu'il est parti retrouver Hawks. Et peut-être Yumei. Même si on n'a aucune preuve, ça me semble être le plus plausible... »
Considérant cette éventualité, une colère froide gronde dans la poitrine de Toga. Elle n'a jamais vraiment fait confiance à Hawks, mais elle avait accueilli à bras ouverts cette femme, qu'elle a si naïvement considérée comme son amie, sans arrière-pensée. Elle a vraiment cru à ses belles paroles. Elle se sent si bête, désormais. Elle aurait dû se méfier de Yumei, elle aurait dû comprendre plus tôt que cette dernière finirait par leur arracher Dabi. Et rien de tout ça n'aurait été possible sans Hawks. Finalement, tout est encore de la faute d'un héros...
« Shigaraki... et All For One. Ils ne vont vraiment pas apprécier la nouvelle, rajoute le lézard. Dabi était notre meilleure force de frappe... »
Mais Toga secoue la tête. Elle relève les yeux vers eux, une rage non dissimulée dans le regard.
« N'oublie pas qu'on a récupéré le corps de Twice. J'ai chopé assez de sang pour anéantir le Japon entier avec son alter, pendant plusieurs heures s'il le faut. Vous verrez... Ils vont goûter à ma Parade de la Mort. »
* * *
Les quatre amis ont marché un long moment à travers les bois montagneux de Hanbori pour éviter que l'Alliance ne retrouve facilement leur trace, heureusement équipés des GPS sur leurs téléphones. Malgré le froid, l'heure de plus en plus tardive et le noir complet au milieu des arbres, cela n'a pas entamé leur bonne humeur, et ils profitent de ce moment privilégié pour reconnecter et rattraper le temps perdu. Fuyumi passe une grande partie du trajet accrochée au bras de Tōya, l'assaillant d'une flopée de souvenirs et d'un tas de questions auxquelles il s'efforce de répondre avec bon cœur, même s'il est encore fortement secoué par tout ce qui est en train de se passer dans sa vie.
Cependant, malgré tout leur enthousiasme, la fatigue commence à se faire sentir et à devenir difficile à ignorer. Particulièrement pour le jeune vilain, qui dort et s'alimente mal depuis plusieurs semaines. Leur plan initial était de marcher jusqu'à une ville qui les éloignerait suffisamment de la planque de l'Alliance et d'y louer un petit hôtel. Mais ils en sont encore loin, c'est pourquoi Keigo et Yumei se sont mis à arpenter Internet à la recherche d'un refuge le long des sentiers montagneux alentours.
« Tōya, Fuyumi ! »
En entendant la voix de leur amie, les deux Todoroki se retournent en même temps vers elle, affichant exactement la même mine intriguée, ce qui fait fondre le cœur de la rouquine.
« On a trouvé un refuge à une demi-heure de marche ! Keigo propose de nous quitter pour aller acheter de la nourriture, comme ça on est équipés pour demain, et qu'on se rejoigne là-bas. Qu'est-ce que vous en dites ?
— Ah ! Ça semble être une super idée ! », répond aussitôt l'institutrice d'une voix enjouée.
Tōya a l'air un peu plus réservé. Quand Yumei s'apprête à lui demander ce qu'il en pense, il s'exprime de lui-même.
« Est-ce que vous pensez que les gérants seront prêts à offrir asile à "Dabi" ? »
Les trois autres s'échangent des regards embêtés, mais Keigo finit par se lancer en hochant la tête d'un air assuré.
« Ça aurait été pareil à l'hôtel... et puis, tu sais, il y a probablement peu de citoyens qui connaissent vraiment ton visage. Les seules images que les médias ont diffusées de toi datent un peu, elles étaient mal prises et assez floues, et puis tu avais encore les cheveux noirs. Personne ne connaît ta vraie identité, donc tout devrait bien se passer !
— J'espère... »
Face à sa mine indécise, Keigo s'approche en quelques battements d'ailes, un sourire rassurant étirant le coin de sa bouche, et prend Tōya dans ses bras. Il lui dépose un petit bisou plein de tendresse sur les lèvres.
« T'en fais pas. Maintenant que tu n'es plus un vilain, on va travailler à te faire accepter par la population ! Mais pour le moment, tu as vraiment besoin de repos, alors ne te tourmente pas avec ces questions-là. D'accord ?
— Ouais... je vais essayer. »
Tōya détourne les yeux en rougissant, ses sourcils froncés trahissant encore son inquiétude tenace. Mais échanger un premier baiser avec Keigo depuis leur séparation a l'air de lui faire beaucoup de bien, et quand l'oiseau s'en est suffisamment assuré, il s'écarte de lui et se met à agiter ses ailes pour préparer son décollage.
« On se revoit dans une demi-heure ! S'il vous arrive quoi que ce soit, appelez-moi immédiatement ! »
Les trois autres acquiescent et le regardent s'éloigner, puis reprennent leur route.
« Vous êtes vraiment adorables, tous les deux. »
Tōya se tourne vers Fuyumi, qui le dévisage avec les pommettes rosies. Ce qui le fait davantage rougir lui-même.
« Mh. Tu ne trouves pas qu'il a l'air d'un parfait idiot, quand il fait son gentil comme ça ?, ronchonne-t-il par simple esprit de contradiction.
— Pas du tout ! Il tient vraiment à toi, tu sais. Il était si inquiet avant qu'on te retrouve. Je veux dire... encore plus que nous deux. »
Yumei, qui marchait à leurs côtés en silence, acquiesce d'un petit signe de tête. Tōya est si gêné qu'on parle de son couple qu'il se sent obligé de continuer à rejeter les compliments. Il lève les yeux au ciel et hausse les épaules.
« Ben, c'est un héros, quoi ! Il est comme ça avec tout le monde.
— Oh que non, intervient Yumei. Ce soir, c'est la première fois que je le vois sourire sincèrement depuis qu'on a quitté le Manoir... »
Tōya s'arrête brusquement de marcher. Il est soudain angoissé à l'idée de réaliser que ses compagnons ont subi, eux aussi, plusieurs semaines d'enfer après le Raid. Et surtout, qu'il ne s’en est pas inquiété une seule fois depuis qu'il les a retrouvés. Une culpabilité vivace s'empare de tout son être. Au même moment, il se fait une promesse intérieure : celle d'essayer, dorénavant, de travailler sur son égoïsme et de s'intéresser autant que possible à ce que vivent les autres autour de lui.
C’est pourquoi il demande à Yumei de lui expliquer ce que Keigo et elle ont vécu loin de lui depuis leur séparation. Alors qu'ils reprennent leur marche, elle lui raconte tout en long et en large, y compris ce qu'ils ont dû faire pour retrouver le repaire de l’Alliance.
« En gros, la vision de Fuyumi nous a permis de décrire suffisamment votre planque pour que Keigo retrouve sa trace. Après tout, la villa avait fait l'objet d'une enquête il y a quelques mois... quand la Communauté de Rejet des Anomalies qui y vivait s'est fait décimer par des vilains. On n'aurait jamais identifié cet endroit autrement. »
Ah oui, la CRA... cette secte qui rejetait et torturait les hétéromorphes. Tōya est infiniment soulagé de ne pas avoir participé à ce massacre aux côtés de ses camarades de l'Alliance. Ça aurait été extrêmement gênant d'en parler avec son amie et sa sœur. Il s'empresse tout de même de changer de sujet, dérangé par un détail de l'histoire de Yumei.
« Je vois... Et Keigo vous a aidées sans hésiter ? Je veux dire... si tu me dis qu'il a subi un lavage de cerveau... »
Tout en prononçant ces mots, Tōya baisse les yeux, honteux de constater qu'il n'apprend ça que maintenant. Dans sa poitrine gronde une colère intense envers la Commission, qui ne cesse de pourrir la vie de l'élu de son cœur et dont il compte bien se venger un jour : mais bien sûr, il garde ce genre de pensées pour lui-même. En répondant à sa question, Yumei a l'air plutôt confiante.
« Je pense qu'il n'est pas capable de se rebeller contre ses supérieurs... ni de leur demander réparation. Mais il est toujours libre, Tōya. Il m'a dit que penser à toi tout ce temps l'avait aidé à ne pas succomber à leur emprise. »
Le jeune homme mord sa lèvre inférieure pour l'empêcher de trembler sous l'effet de l'émotion. Il n'aurait pas soupçonné que l'attachement de l'oiseau pour lui soit si fort. Réaliser ça remplit son corps d'une douce chaleur et, en même temps, lui fait un peu peur. Et s'il n'était pas à la hauteur ? S'il ne pouvait pas rendre Keigo heureux... ?
Il semblerait qu'il soit incapable de masquer sa nouvelle vague d'angoisse, parce que Yumei se positionne face à lui pour le prendre dans ses bras.
« Je te l'ai déjà demandé une fois, mais... j'espère que cette fois-ci, mes mots se feront une place dans ton esprit borné. Ne doute plus de nous, c'est compris ? On te veut uniquement du bien, et ça, ça ne changera jamais. »
Tōya se contente de poser son front sur l'épaule de Yumei et d'agiter sa tête pour signifier son approbation, sans rien dire de plus. Il a encore beaucoup de chemin à faire pour surmonter ses tourments. Mais pour l'heure, il tentera de faire un effort pour rester positif.
* * *
Les trois voyageurs arrivent enfin en vue du refuge. Ils découvrent une grande palissade de bois sombre qui entoure le lieu, surmontée d'un petit toit en tuiles. Une grande porte leur fait face, flanquée de vieilles lanternes de pierre desquelles émane une douce lueur. Satisfaite, Yumei observe les deux Todoroki s'échanger des regards incrédules quand ils comprennent enfin dans quel genre d'endroit leurs amis ont décidé de les amener. Fuyumi se tourne vers elle, les yeux brillants.
« Oh mon Dieu ! Un ryokan ? On va pouvoir se baigner dans une source chaude ce soir ??
— Eh oui ! On s'est dit que ça ferait un chouette cadre pour l'anniversaire de Tōya. »
Ce dernier ne dit rien, mais Yumei remarque ses joues rosir légèrement en même temps qu'il lève la tête pour observer les alentours. Il est probable que le vilain n'ait plus mis les pieds dans un établissement pareil depuis bien dix ans... à moins que ce ne soit jamais arrivé ? Il a l'air si perturbé que Yumei décide de le laisser encaisser à son aise, et s'avance pour ouvrir la lourde porte en bois qui délimite l'entrée du domaine.
Ils traversent un petit jardin à la végétation dénudée par l'hiver, puis empruntent un chemin de pierres plates qui serpente entre la mousse en prenant soin de ne pas glisser. Ils parviennent enfin à l'entrée du ryokan, dont ils font coulisser la porte en bois et en papier de riz pour pénétrer à l'intérieur.
En franchissant le seuil du genkan, ce petit espace dédié à ôter les chaussures, ils sont aussitôt accueillis par une chaleur réconfortante et plus que bienvenue après avoir marché des heures dans le froid. L'air imprégné d'une douce odeur, mêlant le bois de cyprès et le thé vert, les rassure et soulage immédiatement leurs esprits fatigués. Face à eux, une vieille dame petite et voûtée, vêtue d'un kimono gris anthracite usé mais impeccable, les attend déjà.
« Bienvenue, leur dit-elle d'une voix douce et bienveillante en s'inclinant profondément. Merci d'avoir eu le courage d'arriver jusqu'ici. J'espère que vous n'avez pas eu trop froid. »
Elle leur indique ensuite où laisser leurs chaussures et leur fournit des paires de chaussons usés par le temps.
« Votre réservation est déjà réglée. Suivez-moi, je vais vous servir du thé pour vous réchauffer. Ensuite, je vous montrerai vos chambres. »
Les trois compères comprennent tout de suite : visiblement, Keigo est arrivé avant eux. Ils enfilent leurs chaussons et suivent la tenancière le long de couloirs bordés de panneaux en bois et de lampions. Quel bonheur... Après avoir marché plusieurs heures sur des cailloux et des racines, Yumei trouve le contact de ses pieds sur les tatamis au sol étrangement plaisant. Ils arrivent finalement dans un petit salon jonché de plusieurs tables basses, toutes inoccupées sauf celle du fond. Installé sur un coussin, Keigo se tourne vers eux, un sourire radieux sur son visage fatigué.
« Ah, vous voilà ! »
Il leur adresse de grands signes de la main, très enthousiaste à l'idée de partager le thé tous ensemble. À la surprise de Yumei, il a déjà enfilé le vêtement d'intérieur que chacun est invité à porter dans un ryokan : un yukata, jaune et orange pour sa part, gonflé dans son dos à cause de ses petites ailes. La jeune femme n'a pas l'habitude de le voir comme ça, et elle le trouve étonnamment beau dans cet habit traditionnel japonais.
Les derniers arrivants s'installent sur les trois autres coussins disposés autour de la table, Yumei à côté de Keigo et les Todoroki face à eux.
« Tu t'es déjà changé ? Tu es là depuis longtemps ?, s'étonne Fuyumi.
— Eh eh, je ne suis pas le héros le plus rapide pour rien. J'ai laissé mes plumes et toutes les courses dans notre petit nid d'amour. »
Il adresse un clin d'œil à Tōya, qui n'a toujours pas prononcé un mot depuis qu'il a compris qu'ils allaient loger dans un ryokan. Comme si cela pouvait l'aider à se cacher des regards extérieurs, ce dernier a le nez enfoncé dans une grosse écharpe que Yumei lui a prêtée durant leur marche — il a beau résister au froid, elle s'inquiétait de le voir se balader en t-shirt en pleine forêt un soir d'hiver. En comprenant qu'il partagera sa chambre avec Keigo ce soir, ses pommettes s'empourprent, ce qui lui donne un air adorable.
« J'ai eu le temps de discuter un peu avec notre gentille hôtesse le temps que vous arriviez. Apparemment, les visiteurs sont rares à cette période de l'année, mais comme elle vit ici, l'établissement est ouvert tout le temps. On a donc le lieu rien que pour nous ! C'est modeste et un peu vieillot, mais je trouve que ça fait tout le charme de l'endroit !
— Je suis bien d'accord ! », renchérit Yumei.
Comme si elle avait été invoquée par leurs paroles, la propriétaire arrive auprès d'eux avec un plateau sur lequel repose une théière fumante et quatre petites tasses. Elle dépose le tout au milieu de la table.
« Profitez un instant d'un peu de chaleur. L'eau du bain est prête aussi, si vous souhaitez vous réchauffer avant le dîner.
— C'est très gentil à vous, Madame. Mais il est déjà tard, et je pense qu'on est tous affamés ! », répond aussitôt Keigo en lui adressant son habituel sourire charmeur.
Les trois autres acquiescent, et la dame leur signifie qu'elle va donc directement préparer leur repas. Avant cela, elle prend un instant pour présenter leurs chambres aux nouveaux arrivants : par tradition, elle a installé les deux filles à proximité des bains pour femmes et inversement. Yumei, Fuyumi et Tōya en profitent pour se débarrasser de leurs vêtements sales et pour enfiler à leur tour leurs yukata. Une fois pleinement à l'aise, les trois amis retournent auprès de Keigo et s'installent à nouveau dans le salon.
Ils servent le thé dans leurs récipients, qu'ils gardent chacun en mains pour réchauffer leurs doigts. Ce simple geste les fait soupirer de bonheur, comblés de se trouver enfin dans un lieu sécurisant, accueillant et surtout, ensemble. Ils en profitent pour discuter quelques minutes de tout et de rien, puis, après s'être assurés que personne n'est à proximité pour les écouter, ils baissent la voix pour parler de choses plus sérieuses.
« Concernant demain..., commence Keigo. On est dans une impasse. Je loge à la Commission, Yumei dans un appartement où des héros peuvent lui rendre visite à l'improviste, et Fuyumi... chez Endeavor. Je ne vois vraiment pas où on va pouvoir cacher Tōya le temps que les choses se calment. »
Face à leurs mines ennuyées, Tōya baisse les yeux. Il semble véritablement embêté de poser problème à ses amis, mais quand Yumei s'apprête à lui dire qu'il ne doit pas s'en faire, il prend enfin la parole.
« Vous savez... J'ai bien réfléchi. À toute cette situation. »
Il fronce les sourcils, ses yeux fixés sur sa tasse de thé pour éviter de croiser leurs regards.
« Je vais me rendre à la police demain.
— Quoi ?! »
C'est Fuyumi qui a posé la question tout haut en poussant presque un cri, mais chacun n'en pense pas moins.
« Enfin, Tōya, c'est... !
— C'est la meilleure chose à faire, Fuyu. J'ai beau avoir retourné la question de toutes les manières possibles... Vivre caché n'a aucun sens. Je continuerai à être considéré comme un vilain, comme le complice de toutes les atrocités qu'All For One s'apprête à commettre... Même si je ne participe pas à la guerre, je ne serai pas dans votre camp non plus. Et pire : mes anciens camarades risquent de vouloir me retrouver pour me ramener, ou pour m'éliminer parce que j'en sais trop... »
Un petit silence s'installe. Tōya prend une grande gorgée de son thé brûlant (c'est bien le seul qui parvient à le boire à cette température), et Keigo se risque, la voix basse :
« Je déteste ce que je m'apprête à dire. Malgré toute mon envie de te contredire, je... Je pense aussi que c'est la bonne solution. Si tu te rends de toi-même, et que tu fournis à la police les informations encore très récentes que tu possèdes sur l'Alliance... Ça jouera en notre faveur à tous. On pourrait même espérer que ça allège considérablement ta peine... »
Tōya acquiesce silencieusement, et Yumei se mordille la lèvre, tiraillée entre l'envie de s'opposer à ce plan et la pensée qu'il s'agit effectivement d'une bonne idée. Seule Fuyumi semble avoir du mal à encaisser la nouvelle, dévisageant tour à tour ses trois compagnons d'un air horrifié.
« Mais on ne peut pas faire ça ! Et s'ils l'envoient au Tartare ?! Et si... Et si on ne se revoyait ja... »
Son frère pose alors sa tasse sur la table pour l'attraper par les épaules et la serrer contre lui.
« Ça ira, Fuyu. Tout ira bien... »
Il semble prononcer à la fois ces mots pour rassurer sa sœur, qui commence déjà à avoir les larmes aux yeux, et pour se rassurer lui-même. Cette vision serre le cœur de Yumei, qui n'a aucune envie elle non plus de dire au revoir à Tōya alors qu'elle vient de le retrouver. Keigo, qui semblait réfléchir de son côté, a alors une idée :
« Tōya... Et si tu leur avouais que tu es le fils d'Endeavor ? Tsukauchi est déjà au courant, mais il est tenu au secret. Si tu as mon soutien en tant que Numéro 2 et que tu leur révèles être le fils du Numéro 1... Il y a peut-être moyen que tu bénéficies d'un traitement de faveur. »
Les trois autres semblent surpris, mais sa suggestion fait plutôt sens. Le concerné fronce les sourcils, très réticent à l'idée de devoir peut-être compter sur l'aide de son père, mais il sait qu'il n'a pas trop le luxe de faire son difficile dans cette situation.
« On verra. En tout cas, si l'un de leurs plus grands ennemis se rend pour leur révéler tous les plans du Roi du Mal, j'ose espérer qu'ils accepteront au moins de m'écouter... Ma seule condition à tout ce bordel, c'est qu'ils ne tuent plus aucun de mes amis. Je veux être absolument certain que Toga, Compress, Spinner et Shigaraki soient envoyés en prison pour qu'on puisse les aider à leur tour. »
Il plonge ses yeux dans ceux de Keigo.
« Tu crois que c'est envisageable ? »
Pour réponse, Keigo pose sa main sur la sienne et se met à la caresser doucement de son pouce.
« Je ne suis pas en position de te répondre, tout ça ne dépend pas de moi. Mais je peux te promettre de me battre jusqu'au bout pour faire respecter ta volonté. »
Alors que Tōya s'apprête à lui sourire en retour, ils sont surpris par la tenancière qui s'approche d'eux avec un plateau de nourriture. Keigo retire vivement sa main, pas trop sûr de l'opinion de la vieille dame au sujet des relations entre hommes, alors que le jeune Todoroki enfonce plus profondément que jamais son nez dans l'écharpe de Yumei en rougissant.
Elle se met alors à disposer les plats devant eux. Bien que très traditionnel, le repas les fait tous les quatre saliver : bols de soupe miso, riz blanc avec tofu bouilli, légumes marinés et poisson grillé. À sa surprise, Tōya remarque qu'il a reçu un poisson différent des autres. Son plat est garni d'une magnifique dorade royale, un symbole habituel de célébration. La femme s'incline et quitte aussitôt la pièce, alors que le jeune vilain interroge son compagnon du regard.
« C'est moi qui ai été la chercher et qui ai demandé à notre hôtesse de te la préparer. Pour ton anniversaire. »
Keigo sourit tendrement au jeune homme qui a l'air à la fois touché et embarrassé, puis ils n'attendent pas un instant de plus pour dévorer leur repas. La petite dame vient régulièrement débarrasser leurs plats, et pour le dessert, elle leur apporte un nouveau plateau. Elle dépose tour à tour devant eux des petites assiettes contenant des tranches de kaki brillantes et juteuses, qu'ils acceptent avec un signe de tête. Mais au moment d'arriver à Tōya, elle pose devant lui un support en bois sculpté. Dessus repose un wagashi façonné à la main : un gâteau en pâte de riz sucrée en forme de petite grue blanche aux ailes déployées. Étonné, Tōya lève enfin ses yeux vers elle pour la première fois de la soirée.
« Je vous souhaite de vivre aussi longtemps que la grue. Votre ami m'a dit beaucoup de bien de vous, Tōya. Que l'eau de mes bains vous aide à guérir de vos blessures, et que le bonheur continue de croiser votre route. »
Elle lui adresse un sourire bienveillant, puis se redresse et reprend son service comme si de rien n'était, laissant le jeune homme contempler ce petit chef-d'œuvre sucré. Ses compagnons ne peuvent s'empêcher de sourire, touchés par l'attention si sincère de l'hôtesse.
Et c'est ainsi qu'ils finissent ce qu'ils peuvent tous considérer sans honte comme le "meilleur repas de leur vie", lors de cette nuit dont ils espèrent de tout cœur qu'elle ne sera pas la dernière qu'ils passeront ensemble.
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Note : Petit teaser : la semaine prochaine, vous aurez droit aux sources chaudes et aux derniers instants d'intimités entre Keigo et Tōya avant que la police ne s'en mêle... J'espère que vous êtes prêt·es et enthousiastes ! 🫣💖 Pour la première fois depuis le début de cette fic, je vais être obligée de passer le prochain chapitre en "contenu pour adultes", ce qui fait qu'il sera moins visible que les précédents. Mais ne vous en faites pas, il sortira bien mercredi comme prévu.
Bon dimanche !