Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 44 : Une vie sans éclat

4777 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 27/09/2026 11:31

Note : J'espère que vous vous réjouissez du retour de Tōya dans cette histoire !

Malheureusement pour lui, je vais devoir poser un certain nombre de warnings ici, parce que notre cher Todoroki ne va vraiment, vraiment pas bien du tout... Ce chapitre est probablement le plus sombre et difficile à lire de la fic entière, j'attire donc votre attention sur la présence d'idées suicidaires, d'automutilation et d'addiction (au sexe et à la cigarette). Si vous n'êtes pas dans un état d'esprit propice à lire ça, je vous invite à passer directement à l'ellipse qui commence par "Dehors, le temps s'est grandement rafraichi en ce milieu de mois de janvier.", sous le double retour à la ligne. Voilà voilà... 😅 

Écrire ce chapitre a vraiment été une épreuve pour moi, et j'espère avoir fait honneur à la détresse de ce personnage qui occupe une place spéciale dans mon cœur. Rassurez-vous : ses amis sont bientôt là pour le tirer loin de cet enfer ❤️‍🩹

Bonne lecture !


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Des bruits de grincement. D'abord lents, rythmés, puis progressivement de plus en plus rapides. Un lit qui cogne contre le mur par à-coups réguliers. Et à la même cadence, des gémissements qui montent en volume alors que les secousses s'accélèrent. Des draps qui se froissent. Des cris de plaisir. Une odeur d'intimité et de sueur qui emplit rapidement toute la pièce. Des sensations, des fourmillements dans le corps et des marques sur la peau. Une intensité qui monte, qui monte, puis l'euphorie, la jouissance, pour finir sur un soupir de satisfaction.

Et puis, le calme.

Dabi est étendu sur le lit. Plusieurs mèches de ses cheveux blancs ébouriffés sont collées à son front par la sueur, et sa poitrine se soulève rapidement tandis qu'il reprend son souffle. Encore placé au-dessus de lui, haletant, son partenaire le dévisage avec un sourire en coin. Ce dernier semble beaucoup apprécier la vue du jeune homme qui s'est entièrement livré à lui ce soir. Il approche son visage de l'aîné des Todoroki pour effleurer ses lèvres des siennes, un geste de douceur possessive qui est devenu presque une routine entre eux, maintenant.

« Comme tu es beau... Tōya. »

Parcouru d'un frisson désagréable, le concerné fronce les sourcils. Il n'avait jamais entendu ce prénom sortir de cette bouche, et la sensation est loin d'être plaisante. Entre Compress et lui, il n'y a jamais rien eu d'autre d'intime que le sexe, si bien que cette intrusion inattendue dans sa vie privée le trouble au plus haut point.

« Je ne me souviens pas t'avoir autorisé à utiliser ce nom », articule-t-il, toujours haletant, en le foudroyant de son intense regard bleu.

Mr. Compress frissonne. Dabi repousse légèrement l'homme qui le chevauche pour lui faire comprendre qu'il a besoin d'un peu d'espace, et ce dernier le libère de son emprise sans un mot de plus. Puis, il se redresse maladroitement en grognant, alors que le magicien s'affaire avec son préservatif de son côté.

Assis en tailleur sur le lit (par ailleurs particulièrement inconfortable) de cette petite chambre sinistre, Dabi pose son front sur ses deux mains pour se ressaisir. Il est encore secoué de ses ébats, mais surtout, dérangé par la sueur et autres fluides qui lui collent à la peau. Comme à chaque fois qu'il fait monter le plaisir avec son coéquipier de l'Alliance, la redescente est particulièrement déplaisante. Puisqu'il n'éprouve aucune tendresse, aucune complicité pour l'homme avec qui il partage occasionnellement sa couche, son moment d'euphorie et d'évasion est toujours rattrapé par la sensation désagréable d'être sale, honteusement ridicule... et surtout, d'avoir réduit encore un peu plus son cœur en miettes.


Dabi a commencé à multiplier les rendez-vous nocturnes avec Compress environ une semaine après leur fuite du Manoir. Avant cela, sa vie avait tourné au véritable cauchemar. Pour sa défense... il a tout perdu ce jour-là. Son désir de vengeance. Son semblant de stabilité. Ses objectifs, ses rêves et ses espoirs. Et puis, les deux seules personnes au monde qui tenaient véritablement à lui. Il a fui le Manoir dans un état si déplorable qu'il a hésité à plusieurs reprises à en finir pour de bon... Mais il n'est pas parvenu à aller jusqu'au bout de son geste. Lui restait-il, malgré tout, encore un maigre espoir ? Lui-même ne saurait le dire.

En vérité, cette première semaine qui a suivi le Raid a été très dure à vivre pour tous les membres de l'Alliance. Entre Tomura Shigaraki, blessé et rongé par la personnalité envahissante d'All For One, Toga qui ne s'est toujours pas remise de la mort de Twice et de la trahison de Yumei, et Dabi dont la santé mentale leur a subitement claqué dans les pattes, les vilains n'ont pas eu d'autre choix que de se terrer loin de la civilisation et des héros pour se faire oublier. Ils se sont donc réfugiés dans les bois de Hanbori, où ils ont reconverti en planque une vieille villa cossue, qui appartenait à une ancienne secte dont l'Alliance avait décimé les fidèles il y a quelques mois. Là, ils s'y sont établis avec quelques membres du Front encore en liberté, dans le but de s'accorder un peu de repos et de récupérer leurs forces en vue de la bataille finale.

Mais cette apparente quiétude n'a pas empêché l'état de Dabi de se dégrader au fil des jours. Au contraire : progressivement, son mental a dégringolé de façon vraiment inquiétante.

Tout a commencé avec le Vide. Après avoir pleuré (ou plutôt, essayé de pleurer) pendant plusieurs jours, Dabi a fini par se sentir étrangement démuni, comme perpétuellement anesthésié. Plus rien n'était capable d'attirer son attention ou son intérêt, et plus rien ne lui apportait de satisfaction, voire même de sensation : ni la nourriture, ni la cigarette, ni même la douleur. Il avait déjà vécu des expériences similaires par le passé, mais elles sont devenues de plus en plus fréquentes. Parfois, c'était comme si son propre corps lui était étranger. Parfois, dans ses moments les plus sombres, ce dernier devenait même un ennemi. C'est pourquoi, petit à petit, il en a développé une véritable aversion.

Et il a fini par le tenir responsable de tous ses malheurs.

Son corps le dégoûtait. Réellement. Viscéralement. Les cicatrices, les agrafes. Les larmes de sang sur ses joues. Sa peau inadaptée à son alter. Sa tignasse délavée, ses yeux bleus pleins de colère qui lui rappellent ceux de son père, jusqu'à ses piercings qu'il arborait pourtant fièrement avant. Chaque fois qu'il se regardait dans le miroir, c'était pour y voir un cadavre ambulant, un corps abîmé, en lambeaux et qui pourrait terrifier la grande majorité de la population. Au fil des jours, cette haine a grossi, grossi toujours plus. Jusqu'à le faire douter de sa propre humanité...

Et bien sûr, rien ne s'est amélioré quand il a continué à perdre de plus en plus de sensations. C'est là qu'il s'est mis à avoir peur. Oh oui... terriblement peur. Après tout, en n'étant plus vraiment humain... pouvait-il encore légitimement se considérer "vivant" ? Cette question a fini par le hanter un peu plus chaque jour. Pourtant... il n'était toujours pas résolu à mourir.

Alors, les sensations, il les a recherchées. Provoquées.

Il le fallait. Pour qu'il puisse encore s'assurer d'être en vie.

Avec le Vide est donc venue l'urgence de "ressentir" à nouveau. Mais sans ses proches, sans personne pour apporter un peu de chaleur à son cœur meurtri, il a dû se débrouiller avec ce qu'il avait à sa disposition. Ça a d'abord été ses cheveux. Le jeune homme n'a pas abandonné sa vilaine manie de tirer dessus dans ses moments de stress intense, il est donc allé plus loin : il a commencé à les arracher. Un par un. La sensation de douleur était exactement ce dont il avait cruellement besoin pour se sentir encore un peu vivant... mais ça n'a duré qu'un ou deux jours. Il lui en fallait plus, toujours plus... et il avait à son entière disposition un moyen bien plus efficace pour se faire du mal.

Son feu, bien entendu.

Alors, il a continué ses "recherches" de sensations. Il prétextait aller s'entraîner à l'extérieur pour que personne ne soupçonne ses réelles intentions, et il allumait ses flammes. Intensément. Parfois uniquement sur ses bras, parfois sur une bonne partie de son corps. Et comme ses nerfs étaient déjà en grande partie bousillés par les brûlures, il lui en fallait encore plus pour ressentir quelque chose.

Toujours plus.

Et il dépassait ses limites. Dans ces moments-là, il criait, criait parfois à pleins poumons, pour évacuer la douleur et la tristesse. Heureusement, après quelques jours de détresse, courts mais particulièrement intenses, ses camarades l'ont surpris engouffré tout entier dans ses flammes.

Ils lui ont probablement sauvé la vie, ce jour-là.

Mais Dabi, lui, avait toujours besoin de ressentir.

La convalescence n'a pas été longue. Avec les années, son corps avait appris à encaisser mieux que quiconque, et il a été rapidement remis sur pied. Mais le Vide était toujours là. Il lui fallait plus de sensations pour le combler, et le besoin de se faire du mal pour les retrouver ne cessait de le démanger. De désagréables frissons, grouillant sous sa peau, qu'il était même prêt à arracher pour qu'ils cessent définitivement et le laissent tranquille.

C'est quand Mr. Compress l'a surpris en train de gratter sa main si fort qu'il en a fait sauter une agrafe, détachant sa peau par endroits, que ce dernier a compris que l'état de son camarade était beaucoup plus grave que ce qu'il pensait. Après tout, Dabi a toujours été particulièrement doué pour cacher sa détresse. Pendant presque une année entière à ses côtés, les membres de l'Alliance n'ont jamais cerné sa personnalité. Ils n'ont jamais compris sa folie, la décrépitude de son mental et les pensées suicidaires qui ont toujours été là. Mais ce jour-là, Dabi avait tellement perdu espoir qu'il ne prenait même plus la peine de chercher à masquer. Plus rien ne lui importait. Plus rien.

Même plus sa haine envers Endeavor qui, pourtant, à elle seule, l'avait gardé en vie toutes ces années.

Ainsi, alors que Spinner se consacrait à aider Shigaraki, Mr. Compress a fait son possible pour maintenir Dabi à flots. À l'heure actuelle, le jeune Todoroki n'est pas encore en état de se rendre compte de ce que son aîné a fait pour lui : mais il lui a été d'une aide inestimable. Après son quasi-suicide plus ou moins involontaire, Compress l'a surveillé. Constamment. Il l'a empêché de se faire du mal à de nombreuses reprises, et après quelques jours, il a même réussi à le comprendre. Si Dabi cherchait des sensations fortes pour fuir le Vide, il a fini par réaliser qu'à présent, lui seul était en mesure de les lui donner.

C'est ainsi qu'ils ont multiplié leurs rapprochements. Et depuis, au lieu de passer la soirée en solitaire à être tenté de se mutiler, Dabi a recommencé à se sentir "vivant" en se faisant pénétrer par son partenaire.

Ce qui nous ramène aux redescentes désagréables. Aux retours brutaux à la réalité après ces moments d'évasion. Ces moments qui sont désormais les seuls où Dabi peut encore trouver un semblant de bien-être dans sa vie. Parfois, la retombée d'adrénaline après le sexe est si insoutenable qu'il en redemande encore, et ils s'y remettent après avoir ravivé leur excitation. Mais chaque fois. Chaque putain de fois, une autre pensée obsédante vient s'en mêler et finit par rendre l'instant détestable.

Le souvenir de ce connard.

De cet enfoiré, ce fils de chien, de Hawks.

Ah, Hawks... Encore et toujours Hawks, évidemment. Comment oublier si facilement une personne qui a autant chamboulé une vie ? Il n'y a pas que lui, c'est le cas de Yumei aussi, bien sûr : mais dans le cœur de Dabi, Yumei a gardé la place qu'elle mérite. Elle reste sa lueur d'espoir. Un souvenir doux et amer, entouré de beaucoup de regrets. La sensation qu'il aurait pu faire des miracles grâce à elle. Qu'il lui a injustement fait beaucoup de mal, et qu'il a gâché tant d'opportunités en la dégageant de sa vie. Mais pour Hawks, c'est différent. L'amour et la haine qui se mêlent étroitement quand Dabi repense à son ancien amant le déchirent si fort qu'il fait tout pour le sortir de son esprit aussitôt qu'il y rentre.

Sauf qu'il ne peut pas s'en empêcher. Chaque fois qu'il couche avec Compress, il repense à son unique soirée d'amour avec le héros. Et ce souvenir le hante tellement qu'il pense de plus en plus à se faire sauter la cervelle, déjà trop pleine d'horreurs, juste pour supprimer ces pensées obscènes. Et il ne veut pas en parler, oh non, il n'en parlera à personne... Il en est hors de question. Il continuera d'encaisser seul. Après tout, c'est comme ça qu'il a toujours fonctionné. Toute sa putain de vie.

C'est pour cette raison que, chaque fois qu'il a terminé son affaire avec le grand brun, le jeune Todoroki est prêt à fuir toute interaction avec lui le plus rapidement possible. Sauf que Compress a toujours la bonne combine pour l'en empêcher et passer un peu plus de temps avec lui...


Dabi revient à lui. Alors qu'il s'apprête à se lever du lit pour prendre la poudre d'escampette, son partenaire s'assied à ses côtés, un paquet en main, et lui tend l'objet de sa faiblesse.

« Tiens. Je veux bien que tu m'allumes la mienne aussi. »

Le jeune homme ronchonne en calant la cigarette entre ses lèvres, mécontent de lui-même d'être aussi facilement manipulable. Il crée une flamme entre son pouce et son index, et ils s'en servent tous les deux pour allumer leurs clopes respectives. Une fois cela fait, Dabi s'allonge à nouveau, posé contre l'espèce de brique qui sert d'oreiller à son coéquipier, et fume en silence, les yeux rivés au plafond. Bien sûr, il s'attend à ne pas pouvoir rester silencieux très longtemps. Et, bingo : après quelques minutes, son insupportable compagnon relance la conversation au sujet de son prénom.

« Et qu'est-ce qu'il faut faire, pour obtenir cette autorisation spéciale de ta part ? »

Dabi tourne la tête vers Compress, étonné par la question. Depuis qu'il a enterré son vieux nom, seules trois personnes ont été autorisées à l'employer à nouveau devant lui : Yumei, Hawks et Toga. Il ne leur en a jamais donné concrètement "l'autorisation", bien sûr. C'est plutôt qu'il n'est pas pris de désagréables frissons chaque fois qu'il les entend dire "Tōya". Mais Compress n'a jamais fait partie de ces privilégiés... et honnêtement, il n'est pas sûr qu'il en fera partie un jour.

« Pourquoi ça t'importe, de toute façon ?

— Eh bien... Je me dis qu'au milieu de cette tragédie que nous vivons, ça me donnerait l'impression d'en devenir un personnage principal... tu vois ? Comme lui. »

Ces mots font frémir le jeune homme, et il tire une lente bouffée sur sa cigarette pour tenter de le masquer maladroitement. Dabi a interdit à Compress de mentionner l'existence de Hawks, et pourtant, celui-ci finit toujours par revenir d'une manière ou d'une autre dans la conversation. Comme une évidence, une obligation, une fatalité. Comme si Dabi ne pouvait exister sans toujours être rattaché à Hawks. Et pourtant, ce n'est pas Hawks qui est auprès de lui désormais, alors que Dabi n'a jamais été autant au fond du gouffre de toute sa vie.

Et pourtant...

« Arrête tes conneries, Compress...

— Comme tu es borné... Je t'ai dit que tu pouvais laisser tomber mon nom de scène, toi aussi.

— Sérieux, lâche-moi avec ces histoires de prénoms.

— Et toi, réponds à ma question, s'il te plaît.

— Encore une fois, en quoi ça t'importe ? »

En prononçant ces mots, il jette un discret coup d'œil à l'homme qui lui tourne le dos, et remarque que ce dernier a l'air de baisser les épaules, poussant en même temps un petit soupir silencieux. Son absence de réponse angoisse davantage le jeune Todoroki, qui a peur de comprendre vers quoi est en train de se diriger cette discussion.

« Putain, je t'en supplie. Ne me dis pas que... que tu vas m'annoncer une connerie du genre que t'as développé des sentiments ? S'il te plaît. Pas toi. »

Le silence est si pesant et si révélateur que Dabi comprend tout de suite ce qui se passe. Son cœur s'emballe dans sa poitrine en même temps qu'une profonde gêne et qu'une envie de hurler sur son partenaire le prennent d'un coup. Me... Merde ! C'est stupide, tellement stupide que cette révélation est à deux doigts de le faire péter un câble. Il se lève d'un bond du lit, écrase sa cigarette encore à moitié entamée dans le cendrier posé sur la petite table basse et attrape ses vêtements pour se rhabiller en quatrième vitesse. La honte et l'embarras sont tels qu'il ne supporte plus de rester un instant de plus dans cette chambre en présence de cette personne, qui par ailleurs semble très mal prendre ce qui est en train de se passer.

« Attends, on peut en discuter, au moins ? Tu ne vas pas juste te barrer comme ça ?!

— Bien sûr que si, bordel ! T'as pas le droit... Je refuse de faire partie de ta comédie à deux balles !

— Dabi... ! »

Mais ce dernier a déjà quitté la pièce en claquant violemment la porte derrière lui. Il marche un temps dans les couloirs désespérément vides de la résidence, tout en réajustant un peu mieux ses vêtements. Il accélère le pas pour s'éloigner autant que possible de ce nouveau problème qui vient de lui tomber dessus, puis se laisse tomber contre un mur, agrippant fermement ses cheveux qui commencent à être de plus en plus malmenés par ses crises beaucoup trop fréquentes pour le moment.

Merde... Merde merde merde MERDE.

L'envie de pleurer sans le pouvoir le rend furieux, et s'il ne s'était pas trouvé dans un couloir dénué de meubles et de décorations, il aurait tout cassé autour de lui. Pourquoi, putain ?? Pourquoi, chaque fois qu'il pense avoir récupéré un semblant de stabilité dans sa putain de vie, tout doit-il systématiquement tourner à la catastrophe ?? Qu'est-ce qu'il a fait pour mériter ça, bon sang ?! Ces moments avec Compress... il les a multipliés pour tenir le coup. Ils l'ont aidé à retrouver des sensations, certes. Mais il y a une autre raison pour laquelle il a laissé autant de place au magicien dans sa vie. Une raison inavouable, honteuse, taboue, pour les autres comme pour lui-même.

En réalité... Baiser avec quelqu'un d'autre en pensant toujours à son ancien amant, au lieu de s'abandonner au plaisir... c'est la meilleure façon qu'il a trouvée de se punir d'avoir perdu Keigo.

D'avoir foutu en l'air le plus grand bonheur qu'il ait connu dans sa vie.

Leur relation a beau avoir été brève, elle a été si intense et tellement significative pour tous les deux que Dabi se sent encore rattaché au héros ailé. Le "tromper" était alors devenu une assurance : celle de ne jamais oublier ce qu'il a perdu. Ce qu'il a gâché. Parce qu'à chaque fois, à chaque putain de fois de merde, les regrets suivent le plaisir de l'acte. Une immense culpabilité le prend à la gorge. Elle le connecte plus fort que jamais à l'élu de son cœur. Et aussi tordu que cela puisse être... il recherche activement ces émotions. Même si elles lui rappellent chaque fois un peu plus à quel point il est misérable.

Mais si Compress commence à développer des sentiments... S'il souhaite que ça devienne sérieux entre eux, les enjeux prennent une autre portée. Et il est hors de question que Dabi ait ce bordel à gérer en plus de tout le reste. Alors, il va falloir tout arrêter maintenant.

Putain de merde...

Dans un monde où il n'aurait pas rencontré Yumei, tout ça ne serait jamais arrivé. C'est à cause d'elle. C'est à cause de sa capacité à adoucir son cœur que Compress a eu accès à sa sensibilité, à ses faiblesses, et qu'il s'est laissé distraire. Si Dabi n'était jamais redevenu "Tōya", alors...

Uh.

De toute façon, peu importe. Rien ne sera jamais possible avec son coéquipier. Jamais.

Parce que Dabi ne pourra pas oublier aussi facilement Keigo.

Et devoir se l'avouer maintenant, alors qu'il essaie de se persuader depuis tout ce temps qu'il le déteste, le met absolument hors de lui.

Oh, comme il est furieux contre son camarade de l'Alliance. Tellement furieux qu'il doit réfréner une envie débordante de mettre le feu à la baraque, là, maintenant, tout de suite. Mais à la place, il se lève et décide d'aller prendre l'air. Cela ne l'aidera pas à aller mieux, mais au moins, ça l'aidera peut-être à déconnecter un peu son esprit.



Dehors, le temps s'est grandement rafraîchi en ce milieu de mois de janvier. Il y a quelques jours, il s'est même mis à neiger : mais désormais, il ne reste de neige que l'herbe humide et les flaques de boue qui parsèment le sol de la forêt. Le froid hivernal a toujours plu à Dabi, encore plus particulièrement depuis qu'il s'est planqué ici avec le reste de l'Alliance. Puisqu'il est le seul à tolérer les basses températures, éternellement bras nus sous son costume de vilain, il peut profiter du calme de l'extérieur dès qu'il ressent le besoin de s'isoler.

Il s'installe sur le dossier d'un petit banc rongé par le temps et la vermine, non loin de la résidence, et s'allume une cigarette. Il n'a toujours pas le loisir de s'acheter ses propres paquets, il s'arrange donc pour piquer discrètement quelques clopes de plus à Mr. Compress quand ce dernier lui en propose. Et puisqu'ils se voient plus souvent qu'avant, l'addiction a commencé à prendre une importance bien plus grande dans la vie du jeune homme aux cheveux blancs. Si bien que parfois, il se demande s'il passe du temps avec Compress pour le sexe ou pour la cigarette.

Mmh... Les deux, probablement.

Il souffle sa fumée doucement, pensif. Ce calme et l'air frais de cette soirée d'hiver ont le mérite d'avoir fait un peu retomber sa colère, et il essaie maintenant d'analyser la situation avec un autre œil. Il réalise seulement à quel point il ne fait que se servir de son camarade. À quel point il n'a jamais eu aucune considération pour ses sentiments, malgré tout ce que ce dernier a pu faire pour lui. Dabi a toujours été comme ça, cela dit : incapable de penser aux autres, incapable de ressentir de l'empathie. Mais ce n'est que très récemment qu'il en a pris conscience. Et son propre égoïsme commence même à le mettre mal à l'aise.

Pff. Pourquoi je m'emmerde, au juste... ? Je suis un vilain. On n'attend rien d'autre de moi... Rien d'autre que de détruire. Tout ça ne devrait même pas me toucher.

Il tire une longue taffe et expire. Avant de rencontrer Yumei, il ne ressentait aucune pression. Aucune obligation. Il se servait sans retenue des autres pour atteindre son unique objectif, celui de pourrir la vie d'Endeavor. Et pour ça, il cachait tout : autant ses plans que ses sentiments, et il avait trouvé son équilibre. Mais Yumei est venue implanter des graines dans son esprit vidé de toute émotion... Elle l'a fait goûter à l'espoir. Elle lui a donné l'impression de le comprendre. Elle a cru en lui... et c'est là que tout a dérapé.

Pourtant, il ne lui en a jamais voulu.

Seulement, à cause de ça, Dabi n'est plus que l'ombre de lui-même. Il a perdu son assurance et sa fière allure d'autrefois. Il ne prend plus la peine de s'occuper de ses cheveux, qui retombent sans forme devant ses yeux, éternellement en bataille. De son vernis noir, qui est complètement écaillé sur ses ongles rongés. Son regard est éteint, ses cernes profondes. Même sa veste de vilain est désormais en lambeaux à force de l'avoir exposée à ses colères enflammées. Mais, étrangement, il est arrivé à un stade où il ne regrette même pas la personne qu'il était avant.

Enfin, il ne regrette pas le "Dabi" d'avant.

Pour "Tōya", c'est différent...

« Comme tu es beau... Tōya. »

Putain... Le jeune homme serre les dents et prend sa tête entre ses mains, alors que les mots de Compress s'insinuent à nouveau dans son esprit. Il a rarement entendu une telle connerie de toute sa vie, et ce souvenir recommence doucement à le mettre en rogne. Il n'a jamais été beau : il est même le parfait contraire, hideux, repoussant, pourri jusqu'à la moelle. Comment peut-on penser ça de lui ? Pourquoi se voiler autant la fa...

Dabi est brusquement freiné dans ses pensées. Quelque chose a attiré son attention : au-dessus de sa tête, il jurerait avoir vu passer à toute vitesse une forme non identifiée, comme un très, très grand oiseau. Il cligne plusieurs fois des yeux pour s'assurer qu'il est toujours bien réveillé, d'autant que la forme en question a rapidement disparu derrière les arbres qui s'étendent devant lui.

Qu'est-ce que... ?

Il reprend une dernière taffe sur sa cigarette qu'il termine, jette le mégot au sol et se lève de son banc, le cœur battant. Sur ses gardes, tous ses sens en alerte alors que ses bottes s'enfoncent dans la mousse et dans le sol boueux, il s'approche prudemment de l'endroit où il a vu disparaître la silhouette, pas trop sûr de ce qu'il espère y trouver.

Mais quand il écarte quelques branches touffues pour progresser un peu plus loin dans le bois et qu'il arrive à un petit coin d'herbe dégagé, son cœur s'arrête de battre pendant quelques secondes. Ses yeux s'écarquillent, et il jurerait que ses jambes sont à deux doigts de se dérober tellement il ne croit pas ce qu'il voit.

Devant lui se tient une personne. Une personne qui n'a rien à faire dans un endroit pareil, et qu'il n'aurait même pas pensé revoir un jour dans sa vie.

Yumei... ?

La rouquine le dévisage d'un air grave. Mais en même temps, elle ne parvient pas à cacher un léger sourire maladroit, qui tente de se frayer un chemin sur ses lèvres aussitôt qu'elle se retrouve face à son ami.

« Alors, Tōya Todoroki ? On se plaît chez les vilains ? »



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Note : Alors... Est-ce que Tōya va réussir à se faire pardonner ? Il le mérite... non ? 🫂

J'espère être parvenue à faire ressortir toute la complexité de sa situation. Développer une haine envers Hawks/Keigo est l'unique mécanisme de défense qu'il connaît et qu'il a trouvé pour ne pas s'effondrer sous le poids de sa perte, et la culpabilité est devenue sa seule preuve tangible que leur amour était réel. Se punir, en ayant l'impression de tromper Keigo lors de ses moments avec Compress, est en fait une preuve d'amour un peu (beaucoup) tordue, puisque ça lui permet d'entretenir un lien fort avec le héros. Accepter la déclaration de Compress ou tourner la page signifierait briser ce dernier lien, et ça, il en est hors de question pour lui.

Alala, Tōya... Il va vraiment falloir apprendre à ce pauvre garçon à vivre normalement :')


À mercredi pour les grandes retrouvailles !

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