Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 42 : Comment faire pour t'oublier ?

4176 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 20/09/2026 14:47

« Tu es libre. »


Keigo relève faiblement la tête alors qu'une lueur aveuglante vient lui brûler la rétine. Il plisse les yeux, incommodé par cette soudaine luminosité, et reste silencieux pendant que deux hommes habillés de noir défont les liens qui le maintiennent fermement attaché à sa chaise, l'unique meuble présent dans cette petite pièce carrée et froide.

Après être resté aussi longtemps plongé dans le noir complet, cette porte ouverte sur le monde extérieur lui apparaît soudain dangereuse, menaçante. Lui qui espérait sortir de cette cellule depuis un temps qu'il n'est plus en mesure d'estimer, il se surprend désormais à douter. À hésiter. A-t-il vraiment envie de retourner à sa vie ? Qu'est-ce qui va lui arriver, maintenant ? Qu'est-ce que le monde réserve encore à "Hawks" ?

Ah, "Hawks"... Le fier Numéro 2 des héros. L'idole des jeunes, l'optimisme incarné. Le prodige, chouchou des médias qui le surnomment "le brûleur d'étapes". Celui dont tant de monde attend le retour depuis la fin de sa mission d'infiltration. "Hawks"... Le héros aimé de tous, même ceux qui se prétendent agacés par son attitude détachée et parfois un peu hautaine en interview. Aimé de tous, parce qu'il sera toujours là pour les protéger et pour les défendre.


Aimé de tous... sauf de Keigo, qui lui voue désormais une haine viscérale.


Le jeune homme se redresse douloureusement contre le dossier de sa chaise, soulagé d'avoir récupéré sa liberté de mouvement. Il prend un instant pour masser ses poignets endoloris, encore en train de s'accoutumer à la lumière qu'il n'a plus vue depuis de très nombreuses heures, de très nombreux jours, de très nombreuses semaines (?), puis se lève en chancelant. Il faut dire qu'il a complètement perdu le fil des jours pendant qu'il était enfermé dans le noir : il ne sait donc pas que ses derniers souvenirs de l'extérieur remontent à un peu plus d'une semaine.

Il lui faut de longues minutes pour réhabituer ses jambes à le porter, mais puisque plus personne n'est là pour le surveiller, il prend son temps. De toute façon... il n'est pas certain d'avoir réellement envie de passer cette porte. Il n'est pas sûr que ce qui l'attend à l'extérieur soit plus vivable que le temps qu'il a passé en isolement, quasiment seul, dans cette petite pièce vide.

La Commission avait voulu le faire éliminer en engageant Lady Nagant pour se salir les mains une dernière fois, mais elle avait failli à sa mission. Hawks était toujours en vie, blessé, et il était désormais impossible pour ses supérieurs de se débarrasser de lui aussi subtilement qu'en faisant croire à une défaite fatale contre un vilain. Alors, ils ont changé de stratégie. Ils ont fait sortir l'homme ailé le plus rapidement possible de l'hôpital privé dans lequel il avait été envoyé, allant jusqu'à réclamer l'alter de Recovery Girl (qui pourtant a cessé ses activités d'héroïne depuis longtemps) pour accélérer la guérison de son aile cassée. Après seulement trois jours d'hospitalisation, ils ont envoyé l'oiseau en rééducation, qui s'est passée sans trop d'encombres. Et quand le héros a été enfin remis sur pied, c'est là qu'ils le lui ont annoncé.

« Tu vas être mis en redressement pendant quelque temps, Hawks. »

La nouvelle a été brutale. Cruelle. Keigo a immédiatement compris ce qui l'attendait, et il en a aussitôt averti Yumei par message. Le "redressement", c'est comme ça que ses supérieurs désignent le processus de lavage de cerveau qui attend chaque agent de la Commission qui commence à questionner un peu trop sa place au sein de l'organisation. Puisque cette dernière est la béquille sur laquelle repose le système entier, il est beaucoup trop risqué de laisser ses membres fragiliser la foi de la population envers les héros. Ainsi, il a été jugé indispensable que les agents comme Hawks, au courant des sombres affaires qui se trament dans l'ombre, soient sous leur contrôle total.

Dire que, par le passé, ses supérieurs étaient si fiers de lui. "Hawks" était le produit parfait de leur programme. L'enfant prodige, devenu le premier héros à entrer dans le Top 10 avant sa vingtième année. Il avait été propulsé vers le haut, par son propre talent, mais aussi par ses employeurs qui avaient vu tant de potentiel en lui. Alors que certains de ses camarades de formation, comme Void, étaient cantonnés à des rôles de héros underground, responsables des missions d'infiltration et des sales besognes, lui avait été porté sur un piédestal pour proclamer haut et fort les valeurs de la Commission auprès du peuple.


Mais à présent que Hawks n'est plus certain d'adhérer lui-même à ces valeurs... alors, il ne sert plus à rien. Et puisqu'ils n'ont pas pu le tuer, il ne leur reste que la manière forte pour le remettre sur les rails.


C'est pourquoi, à sa sortie du centre de rééducation, Keigo a été amené dans cette petite pièce et attaché à une chaise. Il n'a pas été privé de ses plumes, mais il n'a pas cédé à la tentation de se libérer grâce à elles : s'en servir lui aurait attiré bien plus d'ennuis encore. Impuissant, il a ensuite été passé à tabac, et à de nombreuses reprises. Il fallait que ses supérieurs le punissent pour son manque d'obéissance et pour avoir monté, dans leur dos, ce plan secret dans le but d'aider des vilains.

En même temps, ils ont tout fait pour le faire parler. Pour comprendre les raisons de sa trahison. Mais il n'a jamais avoué toute la vérité. Il leur a parlé de Yumei, et puis de Dabi, certes. De son amitié avec eux et de sa volonté de les sauver. Mais il n'a jamais évoqué ni la véritable identité du vilain, ni ses sentiments réels pour lui. La Commission a beau déjà être sur le dos du manieur de flammes, pas question de leur offrir un moyen supplémentaire de lui faire du mal. Cette mascarade a duré plusieurs jours, durant lesquels Keigo a également été privé de sommeil, assourdi par un sifflement strident chaque fois qu'il commençait à piquer du nez sur sa chaise. De cette chaise, il n'était détaché que pour se rendre aux toilettes (on lui bandait alors les yeux pour continuer à le priver de tout repère) et pour manger les maigres repas qu'on lui apportait.

Puis, quand les agents se sont rendu compte qu'ils ne tireraient plus rien de lui, ils sont passés à la phase suivante de leur torture. Ils ont arrêté de le frapper, et ils ont commencé à lui parler de l'état du monde. Bien sûr, en déformant la réalité pour qu'elle corresponde exactement à ce qu'ils voulaient implanter dans l'esprit de leur précieuse recrue.

Mais Keigo n'a jamais été dupe. Par le passé, il s'est assez renseigné sur les techniques d'endoctrinement pour comprendre exactement ce qu'on attendait de lui en agissant ainsi : qu'il redevienne un bon petit toutou du système qui ne se poserait plus jamais de questions. Et il aurait pu se laisser tenter, honnêtement. Après tout, Tōya parti et sa mission d'infiltration terminée, qu'est-ce qui aurait empêché "Hawks" de redevenir un jouet au service du gouvernement ?


Peut-être un léger détail. Un détail que la Commission a omis dans ses calculs, et qui l'empêchera toujours de soumettre la volonté de Keigo. Et ce détail... c'est l'amour que Keigo porte à Tōya.


Lors de sa semaine en isolement, l'oiseau n'a pas eu grand-chose d'autre à faire que de penser. Et il a pensé à des tas de choses, oh oui. Même épuisé, son cerveau ne s'est pas arrêté une seconde. Pendant des jours, il s'est torturé l'esprit pour déterminer comment il aurait pu ne pas perdre Tōya. Il a rejoué ses derniers jours au Manoir en boucle dans sa tête, toutes les conversations qu'il a pu avoir avec le jeune homme et avec Yumei. Il a repensé tout leur plan, imaginé des dénouements alternatifs, des fins heureuses. Petit à petit, il s'est rendu compte que rêver d'une de ces fins heureuses avec Tōya l'aidait à tenir le coup et à rendre cette épreuve de redressement un peu moins invivable. Alors il a continué.

Et c'est ainsi que Tōya s'est immiscé dans sa tête, un peu plus chaque jour. Il était là, tout le temps. Il a aidé Keigo à ne pas sombrer et à ne pas se laisser endormir l'esprit. Chaque fois qu'un agent de la Commission le laissait à nouveau seul, l'oiseau retournait à ses rêveries, et son monde redevenait légèrement moins noir.

Keigo s'est laissé rêver comme ça quelques jours. Jusqu'à une brutale prise de conscience lors d'une de ces fameuses séances de lavage de cerveau.

« Les vilains n'ont jamais été tes alliés, Hawks. Ils ont toujours, tous, attendu le moment opportun pour se retourner contre toi. »

Ce n'était pas la première fois qu'un de ses bourreaux tenait un discours similaire, pourtant, cette phrase a fait réagir Keigo plus que d'habitude. À ce moment-là, l'image de Tōya, qui lui servait à tenir bon, s'est brouillée. Et pour la première fois depuis des jours, le blond s'est mis à douter. À douter de son gardien. À douter de son amour. Après tout... pourquoi Keigo tient-il tant à Tōya ? Pourquoi, alors que leur romance n'a duré qu'une unique semaine ? Pourquoi, alors que tout s'est aussi mal fini entre eux ?

Comment son attachement pour lui peut-il être aussi fort ?


Keigo a mis longtemps à trouver la réponse à cette question. Et petit à petit, alors qu'il ne parvenait pas à chasser le vilain de son esprit (et pourtant, il a essayé, oh que oui), il a fini par comprendre.

Tōya et Yumei sont ses premiers amis. Les premières personnes avec qui il a agi naturellement de toute sa vie. Les premières à avoir rencontré le vrai "Keigo" : pas ce petit garçon battu par son père, désespéré par la vie et enfermé toute la journée. Pas ce jeune agent de la Commission qui a été conditionné à devenir une arme humaine. Pas "Hawks", le héros parfait, qui cache au fond de lui bien des imperfections. Ils sont les seuls qui ont accepté de le découvrir "lui", en tant que personne, et pas en tant que pion. Son attachement pour eux est tel que, même si Keigo subit tous les lavages de cerveau au monde, personne ne sera jamais en mesure de le monter contre eux.

Quant à Tōya, il a été la seule personne à faire battre son cœur de la sorte. Le premier à lui avoir donné le courage de s'ouvrir, de se montrer vulnérable. Le premier à le toucher autant. Même si Keigo a sauvé des milliers de personnes avant lui, il n'y a que pour Tōya qu'il aurait été capable de décrocher la lune. Avant leur relation, le héros n'aurait jamais cru pouvoir ressentir autant d'amour pour une personne, et surtout pas pour un vilain. Quand il s'en est rendu compte, il a trouvé ça... bizarre. Ils ne se sont pourtant pas côtoyés si longtemps. Ils sont pourtant si différents. Et malgré ça... tout chez Tōya lui a directement semblé compatible. Facile. Évident.

Après tout, Keigo est un oiseau. Pas au sens littéral du terme, mais parfois, certains traits de son caractère ou de son comportement semblent lui venir de cet étrange mélange génétique. Les oiseaux de proie, en particulier, sont connus pour tomber amoureux une fois, pour la vie entière... Et il est probable que Keigo a trouvé en Tōya ce partenaire compatible auquel il se raccrochera pour toujours.

En même temps, cette réalité lui fait peur. Terriblement peur. Que faire de ces sentiments, si Tōya ne fait désormais plus partie de sa vie ? Que faire si le vilain ne veut plus de lui ? Comment vivre sans lui, avec des sentiments aussi intenses et impossibles à nier... ? C'est pour cette raison que Keigo a ensuite essayé d'oublier Tōya, de toutes ses forces. Alors que le vilain a été son ange gardien pendant plusieurs jours, il est désormais cette faiblesse dérangeante qu'il faut à tout prix effacer de son cœur. Et il pensait y parvenir... Oh, il le pensait...


Mais, maintenant qu'il est enfin libre. À nouveau debout sur ses deux jambes flageolantes. Prêt à quitter cette cellule dans laquelle il a été enfermé pendant plus d'une semaine... Maintenant qu'il peut enfin reprendre le cours de sa vie, la seule chose à laquelle Keigo parvient à penser est : « je dois retrouver Tōya ».


Keigo sort enfin de cette maudite petite pièce carrée. Il déambule un peu maladroitement dans les couloirs de la Commission, monte les étages pour quitter le sous-sol, puis arrive à l'espace administratif où on lui confie un pass d'accès à une petite chambre, son planning des jours suivants et son téléphone. Personne ne semble se poser de questions quant à sa mine épouvantable et aux nombreux hématomes qui recouvrent son visage : ce genre de choses est malheureusement monnaie courante ici. Mais Keigo n'a pas besoin de compassion, ni de pitié. Tout ce qu'il souhaite en cet instant, c'est prendre une douche, et puis dormir pendant plusieurs jours d'affilée.

Arrivé à l'étage indiqué, il glisse la carte magnétique dans l'encoche et entre dans ses nouveaux quartiers, qui s'apparentent plus à une chambre d'hôtel qu'à un réel logement. L'appartement de Musutafu qu'il occupait n'est désormais plus en sa possession, sa mission terminée, et le héros se trouve beaucoup trop loin de son domicile et de son agence à Fukuoka pour y retourner pour le moment. Cette chambre impersonnelle sera donc la sienne le temps qu'il transfère à nouveau ses obligations professionnelles à l'autre bout du pays. Ensuite, il pourra définitivement dire au revoir à cette région, et oublier tout ce qu'il a vécu ces derniers mois...

Et tenter à nouveau d'oublier Tōya.

Il s'assied sur le lit et prend connaissance des différents documents qu'on lui a confiés. Dedans, il découvre qu'on lui laisse un week-end de repos avant de reprendre le travail, c'est-à-dire quelques dernières patrouilles dans Musutafu le temps qu'on y affecte quelqu'un d'autre à sa place. Keigo se laisse tomber en arrière, les yeux rivés au plafond, et se perd un instant dans ses pensées. Cette chambre blanche et propre a beau être plus grande et plus confortable que celle qu'il occupait au Manoir, il s'y sent moins à sa place. Il avait fini par s'attacher à ce parquet qui craque, à ce papier peint défraîchi, et à ce lit... Ce lit dans lequel Yumei avait dormi lors de ses premières nuits au Manoir. Ce lit où Tōya et lui ont...

Keigo est pris d'une bouffée de chaleur alors qu'il se redresse brusquement, les joues rouges. Il pose les documents sur une table basse, et décide d'aller prendre sa première douche depuis une semaine, ce qui lui fera le plus grand bien. Au moment de se déshabiller dans sa petite salle de bain, il constate enfin les dégâts infligés par ses bourreaux à son corps... Ouch, ce n'est vraiment pas beau à voir. Une de ses joues est encore gonflée, et de nombreux endroits de son visage et de son torse portent des traces bleues et jaunes des coups qu'il a reçus. Heureusement, cela fait quelques jours qu'on a arrêté de le frapper... et la douleur est déjà presque de l'histoire ancienne.

Le blond trouve ça étrange, de se réjouir de ne plus avoir mal, alors qu'il devrait être en colère pour ce qu'on lui a fait subir. Mais de la colère, il n'en ressent aucune... juste... un énorme vide. Cette absence d'émotion l'angoisse quelque peu, et il se rend compte que le lavage de cerveau qu'il a subi a peut-être mieux fonctionné que prévu... Il soupire, achève de se déshabiller, et se glisse sous l'eau chaude de sa douche.

Son esprit s'égare alors qu'il se laisse bercer par le bruit régulier et réconfortant de l'eau qui glisse sur sa peau. En essayant d'oublier le mal que la Commission lui a fait subir, il se remet à rêver de Tōya, et le manque de son amant se fait sentir plus fort que jamais. Un peu malgré lui, il repense encore une fois à ce moment dans sa chambre, où ils ont fait l'amour... et il n'en faut pas beaucoup plus. Cette image s'imprime si fort dans son esprit qu'il se retrouve en train de se faire plaisir sous la douche pour tenter d'évacuer ces pensées plus qu'obsédantes.

« M... Merde. »

Son affaire terminée, un peu honteux de lui-même, il reste un instant dans la cabine même après avoir coupé le débit. Épuisé par toutes ces émotions, il pose son dos et ses ailes gorgées d'eau contre la paroi encore chaude et humide, abattu.

Il a tout essayé. Tout... mais il n'y parvient pas. Il n'y parvient vraiment pas.

Comment faire...


Comment faire pour t'oublier... bordel ?




Le week-end s'écoule sans enthousiasme. Keigo passe la majeure partie du temps seul, dans sa chambre, à dormir. Il ne reçoit qu'une seule visite : celle de Void, qui reste une petite heure. C'est étrange, car elle n'avait plus témoigné la moindre inquiétude à son égard depuis la fin de leur formation. Mais honnêtement, son soutien ne fait ni chaud ni froid au jeune blond.

Nous sommes maintenant lundi matin. Après deux semaines d'absence suite au Raid sur le Manoir de la Montagne Gunga, Hawks est enfin de retour en public. Sa première patrouille se passe comme les autres se sont toujours déroulées : bien. Aucun incident à déplorer, et une multitude de fans à contenter, qui se sont d'ailleurs beaucoup inquiétés de ses blessures. Mais pour Keigo, tout est différent.

Pour la première fois depuis qu'il exerce ce métier, il n'a aucune envie d'être là. Parce qu'être là implique de redevenir "Hawks". Et désormais, Keigo ne peut plus supporter Hawks.

Parce que Hawks est celui qui a permis d'organiser l'attaque sur le Manoir. Et donc, celui qui a séparé Keigo de Tōya.

Les jours passent ainsi : mornes, vides de sens, mais sans que Keigo n'éprouve la moindre envie de se révolter contre son employeur. Tout ce qu'il espère désormais, c'est retrouver peu à peu l'entrain pour son travail, une fois qu'il sera enfin parvenu à oublier Tōya. Bien qu'il doute en être capable, tant les cauchemars de la bataille du Front le hantent régulièrement. Même s'il parvient un jour à étouffer son amour pour l'aîné des Todoroki, il sera impossible d'effacer le souvenir de cette journée-là. Impossible de ne pas penser constamment à la mort de Twice, à Yumei... Impossible d'oublier le visage de Tōya hurlant contre le sien.



Le héros ailé est perché sur le toit d'une échoppe de street food, prêt à aller s'acheter un en-cas. Aujourd'hui, comme tous les jours précédents, il effectue sa ronde en solitaire. Il n'a pas l'esprit à être sociable, et l'avantage, c'est qu'il peut s'arrêter manger quand bon lui semble... c'est-à-dire souvent. S'il y a bien un péché que Keigo ne cherche pas à réprimer, c'est sa gloutonnerie, et il n'est pas prêt à laisser tomber ces petits plaisirs quotidiens.

Mais, alors qu'il balaye une dernière fois la rue du regard depuis son perchoir, une silhouette familière attire son attention.

Ses pupilles de rapace se rétractent. Il plisse les yeux, et il en est certain maintenant : il reconnaîtrait cette personne entre mille. Oubliant aussitôt son futur casse-croûte, le héros s'élance du toit. En deux battements d'ailes, il atterrit à quelques pas de deux jeunes femmes et les prend par surprise. La première possède des cheveux blancs parsemés de mèches rouges et des lunettes rectangulaires... la seconde dissimule sa tignasse rouge et blonde sous une casquette et porte un masque noir pour passer incognito.

Lorsque Yumei se retourne, ses yeux s'écarquillent et le sac de courses qu'elle tient lui échappe des mains. Keigo ne peut se retenir : au diable son image publique, il se jette dans les bras de son amie. Elle l'accueille avec la même ferveur, le serrant contre elle sans hésitation.

« Hawks !

— Yumei, je suis si content de te revoir ! »

Ils restent un instant collés l'un à l'autre, émus. Leur séparation a beau n'avoir duré qu'une semaine et demie, Yumei était restée si longtemps sans nouvelles qu'elle avait commencé à craindre de ne plus jamais pouvoir revoir le héros. Quant à Keigo, il n'avait pas encore eu la force de recontacter son amie, compte tenu de son état mental déplorable.

Ils se décollent l'un de l'autre, et Keigo se tourne rapidement vers Fuyumi, qui se tient à côté d'eux, un peu gênée.

« Bonjour, Fuyumi.

— Bonjour, Hawks !

— Je ne savais pas que vous vous connaissiez ? »

Les deux femmes s'échangent un regard entendu.

« On s'est... rencontrées par hasard à UA. J'accompagnais mon père. Rien de plus... », bredouille Fuyumi sans beaucoup de conviction.

Mais avant que Keigo n'ait le temps de se montrer suspicieux, Yumei le prend par les épaules et le replace face à elle.

« Ton visage... Oh mon dieu. Mais qu'est-ce qui t'est arrivé... ? »

L'expression de l'oiseau s'assombrit. Bien entendu, il n'a pas le droit de parler de ça à Yumei, même si ce n'est pas l'envie qui lui manque. Les deux amis se dévisagent alors silencieusement. Et leur regard leur fait comprendre que, malgré eux, ils sont chacun en train de mentir à l'autre.

« Ce n'est rien. Une altercation contre un vilain en patrouille.

— D'accord...

— Et vous, qu'est-ce que vous faites là ?

— Oh, pas grand-chose... Les courses pour le repas du soir, ces choses-là... »

Elle ramasse son sac et le brandit en guise de preuve, plus gênée que jamais. Cette situation leur fait du mal à tous les deux. Ils savent bien qu'ils sont sur la même longueur d'ondes : ils l'ont toujours été. Mais en cet instant, en public et en pleine patrouille de Hawks, il est impossible pour eux de se parler franchement.

Alors Yumei sort un petit carnet de la poche de sa veste, dans lequel elle semble avoir déjà noté un paquet de choses. Elle griffonne un instant sur une page, l'arrache, puis tend le bout de papier à Keigo.

« Mon adresse. Tu viendras manger avec nous, ce soir ? »

À côté d'elle, Fuyumi semble directement comprendre le sous-entendu, et adresse un sourire encore un peu incertain au héros. Ce dernier s'empare du papier sans le regarder tout de suite et leur renvoie un sourire plus sincère cette fois.

« Bien sûr que je serai là. Merci pour l'invitation. »

Il prend congé des deux femmes, qui s'éloignent en lui adressant quelques signes de la main. Son cœur est lourd, mais il a tout de même la sensation qu'il bat moins douloureusement. C'est seulement à ce moment-là qu'il se décide à lire ce que Yumei a inscrit sur le papier... et tout son corps se fige.


Sous son adresse, il est écrit en tout petit :

« On a des indices pour retrouver Tōya. Ne viens que si tu es prêt à le revoir. »



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Note : Je ne vous le cache pas, ce chapitre était vraiment très dur à écrire. Se plonger dans la tête de Keigo et tous ses tourments était difficile, et j'ai l'impression que j'ai eu un mal fou à rendre mon style d'écriture fluide ici... Mais après la millième relecture, j'ai le cerveau en compote donc tant pis, je le mets en ligne ahah. J'espère que vous avez tout de même pris plaisir à lire son évolution psychologique (même si c'était pas marrant, encore désolée ;_; ) et que vous avez été touché·es par ses sentiments aussi forts pour son chéri !

Ne t'en veux pas, Keigo... personne ne pourra aussi facilement oublier Tōya. Ce garçon est beaucoup trop attachant pour ça. J'espère que vous avez hâte de le revoir, vous aussi ! Il va encore falloir attendre un peu, mais je vous promets de belles retrouvailles dans quelques chapitres 💕


Merci pour votre lecture, et à mercredi !



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