Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 40 : La danse de Dabi

4833 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/09/2026 12:19

Note : Avec ce chapitre qui achève (littéralement) le Manoir de la Montagne Gunga et toutes les intrigues autour de ce dernier, nous voici enfin à la clôture de l'acte 3 de notre histoire ! Quel parcours on a fait jusqu'ici, dis-donc 🥹

Nos personnages sont vraiment au fond du trou avec tout ce qui est en train de se passer... L'acte 4 se concentrera donc sur le regain d'espoir de chacun de nos trois protagonistes, et je peux déjà vous dire qu'il y aura un certain nombre de scènes très intenses ! 

Pour l'heure, je vous laisse apprécier la conclusion de ce triste bordel qu'est le Raid sur le Manoir. Je suppose que vous devinez ce qui vous attend rien qu'avec le nom du chapitre 😬

Bonne lecture, et merci d'être venu.es à bout de ces trois parties !


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La main de Twice, que Toga gardait posée contre sa joue sans pouvoir se résoudre à la lâcher, devient plus lourde alors que la vie quitte le corps de leur camarade. Profondément chamboulés par ce qu'ils viennent de vivre, l'adolescente et Dabi redressent la tête et se dévisagent, les yeux pleins de désespoir.

Ils ne parviennent ni à parler, ni à pleurer, encore incapables d'encaisser la réalité brutale qui s'est imposée à eux si rapidement. Twice vient de les quitter, et son départ fait mal. Très mal. Atrocement mal. Bien plus que le jeune Todoroki n'aurait jamais cru souffrir en perdant un nouveau membre de l'Alliance.

Même si Dabi le considérait encore comme une arme de destruction massive, Twice était devenu un véritable allié. Un véritable ami. L'un des rares à le comprendre, à le soutenir et à l'accepter tel qu'il est. Il était un homme bon, généreux. Il était un vilain seulement parce qu'il n'avait jamais trouvé sa place ailleurs. De tous les membres de l'Alliance, il était celui qui méritait le plus de s'en sortir.

Mais aujourd'hui, il s'est fait abattre lors d'une bataille provoquée par Hawks. Drogué par ce dernier, il n'a pas pu se servir de son alter pour se défendre, alors que celui-ci aurait facilement pu tous les sauver. Il vient de perdre la vie... en évitant la mort à celui qui est responsable de la sienne.

L'ironie de la situation est telle que le manieur de flammes ne peut empêcher un sourire nerveux de tordre son visage. Tout ce qu'a toujours voulu Twice, c'était d'être accepté. Vivre auprès de personnes qui lui sont chères. Les protéger. Mais c'est pour son bourreau qu'il s'est mis en danger, ce qui lui a coûté la vie... Et il ne l'a pas fait parce qu'il était lui-même attaché à Hawks, non... Il l'a fait pour Dabi.

Parce que Dabi n'aurait pas supporté de perdre Hawks.

C'est... c'est n'importe quoi, cette histoire...

Twice, ou Jin, est mort le sourire aux lèvres. En observant son visage paisible, Dabi se met à rire, mais son rire est effroyablement glaçant. Tordu. Dérangeant. Il témoigne de la dégradation de son esprit, dont la lucidité à peine retrouvée a volé en éclats d'un coup. Il rit à la face du destin, qui s'est bien moqué de lui depuis le début, en lui faisant croire qu'il pouvait sauver son camarade. Depuis qu'il a rencontré Yumei et qu'ils se sont rapprochés, sauver la vie de Twice a été leur tout premier objectif. Ils étaient si sûrs d'y parvenir. Yumei l'avait tellement persuadé que c'était possible d'empêcher sa mort.

S'il existe un dieu ou une quelconque putain d'entité qui dirige les lois du monde, eh bien, ce truc a vraiment un très, très mauvais sens de l'humour. Et Dabi ne lui laissera plus l'opportunité de se moquer de lui, oh non. Oh... comme il peut bien aller se faire foutre !


Et il y en a un autre qui peut bien aller se faire foutre, putain.


« Aah ! M... Merde ! »

Face à lui, la jeune Toga s'est ressaisie. Une haine pure danse dans son regard tandis qu'elle se redresse soudain, la mâchoire si crispée qu'elle pourrait bien briser ses dents. En même temps, elle sort un couteau d'un étui accroché à sa cuisse, déterminée à faire payer la personne qui a tiré sur son plus proche ami. Dabi n'a même pas le temps de lui suggérer de prendre du sang de leur camarade pour se servir de son alter qu'elle se précipite déjà vers le balcon, d'où elle espère s'échapper plus discrètement que par la porte du corridor, pour aller régler ses comptes à la tireuse. Personne n'essaie de la retenir : chacun est trop choqué, trop tétanisé pour penser à lui courir après.

Mais Dabi ne pense déjà plus à elle. Ses deux billes bleues, chargées d'une colère noire, sont dirigées en cet instant vers Hawks, le responsable de tout ce désastre. Ce héros que tout le monde a voulu sauver... et qui, ironiquement, n'est parvenu à sauver personne.

Putain de connard.

Alors que Mr. Compress s'est agenouillé à la place de Toga pour faire ses adieux à Twice à son tour, Dabi lâche enfin la main inerte de son ami et se redresse. Même s'il a l'air calme, les trois personnes autour de lui savent très bien que cette attitude posée cache une bombe prête à exploser à tout moment. Il s'avance vers Hawks, son regard froid plongé dans le sien, et au lieu de le ménager pour éviter que ses blessures ne saignent davantage, il le tire brusquement par le col de sa veste de héros pour le forcer à se remettre sur ses deux pieds.

« Alors ??! T'es fier de toi, hein, Hawks ?! T'as réussi à éliminer la menace ?? Voilà une belle victoire pour ton camp de vendus et d'assassins, bravo à toi !! On se fait trahir, attaquer, tirer dessus, et c'est encore nous les vilains de l'histoire ??! »

Il n'écoute pas Yumei qui essaie de le supplier de se calmer et de la laisser panser les blessures du héros. Il est hors de lui, et quiconque l'empêchera de déballer son sac se prendra aussitôt un retour de flammes dans la gueule sans qu'il ne réponde plus de rien.

« C'était moi leur cible... Tōya...

— Et qu'est-ce que tu fous là ?? T'étais pas censé me tendre un piège à UA ou j'sais pas quoi, bordel de merde ?!

— On est venus pour... pour te sauver...

— POUR ME SAUVER ?! »

Libérant une de ses mains, il donne un puissant coup de poing au mur juste à côté de la tête de Hawks, incapable de se résoudre à péter le nez de ce beau visage malgré toute la colère qui l'anime.

« J'espère que tu t'entends ! Tout ce désastre, tu l'as causé pour me faire plaisir, peut-être ?! Je suis censé t'être reconnaissant, putain ?? T'es au courant du nombre de vies que t'as détruites aujourd'hui ??!

— Tōya... »

L'expression que Hawks lui renvoie est déchirante. Culpabilité, remords, tristesse : il est clair que le héros n'a jamais voulu tout ce dont Tōya est en train de l'accuser, et pourtant, les mots sortent tout seuls. La vie ne pouvait pas être aussi naturellement injuste avec Twice. Il fallait forcément un coupable. Et ce coupable était forcément le héros qui leur a menti depuis le début. Mais ce visage si implorant fait soudain perdre toute envie à Dabi de crier davantage.

« Tōya... Réfléchis, s'il te plaît. Aujourd'hui, on est tous coupables. Yumei, toi et moi... on a tous notre part égale de responsabilité. On a... On a tué Twice ensemble. »

À côté d'eux, Yumei s'adosse au mur pour enfouir son visage dans ses mains, épouvantée par la triste réalité.

« Si tu nous avais fait confiance et que tu étais monté dans ce train... Si Yumei n'avait pas révélé qu'Endeavor est ton père et utilisé son alter sur moi... et moi... si je ne t'avais pas menti, et que j'étais resté à UA... Alors... »

Ses mots sont durs, très durs à entendre. Mais quelque part, ils parviennent à apaiser le cœur de Dabi. Bien qu'on vienne de pointer sa propre culpabilité dans l'histoire, il réalise qu'il préfère savoir leur erreur collective, plutôt que de s'obliger à haïr ce jeune homme pour qui il a encore des sentiments. Sa colère envers Hawks... envers Keigo est toujours grondante et lui donne toujours envie de lui brûler les ailes, mais ainsi, il se sent un peu moins déchiré entre l'envie de l'aimer et de le tuer.


Il relâche le héros, qui glisse douloureusement contre le mur pour se rasseoir, et fait quelques pas en arrière. Yumei s'approche de l'oiseau pour l'assister, et exécute les indications qu'il lui donne en manipulant le kit de premier secours qu'elle trouve dans l'une des sacoches accrochées à sa ceinture. Alors qu'elle tente de lui enlever sa veste pour soigner son épaule et qu'il grimace de douleur, Dabi entend Mr. Compress appeler son nom et se tourne vers lui.

« Écoute, j'étais venu te prévenir. Le Numéro 1 est là, et j'ai cru entendre qu'il est à ta recherche. Alors... On fait quoi ? »

Hein ?

Dabi le dévisage avec des yeux ronds, pas tout à fait sûr de bien réaliser ce qu'il vient d'entendre. Endeavor... Endeavor est là ?

« Tōya... ! »

Il ignore complètement la voix de Yumei, qui a entendu leur échange et qui s'est immédiatement mise à paniquer. Elle sait très bien ce que signifie cette nouvelle pour le jeune Todoroki. Et elle devrait aussi savoir qu'elle ne va plus pouvoir le raisonner maintenant.


C'est trop tard.


À présent, la capacité de raisonnement de Dabi a, purement et simplement, volé en éclats.


Il continue d'interroger Compress en ne prêtant aucune attention aux supplications de son amie.

« Est-ce que son fils... L'étudiant de UA avec des cheveux bicolores, est-ce qu'il est avec lui... ?

— Je crois bien l'avoir aperçu, oui...

— Tōya ! Rappelle-toi de ces dernières semaines ! Tu avais laissé tomber... »

Il coupe Yumei au milieu de sa phrase en lui adressant un regard glacial. Son esprit est tellement ailleurs, tellement éclaté en mille morceaux que c'est comme si cette jeune femme qui lui lance un regard terrifié était une inconnue pour lui. Sous sa peau, le feu crépite, il danse dans sa poitrine et il commence déjà à s'échapper sous forme de minces filets de fumée le long de ses bras. Dabi se met à haleter, excité, soudain motivé à l'idée d'exécuter enfin ce plan auquel il pense depuis si longtemps.


Enfin, le jour est venu.

Il va tuer Endeavor et Shōto. Disparaître avec eux.


Et clôturer définitivement la putain de tragédie de merde qui entoure la famille Todoroki depuis sa putain de naissance.


« Mister ! Emmène le corps de Twice dans une de tes billes et barre-toi d'ici. Vous aurez besoin de son sang pour la bataille finale.

Vous ? Tu ne t'inclus pas dedans ?!

— J'ai... une histoire à régler. Qu'il est plus que temps de clôturer pour de bon.

— ... Essaie de nous revenir en vie quand même. L'Alliance n'est pas prête à perdre Twice et toi le même jour, tu entends ?

— ... »

Sans vraiment le vouloir, il croise les yeux de Hawks, qui le dévisage d'un air épouvanté. Leurs regards s'attirent un instant sans pouvoir se détacher l'un de l'autre. Dabi lit dans ces iris dorés toute la peur de ne plus le revoir, toute la supplication de ne pas partir et de ne pas le laisser seul derrière lui. Il y lit de la culpabilité, une tristesse infinie, et beaucoup d'amour. Ce regard silencieux, embrumé, pourrait à lui seul le faire renoncer à tous ses plans. Si seulement le héros ne l'avait pas trahi... il serait resté.

Mais désormais, sa colère envers son père est redevenue plus forte que son attachement pour Keigo.

Alors, Dabi ferme les paupières, détourne la tête, s'avance pour ouvrir la grande double porte et se précipite en dehors de la pièce.

« TŌYA !! »

Yumei court après lui dans le corridor, déterminée à ne pas le laisser commettre l'irréparable. Mais quand elle l'attrape par le poignet, Dabi se dégage vivement de son emprise en n'hésitant pas à balancer une gerbe de flammes pour la faire reculer.

« Dégage, Yumei !! T'as assez fourré ton nez dans mes affaires, laisse-moi respirer ! Ces histoires de vies alternatives, c'était marrant cinq minutes, mais c'est que de la connerie ! Ce que t'as prédit, c'était juste une utopie irréalisable pour bien me retourner le cerveau !

— Je refuse que tu dises ça ! Tu ne peux pas me reprocher tes mauvaises décisions, tu as fait ça tout seul, Tōya ! Tu savais ce que tu devais faire, mais tu as choisi de ne pas nous écouter ! Alors pour cette fois au moins, écoute-moi et laisse tomber ta stupide vengeance !!

— J'aurais dû te tuer, ce soir-là... »

Les yeux de Yumei s'écarquillent d'épouvante. Estomaquée, elle parvient à peine à articuler sa réponse.

« Qu... Quoi... ?

— Si j'avais été au bout de mon geste... Bordel. On aurait tous moins souffert. Twice serait quand même mort, mais... J'aurais poursuivi mon objectif jusqu'au bout, sans m'emmerder avec ces histoires de regrets et de rédemption. Hawks aurait simplement réussi sa mission. Et toi... Tu ne te serais pas sentie obligée de t'accrocher comme ça à des objectifs irréalisables.

— Tu peux... tu peux pas vraiment penser ça... et notre amitié alors ? C'était... C'était aussi de la souffrance pour toi... ? »

Il lui lance un regard véritablement désolé, incapable de répondre. Yumei ne tient plus : elle tombe à genoux, vidée de toute énergie et de toute envie de continuer à se battre, et elle se met à pleurer toutes les larmes de son corps. Tōya se détourne, mais avant de recommencer à courir, il murmure simplement par-dessus son épaule :

« Adieu... Yumei. »



C'est le chaos absolu au milieu des décombres du Manoir, qui ne possède plus grand-chose d'un bâtiment à ce stade. Pratiquement tout l'édifice est à présent en ruines, ses restes mélangés à des monceaux de ciment fondu puis durci et d'énormes blocs de glace produits par Geten, le seul Officier du Front encore en train de se battre pour leur cause.

Au centre du large puits central qui servait de hall à ciel ouvert, à côté d'un grand éboulis de gravats, le Numéro 1 des héros est aux prises avec quelques vilains de seconde zone qu'il est en train de maîtriser sans grande difficulté. Dès que Dabi repère sa présence (c'est-à-dire assez rapidement, puisqu'il suffit de suivre les flammes), il saute sur la pile de gravats, surplombant son père de quelques mètres, et attire son attention en haussant la voix.

« Hoi, le Numéro 1 ! Ah, Shōto est là aussi, parfait ! C'est marrant, vous êtes tout petits de là où je me trouve ! »

Endeavor et Shōto se tournent aussitôt vers lui, fronçant les sourcils de façon tellement similaire que ça lui donne presque envie de gerber.

« Dabi... !

— Eh, c'est pas très gentil de m'appeler comme ça, Endeavor ! J'ai un bien plus beau prénom ! Tu devrais le savoir puisque c'est toi qui me l'as donné... ! »

Le père et le fils s'échangent des yeux ronds. Ils ont probablement déjà compris, mais Dabi va aller jusqu'au bout de sa tirade. Il l'avait prévue depuis si longtemps que ça serait dommage de ne pas l'exécuter au moment fatidique. Il penche la tête sur le côté, assombrissant sa voix par la même occasion, un sourire satisfait et malsain étirant ses lèvres abîmées.

« Appelez-moi Tōya. C'est un magnifique nom, pas vrai ? »

Dabi observe les deux autres membres de la famille encaisser le choc, alors que lui se sent peiné. Ah, quel gâchis... Il avait prévu tellement mieux pour ce moment. Il l'avait imaginé tellement plus grandiose. Il était supposé diffuser une vidéo au reste du Japon en même temps. Il était censé balancer les sombres côtés des Numéros 1 et 2 par satellites sur toutes les chaînes de télévision du pays, pour anéantir définitivement la foi de la population en leur système héroïque de merde. Il était censé ruiner la réputation de son père, puis tuer Shōto pour l'anéantir définitivement. Le test ADN, le montage face caméra qu'il avait enregistré en prévision, tout ça a été fait pour rien... Oui, vraiment, quel gâchis. Sa danse macabre sera un peu moins impressionnante que prévue, au final.

Mais ça ne l'empêchera pas de régler leurs comptes aux deux membres de sa famille, qu'il rêve toujours autant de détruire et de faire souffrir du mieux qu'il le peut.

Ah ! Qu'il est heureux en cet instant. Enfin, il va pouvoir libérer son cœur et son esprit de toute cette sombre histoire. Rien d'autre ne peut autant le ravir. Il va quitter ce monde, et emporter avec lui ceux qui ont fait de sa vie un enfer. Peu importe, pour Twice. Peu importe pour Hawks, pour Yumei. Plus rien d'autre n'a d'importance !

Aujourd'hui est le dernier jour de sa vie, et il compte bien apprécier ses derniers instants comme il se doit. Il compte bien briller, être remarqué, être vu. Et tout détruire ensuite. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien.


Alors, il se met à danser. Il danse sans musique, sans rythme, juste parce qu'il est heureux. Et il déballe toute la vérité sur Tōya à son père et à son frère en même temps. Comment il n'est pas mort. Comment il a toujours été là pour les faire souffrir, pour leur mettre des bâtons dans les roues, sans jamais qu'ils ne soupçonnent quoi que ce soit. Il leur parle de l'attaque du High-End sur Kyushu, du Serviteur des Étoiles, d'Ending, et puis de toutes les fois où il s'est immiscé dans leurs vies pour leur attirer des ennuis. Il leur parle de sa propre souffrance, de sa renaissance en tant que Dabi et de sa haine. Et quand il a déballé tout son sac, dansant comme si le démon en lui avait pris possession de son corps, soudainement, il s'arrête.

Et il s'adresse à son père en posant le bout des doigts de ses deux mains sur son torse, légèrement penché en avant, haussant la voix sous l'effet de la colère et de la démence qui s'empare toujours un peu plus de son esprit.

« Écoute-moi bien, parce que c'est peut-être pas assez clair pour toi ! Le passé ne s'efface jamais ! Alors, danse avec moi en enfer, Enji Todoroki ! On va sombrer ensemble ! Mon invitation te plaît, papa ?! »

Endeavor ne répond pas. Dans son costume chic déchiré et brûlé de partout, il est tombé à genoux, pétrifié, incapable de réagir. Quelle déception... Dabi est un peu vexé que sa superbe prestation ne reçoive aucune appréciation en retour. La colère gronde de plus en plus dans son cœur, mais alors qu'il s'apprête à parler, son père décide enfin d'ouvrir la bouche.

« Tōya est mort ! Tu n'es qu'un infâme menteur !

— Oh, mais je suis très vivant, merci de t'en inquiéter ! Je sais que ma gueule est un peu ravagée, mais j'aurais quand même espéré que tu me reconnaisses ! Qu'est-ce que tu en penses, Shōto ?! »

Il sourit à son petit frère, sincèrement heureux qu'il soit là lui aussi. Bien sûr, son sourire est tordu, dément, et son bonheur de le voir s'apparente à son impatience de le tuer dans d'atroces souffrances dans quelques instants. L'adolescent ne répond pas, lançant des regards désespérés en direction de son père pour qu'il lui dise comment réagir, mais ce dernier est en réelle crise de panique. Ce qui fait hautement plaisir à Dabi, qui se délecte de ce moment qu'il a attendu pendant plus de sept ans.

« Bon... Puisque ma performance vous laisse sans voix, alors on va passer à l'acte 2, hein ? Regarde-moi bien, papa ! Regarde celui que je suis devenu, comme je suis devenu puissant ! Je vais anéantir ton chef-d'œuvre, sous tes yeux... et tu seras bien forcé d'admettre que tu as eu tort de me laisser tomber ! »

Sur ces mots, il joint le bout de ses doigts, enveloppant son corps entier de flammes bleues, prêt à lancer une attaque dévastatrice. Face à lui, son géniteur est toujours en pleine crise d'angoisse, ce qui le ravit immensément.

« En tout cas, merci à toi d'être resté en vie jusqu'ici pour voir ce spectacle... ENDEAVOR ! »

Et il saute de sa pile de gravats, tel une bombe de feu prête à exploser sur les deux autres Todoroki. Shōto essaie en vain de raisonner son père, les larmes aux yeux, comprenant qu'il ne va pas avoir d'autre choix que d'affronter le grand frère qu'il a cru mort pendant dix longues années. Mais quand Dabi, toujours en pleine chute, écarte un bras dans l'intention de lancer un Prominence Burn qui les anéantirait tous les trois en même temps sans aucun doute possible, il se rend subitement compte qu'il hésite.

Il hésite à lancer cette attaque suicide.

Et il comprend que, contrairement à avant, il a peut-être encore des choses qui le rattachent à sa vie.

Alors il renonce au Prominence Burn. À la place, il se propulse un peu plus loin à l'aide d'une déflagration dans son dos, pour atterrir à toute vitesse en plein sur Shōto, qui se défend à l'aide d'un mur de glace que Dabi explose sans le moindre effort. Au moment d'atterrir, le vilain envoie un puissant coup de poing enflammé au visage de son petit frère, chargé de toute la frustration et de toute la haine qu'il a accumulée ces dernières années, le projetant à plusieurs mètres dans la poussière et les gravats. L'aîné des Todoroki secoue sa main rendue douloureuse par l'intensité de son feu, puis se relance à l'assaut, ignorant complètement le sol qui s'effondre et s'ouvre en deux à quelques pas de leur combat pour laisser passer la gigantesque silhouette du colosse Gigantomachia, le fidèle bras droit d'All For One...



* * *



Keigo marche en tenant péniblement sur ses jambes, sa main valide pressant sur son épaule pour freiner l'hémorragie qui a complètement imbibé le bandage que Yumei lui a fait un peu plus tôt. À son côté, son aile cassée traîne tristement au sol dans la poussière, et derrière lui, des taches de sang marquent sa progression en recouvrant le parquet abîmé de leur texture poisseuse.

Il ne restait plus que lui dans cette pièce où est mort Twice, Mr. Compress ayant disparu avec le corps de ce dernier. Yumei et Tōya... Où sont-ils passés, tous les deux ? Keigo ne peut pas rester à la traîne... Peu importe le danger et Lady Nagant qui rôde toujours, il doit faire quelque chose pour ramener son partenaire... pour ramener Tōya à la raison.

Non loin de la pièce, il retrouve Yumei assise par terre au milieu des décombres et de la coursive en bois calciné, la tête basse. Elle ne pleure pas : elle a l'air de ne plus avoir aucune force pour quoi que ce soit. Il l'aide doucement à se relever, du mieux qu'il le peut avec ses propres blessures, et ils continuent sans un mot. Ils ne savent pas vraiment où ils vont, mais cela reste mieux que de ne rien faire.


Au bout de quelques minutes, ils aperçoivent des gerbes de flammes bleues et rouges qui se mélangent et s'opposent. Ils comprennent tout de suite : Tōya a retrouvé son père et son frère. Ils voudraient accourir, mais aucun des deux n'en a la force. Ils savent juste qu'ils doivent être là. Alors ils avancent.

Ils ont de plus en plus de mal à progresser à cause de l'architecture complètement effondrée du bâtiment, mais ils parviennent enfin à se hisser en hauteur, sur une plateforme d'un étage supérieur qui tient encore bon. Et c'est là qu'ils les voient : Tōya et Shōto, suspendus dans les airs par la force des flammes bleues qui les recouvrent, serrés l'un contre l'autre dans une accolade fraternelle qui n'a rien de bienveillante. En réalité, le premier est plutôt en train de tenter de tuer le second, qui semble avoir du mal à résister à cette chaleur sans son costume de héros qui l'aide à réguler sa température.

Tōya affiche un étrange sourire apaisé alors qu'il observe la mine épouvantée d'Endeavor qui est toujours incapable de réagir.

« Regarde son visage, Shōto... Regarde comme il a l'air anéanti ! »

Tōya se met à rire, d'un rire glaçant, dément que Keigo ne lui reconnaît pas. Les brûlures sur son visage se sont étendues sur ses joues et quelques agrafes chirurgicales ont sauté autour de sa bouche, élargissant son sourire en un rictus lugubre. Le cœur du héros se serre en réalisant à quel point cet homme à qui il tient tant est occupé à perdre complètement l'esprit, aveuglé par la peine et la colère.

« Est-ce que tu peux imaginer l'expression que papa aura quand il comprendra que son chef-d'œuvre aura été anéanti par mes flammes ?! Hein ?! Oh, comme j'ai hâte de le découvrir ! Alors allons-y, mon cher petit frère ! Je te dis adi... »

Mais il s'arrête net quand quelque chose d'inattendu attire son attention. Devant ses yeux, à une distance raisonnable des flammes pour ne pas prendre feu, dansent quelques petites plumes rouges. Tōya comprend immédiatement, et il relève les yeux pour croiser ceux de Keigo qui le surplombe de quelques mètres en hauteur.

La scène semble se figer l'espace d'un instant. Pourtant, autour d'eux, la bataille fait encore rage et le bâtiment s'effondre toujours plus alors que le géant de plus de vingt mètres de haut commence à se mettre en mouvement. Mais même cet élément hautement perturbateur ne suffit pas à rompre leur échange de regards. Tōya et Keigo se dévisagent intensément. Ils communiquent sans avoir besoin de prononcer le moindre mot.


« Arrête, je t'en prie. Ne va pas plus loin. Je ne veux pas te perdre.

— Si j'arrête... Est-ce que tu me pardonneras un jour ?

— Bien sûr. Toujours. »


La détresse et les supplications qu'il lit dans les yeux de Keigo ont pour effet de calmer enfin Tōya. Malgré tout le mal qui a été fait aujourd'hui, cet échange silencieux lui a rappelé à quel point cet homme lui a fait entrevoir un petit bout de bonheur, qu'il n'est peut-être pas prêt à anéantir entièrement. Il se mord la lèvre inférieure, déchiré, et libère finalement Shōto, qu'il était vraiment à deux doigts d'achever avec ses flammes et qui s'est évanoui à cause de la douleur. Le vilain a l'air abattu, désemparé, et il atterrit en déposant son frère au sol, prêt à tout abandonner.

Prêt à se rendre.

Mais ce n'est pas ce que le destin a en tête pour lui.

« Dabi ! Par ici ! »

Keigo observe Tōya redresser la tête vers Mr. Compress, étonné d'entendre sa voix. Ce dernier est perché sur le dos de Gigantomachia, en compagnie de Spinner et d'Himiko Toga, couverte de sang, qui a sans aucun doute réussi à régler son compte à Lady Nagant. Le jeune Todoroki n'a pas le loisir d'hésiter, parce qu'il sait que ses camarades n'ont pas le temps d'attendre qu'il prenne une décision. Il lance un dernier regard coupable à Keigo, et quand Yumei et lui crient son nom pour tenter de le faire changer d'avis, c'est déjà trop tard.

Tōya se propulse à l'aide de son feu pour rejoindre ses camarades de l'Alliance. Puis, il disparaît avec eux quand le géant se met à courir.



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Note : Alors ? Sur quelle émotion vous laisse la fin de cet acte 3 ? N'hésitez pas à me le dire commentaires ! 🤭

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