Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 24 : Frustrations (partie 1)

2788 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/07/2026 09:45

Note : Que serait une grosse soirée sans son lot de dramas ? Allez, c’est parti !


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Quelques heures plus tard, Tōya se retrouve affalé dans un des larges canapés de la salle, bras et jambes écartés, la tête penchée en arrière dans l'espoir de faire cesser la sensation de tournis qui ne l'a plus quitté depuis la partie de beer pong. Malgré ses yeux fermés, impossible d'ignorer la fête autour de lui : les lumières dansantes derrière ses paupières, les cris, la musique et les effluves de sueur et d'alcool participent toujours plus à faire vriller son esprit. Heureusement, avec le temps qui passe, l'envie de gerber commence enfin à le quitter.

À côté de lui, il entend les voix de Yumei et de Hawks discuter avec enthousiasme. L'ivresse les fait débiter sans arrêt, très vite et très fort, ce qui commence sérieusement à lui casser les oreilles. Il est tenté de leur demander de la fermer, mais il se ravise, conscient que ça ne rendra pas la salle moins bruyante et qu'il passerait juste pour un casse-couilles. Pour se distraire de leur bavardage incessant, il tente alors une autre stratégie. Au lieu de se concentrer sur son agacement, il se met à imaginer leurs visages sur deux corps de poules en train de caqueter dans leur basse-cour, et cette vision lui échappe un ricanement.


Il sent un mouvement sur le canapé à côté de lui, probablement Yumei qui vient de se tourner dans sa direction.

« Il est vivant !!

— J'ai jamais été mort... idiote. »

Tōya se redresse péniblement. Au moment de relever sa tête, il est pris d'un nouveau vertige et se penche en avant, les deux mains sur son front, coudes sur les cuisses. La rouquine le surprend en lui tendant immédiatement un verre d'eau. Même bourrée, elle garde toujours son putain de bon sens. C'est... impressionnant. À côté d'elle, Hawks se penche pour observer le jeune homme et se met à glousser.

« Mort, non. Ivre mort, par contre...

— Ferme ta gueule, l'emplumé.

— Ouah, heureusement que je commence à te connaître. J'aurais pu être vexé !

— Hawks !, proteste Yumei. Il est déjà assez mal comme ça pour que tu en rajoutes une couche... »


Merci Yumei, bon sang. Décidément, c'est le piaf qui a les ailes, mais c'est elle l'ange tombé du ciel. Lui n'a d'angélique que son stupide sourire niais, que le vilain ne parvient jamais à supporter. Une irrésistible envie de le frapper au visage le prend à chaque fois qu'il le voit, pourquoi, c'est un mystère...

Peut-être parce qu'il ne veut pas admettre qu'il le trouve charmeur. Peut-être parce que ça l'agace au plus haut point d'aimer quand il lui est adressé. Peut-être parce qu'il ne supporte pas cette sensation étrange au creux de son ventre, quand il se rend compte que ce sourire à la con est plus radieux avec lui qu'avec n'importe qui d'autre ici, au Manoir...


Yumei se lève et le tire de ces pensées dont il se passerait bien. Elle annonce avec une voix beaucoup trop déterminée qu'elle va aller se battre pour les toilettes parce que, apparemment, c'est toujours la guerre dans les latrines des filles. Bref, ils ne vont pas la revoir de sitôt... génial. Il aurait aimé éviter de se retrouver seul avec l'insupportable pigeon et sa putain de manie de le dévorer du regard – parce que oui, il a remarqué.

Et ça ne lui plait pas, parce que tout ça ne mènera jamais à rien. C'est impossible qu'un mec aussi parfait puisse s'attacher à quelqu'un d'aussi chaotique et brisé que lui. Tôt ou tard, il se lassera de lui, Tōya ne le sait que trop bien. Même si le contexte est très différent, ça se passera exactement comme il y a quelques années. À la première déception, il sera largué comme une vieille chaussette.


Alors, cette fois, il ne compte même pas laisser la porte ouverte à cette possibilité.


« Ça va ? Tu tiens le coup ? », se risque le blondinet alors qu'il voit TRÈS BIEN que ça va pas du tout.

Connard.

« Génial. Je vis ma meilleure vie.

— D'accord... »


"D'accord", c'est tout ce qu'il a à dire ? Non mais c'est pas possible d'être aussi idiot. Énervé à présent, Tōya s'apprête à retourner comater au creux du canapé quand il est surpris par quelques petites plumes rouges qui viennent lui apporter un nouveau verre d'eau. Il se tourne vers le héros, qui lui adresse un sourire timide et l'encourage à boire. Le vilain soupire, toujours méfiant mais aussi un peu perturbé. Il vide le verre d'une traite et détourne le regard. Il remarque alors du mouvement du coin de son œil : Hawks est venu s'installer à la place où se trouvait Yumei précédemment, juste à côté de lui.

« Hem, je... C'est cool qu'on puisse enfin discuter, tous les deux... »

Tōya ne répond pas, le regard toujours résolument tourné de l'autre côté, déterminé à ne pas se laisser envahir par ses émotions. L'oiseau soupire.

« Écoute, je sais que tu m'en veux encore... Et c'est pas vraiment le contexte pour... parler. Mais cette situation me pèse, et...

— Ah ouais ? Elle te pèse ? Donc c'est moi qui dois avoir des choses à me reprocher ? »

Le héros semble décontenancé, surpris par l'agressivité soudaine de son ami. Il tente de trouver une manière de se rattraper, mais il est mis en difficulté par l'alcool qui l'empêche de formuler ses arguments de façon cohérente et réfléchie.

« N... non, c'est pas ce que j'ai voulu dire ! Écoute, je suis désolé, et je voulais juste...

— Stop. C'est pas le moment. Tu vas pas me faire croire que t'es sincère avec deux grammes d'alcool dans le sang. Et moi, j'vais juste te dire "oui oui" pour que tu te taises. Alors ferme ton joli petit bec, et laisse-moi décuver en paix !

— Mais, Tōya, c'est juste que... »


Tōya l'interrompt en se penchant subitement vers lui, pinçant ses deux joues entre ses doigts pour le faire taire, ses deux yeux bleus lançant des éclairs en direction des iris dorés du héros. Il baisse la voix, mais les grondements dans sa gorge sont tout de même bien audibles.

« Ne m'appelle pas comme ça ici, espèce de malade ! Félicitations : t'as vraiment trouvé la chose qui pourrait le plus me mettre en rogne ce soir ! »

Il ne le lâche pas tout de suite, cela dit. Cette proximité entre leurs visages lui fait un drôle d'effet, et il lui faut quelques longues secondes avant de se résoudre à le libérer de son emprise. Hawks s'apprête à se défendre, mais Tōya ne lui en laisse pas le temps. Il se lève brusquement, peine à garder son équilibre en s'aidant du dossier du canapé pour se maintenir debout, et s'éloigne de l'emplumé sans demander son reste.


Oh, il m'énerve ce crétin. Avec sa belle gueule de premier de classe alors qu'il comprend rien. Tellement rien... Il pourra jamais comprendre.


Tōya ne sait pas où il va. Il remet sa capuche sur sa tête et slalome entre la foule, mains en poches, shootant dans les cadavres de canettes et de gobelets en plastique qui recouvrent le sol pour se défouler. Soudain, une femme qu'il se souvient vaguement avoir déjà croisée l'agrippe par le bras et commence à le tirer dans le sens opposé en sautillant joyeusement.

« Dabi, viens danser avec nous ! »

Une sensation électrique parcourt tout son corps. Il ne supporte pas être touché contre son gré et repousse son étreinte avec vigueur.

« Dégage ! Comme si c'était mon genre, de danser ! »

Elle n'insiste pas, clouée sur place par le regard noir qu'il lui lance. Oh là là, ça commence à aller mal... Il reprend sa route vers nulle part en titubant, une main sur son visage. Sa tête lui tourne tellement qu'il a de nouveau envie de gerber. Franchement, quelle idée de merde, d'être bourré quand on est pas d'humeur à faire la fête. Il se rappellera de ne plus jamais accepter une proposition faite par Yumei avec cinq verres dans le nez. En parlant d'elle, où peut-elle bien se trouver ?


Il lève les yeux pour scruter les visages autour de lui, quand il entend son nom être hélé dans son dos.

« Eh, Dabi ! Je suis content de te trouver ! »

Il observe avec surprise Spinner se diriger d'un air beaucoup trop satisfait vers lui, deux petits shots de ce qui doit être du saké entre ses doigts de lézard.

« Je voulais trinquer avec Hawks, mais je le trouve pas ! Alors partage ce verre avec moi ! »

Tōya s'apprête à l'envoyer bouler, mais... Oh, et puis, merde. Il attrape le verre, laisse Spinner cogner le sien, et le boit cul-sec en compagnie de son camarade qui est visiblement ravi d'avoir pu partager cet instant de fraternité avec lui.


Oh, mon dieu.


Autour de lui, le monde tournoie, se distord, grossit et rétrécit à intervalles irréguliers. Il commence à avoir du mal à distinguer le haut du bas, mais aussi les visages des corps qui remuent autour de lui. Il est envahi d'une bouffée de chaleur qui lui donnerait presque envie de se déshabiller là, maintenant, devant tout le monde. Il s'appuie contre ce qu'il pense identifier comme une table et ferme les yeux pour calmer les vertiges, mais c'est encore pire. Ce dernier shot était une bien belle idée de merde, et il maudit maintenant Spinner de tout son être.

Il oscille entre l'envie d'aller tout remettre aux toilettes et celle de prendre l'air. Son choix se porte assez rapidement sur le balcon, qu'il aperçoit juste en face de lui au moment d'ouvrir les yeux. De toute façon, rester à l'intérieur risque de lui provoquer un malaise. Avec le trop grand espoir que l'air frais de la montagne le sauve de tous ses maux, il se dirige d'un pas rapide vers la fenêtre et saute maladroitement sur la petite terrasse, obligé de se rattraper à la rambarde pour ne pas se rétamer en beauté. C'était moins une...


Il remarque un homme qui lui tourne le dos, occupé à fumer en solitaire. Il reconnaît immédiatement cette façon chic de s'habiller et cette carrure bien bâtie. Mr. Compress, alerté par la lourdeur avec laquelle Tōya vient d'atterrir sur le balcon, tourne la tête vers lui. Son masque est remonté sur le côté de son crâne, et il lui renvoie un sourire amusé. Le manieur de flammes le rejoint, se laissant tomber contre la balustrade à côté de lui alors que ses nausées commencent doucement à revenir le guetter.

Silencieusement, Compress sort de sa poche un petit paquet de cigarettes et le tend au jeune homme. Sans hésitation aucune, le noiraud s'empare d'une clope, la porte à sa bouche et l'allume à l'aide d'une flammèche qu'il produit au bout d'un de ses doigts. Oh, que Dieu (ce connard) bénisse cet homme et son ravitaillement en nicotine qui tombe toujours à point nommé.

Tōya tire une longue bouffée de sa cigarette. Au moment d'expirer, il ne peut retenir un grognement de plaisir, sous le regard toujours aussi amusé de son camarade.

« Oh putain. Ça faisait tellement longtemps. Tu m'envoies au septième ciel, là, sans déconner. »

Le magicien ricane et se remet à tirer sur la sienne.

« Tu sembles surpris ? Je pensais pourtant que je t'y avais habitué... »

Tōya lève les yeux au ciel, gêné. Quelle façon bien subtile de faire allusions aux quelques soirée où ils ont couché ensemble. Il n'y a jamais eu de romantisme entre eux : leurs rapports ont toujours été purement transactionnels pour évacuer le stress et les frustrations du quotidien. Et comme ils se grillent chaque fois une cigarette après avoir terminé leur affaire et que Tōya est trop pauvre (et trop reconnaissable en public) pour aller s'acheter ses paquets lui-même, fumer est une habitude qu'il a fini par développer avec lui. Compress souffle un peu de fumée et continue.

« En tout cas, tu sais où me trouver. J'en garde toujours pour toi. »

Il lui adresse un clin d'œil espiègle. Le jeune homme s'affale sur la rambarde et pose son menton sur ses avant-bras croisés, la clope au bec. Il contemple un instant la verdure montagneuse face à lui, songeur. Malgré qu'il voit encore double, l'air frais lui fait réellement du bien et ses nausées se sont calmées. Ouais, venir sur le balcon était définitivement un bon plan.


Compress brise à nouveau le silence.

« En parlant de nos petits rendez-vous nocturnes... ça fait un moment que tu n'es pas venu chez moi pour évacuer tes frustrations. J'en déduis que tu as trouvé une personne de remplacement ?

— Si tu me parles de Yumei, je te jure que...

— Bien sûr que non ! Je sais bien que tu n'es pas de ce bord-là. Ces rumeurs sont ridicules. »

Enfin quelqu'un plein de bon sens ! Tōya est si agréablement surpris par cette remarque qu'il se met à sourire pendant qu'il souffle une bonne bouffée de fumée face à l'horizon. Mais la phrase suivante le fait vite déchanter.

« À vrai dire, je pensais plutôt à Hawks. »

Le noiraud se fige. Compress venait à peine de gravir les échelons de son estime qu'il retombe aussitôt en bas de l'échelle avec les autres. Le visage de Tōya se ferme immédiatement, et il détourne la tête, honteux. Si son camarade a remarqué son attirance pour Hawks, alors ça veut dire... qu'il est vraiment si peu discret ? C'est vrai, il a eu du mal à décrocher son regard de l'oiseau, ce soir. C'est vrai, ils passent beaucoup de temps à deux pour le moment, même en dehors de leurs rendez-vous sur la falaise. Et c'est vrai aussi, Mr. Compress est un homme plutôt futé et un excellent analyste. Mais quand même...

« Y a rien entre le pigeon et moi, grogne-t-il, la cigarette calée entre ses dents. On passe du temps ensemble uniquement pour faire plaisir à Yumei. Et de toute façon, c'est pas mon genre. Il est... »

... beaucoup trop bien pour moi.


Le cœur de Tōya se serre alors qu'une nouvelle vague de frustration envahit son corps entier. Il regarde tomber les dernières cendres de sa clope, un voile de tristesse devant les yeux, le goût amer de la déception dans sa bouche. Puis il écrase son mégot sous la semelle d'une de ses bottes et le pose dans le cendrier prévu à cet effet. Un léger coup d'épaule le sort de ses pensées, et il se tourne vers son interlocuteur, qui s'est penché vers lui sans qu'il ne s'en soit rendu compte.

« Toi, tu as besoin d'évacuer... je me trompe ? »

Tōya rougit légèrement, soudain gêné. Pourtant, ce n'est pas la première fois que Mr. Compress et lui se rapprochent dans un moment de faiblesse et qu'ils se chauffent l'un et l'autre pour mettre de côté leurs angoisses. Mais aujourd'hui, c'est différent. Aujourd'hui, Tōya ne sait plus s'il a encore envie de vivre ça avec son camarade. Pourtant, il en a des frustrations à évacuer. Oh que oui, il en a...


L'artiste l'attire doucement vers lui, agrippant sa hanche, et approche son visage du sien. Le manieur de flammes frémit. La tentation est irrésistible... Mais, dans un petit coin de sa tête, la pensée d'une autre personne le retient.

Tu ne devrais pas faire ça.

Leurs nez se touchent, leurs souffles se mêlent.

Ce n'est pas ce que tu veux vraiment.

Mais qu'est-ce qu'il veut vraiment ? De toute façon, il n'y a aucune chance que Hawks l'accepte tel qu'il est un jour.

Aucune chance...


Alors bon... pourquoi pas...


« Ah, hem, mmh... »

Tōya sursaute et s'écarte brusquement de Compress, qui commençait à laisser couler ses mains au niveau de ses fesses, alors qu'un raclement de gorge de la part d'une troisième personne le sort de sa transe. Son mouvement vif lui fait tourner la tête, et il doit s'agripper à la balustrade pour ne pas vaciller.


À quelques mètres d'eux, Hawks les observe, dansant sur ses deux pieds d'un air profondément embarrassé.

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