Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Note : On arrive au premier gros tournant de l'histoire ! Le prochain chapitre marquera la fin de la partie 1, qui a été pensée pour construire l'intrigue et les différents enjeux moraux des personnages. L'amitié entre nos héros commence à pointer timidement le bout de son nez... j'ai hâte de vous en dévoiler plus sur leurs relations !
En tout cas, je suis heureuse que vous soyez resté.es jusque là ! N'hésitez pas à laisser un petit like ou commentaire pour montrer que vous êtes présent.es et soutenez ma fic, ça me ferait super plaisir ❤︎ Merci à vous !!
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« Cher Hawks,
J'ai relu ce passage de ton livre, encore et encore. Des tas de questions me brûlent les lèvres, et j'aurais aimé pouvoir en parler avec toi, mais je vais devoir prendre mes distances.
Tu l'as peut-être déjà deviné et ça me fait du mal de te l'annoncer, mais ce que tu craignais s'est produit entre Dabi et moi. Je suis désolée. Il n'est plus possible de revenir en arrière désormais et la peur du futur me paralyse.
J'ai conscience qu'il s'agit d'un véritable problème pour toi, et je ne sais plus ce que je suis censée faire. Honnêtement, je suis à deux doigts de tout laisser tomber... J'ai l'impression que j'amène des problèmes partout où je vais, et ça devient trop dur à supporter.
Je te souhaite tout le meilleur dans le monde idéal que tu cherches à créer. Loin de moi.
J'espère que tu me comprends,
Yumei »
Elle a glissé la lettre sous la porte de la chambre du héros, discrètement, jetant des regards furtifs autour d'elle pour être sûre de ne pas être vue. Elle espère l'avoir rendue suffisamment ambiguë pour n'éveiller aucun soupçon au cas où cette dernière tomberait entre de mauvaises mains. La tête basse, son visage est triste, vidé. Elle qui pensait recommencer une nouvelle vie, pouvoir oublier son passé... Elle réalise qu'elle s'est fait bien trop d'espoirs, et qu'elle tombe maintenant de si haut qu'elle ne sait pas si elle sera capable de survivre à cette chute.
Elle a passé la nuit dernière à retourner la situation dans tous les sens. Elle est de plus en plus certaine que Hawks est infiltré au Front, et qu'il est toujours un héros, contrairement à ce qu'il fait croire à tout le monde ici. Cette révélation l'a rassurée, un peu. Après tout, c'est un soulagement de comprendre que l'un de ses plus grands idoles n'est pas un traître et un menteur. Ce beau jeune homme ailé toujours souriant est bien comme elle se le figurait : loyal, protecteur, œuvrant pour un monde meilleur. Mais c'est aussi ce qui rend les choses si difficiles.
Elle, à côté de ça ? Elle a probablement commis un homicide. Elle a rejoint une bande de criminels de son plein gré. Et pire : elle s'entend suffisamment bien avec eux pour participer à leur plan de révolte. Elle ne peut pas se voiler la face davantage. Elle est plus proche du camp des méchants que de celui des gentils, et elle ne sait plus quoi penser de tout ça.
L'idée de côtoyer encore le jeune héros lui paraît désormais absurde. Il a été si bienveillant, si rassurant avec elle... Il est son meilleur soutien ici, depuis son arrivée. Mais elle, qu'a-t-elle à lui apporter, si ce n'est de finir par lui attirer des ennuis ? D'autant qu'elle a commis l'irréparable... Même sans l'avoir fait exprès, elle a partagé son alter avec Dabi. Ce même Dabi qui est l'un des criminels les plus recherchés du Japon. Ce qui fait de lui l'un des pires ennemis de Hawks.
Cette situation est tellement difficile à gérer. Trop difficile...
Elle pousse un profond soupir, puis se redirige vers sa chambre. Elle a passé une bonne partie de la journée enfermée dans cette dernière, prétextant avoir encore besoin de temps pour se remettre de ses blessures. Elle n'ose pas croiser ses nouveaux amis dans son état mental actuel, par peur d'attirer des soupçons, par peur de décevoir. Elle y retourne donc la tête basse, prête à s'isoler encore du monde.
À réfléchir à la meilleure manière de régler ses problèmes.
À comment faire disparaître son alter...
Mais ses pas se stoppent net quand elle arrive en vue de sa destination. Devant sa porte se tient un homme, qui s'apprêtait à faire demi-tour après avoir réalisé que la pièce était vide.
Dabi.
Figée, elle n'ose pas s'approcher. Il se tourne alors vers elle, et elle le trouve étonnamment calme : son visage est détendu, presque surpris, pas crispé et en colère comme elle a l'habitude de le voir depuis qu'elle l'a rencontré. Serait-il venu pour... ?
* * *
Alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, Dabi est surpris de croiser Yumei dans le couloir. Il remarque tout de suite la retenue de la jeune femme : tendue, légèrement tremblante, elle ne semble pas vouloir se résoudre à faire un pas vers lui. Il passe une main dans ses cheveux, agacé de constater qu'il la terrifie toujours autant. Et encore plus agacé de devoir s'avouer qu'il le mérite...
« Hum... Bonjour, Yumei. »
Il détourne le regard, très mal à l'aise. Il sait bien que se comporter normalement avec elle n'effacera pas tout le mal qu'il a pu lui faire. Il s'attend à ce qu'elle refuse de lui adresser la parole et qu'elle lui demande de partir. Oui, définitivement, il le mériterait... Mais voilà : après avoir vécu trois jours de véritable enfer, seul dans sa tête avec ses tourments et sa colère, il se sent enfin prêt à entrevoir la suite. Et l'ennui... c'est qu'il ne peut pas le faire sans elle.
Alors il est venu dans l'intention de s'excuser, même s'il ne sait pas encore comment il va s'y prendre. Il en a discuté avec certains de ses camarades, Compress l’autre fois, mais aussi Twice ce matin. Apparemment, ces derniers s’inquiètent pour lui, ce qu’il n’aurait jamais cru possible. Et comme ils ont l’air d’apprécier Yumei... faire un pas vers elle semble être la chose la plus logique à faire ?
Face à l'absence de réponse de son interlocutrice, il se permet de continuer.
« Je veux... enfin. J'aimerais parler avec toi. Tu me laisses entrer ? »
Elle regarde nerveusement la porte, puis lui à nouveau. Elle est probablement en train de se remémorer ce qu'il s'est passé la dernière fois qu'ils ont été à deux dans une pièce. Dabi pousse un soupir et lève ses deux mains à la hauteur de sa tête.
« Pas de feu aujourd'hui. Je te le promets. Je resterai tranquille et sage comme une image. »
Elle semble récupérer un peu de contenance, et fronce les sourcils, dubitative.
« Je ne sais pas ce que vaut la promesse d'un vilain. Mais je suppose qu'on a des choses à se dire, toi et moi... Je te laisse une dernière chance. »
Il lui adresse un sourire narquois, les mains toujours en l'air, faisant quelques pas à reculons pour la laisser atteindre sa porte.
Ils pénètrent tous les deux dans la chambre étroite, pas très différente de celle de Hawks, excepté un plus petit lit et une absence de salle de bain (la faute à avoir aménagé en urgence un ancien bureau). Malgré son côté austère, la pièce est très propre et presque un peu cosy, décorée de papier peint fleuri (même si défraîchi), meublée d'un petit bureau et d'une étagère contenant quelques vêtements bien rangés.
Elle s'assied sur la chaise de bureau, mettant volontairement le plus de distance possible entre eux, alors qu'il prend place sur le bord du lit. Elle commence d'une voix sèche.
« En fait... tu tombes bien, j'avais justement quelque chose à te demander.
— Oh, vraiment ? »
Il lui sourit, lui dévoilant ses dents blanches.
Yumei ne continue pas tout de suite, détournant le regard et fronçant les sourcils, semblant perdue dans ses pensées. Dabi remarque qu'elle a l'air soucieuse. Puisqu'il ne l'a jamais vue dans un autre état qu'en panique et en pleurs, cette émotion nouvelle vient piquer sa curiosité.
« Alors je te laisse commencer », souffle-t-il d'une voix qu'il ne peut s'empêcher de rendre un peu moqueuse. Pour briser la glace entre eux, ce sera probablement plus facile de la laisser parler en premier. Vu comme il est lui-même un désastre en compréhension des relations humaines...
Elle ferme les yeux, prend une grande inspiration, et se lance enfin.
« Mon alter... J'ai raconté à tout le monde que je ne l'avais plus. C'est un peu vrai : j'en ai peur et je le déteste de tout mon être, alors j'aimerais m'en débarrasser. Tu es bien placé pour comprendre en quoi il fait plus de tort que de bien... »
Dabi ne dit rien, fronçant les sourcils en guise de réponse.
« J'ai l'impression de t'avoir fait énormément de mal, et je n'arrive plus à le supporter. Alors, pour me faire pardonner... J'aimerais te laisser finir ce que tu n'as pas pu faire la dernière fois. Si ça peut faire disparaître mon alter, je suis prête à en payer le prix. »
Il lève un sourcil, dubitatif. Est-elle en train de lui demander de la tuer pour de vrai, cette fois ? C'est bien ça qu'il doit comprendre ? En fait, elle est une putain de suicidaire... elle aussi ? Ou y a-t-il quelque chose de plus qu'il ignore ? Il se met à ricaner, baissant la tête. Sa réaction fait blêmir son interlocutrice.
Alors... son plan est de disparaître ? Après lui avoir complètement retourné le cerveau ? Sans chercher à réparer ce qu'elle a causé, sans prendre la peine de lui expliquer ? Elle n'a pas l'intention de lui avouer comment elle connaît son vrai prénom ? Pour quelle raison elle lui a dit qu'il pouvait encore changer les choses ? Non... Elle veut juste mourir, et au passage le laisser pourrir seul dans sa merde ?!
Il ressent la colère gronder, encore, celle qui ne veut décidément pas le quitter depuis cette fameuse nuit. Mais cette fois, il fait tout pour la réprimer. Instinctivement, il a agrippé son t-shirt au niveau de son cœur, comme pour contenir le monstre prêt à sortir, comme pour chercher à calmer les battements de cet organe qui s'emballe dans sa poitrine.
« Tu ne t'excuses pas vraiment. Tu te cherches juste des excuses pour te foutre en l'air. »
Il relève la tête, l'œil brillant de ressentiments. Ses lèvres à elle se mettent à trembler.
« Hors de question que je te fasse cette fleur. Si je suis venu aujourd'hui, c'est pas pour fuir les problèmes et encore moins pour t'entendre te lamenter. C'est pour qu'on décide ensemble comment surmonter cette situation de merde. Et pour ça, on n'a pas le choix : on doit se faire confiance. »
Il la voit respirer un peu plus rapidement et plus fort, quelques larmes perlant aux coins de ses yeux.
« Donc... le seul qui doit s'excuser ici... C'est moi. »
Un grand silence suit ses paroles, perturbé seulement par les petits hoquets de surprise et de sanglots de Yumei. Les yeux de Dabi la fixent sans sourciller, il cherche à rester neutre, calme, mais il sent la peur le gagner petit à petit. Et si elle le rejetait ? Et si elle refusait de lui expliquer, de l'aider ? Comment allait-il pouvoir surmonter cette situation ? Et elle, comment allait-elle pouvoir continuer à vivre comme ça ?
Il se lève, ce qui la fait légèrement sursauter, et se déplace lentement pour ne pas la brusquer ou lui faire peur. Il s'approche et s'accroupit face à elle pour ne pas la surplomber.
« Yumei. J'ai choisi de te faire intégrer le Front, alors... En tant qu'alliée, est-ce que tu accepterais de faire équipe avec moi ? »
Elle n'y tient plus, et laisse cette fois s'écouler un flot de larmes sur ses joues. Dabi, qui pensait ne plus être capable de ressentir de l'empathie pour autrui, a l'impression d'être... touché ? Il comprend. Elle voulait mourir, et il vient de lui faire entrevoir une autre possibilité. Elle doit être désemparée, soulagée et confuse.
C'est pour cette raison qu'il la laisse pleurer sans rien dire, détournant les yeux pour lui laisser un peu de pudeur. Quand elle parvient enfin à se ressaisir, elle tente de répondre maladroitement :
« Je pensais... Je pensais que tu me détestais...
— C'est encore un peu le cas... »
Il ne peut pas s'empêcher d'être honnête et il n'a plus envie de lui cacher ses sentiments.
« Je déteste le chamboulement que tu as apporté dans ma vie. Tout était une évidence pour moi... Tout. La vengeance, les crimes, le Front, la façon dont je pensais en finir. Me faire douter, regretter... Me donner l'impression d'avoir été si loin pour rien... C'est très, très difficile à supporter. »
Elle se remet à pleurer de plus belle.
« Je crois... Je crois qu'on est au même stade, toi et moi. Je me suis aussi demandé si tout laisser tomber et arrêter là ne serait pas plus simple. »
Yumei pose ses yeux pleins de larmes sur lui, essayant de calmer ses sanglots. Elle semble touchée par ce qu'il vient de dire, mais elle ne parvient pas à intervenir tout de suite.
« Mais j'ai enfin compris. On n'est pas seuls face à ce bordel. Si on disparaissait maintenant, peut-être que ça rendrait les choses plus faciles, oui... Mais ça ferait de nous des lâches. Si tu penses vraiment qu'on peut encore changer les choses, alors... Restons en vie pour contredire ces putains de visions. Restons en vie pour l'Alliance. Et essayons au moins de sauver celle de Twice. »
Il a encore du mal à se l'admettre, mais ça lui fait tellement du bien de pouvoir partager ce poids avec Yumei. Tous les deux ont vu la même vision : Dabi penché sur le cadavre de Twice, récupérant un peu de son sang dans une petite fiole. Aucun des deux ne sait ce qui va mener à la mort de leur compagnon, mais ils savent qu'il s'agit d'un futur relativement proche. Alors, pour leurs deux âmes meurtries et au bord de l'effondrement, n'était-ce pas le mieux à faire ? Rester encore un peu plus longtemps, et tenter d'empêcher la mort tragique de quelqu'un qui mérite plus qu'eux de vivre ?
Yumei, encore tremblante, esquisse un hochement de tête. Son visage s'adoucit alors qu'elle tente de lui répondre sans succomber à nouveau à ses pleurs.
« Merci... Dabi. Finalement... Tu viens encore de me sauver la vie... »
Un sourire se dessine sur les lèvres de Dabi, le premier sourire véritablement sincère qu'il lui adresse depuis qu'il l'a rencontrée. Il se redresse, laissant circuler à nouveau le sang dans ses jambes qui commençaient à être prises de fourmillements.
« J'espère ne pas avoir besoin de le faire une fois de plus. »
Elle lâche un petit rire doux et détendu, ce qui l'amuse lui aussi.
« On forme une équipe, alors ? », demande-t-elle comme si elle n'arrivait pas encore à croire à ce retournement de situation.
Il hoche la tête.
« Ouais... Ensemble, on va sauver Twice. »
Les pleurs de la jeune femme s'estompent petit à petit, son visage de plus en plus apaisé. Elle rajoute :
« Et on va te sauver, toi aussi. »
Dabi, qui ne pensait plus vraiment à lui-même en ce moment, est pris de court. Il ne peut réfréner sa gêne, sentant ses joues s'empourprer légèrement face à la détermination de Yumei à lui venir en aide.
« Mouais... On verra bien... », marmonne-t-il d'un air boudeur en détournant les yeux.
Yumei s'apprête à rajouter quelque chose, mais ils sont tous les deux interrompus par des coups frappés à la porte de façon insistante. La jeune femme s'empresse de frotter ses yeux et ses joues pour dissimuler maladroitement ses larmes. Dabi se permet d'aller ouvrir afin de lui laisser le temps de récupérer un peu de sa contenance.
Il tombe nez à nez avec une petite femme aux cheveux gris, l'une des fidèles de Re-Destro qu'il avait déjà aperçue quelques fois dans les couloirs du Manoir. Cette dernière a l'air surprise de le voir. Elle s'attendait clairement à être accueillie par Yumei et se demande sûrement ce qu'il peut bien faire dans sa chambre.
« Ah, euh, bonjour Dabi. Yumei est là ?
— Ouais... Tu lui veux quoi ? »
Il croise les bras, barrant la porte. Il ne se rend pas compte qu'il se comporte comme un petit ami ou un grand frère protecteur, et ne comprend donc pas pourquoi la femme face à lui à l'air de plus en plus confuse.
« Ça... euh, ça tombe bien que tu sois là aussi. Vous êtes convoqués par l'Assemblée des Officiers tous les deux. Ils vous attendent maintenant en salle de réunion.
— L'Assemblée ?! »
Dabi tombe des nues. Il est lui-même l'un des membres de cette putain d'Assemblée. Pourquoi se fait-il convoquer par ses connards de coéquipiers ?
« Ils sont au courant que j'en fais partie ?
— Ils ont... des questions à te poser... »
Yumei s'est levée et approchée de la porte à son tour. Dabi et elle s'échangent un regard inquiet, conscients que leur petit numéro ces trois derniers jours n'a probablement pas échappé aux autres membres de l'Alliance et à la vigilance de Skeptic.
« Fait chier... Je suppose qu'on n'a pas le choix... »
Yumei déglutit à côté de lui, et ils suivent tous les deux la criminelle sans un mot de plus, terriblement anxieux de ce qui les attend dans cette salle de réunion.