Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Note : la mise en page du texte a été légèrement changée pour plus de confort de lecture, je vais adapter petit à petit les chapitres précédents. J'espère que l'histoire vous plait toujours, voici un chapitre plutôt intense !
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« Alors, Yumei Sasaki ? On se plaît chez les vilains ? »
Confortablement enfoncé dans son coussin, Dabi prend un malin plaisir à observer son invitée se décomposer sur place, figée dans l'encadrement de la porte. Il se moque d'elle intérieurement, un sourire toujours malveillant sur le visage. Pourquoi cette tête, mmh ? N'avait-il pas été si gentil avec elle ? C'est vrai quoi... il l'a aidée. Il l'a ramenée sans encombre dans un lieu sûr. Il lui a laissé le temps de dormir, de se nourrir et de rencontrer des personnes amicales. Il a été un si bon sauveur, doux comme un agneau, irréprochable, pas vrai ? Alors, comment peut-elle se permettre de le regarder avec ces yeux-là ? Comment ose-t-elle le jauger comme si elle se retrouvait en face d'un monstre ?!
Il sourit toujours, une irrésistible envie de la briser, de se venger d'elle, grouillant dans son esprit et rampant le long de sa peau. Pourquoi cela lui démange-t-il autant ? Ah ah... Après tout, c'est elle, la cause de toute cette situation ! C'est elle qui a croisé sa route, elle qui n'a pas voulu mourir, et encore elle qui a déclenché sur lui son putain d'alter qui retourne le cerveau !
Elle fait finalement un pas en avant, fermant doucement la porte dans son dos. Il remarque qu'elle tremble, ce qui l'énerve encore plus. Le pied posé sur son genou commence à s'agiter furieusement dans l'air, et il se met à chipoter aux ongles de sa main pour se distraire et tenter de calmer le grondement qui commence déjà à monter dans sa poitrine.
« Bon... Bonjour... Dabi. »
Elle ose à peine le regarder, toujours plantée devant la porte. Derrière son dos, elle garde une main sur la poignée, préparée à fuir à la moindre menace. Dabi pousse un sifflement agacé. Elle a encore peur de lui, et ce n'est pas comme ça qu'ils parviendront à s'expliquer correctement. Il décide donc de garder de côté ses idées de vengeance et ses pensées violentes. Pour le moment, il a des réponses à obtenir. Le reste... il verra après.
« Je t'ai posé une question. »
Il se concentre à nouveau sur ses ongles, peinant de plus en plus à garder son calme. Elle force un sourire sur son visage, visiblement pas sûre de savoir comment elle devrait s'adresser à lui.
« Le Manoir est impressionnant. Je pense que je vais m'y plaire. Et j'ai... j'ai fait des belles rencontres. Himiko... enfin, Toga, Twice et Spinner ont été accueillants avec moi. Oh, et Hawks aussi, bien sûr. »
À la mention de l'insupportable héros, Dabi n'y tient plus. Il se redresse, pose ses deux pieds à terre, toujours assis sur le bord du lit. Il se penche en avant, les mains jointes devant son menton, la toisant d'un regard brûlant. Elle semble remarquer son agacement, réalisant qu'elle l'a peut-être vexé.
« Oh oui, c'est vrai, je voulais aussi te remercier... C'est grâce à toi que... »
Il se lève, ce qui la saisit et la coupe en plein milieu de sa phrase. Il reste tout de même à une distance raisonnable pour ne pas lui faire perdre complètement ses moyens.
« Ça suffit avec les fausses politesses. Tu sais pourquoi tu es là. Alors, maintenant, tu vas me parler de ces visions. Le reste, tu peux pas savoir comme j'en ai rien à foutre. »
Yumei semble un peu décontenancée, d'autant qu'il venait de lui demander de raconter sa vie. Mais en fait, il est fatigué de jouer la comédie. Il est honnête : il n'en a vraiment, vraiment rien à faire de ce qu'elle vit. Il l'a amenée ici dans un seul but, comprendre ce qui s'est passé la nuit dernière, et il compte obtenir rapidement sa réponse. Pas besoin de faux sourires. Pas besoin de cordialité forcée. Tout ça est futile, il perd son temps, et sa patience est déjà en train de lui faire défaut.
« Alors ? J'écoute ! »
Elle ferme les yeux, prend quelques secondes pour calmer ses nerfs à l'aide d'un exercice de respiration. Ça le tue de devoir l'admettre, mais Dabi peut comprendre pourquoi elle a autant peur de lui. Après tout, il était à deux doigts de la tuer il y a à peine quelques heures. Accessoirement, elle l'avait aussi vu commettre un triple meurtre. Et il a entendu les nouvelles au journal, il sait de quoi elle s'est rendue coupable la même nuit que lui. Honnêtement, il parvient à comprendre ce qu'elle traverse. Mais il n'en peut plus. Ces images dans sa tête sont à deux doigts de le rendre fou, et c'est l'unique priorité pour lui actuellement.
Quand elle semble avoir récupéré sa contenance, elle prend une inspiration, baisse la tête, et soulève une partie de la frange mal coupée qui lui cache le front. Son geste révèle alors un troisième œil, semblable à un tatouage violet gravé en relief sur son visage, clignant de sa paupière de peau alors qu'il se met à le fixer intensément. Dabi tremble légèrement. D'excitation ? Ou... de peur ?
« Je pense que tu es déjà arrivé à cette conclusion. Mon alter... permet de voir le futur. »
Les tremblements s'intensifient. Il s'en doutait... mais... Cette révélation lui fait l'effet d'un puissant coup de poing dans l'estomac. Il comprend : il l'a déclenché en posant sa main sur le front de sa victime, dans l'intention de la tuer. Sans le vouloir, il a partagé son destin avec elle. Alors toutes ces visions... vont se produire ? C'est vraiment ça, le futur qui l'attend... ?
« Menteuse. »
Il n'a aucune raison de croire à un mensonge. Le mot est sorti tout seul. Mais son cerveau refuse tellement en bloc cette information qu'il cherche n'importe quelle échappatoire possible. Elle souffle, toujours concentrée sur sa respiration pour ne pas défaillir.
« Je suis désolée. Tout ce que tu as vu, c'est ce qui t'attend dans les prochaines semaines, ou les prochains mois... Je n'ai pas l'impression que les visions ont été beaucoup plus loin. Tu as compris pourquoi... »
Parce que je vais mourir. Dans un tube, comme un con.
Il se laisse retomber sur le lit, le choc fait trembler affreusement ses bras. Il prend sa tête entre ses mains, agrippant fermement ses cheveux, cherchant la douleur comme si elle pouvait le ramener à la réalité. Il oublie un instant qu'elle se tient toujours là, plantée comme un piquet devant lui, et pousse un grognement de colère. Non, ça ne se peut pas... ! Il doit... il doit obtenir vengeance ! Si Endeavor... si Shōto sont toujours là... S'il meurt sans les rendre malheureux, alors à quoi bon... À quoi bon tous ces efforts ? À quoi bon être resté en vie ?!
Sous sa peau, il sent le feu s'embraser, prêt à sortir d'une minute à l'autre. Sa colère est telle qu'il pourrait se laisser consumer sans aucune intention de le retenir. Pourquoi ne le ferait-il pas, d'ailleurs ? Il pourrait tout brûler. Tout détruire ! Puisque, de toute façon... De toute façon, il échouera quoi qu'il arrive ! Alors, pourquoi ne pas en finir maintenant ??
Brûle. BRÛLE.
Le démon dans sa tête cherche à le pousser à bout. Les souvenirs du futur s'emballent. Il est perdu loin dans son esprit alors que son corps est laissé à une nouvelle crise de panique. Sa respiration siffle, la douleur de son cuir chevelu s'intensifie encore, sa mâchoire se serre tellement fort qu'elle pourrait bien briser ses dents.
Toutes ces années... Toutes ces années où son corps n'aurait même pas dû fonctionner. Où il est resté en vie uniquement grâce à cette haine profonde qui l'a tenu à flot. Grâce à ce désir de vengeance ardent, qui lui a offert un objectif clair, une nouvelle raison de vivre. Il allait détruire Endeavor. Sa famille, sa carrière et même toute la société qu'il cherche tant à protéger. C'était l'évidence. Il ne vivait que pour ça. Pourquoi, alors ?! Comment serait-ce possible qu'il échoue, alors qu'il met tellement de cœur, tellement d'énergie à cet unique but depuis autant d'années ?!
« Dabi. »
Il est brusquement ramené à la réalité, surpris de tomber nez à nez avec la jeune femme qui s'est accroupie à sa hauteur. Elle a posé l'une de ses mains sur l'une des siennes, de laquelle émane une odeur de brûlé et un mince filet de fumée noire. Il a envie de la repousser, mais son corps est encore paralysé par le choc.
« Ce futur, c'est ce qui t'attend si tu continues sur cette voie. Mais... tu peux encore changer les choses. »
Cette phrase lui provoque un déclic. Il repousse brutalement sa main, soudainement anxieux qu'elle se tienne si près de lui et avec un air aussi sérieux. De quoi elle se mêle ?! Pourquoi elle continue de s'incruster encore et encore dans sa vie, bordel ?!
« Ça ne te regarde pas ! Je n'existe que... que pour...
— Écoute-moi ! Tu peux encore te racheter, il n'est pas trop tard... Après tout, tu es le fils d'Endeavor. J'ai vu juste... Tōya ? »
Ses yeux s'ouvrent grands, ronds.
Le temps semble s'arrêter.
Elle plonge son regard dans le sien.
Pleine de détermination.
Il halète, il a l'impression d'avoir physiquement mal au cœur. Tout ça devient trop dur à supporter pour lui. De fines flammes bleues commencent à danser au niveau de ses clavicules et de ses coudes. La fille le remarque, elle se lève, esquisse un mouvement de recul, soudainement inquiète.
Pourquoi... Comment elle connaît...
Elle fait encore quelques pas prudents en arrière. Oh, qu'il déteste le regard apeuré qu'elle lui lance à cet instant. Oh... qu'il la déteste, tout court. Il est dans cet état misérable à cause d'elle... Dans cette, putain, de situation impossible. À cause d'ELLE !
« Je... je reviendrai un peu plus tard... Le temps que tu te cal... »
La rage éclate. Vive, intense. Il se lève d'un bond et la plaque contre le mur à côté de la porte, violemment, l'esprit parti en miettes. Il ne sait plus ce qu'il fait : trop d'émotions l'empêchent de réfléchir, de respirer, il suffoque et il a mal. Les flammes jaillissent de plus belle de ses épaules, de son dos. Sa main nécrosée se referme autour de sa gorge, elle lui jette un regard épouvanté qu'il ne parvient même plus à voir. Fais-lui du mal. Venge-toi ! Après tout... C'est à cause d'elle que tu es dans cet état. C'est elle qui s'est mêlée de ce qui ne la regarde pas !
Vas-y.
Tue-la !
Mais il s'arrête à temps. La main en l'air, menaçante, chargée de flammes, s'interrompt dans sa course. Il revient subitement à lui quand il remarque enfin les yeux de la jeune femme. Ces yeux... ou plutôt, ces pupilles tremblantes, cette peur dévorant ses deux iris couleur ambre. Ils lui rappellent des souvenirs lointains, une situation qu'il a déjà vécue.
Il se remet à trembler alors que des images du passé lui reviennent.
Il se souvient de deux yeux gris terrifiés.
Une silhouette frêle, recroquevillée dans un coin de la pièce, les bras levés pour protéger son visage.
Un corps immense en face d'elle, enflammé, menaçant, prêt à frapper.
La peur dans son ventre de petit garçon, la colère, et un sentiment d'injustice profond.
M... Maman ?
Tout se passe très vite. La porte s'ouvre brusquement, et une silhouette s'engouffre dans la pièce en un éclair alors que Dabi est tiré violemment en arrière. Il s'écrase contre le mur du fond, le choc lui coupe le souffle, éteignant ses flammes en même temps. Incapable de bouger, il comprend qu'il est cloué au mur en apercevant de fines plumes rouges dures comme de l'acier plantées dans ses vêtements. Il relève le menton, ses yeux brûlants de colère posés sur l'homme qui s'est interposé entre la jeune femme et lui avec un geste protecteur.
« Hawks ! Je t'avais interdit de l'approcher !!! »
Le héros halète, il semble s'être précipité pour les rejoindre. Il tient dans sa main droite une longue rémige primaire acérée, une des plus longues plumes de ses ailes, prêt à frapper en cas de besoin.
« Tu es complètement fou, Dabi !! Qu'est-ce qui t'a pris de faire ça ?! »
Dabi est très tenté de brûler les plumes qui le retiennent et de se jeter sur cet oiseau pour l'empêcher définitivement de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Mais quand il lance un coup d'œil à la fille derrière lui, toute envie de se battre le quitte immédiatement. Elle s'est laissé tomber au sol, le visage terrifié, les bras placés en protection devant elle. Il a l'impression de revivre des souvenirs lointains qu'il aurait aimé oublier. Sa mère était comme elle, quand il était petit. Sa mère... Il vient... Il vient de se comporter exactement comme son...
Il laisse tomber mollement sa tête en avant, toujours cloué au mur par les plumes d'acier. Il n'en peut plus. Il ne sait plus où il en est. S'il avait pu pleurer encore, il l'aurait fait en cet instant. Son corps l'épuise. Son cerveau l'épuise. Le démon dans sa tête qui le pousse à faire du mal lui fait peur et lui donne envie de tout laisser tomber.
Hawks laisse retomber la tension. Face à l'état de détresse évident de son opposant, il baisse son arme, relâchant ses épaules. Il hésite d'abord un peu, puis Dabi l'observe s'accroupir auprès de Yumei pour la rassurer. Évidemment. C'est elle, la pauvre victime. Lui n'est que le fou furieux qui a voulu la tuer deux fois maintenant. Il est dangereux, irrécupérable, une cause perdue qui ne vit que pour une vengeance foireuse. Putain...
« Laisse-moi partir. » Sa voix est morne, sans vie.
Hawks se tourne vers lui puis se redresse. Il le toise, les yeux empreints de méfiance, mais aussi... d'inquiétude ? Dabi ne parvient pas à soutenir son regard. Il a trop honte. Et il se sent trop mal pour confronter l'oiseau pour le moment.
Il remarque son propre poids lui revenir alors que les plumes se décrochent une à une, le détachant du mur. Il se dirige vers la porte, s'approchant inévitablement d'eux. La tension dans la pièce est palpable, si forte qu'elle fait tressaillir le héros. Au moment de leur passer à côté, Dabi croise le regard terrifié de Yumei. Tous les deux restent quelques secondes immobiles, absorbés par les yeux l'un de l'autre, incapables de bouger. Puis, il tourne la tête, les dents serrées.
« Désolé... »
Ses mots sont faibles, presque inaudibles, mais il est sûr que les deux autres ont pu les entendre. Il n'attend pas : il se précipite en dehors de la pièce, soucieux de mettre le plus de distance possible entre eux pour le moment.
Il ne le voit pas, parce qu'il est déjà loin. Mais, derrière lui, Yumei pleure et sourit en même temps.