Shadow Protocol : La 21e Ombre
La semaine chez Best Jeanist s'était achevée dans un tourbillon de laque, de denim et de discipline quasi militaire. Akari se tenait devant le grand miroir de l'entrée de l'agence, ajustant son col. Elle ne portait plus les bandages épais qui couvraient autrefois ses avant-bras. Grâce aux exercices de Jeanist sur la "tension de surface", elle avait appris à maintenir son froid interne à la périphérie de sa peau, créant une barrière invisible qui lui permettait de manipuler ses ombres sans se geler instantanément le sang.
— « Tu as le port de tête d'une héroïne maintenant, Kageyama, » dit Jeanist en s'approchant, ses propres fils de denim flottant autour de lui comme des serviteurs invisibles. « Ne laisse plus jamais personne te dire que ton Alter est fait pour rester caché. »
Akari s'inclina profondément. Elle jeta un regard à Bakugo, qui boudait dans un coin, ses cheveux lissés de force par le Numéro 3, lui donnant l'air d'un petit garçon sage sur le point de faire une crise de nerfs. Pour la première fois, elle ressentit une pointe de gratitude envers cette agence si médiatisée. Elle y avait trouvé la reconnaissance que sa mère lui avait toujours refusée.
Le retour à Yuei fut marqué par une étrange électricité. En entrant dans la classe 1-A, Akari remarqua immédiatement les changements. Iida était là, mais son dos semblait plus rigide, son regard plus sombre. Midoriya portait des marques de combat récentes. Todoroki, lui, semblait plus apaisé, comme s'il avait enfin commencé à accepter la part de feu en lui.
À l'heure du déjeuner, Akari s'isola sur un vieux banc de pierre à l'ombre d'un cerisier, espérant un peu de calme. Mais elle fut vite rejointe par le trio habituel : Midoriya, Todoroki et un Iida silencieux.
— « Akari-san ! » s'exclama Izuku, ses yeux pétillants de curiosité. « On a vu les images de ta patrouille avec Jeanist ! Ta technique de "Fils d'Obsidienne" a complètement changé. Avant, c'était de la masse brute, mais là... on aurait dit que tu tissais l'espace lui-même. Comment as-tu fait ? »
Akari posa ses baguettes et regarda ses mains. « Jeanist m'a appris que l'ombre n'est pas une pierre, mais une fibre. Si on la tend assez, elle devient plus tranchante et plus solide que l'acier. C'est... c'est une technique que mon père essayait de m'expliquer quand j'étais petite. »
Le nom "père" flotta dans l'air, lourd de mystère. Midoriya s'arrêta net, son stylo suspendu au-dessus de son carnet.
— « Ton père... » murmura Izuku, son cerveau de fan de héros tournant à plein régime. « Kageyama... attends. Je connais les grandes familles de héros, mais le nom Kageyama est surtout lié à l'ombre et à l'espionnage. Mais ton style de combat au championnat... ces "ancres gravitationnelles" et cette manière de protéger les autres... Ça me rappelait quelqu'un, mais je n'arrivais pas à mettre un nom dessus. »
Todoroki leva les yeux, intéressé. « Ta mère est la seule qu'on voit dans les médias. On ne parle jamais de ton père. »
Akari prit une profonde inspiration. C'était le moment. Elle ne pouvait plus porter ce secret seule, pas si elle voulait que ces gens soient ses alliés.
— « Mon père s'appelait Jin Kageyama, » commença-t-elle. « Son nom de héros était Umbra. »
Midoriya laissa tomber son stylo. Ses yeux s'écarquillèrent. « Umbra ?! Le Héros de la Pénombre ? Celui qui opérait à Hosu il y a dix ans ? Mais... il était classé dans le Top 50 des héros les plus efficaces en sauvetage souterrain ! Il a disparu des registres brusquement. Les théories disaient qu'il avait pris sa retraite pour blessure, ou qu'il était passé dans l'ombre administrative... »
— « Il est mort, Midoriya-kun, » coupa Akari, sa voix restant stable malgré l'émotion. « Ma mère a tout fait pour effacer son nom. Pour elle, il a échoué. Elle dit qu'il était "faible" parce qu'il n'utilisait pas son Alter comme une arme de destruction, mais comme un outil de secours. »
Iida, qui était resté silencieux, se tourna vers elle. « Qu'est-ce qui lui est arrivé ? »
Akari fixa le vide, se remémorant les paroles de Jeanist. « Il y a eu un effondrement dans un complexe industriel à Hosu. Une explosion de gaz. Le bâtiment menaçait de s'écrouler sur une crèche voisine. Mon père est arrivé le premier. Il n'a pas cherché à combattre les flammes. Il a utilisé son Alter pour créer des piliers d'ombre afin de soutenir toute la structure. »
Elle fit une pause, ses doigts se serrant sur le rebord du banc.
— « Pour maintenir une structure aussi lourde, il a dû solidifier l'ombre à un niveau de densité moléculaire jamais vu. Ça demande une énergie thermique monstrueuse. Il a tenu vingt minutes. Vingt minutes pendant lesquelles il a permis l'évacuation de chaque enfant, de chaque employé. Mais pour faire ça, il a dû geler son propre sang. Quand les autres héros sont arrivés, le bâtiment tenait toujours... mais mon père était devenu une statue d'obsidienne. Il est mort d'hypothermie foudroyante avant même que le toit ne cède. »
Un silence de plomb tomba sur le groupe. Midoriya avait les larmes aux yeux. Todoroki, lui, semblait secoué. Il connaissait le poids des pères toxiques, mais il découvrait là le poids d'un père héroïque dont on a volé la mémoire.
— « Ma mère considère que c'est une mort honteuse, » continua Akari. « Elle dit qu'un vrai Kageyama ne se sacrifie pas pour "des gens qui n'en valent pas la peine". Elle voulait que je sois comme elle : une tueuse efficace, froide, qui ne prend aucun risque. C'est pour ça qu'elle déteste Yuei. C'est pour ça qu'elle déteste mon amitié avec vous. »
— « Elle a tort, » dit soudainement Todoroki d'une voix ferme. « Ton père n'était pas faible. Il était plus fort que n'importe quel héros qui ne se bat que pour son propre nom. »
— « C'est un véritable exemple de l'esprit du sacrifice, » ajouta Iida, sa voix tremblante. « Porter le poids d'un monde qui s'écroule... c'est la définition même d'un héros. »
Akari sentit une larme couler, mais elle l'essuya vivement. « Merci. Jeanist m'a aidée à comprendre ça. Il m'a dit que mon père n'était pas mort par erreur, mais par choix. Et maintenant, je sais pourquoi je suis ici. Je ne suis pas ici pour plaire à Reina Kageyama. Je suis ici pour finir ce que mon père a commencé. Je vais prouver que l'ombre peut sauver des vies, pas juste les supprimer. »
Midoriya ramassa son stylo, mais au lieu de noter des statistiques, il regarda Akari avec un immense respect. « Akari-san... Tu es déjà une héroïne. Porter ce secret et continuer à te battre contre ta propre famille... c'est incroyable. »
Le déjeuner se termina dans une atmosphère de camaraderie renforcée. Akari ne se sentait plus comme l'héritière d'un clan sombre, mais comme une fille qui avait enfin retrouvé son nom.
En retournant vers la salle de classe, elle croisa Bakugo dans le couloir. Il s'arrêta, la dévisageant avec son air habituel de défi.
— « Alors, la bourge, » grogna-t-il. « T'as fini de raconter ta vie à ces nerds ? »
— « J'ai fini de me cacher, Bakugo, » répondit-elle simplement en passant à côté de lui.
Bakugo ne répondit rien. Il avait entendu une partie de la conversation depuis le couloir. Il ne l'avouerait jamais, mais le récit de la mort de Jin Kageyama lui avait arraché un soupçon de respect. Pour lui, quelqu'un qui meurt en tenant un bâtiment à bout de bras était quelqu'un qui méritait d'être combattu à pleine puissance.
Akari entra en classe, s'installa à son bureau et ouvrit son cahier. Le stage était fini, mais sa véritable ascension commençait. Elle avait la technique, elle avait la vérité, et elle avait des amis. Reina Kageyama pouvait bien envoyer tous les messages de menace qu'elle voulait, Akari n'avait plus peur du froid. Car désormais, elle portait en elle la chaleur du sacrifice de son père.