Shadow Protocol : La 21e Ombre
Disturbia - Rihanna
Le crissement de la craie de Shota Aizawa s'arrêta enfin, marquant la fin d'une matinée qui avait semblé durer une éternité. Akari relâcha doucement la pression sur son stylo plume en argent. Elle n'avait pas manqué une miette du cours, ses notes étaient impeccables, mais son esprit, lui, commençait déjà à dériver vers l'étape suivante : l'intégration sociale. À peine Aizawa avait-il franchi la porte que le brouhaha habituel de la Seconde A reprit ses droits. C’était un chaos vivant, organique, qui contrastait violemment avec le silence monacal des cours particuliers qu’elle avait suivis toute sa vie.
Akari ferma son sac avec un déclic métallique net. Elle ne se sentait pas "timide", non. Elle se sentait observée, comme une nouvelle espèce introduite dans un écosystème déjà bien rodé.
— « Akari ! »
La voix familière de Momo Yaoyorozu agit comme un baume sur sa tension. Akari se leva alors que son amie d'enfance traversait la salle, ses pas rapides trahissant son enthousiasme. Sans un mot, les deux jeunes filles s'étreignirent. C’était une accolade qui disait tout : les années de galas ennuyeux, les entraînements secrets dans les jardins des Kageyama, et la promesse de se retrouver un jour ici, à Yuei.
— « Je n'arrivais pas à croire que t’ai pu intégrer UA en milieu d’année, » souffla Momo en s'écartant pour mieux la regarder. « Tu as encore grandi, on dirait. »
— « C’est sans doute les talons de mes bottes, » plaisanta Akari avec un sourire qui illumina instantanément son visage, lui enlevant ce masque de glace qu'elle portait devant Aizawa. « Je vois que tu es toujours la déléguée adjointe modèle. »
— « Hé ! On ne nous présente pas ? »
Une fille à la peau rose et aux cornes jaunâtres — Mina Ashido — sautilla jusqu'à elles, suivie de près par un groupe qui semblait être le noyau dur de la classe. Akari ne recula pas. Elle ancra ses pieds au sol et croisa leurs regards avec une assurance tranquille.
— « Akari Kageyama, » répéta-t-elle avec une voix plus chaleureuse. « Enchantée. Et désolée pour tout à l'heure, j'étais en mode « froide » face à Aizawa-sensei. Il est... particulier, n'est-ce pas ? »
— « Particulier ? C'est un euphémisme ! » s'esclaffa Denki Kaminari en s'approchant avec un sourire charmeur. « Il a failli nous renvoyer tous le premier jour ! Moi c'est Denki. Alors ton Alter, les ombres solides ? Ça doit être super utile pour ne jamais perdre ses clés, non ? »
Akari laissa échapper un petit rire authentique qui fit tourner quelques têtes.
— « Entre autres. Mais c’est surtout utile pour calmer les gens trop électriques, Denki-kun. »
Le groupe se dirigea vers la cafétéria. Akari marchait aux côtés de Momo, mais elle fut rapidement prise d'assaut par les questions de Tenya Iida sur la rigueur académique de la Fondation Kageyama et par les exclamations d'Ochaco Uraraka sur la beauté de ses yeux argentés. Elle répondait à tout le monde avec une aisance naturelle, loin de l'image de la "fille de riche hautaine" que son nom aurait pu laisser supposer.
À la cafétéria, l'odeur du riz au curry du Lunch Rush remplit l'espace. Akari s'installa avec Momo, Deku, Iida et Ochaco.
— « Dis, Kageyama-san, » commença Izuku Midoriya, son carnet de notes déjà posé sur la table, « ton Alter, Solid Night... est-ce qu'il a une limite de masse ? Je veux dire, si tu solidifies l'ombre d'un immeuble, est-ce que ça consomme plus d'énergie que celle d'un simple stylo ? »
Akari posa ses baguettes et prit un instant pour réfléchir.
— « C'est une excellente question, Midoriya-kun. Ce n'est pas tant la taille qui compte que la densité. Solidifier une grande surface demande une concentration mentale immense, mais c'est la structure moléculaire que je crée qui brûle mes calories. Et plus je crée de matière, plus ma température corporelle chute. C'est pour ça que je porte toujours des patchs chauffants. »
— « Incroyable... » murmura Deku en griffonnant furieusement.
La discussion continua, légère et animée. Akari se sentait étonnamment bien. Pour la première fois, elle n'était pas "l'héritière", elle était juste une élève parmi d'autres. Pourtant, son regard dériva vers une table isolée où Katsuki Bakugo malmenait son plateau, entouré de Kirishima et Sero. Il la fixait avec une intensité volcanique. Elle ne détourna pas les yeux. Elle lui adressa un léger hochement de tête provocateur, ce qui fit instantanément grincer les dents du blond.
L'après-midi arriva, et avec lui, le moment que tout le monde attendait.
Dans les vestiaires des filles, l'ambiance était plus calme mais chargée d'excitation. Akari ouvrit sa mallette n°21. Son costume était une merveille de technologie : une combinaison en fibre de carbone gris anthracite, mate, conçue pour ne refléter aucune lumière. Des régulateurs thermiques étaient intégrés aux poignets et aux chevilles, avec des filaments chauffants parcourant tout le buste.
— « Tu es prête ? » demanda Momo en ajustant son propre costume.
— « Plus que jamais, » répondit Akari en enfilant ses gants fins. « Je ne veux pas seulement réussir, Momo. Je veux leur montrer que la 21e place est la plus dangereuse de cette classe. »
Quand la classe arriva sur le Terrain Beta, l'ombre des gratte-ciels d'entraînement s'étirait déjà sur le sol, offrant à Akari un terrain de jeu idéal. Et puis, il y eut cette voix.
— « LA CAVALERIE EST ARRIVÉE ! »
All Might, dans toute sa splendeur de Symbole de la Paix, se tenait là, les mains sur les hanches. Son sourire semblait capable d'illuminer tout le quartier.
— « Aujourd'hui, nous allons tester les réflexes et la puissance brute ! » tonna-t-il. « Et pour notre nouvelle recrue, Kageyama, nous avons préparé un accueil digne de ce nom ! Tu vas affronter l'un de nos éléments les plus... explosifs ! Bakugo, approche ! »
Le blond s'avança, faisant craquer ses jointures. Des petites étincelles crépitaient déjà entre ses doigts, dégageant une odeur de soufre et de nitroglycérine.
— « Enfin, » grogna Bakugo. « Je vais pouvoir nettoyer ce terrain de cette ombre parasite. »
Akari s'avança à son tour, sa silhouette sombre contrastant avec l'éclat du costume de Bakugo. Elle s'arrêta à cinq mètres de lui. Le vent faisait légèrement bouger ses cheveux bleu nuit. Elle ne montrait aucune peur, seulement une détermination froide et élégante.
— « Tu fais beaucoup de bruit pour quelqu'un qui n'a pas encore porté un seul coup, Bakugo-san, » dit-elle d'une voix cristalline qui porta jusqu'aux oreilles de ses camarades restés en retrait. « L'ombre est silencieuse. C'est pour ça qu'elle est plus efficace que tes pétards. »
— « DES PÉTARDS ?! JE VAIS TE TUER ! » hurla Bakugo en se mettant en position de combat.
All Might leva son bras massif, l'air enthousiaste par cette tension.
— « Le but est simple : immobiliser l'adversaire ou le forcer à sortir de la zone de combat ! ÊTES-VOUS PRÊTS ? »
Akari ferma les yeux une demi-seconde. Elle sentit les ombres des bâtiments autour d'elle, ces masses noires immatérielles qui ne demandaient qu'à prendre vie. Elle sentit le froid monter dans ses mains, ce picotement familier qu'elle avait appris à dompter.
— « START ! »
Bakugo n'attendit pas. Dans une détonation assourdissante, il se propulsa vers elle à une vitesse fulgurante.
— « MEURS ! » cria-t-il en armant son bras droit pour une explosion à bout portant.
Mais Akari était déjà prête. Elle ne recula pas. Au contraire, elle plaqua sa main gauche au sol.
— « Solid Night : Aegis Wall ! »
Instantanément, l'ombre portée par le poteau électrique derrière elle se redressa, se solidifiant en une fraction de seconde pour former un mur d'un noir d'encre, dense comme de l'obsidienne. L'explosion de Bakugo frappa le mur de plein fouet. Le choc fut tel que les vitres des bâtiments voisins vibrèrent, mais le mur ne se fissura pas.
Bakugo fut projeté en arrière par l'onde de choc de sa propre attaque. Il se rétablit avec une agilité de félin, les yeux écarquillés par la rage et la surprise.
— « Quoi ? C'est quoi ce mur de merde ? »
Akari se tenait derrière son rempart, le regard brillant d'une lueur argentée. Elle fit un geste gracieux de la main, et l'ombre du mur se liquéfia avant de ramper vers Bakugo comme une douzaine de serpents noirs.
— « Mon ombre n'est pas seulement une défense, Bakugo-san, » dit-elle avec un sourire en coin. « C'est ton pire cauchemar. »
Les serpents d'ombre se solidifièrent brusquement en pointes acérées, forçant le blond à enchaîner les pirouettes aériennes pour ne pas se faire embrocher. La classe A regardait le duel, bouche bée. Ils venaient de comprendre que la 21e élève n'était pas là pour apprendre... elle était là pour gagner.