Le bonheur dans le patchwork

Chapitre 1 : Le Bonheur dans le patchwork

Chapitre final

1735 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 15/06/2020 19:54

Bonjour, bonjour !


Me voici avec une nouvelle réponse à un défi du forum : le jeu d'écriture avec les mots-clés "Famille" et/ou "Métiers sortant de l'ordinaire".


Bonne lecture


***


Les plumes se dressèrent sur les ailes de Keigo quand elles captèrent le claquement de la porte d’entrée. Un brin vexé de ne pas avoir été prévenu de son arrivée, il se replongea sur son jeu et s’efforça de ne penser qu’à la façon de redonner des PV à son Carapuce avant la fin du donjon. Des pas lourds résonnèrent dans le hall, des portes s’ouvrirent et se fermèrent, un robinet coula, une chasse d’eau fut tirée. Plusieurs minutes passèrent, mais toujours personne sur le pas de la porte. Keigo, boudeur, acheva un Nosferapti ennemi avant de progresser vers l’étage inférieur. Il n’allait certainement pas lui faire le plaisir de guetter sa venue comme une parfaite petite femme au foyer. D’un doigt, il jouait à faire tourner son alliance autour de son annulaire. Presque plus que d’être uni à son héros de toujours aux yeux de la loi, il jubilait encore de s’être débarrassé pour de bon de ce patronyme qui lui collait à la peau. Il avait lu dans un magazine que la décision de garder ou non son nom de famille pouvait créer des tensions au sein d’un couple avant le mariage mais pour lui, ç’avait été tout l’inverse. Devenir un Todoroki, c’était un rêve qui se réalisait !


— Tu m’attendais ?


Enji se tenait sur le seuil de la chambre, les cheveux humides à cause de la pluie qui battait dehors. Il avait retiré son manteau mais conservé son porte-documents, qu’il posait d’habitude sur la commode dans le salon. Keigo lui répondit d’une moue boudeuse.


— Non. J’ai même fini par me dire que tu allais découcher.


Il s’efforça de ne pas jeter le moindre coup d’oeil à Enji tandis que celui-ci retirait ses vêtements pour ensuite enfiler son pyjama. D’habitude, son héros de mari se changeait dans la salle de bains, parce qu’il avait une sainte horreur de laisser traîner ses affaires dans la chambre. Ce qui ne pouvait vouloir dire que deux choses : soit la fatigue le terrassait assez pour qu’il déroge à ses principes, soit il avait d’autres projets avant de dormir. Ce qui aurait d’ordinaire ravi Keigo, mais il était bien trop contrarié pour s’en réjouir. Il lui jeta tout de même un bref regard en coin quand Enji laissa tomber la chemise. L’occasion était trop belle, et la vision de ce dos et de ces bras parfaitement sculptés encore plus. La laisser passer aurait relevé du crime.


Il tourna de nouveau la tête, plus grognon que jamais, quand Enji vint se glisser sous les draps avec lui. La sensation de son corps encore rafraîchi par l’air extérieur contre la chaleur du sien lui arracha un frisson, qu’il s’efforça de réprimer. Bien sûr, il mourrait d’envie de lui sauter dans les bras, comme à chaque fois qu’il le voyait, mais trop, c’était trop. Il se devait de sévir.


— Ne fais pas cette tête, dit Enji en l’embrassant sur la joue. Tu sais que j’ai beaucoup de travail en ce moment.

— Oui, je sais. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.

— Merci d’être aussi compréhensif.


Keigo se demanda s’il devait lui préciser qu’il plaisantait, mais préféra le silence. S’il ne disait rien, au moins, il était certain de ne pas craquer.


— Comment va la petite ? Je n’ai pas osé la déranger…


Une nouvelle fois, il réprima un sourire attendri alors qu’il songeait à Itoe, qui dormait à poings fermés dans la chambre voisine. Cela faisait un peu plus de six mois qu’on lui avait confié cette enfant, tirée des griffes d’un réseau de trafic d’êtres humains. Puisqu’elle possédait elle aussi des ailes, la Commission avait jugé Hawks comme un tuteur parfait pour lui apprendre à maîtriser son Alter, que de nombreuses expériences dans le but de le rendre plus performant avait rendu aussi instable qu’imprévisible. Contrairement à lui, elle n’avait pas de plumes mais une large surface membraneuse qui rappelait celle des renards volants. Certes Keigo ne lui serait d’aucune aide pour ce qui était des ultrasons qui servaient à la fillette à se repérer même dans la pénombre la plus complète, mais pour ce qui était de la voltige, on ne faisait pas meilleur que lui.


Keigo avait vécu son premier moment de panique parentale quand, deux jours plus tôt, Itoe était restée clouée au lit, fébrile et amorphe.


— Ça va, la fièvre est un peu retombée. Natsuo est passé dans l’après-midi, il dit qu’avec les antibiotiques, tout devrait rentrer dans l’ordre d’ici deux à trois jours.

— Je suis content que vous vous entendiez un peu mieux tous les deux.


Cela n’avait pas été évident pour les enfants Todoroki d’accepter que leur père se remarie, et encore moins avec un homme qui avait peu ou prou le même âge qu’eux. Fuyumi, en aînée responsable, s’était toujours montrée cordiale avec lui, mais il sentait bien qu’elle ne l’avait pas toujours porté dans son coeur. Quant à Shouto, ils ne s’étaient que très peu vus après le mariage, puisqu’il passait la plupart de sa semaine à l’internat de Yuei et rentrait chez sa mère le week-end. C’était avec Natsuo que le courant avait eu le plus de mal à passer, frisant parfois la guerre ouverte. L’arrivée d’Itoe semblait cependant l’avoir rasséréné. Sans doute avait-il compris que son nouveau beau-père n’était pas le freluquet vénal qu’il haïssait tant mais bien un adulte qui voulait plus que tout se trouver une famille, si rafistolée fut-elle. 


Dès que Keigo éteignit sa console pour la poser sur la table de nuit, Enji l’entoura de ses bras et l’attira à lui. Il déposa une envolée de baisers au creux de son cou, mais Keigo tint bon et fit de son mieux pour ne pas réagir. Même si les lèvres d’Enji l’embrasaient un peu plus à chaque fois qu’elles se posaient sur sa peau, il était suffisamment fâché pour ne rien laisser transparaître. Il réussit assez pour qu’Enji finisse par reculer et le dévisager, confus. 


— Tu es en colère.

— Pas du tout.


Seul un ricanement lui répondit. Un ricanement qui disait : « Ne me prends pas pour plus bête que je ne suis ». Enji avait beau être long à la détente parfois, il pouvait se targuer de connaître son époux sur le bout des doigts, surtout après tout ce qu’ils avaient traversé ensemble. Ils en gardaient tous deux les stigmates, autant dans la chair que dans le coeur. Mais ils en étaient ressortis plus forts que jamais, prêts à affronter le regard du monde après avoir mis le Mal en personne à genoux. 


— Je pensais qu’on mangerait ensemble, ce midi… finit-il par avouer. On avait dit qu’on se trouverait un moment rien que tous les deux.


Depuis qu’il avait recueilli Itoe, Hawks n’exerçait plus son métier de héros qu’à mi-temps. Bien que s’occuper d’elle était une mission confiée par la Commission et faisait partie techniquement de ses fonctions professionnelles, ce n’était pas la même chose que de se battre sur le terrain, aussi gratifiant cela puisse être de redonner jour après jour le sourire à une gamine que la vie n’avait pas épargnée. Parfois, il ne rêvait qu’à une bonne bagarre, comme avant. Et surtout, passer du temps avec Enji pendant leurs heures de bureau devenait la croix et la bannière. Cela faisait un bon mois qu’ils essayaient de planifier un déjeuner en tête à tête sans jamais trouver le bon moment. Enji avait intérêt à lui trouver une sacrée bonne excuse.


— Je suis désolé. Je n’avais qu’une heure pour souffler ce midi, et j’en ai profité pour aller chercher des papiers. D’ailleurs, je vais avoir besoin de ton cachet.


Tandis qu’Enji fouillait dans son porte-document, Keigo se demanda si ce n’était pas pile poil le bon moment pour piquer une crise. De la paperasse ? Il avait laissé tomber son mari dévoué pour de la paperasse ?! Quand Enji lui tendit les quelques feuilles qu’il venait d’extraire de sa serviette, Keigo était fermement décidé à n’y accorder aucune importance. Si ces bouts de papier étaient plus importants qu’un déjeuner avec lui, il se ferait un plaisir de leur laisser la place dans le lit et de finir sa nuit dans le canapé. Il n’y jeta qu’un bref coup d’oeil, tout de même curieux de savoir ce qui avait plus ainsi le supplanter.


Il s’agissait de cinq feuillets, sobrement intitulés : « Requête en adoption plénière d’un enfant par des époux ».


Keigo mit plusieurs secondes à comprendre ce que cela signifiait. Il relut ce titre, encore et encore, et hésita à se pincer pour s’assurer qu’il n’avait pas rêvé. Enji, pendant ce temps, avait eu tout le loisir de se lever et d’aller chercher leurs deux sceaux.


— C’est…

— Je me suis dit qu’il était temps qu’on devienne une vraie famille. Tout est rempli, il ne manque plus que notre accord.


Keigo n’hésita pas une seconde à tamponner le document. L’encre rouge avait à peine eu le temps de sécher qu’il se jeta dans les bras d’Enji. Il avait passé bien trop de temps à bouder aujourd’hui, il allait devoir mettre les bouchées doubles pour se rattraper.





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