Le Journal de Petiote
Mon cher journal,
Au lendemain du banquet riche en émotions, me voilà troublée bien plus encore.
Ce soir, je venais tout juste de terminer ma journée de travail. Il était tard et je n’avais qu’une hâte : regagner ma chambre pour enfin me reposer. Comme d’autres membres du personnel, j’occupe une petite chambre dans un pavillon réservé aux employés, situé dans la propriété du gouverneur. C’est un endroit très calme, légèrement à l’écart. À cette heure-ci, tout était désert. Les quelques invités du banquet de la veille, qui n’étaient pas encore repartis, avaient regagné leurs chambres situées dans la demeure du gouverneur.
Sur le chemin, j’entendais que l'on marchait derrière moi. La nuit était sombre et seul un croissant de lune éclairait mes pas. Je ne m’inquiétais pas vraiment : d’autres employés terminaient eux aussi leur service à cette heure tardive. Pourtant, j’accélérais l’allure, impatiente de regagner au plus vite ma chambre.
Alors que j’arrivais enfin devant l'entrée du pavillon, je sentis une main se poser sur mon épaule. Je sursautais, laissant échapper un petit cri. En me retournant, je reconnus le bel inconnu. Mon cœur s’emballa aussitôt.
- Désolé de vous avoir effrayée, mademoiselle, me dit-il.
Quelle surprise de le voir ici ! Je restais un instant sans voix, puis finis par lui demander :
- Monsieur, vous êtes-vous perdu ?
- Non, pas vraiment.. , répondit-il doucement. En fait… je souhaitais discuter avec vous.
Je le regardais, déconcertée.
Voyant ma surprise, il poursuivit :
- Vous ne vous souvenez pas de moi ?
Comment pourrais-je l’oublier ? Depuis notre première rencontre au grand théâtre, je n’avais cessé de penser à lui.
- Hier soir… ce lion qui semblait avoir une folle envie de vous dévorer… Je dois avouer qu’il avait bon goût, ajouta-t-il avec une pointe d’humour.
Je souris malgré moi. Son humour me détendit aussitôt.
- Pourquoi m’avoir suivie ? À ma connaissance, il n’y a plus de lion dans les parages…, lui fis-je remarquer à mon tour, le défiant du regard.
Il sourit à son tour, un éclat de malice dans les yeux.
- J'avais une demande à vous faire… Je repars pour la capitale après-demain. J'aurais aimé profiter de ma dernière journée ici pour visiter la ville… et me changer les idées. Je suis certain que vous seriez une excellente guide.
Moi ? Lui servir de guide ? Je ne m’attendais pas à une telle demande.
- Après tout, je vous ai évité de finir dans le ventre de ce lion. Vous m’êtes un peu redevable, non ? Dit il d'un air taquin.
Quel culot… Certes, il avait fait preuve d’un grand courage, mais cela suffisait-il à lui en être redevable ?
- Pour être honnête, poursuivit-il, une pointe d’émotion dans la voix, j’ai simplement envie de passer du temps avec vous. N’est-ce pas une raison suffisante ?
- Avec moi ? Essayez-vous souvent de passer du temps avec les inconnus que vous croisez ?
- Pour moi, vous n’êtes pas une inconnue. C’est la deuxième fois que nos destins se croisent, et je veux profiter de cette chance pour mieux vous connaître.
Ainsi, il se souvenait de m’avoir déjà rencontré au grand palais. Cela ne m’étonnait qu’à moitié, vu l’attention qu’il portait à observer tout un chacun.
Je ne savais plus quoi dire… et, au fond, avais-je vraiment envie de refuser ? Depuis notre première rencontre, je ne l’avais pas oublié. Peut-être, devais-je saisir cette occasion d’en apprendre davantage sur ce mystérieux inconnu…
- Eh bien… je suis de repos demain. Cela me ferait du bien de me divertir un peu, je dois l’avouer.
— J’en suis ravi, Je vous attendrai ici à 16 heures, après avoir terminé quelques affaires à régler.
Tout en me regardant dans les yeux, il prit ma main et y déposa un tendre baiser. Je rougis aussitôt.
- À demain. dit-il. Puis il partit…
Je restais quelques instants sans bouger, le cœur battant encore plus fort. La douceur de son baiser semblait persister sur ma peau, comme un souvenir déjà précieux.
Maintenant, dans ma chambre, un léger sourire ne quitte plus mes lèvres. Je pense déjà à demain… Je n’ai jamais ressenti une telle impatience…